Dans son édition datée du jeudi 9 Avril, le Monde consacre son éditorial à la guerre entre le Pen père et fille. L’alternative proposée en fin d’article est à proprement parler ahurissante. Soit Le Père exprime tout haut ce que pense tout bas le parti et il est donc légitimement en droit de le représenter aux élections régionales, soit sa fille le désavoue, sacrifiant son père à son parti. On doit donc comprendre que par un tel acte elle officialiserait le fait que le Front national a changé, c’est à dire qu’il est devenu fréquentable. Le simplisme d’un tel discours est ahurissant. Marine le Pen en page une du même journal a déjà répondu à l’éditorialiste anonyme « … Il est entre la stratégie de la terre brûlée et le suicide politique. Le FN ne veut pas être pris en otage de ses grossières provocations »

Comment imaginer qu’il puisse en être autrement ? Est-ce un stagiaire peu informé qui a pondu l’éditorial ?

Tout journaliste conséquent sait que la nouvelle leader du FN, a dans son entreprise de dédiabolisation, fait preuve, d’une intelligence peu commune. A Hénin Beaumont le laboratoire du nouveau Front, la municipalité a demandé au musée de la Shoah à recevoir une exposition sur « les justes » Exit l’antisémitisme trop voyant et bienvenue au racisme anti-arabe le plus éculé. Le Bloc identitaire groupuscule négationniste fait toujours partie du Front National. Les étrangers et en particulier les immigrés sont toujours la bête noire de Madame le Pen. Cette dernière en 2012 n’a pas hésité à s’afficher à Vienne au bal des néo-nazis. Interrogé par la Licra l’historien Laurent Joly, chargé de recherche au CNRS, déclare « …J’ai récupéré des tracts du Front national publiés à l’occasion des dernières cantonales. Dans tous les départements, il proposait le même programme, avec pour thème central la préférence nationale. Pour le Front national, c’est : droits sociaux pour les seuls Français, non à la construction de mosquées, halte à la corruption au nom d’une morale publique, dans des termes typiques de l’extrême droite antiparlementaire de l’entre-deux-guerres. Le Front national est l’héritier direct de cette famille politique, née au moment de l’affaire Dreyfus et dont l’Action française a constitué la principale école théorique. Engagée contre les élites établies, prétendant parler au nom du peuple, elle oppose le « pays réel » au « pays légal » et dirige ses principales flèches contre les « ennemis de l’intérieur » : les étrangers présents sur le sol de France et ceux qui obtiennent la nationalité française. Marine Le Pen a repris sans hésitation ces thèmes »

Tout journal a le droit d’avoir ses opinions, mais ce qui est en cause ici est moins un point de vue qui n’est pas le nôtre, qu’une incroyable faiblesse d’analyse. Oui les médias ont servi et servent la soupe au Front National. Faut-il détenir une boule de cristal pour imaginer ce qui va se passer ? Grâce aux sorties intempestives du père, madame fille va pouvoir acter officiellement que le parti est un parti démocratique comme les autres. Et si par hasard une cohorte de vieux frontistes ouvertement réactionnaires quitte le Front National, on aura administré la preuve qu’il est devenu fréquentable. Ceci est d’autant plus grave que les millions d’électeurs qui votent aujourd’hui pour le Front ne sont pas, dans leur grande majorité des fascistes, mais des déçus de la politique. Prendre à la lettre l’alternative qui serait celle de Marine le Pen, est permettre à ce parti fasciste de continuer à avancer masqué, les médias ayant largement contribué à une entreprise de banalisation aussi dangereuse que déplorable.

François Bernheim

PS : ces lignes ont été envoyées au médiateur du journal le Monde.

 

 

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