. Un coffret de 3 livre  aux éditions Indigène – www.indigène.fr

. Féministe encore et toujours de Françoise Picq

. Féminismes d’ailleurs de Claire Auzias, Lina Ben Mhenni, Maria Langton, Malika Mokedden, Michèle Therrien

 

.état sauvage d’IsabelleSorente

prix du coffret 9,30€ prix de chaque volume séparé 3,10 €

 

28 + 4O + 27 pages au format de poche ne font pas objectivement un gros livre. Si au niveau de la prestance humaine le gros se porte mal, au niveau de l’édition, l’épaisseur est un gage de sérieux ouvrant la porte au  grand livre. Force est de constater ici que la force du méta-livre proposé n’a rien à voir avec son épaisseur mais plutôt avec l’intelligence des éditeurs Sylvie Crossman, Jean Pierre Barou et de leurs auteures.

En clair, il s’agit de comprendre l’évolution et d’anticiper le devenir mondial d’un mouvement ,le féminisme, à travers des percées significatives mais non exhaustives . A partir de là se bâtit sous nos yeux un modèle complexe multi critères intégrant  les variables suivantes :

 

– peuple dominateur / peuple dominé

– Forces ou faiblesses d’une culture fermée ou ouverte sur les mass média

– Priorité à la lutte du peuple contre ses oppressions/ priorité à la lutte des femmes contre leurs oppresseurs

– Priorité à la liberté notamment celle de disposer de son corps/ priorité à l’égalité entre les sexes

– Admission ou non de l’asymétrie biologique comme une construction sociale on ne nait pas femme on le devient dit Simone de Beauvoir.

-Priorité au féminisme des années 70 / recherche d’un saut où l’esprit femme  devient le nouveau moteur « sauvage »  d’un universalisme revisité.

 

Certains ou certaines voudrait ranger au magasin des accessoires le féminisme des années 70. Les femmes n’ont- elles pas eu ce qu’elles voulaient ? droit de vote, égalité des droits, parité,etc. Françoise Picq met très justement en garde non seulement sur ce qui est en suspens mais aussi sur les reculs favorisés par une situation économique de crise. La panique orchestrée autour du mariage pour tous suscite est le résultat d’une longue évolution où l’on distingue l’identité sexuelle appartenant à la sphère sociale de l’orientation sexuelle qui est de l’ordre de l’intime.  D’où la crainte que le prisme du genre favorise toutes les pratiques déviantes, dont l’homosexualité. Le danger résiderait-il aujourd’hui dans un universalisme aveugle à la domination du genre ?

Isabelle Sorente ( voir interview )ne se cache pas d’être d’abord à la recherche d’un nouveau paradigme où le féminin sauvage permettrait un réel renversement de notre manière de penser, elle ne nie pour autant l’importance décisive des luttes sociales. Les luttes pour l’égalité deviennent alors inséparables d’un avancement du féminin, au sens où l’entendait Virginia Woolf « Il est néfaste d’être purement homme ou femme il faut être femme- masculine ou homme féminin »

Dans ces trois petits livres, ce ne sont pas des opinions différentes qui s’expriment il y a, au bénéfice premier des lecteurs une mise sous tension des différentes situations qui renvoient l’une à l’autre et questionnent bien au delà de la situation vécue. Ainsi Claire Auzias pour les femmes tziganes » de nos jours en pleine mondialisation, c’est culture contre culture et non pas sexe contre sexe…. Les femmes tsiganes se considèrent d’abord comme membres d’une civilisation et secondairement désireuses d’améliorer  leur sort au sein de ladite civilisation »

Ainsi Malika Mokeddem écrivaine algérienne « Si depuis des temps anciens, nos ancêtres avaient reproduit des traditions qui les opprimaient, c’est parce que dans des conditions très âpres de vie d’alors, majoritairement nomades, les droits de tous étaient sacrifiés à la survie du clan »

Cette lutte des femmes pour la survie, face à l’oppression gouvernementale et  à celle de leurs hommes  peut aussi trouver un répit . Ainsi la déclaration d’inteyerrkwe citée par Marcia Langton « Nous hommes aborigènes, reconnaissons et demandons pardon à nos femmes, nos enfants, nos mères, nos grands mères, nos petites filles, nos tantes, nos nièces, nos sœurs , pour la douleur, la peine et les souffrances que nous leur avons causé…nous reconnaissons aussi que nous avons besoin de l’amour et soutien de nos femmes aborigènes pour nous aider à aller de l’avant »

Toujours Claire Auzias qui pointe du doigt « …les accusations conte les féministes universalistes d’accointance avec l’oppresseur, voire d’hégémonie dans la pensée de la libération… femmes des cultures du monde contre femmes d’inculture sans monde, c’est à dire lesdites femmes blanches occidentales, capitalistes et membres des sociétés dominantes » Paradoxe saisissant des peuples pauvres riches de leur traditions asséchées par la culture du profit, c’est à dire du vide. Cette richesse MichèleTherrien l’a observé chez les peuples Inuits » Les identités personnelles se recomposent selon le principe qu’une personne est un être dynamique préparé par l’éducation reçue à s’adapter à l’inattendu. L’inventivité du social est remarquable » ou plus concrètement « C’est ainsi qu’une enfant , à qui le nom de son grand père maternel a été transmis sera considérée comme le père de sa mère et le grand père de ses frères et sœurs, il est possible que jusqu’à la puberté elle soit élevée comme un garçon ,c’est à dire initiée à la chasse »

Cette inventivité est revendiquée à un autre niveau  par Isabelle Sorente qui face à la dislocation des composantes de notre univers demande à chacun et à chacune d’oublier tout esprit de performance au profit du d’une irruption du monde sauvage de l’esprit. Cette résistance qui fut incarnée en Décembre 2010 en Tunisie   par le sacrifice de Mohamed Bouaziri , Lina Ben Mhenni la cyberdissidente la situe au plus profond d’une histoire où des femmes exemplaires ont été en première ligne « …ce n’est pas un acte forfuit, fruit du hasard. Il est plutôt une réaction venue des profondeurs de notre âme, de notre patrimoine, un acte fondateur renouant avec nos racines,avec la bravoure de nos ancêtres, avec nos mères : Elyssa-Didon, Sophonisbe , la Kahena «

 

Le monde est en train de changer. La crise se charge bien volontiers d’enfumer les esprits pour faire de nous des ludions allant et venant au gré de la vague. A défaut de savoir si la femme est l’avenir de l’homme,soyons sûrs que la puissance féminine offerte aux deux sexes pourrait bien être un formidable et joyeux acteur du monde à venir. Où en sommes nous ? Nous sommes en marche. Merci à toutes et à tous.

 

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