« La Colline un métier à tisser engagé contre nos déchirures » (1)

Où l’artiste va-t-il chercher ces étoiles, cette lave volcanique dont il irrigue nos vies ?

Partout où sa sensibilité, son audace aventureuse est susceptible de trouver un écho. Les explorateurs de nos mondes intérieurs, ainsi Wajdi Mouawad, savent bien que pour parler à chacun comme à tous, c’est à la marge de nos sociétés qu’ils se situent, peut être là où on les relègue, sûrement là où ils peuvent capter tout ce qui peut nous construire, nous émerveiller. Mais le premier évènement planétaire qui concerne tous les peuples sans exception est un chancre, un virus, dont la seule vocation est de nous anéantir. Un épais brouillard l’accompagne, il ne se contente pas de masquer le monde d’avant, il le désarticule à un point tel que nous ne savons plus où ne nous sommes ni qui nous sommes. La marge pourrait bien devenir l’ombre d’elle-même. Wajdi après nous avoir soutenus encouragés pendant le premier confinement par ses billets quotidiens iconoclastes, ravageurs, aussi toniques qu’une bombe d’imaginaires, nous fait part aujourd’hui de son désarroi, pour ne pas dire de sa déprime face à la mélancolie collective, la perte de repères, sans oublier l’énergie farouche que nous dépensons en pure perte à la nier. Le courage et la clairvoyance de Wajdi nous donnent la possibilité de retisser des liens essentiels. Si notre dignité humaine voulait que nous fassions tout pour rester debout, aujourd’hui nous ne sommes pas moins grands, bien au contraire, en avouant qu’au bord du gouffre nous avons de bonnes chances de tomber. Nous courons deux sortes de danger, le premier serait de devenir le frère jumeau de nos smartphones, on peut appeler ça une famille recomposée, le second serait de croire que nous n’avons pas épuisé toutes les ressources du possible. Fraicheur d’esprit pour les uns, grande naïveté pour les autres, nous prenons le risque de tomber de haut. Les esprits avisés qui nous mettent en garde, oublient seulement que si nous pouvons tomber de haut, c’est bien parce qu’ensemble nous avons pris de la hauteur. Peut-être est-ce trop solliciter le magnifique texte de Wajdi que de penser que la lumière peut jaillir des ténèbres, mais comme lui, honorons ceux qui osent boiter, trembler, ceux qui mettent à nu leur imaginaire pour nous donner une chance de vivre joyeusement dans la douleur, plutôt qu’inondés par les larmes d’une infinie tristesse. Si les poètes ne sont jamais à l’avant-garde du peuple, leur parole, comprise par tous, sera susceptible de porter le monde en avant, au-delà de la sauvagerie qui est encore notre lot commun. » La parole poétique est une condition vitale à notre survie » (1)

Merci Wajdi

François Bernheim

(1)Théâtre National de la Colline www.colline.fr

Wajdi Mouawad Manifeste du fil d’Ariane

Un semblant d’idée après la lecture du manifeste…

Plutôt que nous user à dénoncer les trop nombreux salauds, les lâches, les cons, les inaboutis, prenons le temps de remercier toutes celles et ceux qui nous font du bien, l’espace d’un instant ou d’une vie.

( à suivre)

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