9782714457905-2Aleksandar Gatalica, traite d’un moment  où l’Europe de 1914 bascule dans l’ère des conflits, ouvrant la porte à une inhumanité qui s’abritera derrière la banalité de son développement pour justifier de sa normalité . Cette prise de conscience que l’auteur veut partager avec nous est un premier pas pouvant amener un sursaut susceptible d’interrompre une descente inexorable vers l’abîme.

Les romanciers ne sont ni des journalistes, ni des sociologues mais leurs intuitions qui s’inscrivent dans une langue et un imaginaire haut en couleur

susceptibles de titiller en nous ce qui nous reste d’humain. La sauvagerie, la barbarie ont toujours existé. Mais il restait ,hélas, à découvrir que la civilisation n’est en rien exempte des atrocités qdesui sont soi disant le fait des autres, non civilisés.

« A la guerre comme à la guerre » est un opéra qui chante à nos oreilles pour mieux déciller nos yeux. Les voix multiples qui l’animent sont les garants du refus de l’enfermement dans une logique univoque.

 

 

 

Interview d’Aleksandar Gatalica

 

 

Pourquoi écrire aujourd’hui un roman sur la guerre de 14/ 18

 

Plusieurs raisons importantes m’ont poussé à écrire sur la guerre de 14. D’abord parce qu’elle a marqué la fin d’une période très faste qui a duré presque 40 ans ( 1903/ 1940 )

«  la belle époque » a connu le développement des sciences, des communications, des transports, de la psychologie, des arts. Ensuite parce que l’Europe n’est plus la même après cette guerre. On ne peut comprendre la révolution Bolchévique en oubliant cette guerre. En Hongrie, comme en Autriche les peuples ont été déstabilisés, frustrés. Ce manque est primordial. A l’époque il y avait une certitude : la guerre n’allait durer que quelques mois. Les soldats français sont partis la fleur au fusil, en pensant revenir pour Noël, soit au bout de 4 mois, un peu comme s’ils allaient s’entraîner à faire la guerre.

Il y a eu des pertes humaines en nombre incroyable et des armes nouvelles ont pu être expérimentées. Dès le début de l’année 1915, l’état d’esprit avait changé, la plupart des soldats avaient perdu espoir. Pire ils avaient perdu leur humanité avec le sentiment qu’ils n’étaient qu’un numéro. Il pouvaient mourir demain, après demain ou un jour plus tard…Il y a eu près d’un million de morts en six mois. C’est inimaginable, stupide, absurde.

Vous avez éprouvé le besoin de faire parler les morts ?

Faire parler les morts, comme se demander si ceux qui ont l’air d’être vivants ne sont pas morts ressort d’une vision littéraire des choses. En plus des pertes humaines constatées on peut se demander dans quel état étaient les survivants de cette boucherie.

J’aime le fantastique qui intrigue et capte l’intérêt des lecteurs. Mes professeurs m’ont appris que la littérature n’était pas une extension du monde réel. C’est un monde à part. Comme si la réalité était un rêve et le rêve une réalité. Dans leur conversation post mortem l’épouse de l’Archiduc lui demande si c’est à cause d’eux que la guerre a été déclarée, il lui répond positivement alors que les historiens ont clairement établi que cet assassinat n’a été qu’un prétexte. Selon les historiens les préparatifs de la guerre ont commencé en …1905. Si cet événement n’avait pas eu lieu, la guerre aurait été déclarée plus tard et sans doute sur un autre terrain que les Balkans. Les principaux protagonistes auraient pu être la Russie et l’Allemagne.

Il y a eu des agissements barbares ,ainsi plusieurs régiments allemands attachaient leur prisonniers à une corde et les plaçaient aux avant postes

pour qu’ils servent de boucliers aux soldats qui avançaient derrière eux.

Cela est arrivé au bout de trois mois de guerre et ce laps de temps a été suffisant pour que les guerriers perdent leur humanité. Mais cela n’a pas été le cas de tous. Certains soldats ont créé des liens de compréhension et d’amitié avec leurs prisonniers. Sans doute avaient en partage des affinités culturelles.

Mais la guerre réduit singulièrement ou même anéantit les opportunités de se comporter en être humain. La guerre est le contraire de la civilisation. En temps de paix , il n’y a pas de loi qui autorise un homme à en tuer un autre. Un individu rescapé de la guerre, n’est plus l’individu qu’il était avant. Il est psychiquement atteint, traumatisé. Il y a là une vraie souffrance, l’homme ne comprend pas ce qui lui arrive, il a du mal à accepter le personnage qu’il est devenu. Suis-je devenu un tueur, un boucher ? Comment après une telle tragédie, accepter de vivre comme avant, comme si rien ne c’était passé.

L’Europe a fait comme si rien ne s’était passé et cela a sans doute contribué à

l’avènement d’une deuxième guerre mondiale.

 

A la guerre comme à la guerre d’Aleksandar Gatalica

 

Editions Belfond

 

 

9782714457905-2

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