Qui est Isabelle Sorente ? Une journaliste, sociologue, essayiste, une terroriste frapadingue, une sorcière, une citoyenne de la planète, une romancière, une intellectuelle ?Impossible de répondre. Isabelle est une intrépide romancière de la limite. A notre grande joie elle administre la preuve magistrale que l’intellectuelle, femme de terrain qui va jusqu’au bout de sa démarche, est d’abord une grande romancière capable de nous tenir en haleine et de nous faire frissonner.

Si les porcs avaient la parole ou si nous étions capables de traduire leurs propos, ils diraient sans doute qu’elle est un peu notre Truman Capote « De sang froid »

« 18O jours » temps nécessaire au traitement industriel des porcs dans une porcherie, de l’insémination artificielle au massacre n’est pas le roman écrit par une révoltée  plus sensible au sort des animaux que des hommes. Ce livre est, à partir d’une enquête minutieuse, la mise en question fondamentale du traitement que nous nous infligeons.

La porcherie située à la Source près de la ville d’Ombre, interroge la deshumanisation ambiante de notre société. Ce que nous faisons aux animaux nous le faisons à nous même. Depuis la Shoah , il est clair que nous massacrons nos semblables de façon comptable et organisée, c’est à dire anonyme. De nombreux intellectuels et témoins ont déjà dénoncé ce processus. Là ou Isabelle Sorente atteint pour la deuxième fois la limite, c’est qu’à travers ses deux héros Martin le professeur de philosophie et le porcher surnommé Camélia, car il tousse ; elle trace la possibilité d’une osmose possible et jamais caricaturale entre les deux profils. Car si Camélia a besoin de Martin pour donner du sens,  Martin a lui besoin d’incarnation dans le réel. Les deux hommes s’aiment d’amitié et d’intelligence. Ils seraient même capables de faire sauter le système. Mais Martin est aussi amoureux d’une femme Elsa qui est journaliste. Elsa sent bien que Martin en retournant  plus que de raison à la porcherie court à sa perte. Le système serait plus fort que tout et ne pourrait que broyer tous ceux qui s’opposent à lui.  Et bien non. A eux deux Martin et Camélia vont faire la révolution. Une seule truie dans ce livre a un prénom « Marina » Cet être vivant va être capable de tuer ses enfants plutôt que de les laisser équarrir.  Marina trace la voie, celle qui permet que l’angoisse cède la place à l’euphorie. Regardez bien le visage de la personne sur deux ou quatre pattes qui vous fait face. Comme l’a suggéré Levinas soyez capable de parler de ce visage, de le nommer. Vous n’y arriverez pas du premier coup, mais peut être après demain. Alors vous aurez réussi à déjouer la soi disant  fatalité qui nous mène à notre perte « 180 jours » est un vrai roman palpitant tonique, car si le pire grogne à notre porte,  il n’est jamais sûr. Nous pouvons sombrer si nous le voulons bien. Nous pouvons aussi ensemble, à force de générosité et de rigueur nous relever, effacer cette merde qui nous pourrit l’odorat et la vie. Le roman d’Isabelle Sorente est au cœur des problématiques contemporaines qui interrogent les frontières homme/animal. Dans le parti pris des animaux JC Bailly l’avait bien saisi, avec l’animal dont nous ne comprenons pas la langue c’est tout simplement l’autre qui vient agrandir les limites de notre territoire. C’est aussi l’autre qui nous met en danger, c’est à dire en position de tracer les limites ouvertes d’un avenir partagé. Isabelle Sorente est une hardie navigatrice, avec elle nous pouvons, sortir de l’enfer. Porcs Salut.

180 jours d’Isabelle Sorente


 

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