Chaque homme promène avec lui son enfer et risque seulement en mettant un pas devant l’autre, de périr carbonisé. Il en va de même de l’écrivain qui en se mettant au travail,  couche sur le papier les cauchemars et hallucinations qui hantent sa vie au point de l’étrangler. Galen,  le héros du nouveau roman de David Vann, a 22 ans il vit avec sa mère, prend le thé avec elle. Lui est émacié, elle empâtée par les petits sandwichs au concombre qu’elle aimerait lui faire absorber. Chaque jour , Ils vont voir la grand mère  amnésique de Galen qui vit dans une maison de retraite. Ensuite ils retrouvent la tante et la cousine de Galen. Très souvent le jeune homme se branle faute de mieux et sans doute aussi pour accompagner sa quête d’absolu. Jennifer la cousine en question ne manque pas de provoquer « le puceau de sa maman » et finit par coucher avec lui. Ils seront surpris par la mère de Galen qui ne supportera de se voir ainsi trompée et menacera de faire mettre son fils en prison. Ce dernier l’enfermera dans un hangar et l’ensevelira vivante sous des tonnes de terre. Cette tragédie se passe en Californie dans la banlieue de Sacramento sous une chaleur qui brûle les corps et ne manque pas de calciner les âmes. Cette Amérique dont les grands espaces ont été désertés par les aventures collectives, western, guerre du Vietnam, grandes messes contestataires, capables  de construire des mythologies, est aujourd’hui nue, sans voix, alors elle implose et la cellule familiale, comme dans la Grèce antique, devient le lieu privilégié des affrontements et amours impossibles. Ni sa mère ni sa grand mère ni lui même n’autorisent Galen à passer à l’âge d’homme. D’ailleurs les hommes de la famille notamment le grand père de Galen ont disparu du paysage de façon plus ou moins mystérieuse. L’absence de transcendance capable d’apporter une mémoire et du sens est sans doute à l’origine de cette tragédie. Les femmes de par la faute des hommes sont devenues les vestales d’un royaume où la vie est fantomatique. Galen héros inassumé du new age a beau vouloir méditer, assumer la terrible beauté de la nature, rien n’y fera. La contingence autorise la masturbation pas l’amour, car ici personne ne rencontre un étranger à sa propre famille.

Ce roman construit comme une lente et inexorable descente au tombeau par un écrivain  qui refuse de vivre plus longtemps dans l’enfer puritain des USA, a la sombre beauté de l’aventure courue par un homme qui n’a pas peur du gouffre. C’est son courage et sans doute l’obligation qu’il se donne de ne pas devenir fou qui crée un sentiment profond de fraternité avec des lecteurs qui  acceptent comme lui  d’être des rescapés.

F Bernheim

 Impurs roman de David Vann

Editions Gallmeister

 

 

 

 

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