Lumières de Pointe -Noire d’Alain Mabanckou

Editions le Seuil   ————–

Un grand livre est  inépuisable. Ceux qui voient dans « Lumières de Pointe-Noire »  un vibrant hommage à « maman Pauline » la mère de l’auteur, ainsi qu’aux  personnages  hauts en couleur qui gravitent autour d’elle, ont mille fois raison. D’autant que dans ce pays, le Congo se sont les femmes qui organisent l’univers et donnent donc la possibilité de raconter des histoires. Ici les femmes sont donc ici créatrices de mythologie. Avant même que le livre ne commence, notre univers de référence se met à chavirer.

Dernière ligne du texte figurant en exergue : «  Un gamin va naître jadis » Où est-on dans le passé, le futur ? on ne sait plus .

Première ligne du premier chapitre intitulé la femme aux miracles

«  j’ai longtemps laissé croire que ma mère était encore vivante »

la première pierre de l’édifice est d’une force peu commune. Elle exprime sans détour la blessure ressentie et la difficulté à faire son deuil, mais au delà, les phrases précitées témoignent d’une relation au temps très spécifique. Alain Mabanckou de retour au pays après vingt trois ans d’absence ne va pas écrire une nouvelle recherche du temps perdu couleur d’Afrique. Dans une culture déjà occidentalisée mais qui reste encore très vivante, le passé, le présent et le futur improvisent une gigue d’une vigueur peu banale. Ce catapultage réunit. Il est créateur d’osmose, d’énergie au temps présent. D’où le charme d’un récit  chahuté dans son contenu mais totalement apaisé dans son écriture. Alors qu’Alain Mabanckou vivant entre la France et les Etats Unis prend sur lui de quitter un continent où tout est organisé, séparé, à la seule fin de rendre justice au monde de son enfance. Son entreprise est aussi  violente pour lui même que protectrice pour ceux qu’il décrit.

Qu’il s’agisse de sa grand mère, de sa mère qui lisait le journal à l’envers soit disant pour savoir s’il serait capable de la débusquer, ou encore de son père, réceptionniste dans un hôtel, ou de son oncle, tous ces personnages populaires ne sont ni  plus ni moins que les héros d’une humanité transcendée par la proximité bienveillante des uns aux autres.

Bien sûr il peut en être autrement. Un jour, son père est menacé par un importun dans l’exercice légitime de son impérium. Une expédition punitive est organisée pour le rétablir dans le juste exercice de ses fonctions.

Celui qui a réussi grâce à l’abnégation de sa mère et la truculence de son peuple à devenir écrivain doit acquitter sa dette. Tous les cousins, frères et sœurs d’un autre lit qui réclament leur petite enveloppe le savent bien. Ce harcèlement ne manque pas d’irriter l’auteur, mais en même temps, on sent que là aussi rien n’est séparé : émotions, mythologie ,argent, histoires de vie, aucun faux semblant ne les dissimule à la vue de chacun.

Comment rendre compte de ce monde là si puissant et fragile à la fois ?  En s’exprimant avec la plus grande pudeur et un  souci exemplaire de véracité  certes, mais aussi en ayant l’audace de savoir mentir, car sans fiction comment approcher la vérité poétique du monde ?

F.Bernheim

 

 

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