Ecoutez une seconde le silence de l’autre monde. Il nous dit que tout ce qui est puissant, pluriel, complexe mériterait d’être traité avec une bienveillance extrême. Hélas les gardiens de l’ordre dépassé en ont décidé autrement. Mais face à eux s’avance un intrépide détective de l’âme, avide de poésie, de rencontres de simplicité. L’écrivain Sylvain Prudhomme a compris que seule l’affirmation sans fard de sa fragilité l’autorisait à prendre la parole. Dans son dernier livre «  Légende » Il ouvre la porte à toutes les interrogations, doutes et remises en cause.

Est-ce possible de dire le monde sans l’enfermer dans les filets d’une subjectivité où « le moi » n’a de cesse que de détruire l’autre, tous les autres ?L’honnêteté oblige aujourd’hui à répondre négativement Alors plutôt que de renoncer, le détective écrivain (celui qui est en quête) va dire, voire marteler cette impossibilité. Avec la plus grande humilité, il se saisit de tous ces fragments de réalité réduits à l’état de puzzle. Au commencement le mythe, celui d’Hercules assailli par l’armée des Ligures et qui sera miraculeusement sauvé par Jupiter. Hier, « la  Churascaia » dite « La Chou « une boite de nuit ouverte dans les années 60 à proximité d’Aigues Mortes « la cohabitation joyeusement désinvolte de mondes partout ailleurs séparés par des gouffres »

Ici, l’innocence affirme sa magie. Ici règne le désordre créateur, la rencontre incongrue de la liberté absolue et de la volonté de jouer à l’autre, femme ou homme, pour s’amuser, pour la beauté, pour se ré-unir. Hélas le succès tuera l’innocence. L’aventure racontée a créé sa propre caricature. Sur cette Camargue des marges où la terre sait être aussi aride que le désert, le vent souffle par rafales. éclairant furtivement les pièces du puzzle. Ainsi s’avancent des couples :

Nel le photographe juché sur sa nacelle à 25 mètres du sol, Matt, l’étranger le fourgue de cuvettes en faïence révélant son talent derrière une caméra. Seront-ils capables de transcender leur art, de percer le mystère de la Chou ? Comment les images pourraient-elles aller plus loin que les mots, comment pourraient- elles, plus que l’écrivain qui les met en scène, rendre justice aux personnages qui les fascinent? Ainsi Fabien et Christian les frères ennemis, qui parcourent le monde à la recherche des espèces les plus rares de papillons. Ainsi les moutons en transhumance, qui n’ont aucune chance de rencontrer les papillons épinglés dans une vitrine de collectionneur ou de musée.

Quelle sera la vie de Fabien, qui, non sans panache, interpelle un quidam « Sommes-nous plutôt faits pour rire bavarder passer de bons moments entre amis ou plutôt faits pour simplement dormir » Plus tard, le même Fabien surenchérit « je jure d’être toute ma vie élégant et libre ouvert à l’instant à la beauté à la poésie fidèle à mes amis à ceux que j’aime »

Fabien et Christian son cadet, leurs amis Etienne, Sanzio, le serveur de la pizzéria, tous comme beaucoup de ces êtres hors frontières ont été fauchés par le Sida, seulement coupables de refuser de séparer le féminin du masculin. Le virus tue et la société asphyxie ceux qui restent. La maladie du siècle est bien celle de la séparation. C’est bien le non vivre ensemble qui nous empêche d’imaginer, de créer de nouvelles mythologies. « Légende prend à bras le corps la vie amoindrie que nous vivons en nous inviter à voyager suffisamment loin à l’intérieur de nous même pour renouer avec la tendresse, l’échange qui permettent à l’autre d’être enfin soi même, au delà de toutes les blessures.

François Bernheim

 

Légende de Sébastien Prudhomme

Editions L’Arbalète Gallimard

Une réflexion au sujet de « En quête de vie »

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