Photo Arielle Bernheim


 

Scott Hutchins publie son premier roman «L’amour comme hypothèse de travail ».

Il enseigne l’écriture créative à l’université de Stanford et habite San Francisco. Il a publié de nombreuses nouvelles dans des journaux prestigieux et parle parfaitement le français après avoir été en résidence à la Cité des arts.  A première vue son roman est une fiction connectée. Neill Bassett le héros est séparé de sa femme et travaille dans une entreprise pointue de la Silicon Valley. Il va grâce à l’informatique et à sa belle intelligence réussir à entrer en communication avec son père qui s’est suicidé quelques années plus tôt. Le journal tenu par son géniteur va servir de corpus de base à une expérience des plus positive, puisque Neill parviendra à en savoir plus sur ce père dont il ignorait tout. Scott Hutchins est très certainement un auteur malicieux. Se coulant en apparence dans un univers « techno » où le besoin de certitudes est d’autant plus grand que les êtres humains libres de transgresser tous les tabous d’une période révolue, ne savent plus très bien qui ils sont et où ils veulent aller. Alors pourquoi ne pas faire de l’informatique un nouveau dieu incapable de se tromper ? La tentation ne manque pas d’attrait mais il semble bien que l’auteur soit trop intelligent pour cela.

Le père de l’intelligence artificielle Alain Turing a mis au point un test aujourd’hui célèbre. Il consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain à l’aveugle. Si l’homme qui engage les conversations n’est pas capable de dire lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, on peut considérer que le logiciel de l’ordinateur a passé avec succès le test. Ici quel que soit l’intérêt de l’auteur pour Frankenstein et  Pygmalion, Il ne s’agit pas d’inventer la nième histoire d’un créateur dépassé par sa créature. Dire que dans une époque de doute l’homme ne cesse de vouloir se rassurer est une tautologie. Sauf que Scott  Hutchins va pervertir la proposition initiale de Turing. Puisse l’ordinateur nous révéler que nous sommes encore des humains ! La machine hautement perfectionnée va nous permettre de comprendre ce que nous disons et pensons tout simplement en jouant le rôle d’un mur. Notre intelligence, dit Scott Hutchins ne réside pas seulement dans nos neurones.  A l’évidence notre intelligence est dans notre corps, dans notre capacité à nous tromper, à revendiquer nos faiblesses. Voilà donc un roman d’apprentissage où à l’évidence, le dialogue avec soi-même à besoin d’un intercesseur. L’ordinateur qui est loin d’être sans faille peut jouer ce rôle là, modeste peut être, mais décisif. Ainsi l’apprenti sorcier va devenir le père de son père et sans doute comprendre son trouble. La preuve que Neill est capable de réinvestir son humanité, au delà du plaisir de la drague et de la liberté sexuelle, c’est qu’il va être capable d’aimer. La modernité technologique n’est pas seulement une fausse barbe permettant de ne pas se poser les bonnes questions, elle peut aussi nous servir d’outil. Imaginons, imaginons, c’est ce que nous avons de plus précieux.

Imaginons que nous avons dans notre fatras une lampe de poche capable de jeter de temps à autre quelque lueur sur nos ténèbres. Belle hypothèse !

François Bernheim

Scott Hutchins

L’amour comme hypothèse de travail

Editions Belfond

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