Révolution ... existe -t-il un mot plus chargé d’histoire, de rêves et d’opprobres que celui-là ?

De Copernic, Saint-Just, Robespierre Marx, Lénine, Rosa Luxembourg à Thatcher, Reagan, Khomeiny, parle-t-on de la même chose quand on parle de Révolution ? Certes non.  Si on excepte son acception scientifique, on doit tout de même admettre que la révolution, dans tous les autres cas de figure, est rupture. Rupture avec l’ordre existant, rupture avec un modèle de pensée, avec des comportements, des pratiques. Mais comment le même mot peut-il recouvrir une démarche visant l’émancipation du peuple, une accession égalitaire tant au progrès qu’à la capacité de créer de chacun comme de tous et une entreprise réactionnaire autorisant une élite à s’attribuer la plus- value générée par le travail de la collectivité ? Admettre qu’il y a spoliation c’est déjà réussir à déchirer le voile épais que les puissants de ce monde ont tissé afin d’occulter la réalité de l’exploitation. Ici on s’aperçoit très vite que les mots sont au coeur du combat. Les mots  sont des armes redoutables qui peuvent donner vie à l’espoir ou le tuer. Comment la contre-révolution libérale ou religieuse a-t-elle   pu mener à bien une telle entreprise  de régression ?

En mettant en avant des révolutions qui ont mal tourné ? En précarisant  un nombre croissant de travailleurs ? En domestiquant les médias et de nombreux intellectuels dits de gauche ainsi que les partis et syndicats dits réformistes ? En créant un gouvernement mondial impulsé par les groupes multinationaux ?

En bref, moyens économiques et travail idéologique ont travaillé main dans la main. La situation paradoxale que nous connaissons est loin d’être totalement négative. Nous sommes au fond du trou, et Ludivine Bantigny l’affirme clairement, mais soudain si lucides, si conscients de nos faiblesses et de nos manques que l’avenir entendu comme entreprise de mise en oeuvre de notre volonté collective, pourrait bien réapparaitre. Quand l’historien François Furet écrit  » Nous sommes condamnés à vivre dans le monde où nous vivons » Nous devons comprendre qu’il n’y a pas là mise en lumière d’une vérité, mais qu’il s’agit plutôt d’un oukase nous enjoignant de nous plier à cette pseudo vérité. Mais la réalité que nous acceptons de prendre en compte aujourd’hui est plus complexe que cela.

Si les adversaires du progrès humain ont de bonnes raisons de figer l’ordre du monde au profit d’une minorité, il n’est pas pour autant dit que les partisans d’une société égalitaire, s’ils se contentent de dénoncer « les méchants » soient pour autant  de vrais révolutionnaires.

Le paradoxe  est que la révolution est à la fois un moment, celui d’une éventuelle insurrection, et un processus plus ou moins lent, celui du changement de mentalités, de l’évolution pas forcément facile des pratiques. Walter Benjamin l’avait bien vu, nous ne pouvons faire table rase du passé, mais plutôt nous appuyer sur lui pour  » changer la vie »

Ce n’est pas un hasard si c’est un poète, Rimbaud, qui met en avant ce désir de subversion de l’ordre établi. Le sensible, le charnel ne peuvent être écartés au profit de la seule raison. La révolution est passion. Aujourd’hui  ceux qui ont pour mission de rendre intelligible la société que nous vivons, sont conscients que rien de bon ne se fera s’ils ne font pas tout pour que la division du travail qui veut que les uns fassent profession d’intelligence, pendant que les autres exécutent, devienne obsolète. Ainsi le mouvement des « gilets jaunes »  qu’il débouche ou non sur une réelle transformation sociale, est incontestablement un moment où la révolte d’une population niée, permet de mettre en lumière la réalité cachée de l’exploitation. Le livre de Ludivine Bantigny participe fortement de cette volonté de liberté et de partage. Il est en plus clair, simple, léger… une passerelle joyeuse pour  » changer la vie »

L’enjeu est que les révolutionnaires de demain ne soient  plus jamais des victimes de monsieur Thiers, ni des complices du camarades Staline. Utopie ? Peut- être. Mais nous savons aujourd’hui que la façon dont nous comportons au quotidien, ici et maintenant, avec nos conjoints, nos voisins, nos amis, nos camarades, nos enfants nos adversaires est susceptible de  construire lentement mais sûrement quelque chose  qui pourrait ressembler à un avenir aussi souhaitable que possible.

 

François Bernheim

 

Ludivine Bantigny

Révolution

collection le mot est faible

 » La pire chose que l’on puisse faire avec les mots, c’est de capituler devant eux » Georges Orwell

Editions Anamosa

 

Dans la même collection : Peuple de Déborah Cohen

 

 

 

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