– « Résiste, prouve que tu existes / Cherche ton bonheur / Va, refuse ce monde égoïste / Résiste, suis ton coeur qui insiste / Ce monde n’est pas le tien / Bats-toi, signe et persiste / Résiste ».

 Michel Berger – France Gall

 

 » On ne peut obtenir la liberté par des moyens autoritaires; en fait , on doit soi- même, autant que possible, dans ses relations avec ses amis et alliés, incarner la société que l’on souhaite créer »

 David Graeber- Pour une anthropologie anarchiste

 

Le monde social est représentation et volonté, comme le rappelle si souvent Bourdieu, et ce sont les volontés et représentations qui font la réalité, comme elles font la politique »

 Didier Eribon – Principes d’une pensée critique

 A quoi ça sert qu’on pense, à part nous torturer, à part nous donner l’impression qu’on y peut rien, tellement rien qu’il vaut mieux oublier non, oublier et prendre. Prendre ce qu’il y a à prendre, suffirait de viser ce qui nous fait plaisir et pour le reste oublier, oublier tout ce qui n’est pas là pour que nous soyons heureux.

Pascale Henry- Le cochon est-il une série de tranches de jambon?

 

– Ce n’est pas la technique qui nous asservit , c’est le sacré transféré à la technique.

Jacques Ellul

 

« Les pauvres ça pue et ça pollue »

Le Postillon, journal de Grenoble et sa cuvette. Décembre 2018/ Janvier 2019

 

  » Le grand combat intellectuel de notre siècle a commencé. Mesdames et messieurs ,cette Maison y convie chacun de vous, parce que la culture est devenue l’autodéfense de la collectivité, la base de la création et l’héritage de la noblesse du monde »  André Malraux 13 Février 1968  à l’inauguration de la maison de la culture de Grenoble.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

 

 

1/ Premières approches de la ville

 

 

2/ Un voyage où les plus beaux paysages sont les êtres humains

 

 

 

3/ Fondations Grenobloises

 

 

 

4/ Des questions sur Grenoble

 

 

 

5/ On dirait une ville de gauche !

 

 

 

6/ Une ville qui prend le risque de se tromper…donc de réussir

 

 

 

7/ Conclusion ouverte

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 1/ Premières approches de la ville…

 

…Une ville plutôt  debout que couchée !

On pourrait dire que cette ville située au fond d’une cuvette, cernée par les montagnes et la pollution n’est pour le moins pas très chanceuse…

qu’ici les dynasties bourgeoises ont disparu corps et biens…qu’une ville qui abrite autant d’étrangers  a forcément une morale douteuse. N’oublions pas qu’à Grenoble la mafia a droit de cité. On pourrait dire  beaucoup de bêtises, de contre-vérités et passer à côté d’une ville qui a un coeur aussi énorme que la tête. Une cité où le conflit est considéré comme un moteur, la volonté comme le plus puissant des acteurs. Une ville qui a l’audace d’expérimenter, donc de se tromper pour mieux rebondir. On pourrait aussi dire  comme le géographe Raoul Blanchard (1) que si  Grenoble aujourd’hui existe très fort, c’est parce qu’au départ son seul  atout était la prise de conscience de ce dénuement et surtout la volonté farouche d’y faire face. Ainsi, au- delà d’une pseudo fatalité, l ‘histoire humaine pourrait bien être faite par des femmes et des hommes dégagés de toute fatalité.

  Plutôt ensemble que chacun dans son coin

Une commémoration du 11 novembre héroïque

Entre le 8 et le 9 Septembre 1943 les troupes allemandes  se substituent aux militaires Italiens. L’occupation et la répression deviennent beaucoup plus violentes. Le 11 novembre malgré les interdictions du gouvernement de Vichy près de 2000 personnes se rassemblent pour commémorer l’armistice de 1918. 600 seront arrêtées, 369 envoyées en camp de concentration.

(source Musée de la Résistance)

 Neyrpic:  Qui ne soutient pas la classe ouvrière à Grenoble?

Au début du xx siècle deux entreprises émergent du tissu industriel grenoblois: Merlin-Gérin, spécialiste de la distribution électrique et Neyrpic qui deviendra un leader des grands équipements hydrauliques. L’entreprise est dirigée depuis plus de 40 ans par deux catholiques fervents qui entendent mettre en accord leurs actes avec leurs convictions. Ils sont fermes, mais à l’écoute, respectueux des options syndicales de leurs ouvriers et vont même jusqu’à engager des agitateurs, refoulés partout ailleurs. Sur cette lancée ils acceptent la mise en place fin 1962 de la section syndicale d’entreprise, qui  ne deviendra légale sur tout le territoire qu’en 1968. Scandale. Le ministre des finances de l’époque Willy Baumgartner  convoque le patron du CNPF. Il lui demande de faire entendre raison à ce patron non conforme. L’entreprise est absorbée par le groupe Alsthom, Georges Glazer son PDG devint le N°1 de Neyrpic.  Il revient sur les avantages acquis, procède à de nombreux licenciements et… déclenche une grève historique de 9 mois. Geo Boulloud( 1) militant CGT, issu de la Joc qui devint en 1965 la cheville ouvrière de l’équipe Dubedout(2) était chargé des relations extérieures au sein de l’intersyndicale. Ses liens avec les professeurs chrétiens progressistes et leur soutien au prêtre sanctionné par sa hiérarchie pour son engagement auprès des ouvriers furent décisifs face à un milieu universitaire qui s’était mobilisé contre la guerre d’Algérie et les conditions de travail précaires des nouveaux assistants.

Le 29 Mars 1963 les grenoblois étaient invités à un meeting de soutien aux travailleurs de Neyrpic présidé par le doyen Goré de la faculté de droit.

« Toute la population est conviée à venir s’informer et prouver par sa présence sa solidarité avec les travailleurs de la grande firme grenobloise »

En 1968 Les ouvriers représentaient 36,2% de la population de la ville et 43,1% de l’agglomération.

Il est à noter qu’ici la porosité entre le milieu industriel, l’université et les chercheurs s’affiche clairement en faveur des classes populaires.

 Rénovation des quartiers ne veut pas forcément dire exclusion.

Partout en France ont lieu des opérations de rénovation des quartiers connaissant un habitat dégradé, voire insalubre. Ces opérations voient les populations d’origine modeste ou en difficulté, rejetées à la périphérie de la ville, dans des banlieues ou dans des zones dites péri-urbaines. Ainsi on peut sans exagérer dire que rénovation est devenue synonyme d’exclusion. La politique de l’équipe Dubedout a été en sens inverse. Saint Laurent, Brocherie- Chenoise, Très -Cloître ont été des quartiers d’accueil voire de transit pour les populations issues de l’immigration italienne. La mairie  a recruté tous les experts nécessaires lui permettant d’atteindre la maitrise complète des différentes opérations.

Quand une municipalité offre  3 heures de musique par semaine aux enfants du quartier Mistral.  

En 1977 René Rizzardo(3) adjoint à la culture d’Hubert Dubedout propose de mettre en place dans le quartier Mistral une expérimentation portant d’une à trois heures par semaine  l’initiation à la pratique musicale. Les enfants pouvaient sans contrainte choisir la musique qu’ils voulaient écouter, comme l’instrument de leur choix. L’expérience s’arrête en 1983 avec l’arrivée d’Alain Carignon à la mairie. Ceux qui ont eu le bonheur de participer à cette initiation l’ont vécue comme une possibilité de devenir des acteurs culturels à part entière, sans forcément disposer d’un savoir académique.

Grace à l’action déterminée du Prunier Sauvage (4), centre culturel du quartier Mistral. Cette pratique a pu revoir le jour en 2017.

Plutôt devant que derrière…

La journée des tuiles, première journée de  la révolution française

« Le 7 juin 1788, le lieutenant général de la province confie à des patrouilles de soldats des lettres de cachet à remettre aux parlementaires pour leur signifier un exil sur leurs terres. Mais le tocsin sonne. La population est rameutée par les auxiliaires de justice, particulièrement fâchés de perdre le Parlement, qui est leur gagne-pain. Des Grenoblois s’emparent des portes de la ville. D’autres, montés sur les toits, jettent des tuiles et divers objets sur les soldats. Vers la fin de l’après-midi, les émeutiers, maîtres de la ville, réinstallent les parlementaires dans le palais de justice. Les représentants du Dauphiné, au nombre d’environ 540, se réunissent finalement le 21 juillet au château de Vizille. Ils appellent à refuser le paiement de l’impôt et demandent aux autres assemblées provinciales d’en faire autant. C’est la première manifestation de révolte contre l’autorité royale. Louis XVI se résout donc le 8 août 1788 à convoquer les Etats Généraux. Leur ouverture est fixée au 5 mai 1789. Depuis 2015, La mairie de Grenoble célèbre  l’évènement en organisant la fête de Tuiles.

Le 1er Planning Familial

le 10 juin 1961, le premier centre de planning familial ouvre ses portes à Grenoble. « Dans cet établissement et dans ceux qui s’ouvrent les années suivantes, on aide les femmes à contrôler les naissances et éviter un avortement clandestin dangereux » En 1967 la loi Neuwirth autorisera la contraception et la loi Weil dépénalisera l’avortement en France .

Le 1er Observatoire des Politiques Culturelles (5)

René Rizzardo(3), ancien adjoint à la culture d’Hubert Dubedout n’a cessé de mener une réflexion approfondie sur la culture outil d’émancipation sociale. Au ministère de la culture les préoccupations d’Augustin Girard  chef du département études et prospective vont dans le même sens. Comment s’articule la création artistique et culturelle avec les évolutions de société. Comment les politiques publiques s’inscrivent sur le territoire à l’heure de la décentralisation et également du constat des fortes  disparités inter-territoriales. C’est en réponse à ces questions qu’est créé à Grenoble en 1989 l’Observatoire National  des Politiques Culturelles (5), aujourd’hui dirigé par Jean Pierre Saez. Cet outil n’existe qu’en France. Aussi l’observatoire mène-t-il également des missions à l’étranger.

La première mutuelle

La Mutuelle d’Entraide et d’Assistance aux ouvriers gantiers, ou société de secours mutuel, créée en 1803 à Grenoble par André Chevallier, est la première mutuelle de France.

Les premières allocations familiales

  En 1916 Emile Romanet, ingénieur, décide d’accorder au personnel de l’usine JOYA de Grenoble) les premières allocations familiales.

….

Comment expliquer cette position de premier plan de la cité dans le domaine sociétal et culturel ?

A travers l’immigration massive et la nécessité  où se trouvent les différentes populations, la ville est obligée de s’inventer, de faire face à tous les problèmes. Le défi  est d’autant plus stimulant qu’il n’existe pas dans les années 50 de bourgeoise locale luttant pour préserver ses acquis.

2/ les plus beaux paysages sont les êtres humains

Transportons-nous

Les uns disent que Grenoble est une petite ville, d’autres une ville de moyenne importance 160. 000 habitants et 450 000 pour la métropole regroupant 49 communes   Personne ne dit que Grenoble est une grande ville…  Pourtant il y a quelque chose qui interroge le fraichement débarqué que je suis. Cette ville est magique parce qu’à géométrie variable, petite quant au territoire, soit 18, 3 km2… mais  grande ou plutôt très en pointe dans les domaines essentiels de la politique, de la culture, de la science et par voie de conséquence dans des activités pionnières d’industrie et de service. Elle est la 5ème ville la plus innovante du monde, avec 25000 chercheurs et 65000 étudiants. Le premier éco-quartier  » Bonne  » existe depuis 2010. Voilà une cité leader dans bien des domaines qui concentre dans un  territoire restreint un nombre de talents, d’innovateurs, ahurissant. Dans une petite ville quoi de plus banal de tomber sur X, Y ou Z. On taille une bavette, on voit un verre, on déjeune, on prend rendez-vous et… on élabore ensemble. D’accord pas d’accord peu importe, on a échangé. » Rien n’était loin tout était possible… » dit Pascale Henry, dramaturge. Les idées comme les gens se rencontrent, font du ping-pong, évoluent. La fréquence des rencontres  fait que l’on peut prendre le risque d’aller plus loin …  Les trams quadrillent la ville, le schéma permettant d’aller d’une ligne à l’autre est clair. Les horaires prévus sont respectés. Ici on peut bouger, avancer, se croiser et plus si affinité.

 En passant par Saint Bruno

19 Novembre 13h, J’arrive de Paris  en train et J’ai rendez -vous à la gare avec Claire lapin des anges, Clarinha  Coehlo en langue portugaise. Signe de reconnaissance un bonnet (pas un gilet) jaune. Claire habite un studio sur la place Saint Bruno. Elle a accepté de m’héberger pour une nuit. A l’intérieur cette jeune femme est immense, en parfaite symbiose avec un quartier qui est encore fier d’avoir hébergé les ouvriers de cette ville et les usines où ils travaillaient. Avant même de poser mes affaires je fais connaissance avec plusieurs cafés de la place. Le quartier qui a longtemps  été séparé du centre- ville  par une barrière, ô combien symbolique, n’a pas vraiment bonne réputation. Hier comme aujourd’hui  les gens respectables du centre -ville ne souhaitent pas se mêler à la populace, d’autant que dans certains cafés, la clientèle masculine est exclusivement arabe. Dans le premier bistrot où m’emmène Claire, une chose me frappe d’emblée. Les gens qui sont là, artistes, artisans, chômeurs, travailleurs divers ne ressemblent pas à ceux que je vois à Paris. Ce n’est pas leur physique qui est différent, c’est leur façon d’occuper l’espace… Ils ne posent pas. Zut alors, il a fallu que je vienne à Grenoble  pour comprendre que les parisiens, tête de chien, pouvaient  être des poseurs. Claire me présente à toutes ses connaissances et amis. En chemin, nous faisons une pause au café le Saint- Bruno. C’est un peu le QG des alternatifs du quartier. Beaucoup ont quitté leur pays pour tenter de vivre décemment. Ici, moins on a d’argent plus on partage. Pas seulement les biens matériels, mais aussi les soucis, les drames, les joies, les plaisirs. On accueille tous ceux qui arrivent, on essaie d’adoucir ce qui peut l’être. Trouver un petit travail à une vieille dame sans le sou, se préoccuper de la santé de quelqu’un que l’on n’a pas vu depuis deux jours. On fait attention aux gens. Dans ce quartier, on vit avec eux. A écouter Claire, je comprends que cette conscience aiguë de la dignité de chacun n’a rien de surfait, bien au contraire cette solidarité des pauvres est une intelligence de la vie. Dans ce quartier les prêtres n’ont pas hésité  à se battre pour plus de justice aux côtés de la population. Ici, les filles et les fils de pauvres n’ont pas oublié que leurs parents étaient fiers d’appartenir à la classe ouvrière. Pour gagner sa vie Clarinha est modèle vivant dans des académies. Elle est très demandée. Elle s’arrange pour gagner le strict nécessaire et consacrer le reste de son temps à la troupe des Barbarins Fourchus (6), des rockers, punk  dont la priorité artistique est de donner du bonheur à tous ceux qui se donnent le mal  de les visiter.J’irais donc passer une soirée avec les Barbarins Fourchus. Ma nouvelle amie ne pratique pas le « Piolle bashing » ou art de dauber sur le maire. Il est clair dit-elle qu’ils ont fait des bêtises   » Mais moi je vois ces quartiers s’embellir, des endroits qui n’ont pas été pris en compte pendant des années et des années. Piolle est le seul maire qui ait pris le problème de l’écologie à bras le corps. Il fait ce qu’il pense qui doit être fait, même si son éventuelle réélection doit en souffrir. Grenoble est une cuvette polluée, il refait tous les quartiers, pas que le centre-ville et il replante des arbres. Sur la place Saint Bruno qui souffrait de la mauvaise réputation du quartier, il a fait construire une immense dragonne en bois. Dès l’inauguration les enfants  se sont précipité, pour chevaucher l’animal. Le pari était gagné »

De la place Saint -Bruno, j’emprunte à pied le cours Berriat pour me rendre rue Revol où habite Gisèle Bastrenta qui a accepté de m’héberger pour deux semaines.

– Tu ne sais pas où dormir ? Je vais voir autour de moi s’il y a une opportunité…

– Écoutes, j’ai une amie argentine qui occupe le 2ème étage de ma maison et qui  retourne dans son pays pour deux semaines, elle est d’accord pour te prêter son lit. Je ne connaissais pas Gisèle, elle est l’amie d’une amie. J’ai les clefs de sa maison, son frigidaire m’est ouvert, comme sa machine à café. Gisèle est psy clinicienne. Elle a longtemps travaillé sur la toxicomanie des adolescents. La gestion économiciste de la santé la révolte, face au désarroi d’une jeunesse condamnée à la relégation, si ce n’est pire. Gisèle vient d’une famille italienne de 7 enfants. Son père est originaire de la vallée d’Aoste, sa mère savoyarde. Dans  la montagne l’agriculture ne pouvait être que morcelée. La pauvreté était extrême. Son père voulait venir en France d’abord par amour de ce pays et aussi pour vivre mieux. Il a été salarié d’une entreprise  de travaux publics. Les enfants ont été scolarisés à l’école privée. Le père de Gisèle s’est montré très exigeant avec eux, il fallait que l’ascenseur social fonctionne, que les enfants aient accès à une classe supérieure. Ils sont aujourd’hui technicien, éducateur, médecin, psychanalyste, infirmier.  Nathalie la plus jeune née en 1968 est cuisinière, elle a épousé Riad Kassa  d’origine algérienne. Ensemble ils ont monté un restaurant délicieux au centre-ville. Riad dit  » Grenoble est une ville de révoltés, pas de défaitistes. Ici  on a accueilli l’énergie plutôt que l’origine » Tous  ont bien été accueillis à Grenoble, ils savent ce qu’ils doivent à la ville et à l’école.

Combien de fois me suis-je rendu Place Saint- Bruno ? Chaque fois que je pouvais y fixer un rendez-vous. Combien de fois ai-je emprunté le cours Berriat et les rues adjacentes…Je ne sais pas. Un jour j’ai levé le nez, je croisais la rue du commandant Debelle(7). Sur la plaque émaillée, un coup de craie l’avait transformée en rue du commandant Rebelle.  Le quartier regorge de lieux, alternatifs, squats, maison d’accueil, centres sociaux, associations, sièges de mouvements libertaires. La rue d’Alembert  en contient déjà deux dont la réputation n’est plus à faire le 102 et le 38. L’union de quartier Berriat, Saint-Bruno et Europole dispose d’un journal mensuel, animé par Bruno de Lescure. Il suit de très près les dossiers municipaux et se montre très virulent à l’égard de l’équipe en place. Elle n’aurait pas tenu une des plus importantes  promesses de campagne à savoir consulter les habitants sur les projets les plus importants de la mandature. Par ailleurs elle aurait en matière d’urbanisme reconduit deux projets majeurs de l’équipe précédente  qui devaient être remis en cause. Ainsi  le quartier Flaubert et la presqu’île. Le tracé de l’autoroute à vélo qui passe par le centre -ville n’a pas non plus fait l’objet d’une concertation. Les transports en commun qui devaient être gratuits… ne le sont pas.

 

L’utopie Villeneuve

Le quartier de Villeneuve, pour des raisons  contradictoires, fera parler de lui dans tout l’hexagone est bien au-delà. En 1960 Grenoble a posé sa candidature aux Jeux Olympiques de 1968. Elle est acceptée en 1963. En 1964 à la veille des élections municipales de 1965 rien n’a bougé, aucun des travaux nécessaires n’a été entrepris, Hubert Dudebout (2), ingénieur, responsable des relations extérieures au CEA, n’est pas une personnalité connue. Il le deviendra en résolvant un problème essentiel pour de nombreux habitants. Par manque de pression, l’eau arrive dans leurs appartements de façon plus qu’aléatoire. Hubert Dubedout crée un syndicat des usagers de l’eau. Par ailleurs, il constate le peu d’écoute qu’ont les partis politiques en place des besoins et problèmes des habitants. Il crée alors les Gam, groupes d’action municipaux, dont la raison d’être sera d’apporter des réponses concrètes aux besoins exprimés. En 1965 L’alliance inédite des Gam, du PSU, parti de la deuxième gauche  et du PS  social- démocrate, gagne les élections haut la main. A tous les niveaux il est impératif de transformer la ville. La municipalité prend la mesure du défi. Elle va respecter les engagements pris et surtout profiter des JO pour donner à la cité les équipements qui lui manquent. Avec les services de l’état, elle fournit un travail acharné. Le résultat est spectaculaire. Grenoble manque également de logement. L’équipe en place ne veut pas seulement faire face mais aussi innover. Les objectifs de Villeneuve quartier, expérimental sont les suivants :

-Lutter contre la ségrégation sociale

-Favoriser un autre mode de vie urbain en offrant le maximum de liens sociaux

-Inciter les habitants à être des « acteurs de la vie » du nouveau quartier

Le quartier de la Villeneuve, à cheval sur Grenoble et Echirolles, qui sortira de terre pour partie en 1972, après des études et réflexions poussées, sera avant-gardiste dans beaucoup de domaines, ainsi la  mixité sociale, l’éducation, l’architecture et l’innovation technique. Intellectuels, artistes, enseignants, ouvriers, militants divers, immigrés partagent un lieu abordable financièrement et ouvert sur le monde.

Les écoles publiques qui jalonnent les trois sous -quartiers sont à la pointe des pédagogies alternatives. Désormais l’école sera un lieu intégré croisant plusieurs vocations …bibliothèques, salles de conférences, lieux de réunion, de loisir, cantines adultes, etc Les militants du dehors sont également les bienvenus. Les immeubles avec coursive intérieure facilitant la circulation  d’un appartement à l’autre, sont plantés dans un parc immense, agrémenté d’un lac. Face à tout projet novateur, il est coutume de dire  que tout commencement est forcément idyllique  et qu’ensuite, la vraie vie reprend ses droits. De fait, les problèmes vont s’accumuler : drogue, délinquance, règlements de compte, etc

Le 15 Juillet 2010 Karim après avoir braqué le casino d’Uriage est froidement abattu d’une balle dans la tête par la police sous les yeux de sa mère. Les jeunes réagissent, brûlent des voitures. Alors que la police de proximité avait disparu du quartier depuis 10 ans, le voilà mis en état de siège, Raid, GIGN, hélicoptères, barrages. C’est la guerre, relayée comme il se doit par les médias. Jo Briant( 8) témoigne « … tous sont comme submergés par un sentiment d’écrasement, d’impuissance et de désespoir face à ces évènements qui vont encore d’avantage enfoncer les habitants dans la stigmatisation et la souffrance sociale » Nicolas Sarkozy est venu à Grenoble et il a fait un discours(9)  que la famille Le Pen ne renierait pas. Si certains des habitants quittent le navire, d’autres ne renoncent pas, un collectif d’habitants se forme. Il deviendra « Villeneuve debout »(10) sous l’impulsion d’Alain  Manac’h, militant exemplaire formé à l’éducation populaire par « Culture et liberté ». Les habitants prennent en main les problèmes, une pièce sur la délinquance est jouée, des colloques organisés, ainsi qu’une université populaire. En 2012 deux éducateurs sont assassinés par une bande de voyous. Le verdict de la justice scandalise les avocats. Celui qui a donné des coups de couteaux et « balancé » tous ses camarades présente bien. Il écopera de 8 ans de prison. Les autres qui n’ont pas fière allure et parlent mal, prendront entre 12 et 15 ans pour avoir participé à la  bagarre.

En 2013, après 3 mois d’incubation (ce qui inspirait respect et confiance) une journaliste « d’Envoyé spécial » produit une émission « Villeneuve le rêve brisé » qui  révolte tous les habitants du quartier, comme tous ceux qui ne craignent pas de dénoncer le mensonge médiatique (11). Villeneuve est un enfer, délits, meurtres et drogue ne cessent de rendre la vie impossible aux braves gens, s’il en restait. Les habitants indignés, c’est une première, sont allés en justice. Ils ont été déboutés, mais l’occasion les a mobilisés. Quoiqu’on en dise, tous les primo habitants n’ont pas quitté le navire. Mais le plus important est ailleurs : L’utopie Villeneuve a été délibérément sabotée. En 1983 Alain Carignon candidat du RPR bat Dubedout. Faisant fi des listes d’attente il exige que des logements en nombre soient attribués à des familles en situation difficile, principalement des émigrés. Ainsi Villeneuve a connu tous les problèmes des cités de banlieue. Non seulement les médias ont été dans le sens du vent, mais ils en ont énormément rajouté. J’ai eu le bonheur de  rencontrer plusieurs habitants de ce quartier.

Témoignage de Jo Briant repris dans son livre  » ABéCéDaire pour le temps présent »(12)

« Nous avons été aussitôt enthousiastes, car ce projet urbain répondait tout à fait à notre rêve d’un quartier sans ségrégation, pluriculturel, facilitant rencontres et échanges entre les habitants… Nous étions encore bercés  par l’utopie de Mai 68, par l’espérance d’un autre mode de vie sociale… Nous voulions vraiment vivre à la Villeneuve….A l’image de l’ensemble du quartier notre montée et notre coursive étaient cosmopolites, des immigrés de toutes origines, surtout maghrébins, des chiliens à partir de 1974, après le coup d’état du 11 Septembre 1973. Dans les locaux sociaux qui n’étaient pas encore vandalisés ou squattés, il n’était pas rare que nous organisions des rencontres à caractère festif, voire des apéros ou des repas collectifs »

 Jouda Bardi

travaille à la Régie de Quartier de Villeneuve, elle est militante de l’association « Pas sans nous » Elle est également l’un des moteurs de l’université populaire(13) et membre du collectif « Nous citoyennes » insurgé contre les projets de loi islamophobes.

 » On agit dans les quartiers, pas seulement pour la communauté musulmane, mais pour tous. On veut faire grandir nos enfants dans un quartier populaire  dans des conditions décentes. On a beaucoup travaillé, sans moyens mais en toute indépendance. Pour avoir une salle de réunion consacrée à la culture, sur les discriminations, les préjugés, la place des femmes dans la société, comprendre pourquoi il y a un mur entre les gens. Aujourd’hui on n’a pas d’espace pour discuter. On prend plaisir à en créer. On fait connaissance, on n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. Les politiques créent des espaces de non discussion. Je m’élève contre la ségrégation, l’assignation systématique, les étiquettes, les raisons que l’on a de nous mettre de côté. Je mets en place des jeux qui ouvrent les portes, permettent de s’impliquer et favorisent le débat. On peut tout se dire en respectant les règles de la communication non violente. On essaie de faire une bibliothèque humaine. Les jeux sont de super outils à la disposition de gens qui ont envie de créer des ponts. On est là pour colmater les brèches que certains politiques creusent, ça devient de plus en plus difficile. La société est atteinte. Ils ont beaucoup joué sur le clivage entre les uns et les autres. C’est un jeu dangereux à visée électoraliste. La société en paye le prix fort. L’université populaire est un lieu où l’on peut parler de tout cela, chacun peut s’exprimer, s’occuper de la fête du quartier. On travaille sur le vieillissement, le féminisme. C’est le regard des autres qui nous discrimine, ça pourrait être utile d’aller travailler là où ces représentations se construisent, car ce qui est  au départ leur problème, finit par devenir le nôtre. Nos enfants, on ne veut pas qu’ils réfléchissent. Si on n’est pas derrière eux, ils n’apprendront rien à l’école.

Les journalistes qui viennent ici  sortent nos propos de leur contexte, pour nous faire dire autre chose que ce que l’on a dit »

David Bodinier urbaniste, militant associatif

Dans les maquis de la résistance, ce sont nouées de vraies relations, dont il reste quelque chose à Saint -Bruno et à Villeneuve. Sinon dans la ville, les différents publics et les classes sociales sont séparées. Villeneuve est un collectif ouvert qui veut éviter cette ségrégation. C’est à Villeneuve qu’a été créée la première télévision de quartier, une centrale d’aspiration des déchets tout à fait innovante. L’eau du lac est issue de la nappe phréatique. Il y a ici une volonté de transformer les rapports sociaux, ce que ne permettent pas les révolutions par le haut. Prendre le pouvoir ne suffit pas. Modestement, il s’agira d’évaluer, réévaluer ce qui est transformé en le confrontant au vécu des gens. On n’a, ici à Grenoble, pas pris conscience, assez tôt qu’il fallait panser les plaies de la désindustrialisation, Grenoble, avec sa classe  ouvrière était une ville d’industrie. La nouvelle gauche se tourne vers l’avenir, en faisant l’impasse sur la période précédente et la lutte des classes. Les problèmes actuels de violence et de drogue en sont la conséquence directe. Comment la nouvelle équipe municipale fera-t-elle face à cette histoire ? Ce n’est pas évident.

 Willy lavastre et la Batukavi (14)

« Il y a eu une première période de 72 à la fin des années 80, où des expérimentations pédagogiques alternatives, comme celles de Steiner, Montessori ont été injectées ici dans l’école publique financées par l’état. On peut faire l’hypothèse que le renouvellement des populations a empêché une  domination appuyée de la classe dominante, il n’y a pas eu de sédimentation idéologique dissimulant les finalités réelles. Alain Carignon (RPR) comme Michel Destot le maire (PS) qui lui a succédé ont utilisé Villeneuve pour y placer des populations en difficulté. Ensuite, on a beau jeu de constater qu’il y a repli communautaire. Les moyens alloués aux quartiers diminuent et le clientélisme lui se porte de mieux en mieux. Les écoles alternatives, non sécurisées, n’étaient pas faites pour accueillir des gosses venant de pays en crise. Les premiers publics qui ont choisi de venir habiter ici étaient  issus des classes moyennes et populaires, mais pas les plus démunis.

En 2010 Karim a été tué à bout portant par la police. Le corps abattu est resté exposé pendant presque deux heures. Pendant un mois et demi, ça été l’enfer. Un jeune, mis en avant dans le reportage de 2013 d’Envoyé spécial, a avoué avoir reçu 250€ pour pointer un flingue. Les jeunes n’ont pas leur place dans notre quartier. En créant l’association Afric-impact on a monté en 1989, le premier programme d’éducation à la citoyenneté locale et internationale, pour lutter contre les représentations discriminantes touchant le continent africain et la diaspora. On a créé plus de 50 clubs  avec des animateurs  reliés à des écoles dans plusieurs villes, et organisé des rencontres interculturelles en imaginant des jeux, mettant en avant 8 personnages illustrant toute la gamme des relations Noir/blanc. Maintenant ces outils existent et sont librement partagés. On a aussi créé des jeux sur les sans- papiers. On voulait faire prendre conscience aux jeunes que les africains n’avaient ni besoin d’eux, ni de transfert de compétence. Ils ont besoin de notre argent. Le clivage n’est pas blanc/noir mais riche/ pauvre.

On leur a dit, mais vous les africains vous êtes souriants. Ils répondaient, il ne manquerait plus que cela que l’on fasse la gueule avec la galère que l’on a !

On leur a répondu, mais vous vous vous occupez de vos vieux !

– bien obligés, on n’a pas de sécurité sociale. Pour la remplacer … on fait beaucoup d’enfants !

Accueillons ceux qui peuvent venir ici.

J’avais un père qui a monté des festivals de Jazz, j’ai fait des percussions et le conservatoire.

On a créé des groupes de Batucada, comme on conçoit un outil intégrant musique, danse, marionnettes géantes. On y a réfléchi pendant l’année 2009. En faisant l’hypothèse que le Brésil pouvait obtenir la coupe du monde de 2014 comme les JO.et que l’on serait capable d’accompagner des projets internationaux. Fixer 2014 comme objectif était motivant pour les enfants. Un rêve possible à accomplir, après des tournées au festival d’Aurillac et au Maroc. On  se moquait de nous quand on évoquait l’idée d’aller au Brésil. Aujourd’hui on est en capacité de faire  1200 prestations et les médias parlent de nous. On est partenaires des JO de Tokio 2024. Nos moyens, on les obtient par du financement participatif, des prestations payantes, des subventions publiques, des participations privées. On a rencontré les palestiniens dans leur camp au Liban, et visité de nombreux pays d’Europe, on a été au Maroc et là on revient de New-york. Point Important le conseil d’administration de notre association est en majorité composé de mineurs. Nous sommes dirigés par des enfants. S’ils peuvent rêver, être fiers d’eux même et reconnus bien  au- delà du quartier, c’est aussi qu’ils ont travaillé en fonction d’un objectif  à remplir » Il y a quelque chose qui me frappe dans la démarche de Willy. Ici en France, il y a des gens qui agissent dans le  secteur culturel, d’autres dans le socio -culturel, d’autres dans l’économique…comme si ces domaines étaient séparés par des cloisons étanches. La Batukavi elle, décloisonne …Willy me regarde, il est visiblement ému : « écoutes c’est extraordinaire c’est la première fois que je prends conscience de cela. En France on est sans cesse confrontés au cloisonnement. Comment est-ce possible que nos jeux super-performants, éducatifs n’arrivent pas à pénétrer l’éducation nationale ? On n’a pas le droit de parler de psychologie, ce n’est pas notre domaine. Les entreprises ne peuvent pas entrer dans le domaine de l’éducation nationale. Au rectorat on nous a dit: « l’éducation nationale c’est nous. Vous ne pouvez être dans le secteur de l’éducation populaire qui a une histoire très lourde (ou connotée politiquement) Vous êtes dans l’animation populaire !  » La Batucavi est un bel ambassadeur de la Villeneuve et des quartiers, sans compter que cette démarche, aussi joyeuse que compétente, est  à même d’inspirer d’autres explorateurs.

En 2012, face aux projets de démolition avancés par l’ANRU, les habitants se mobilisent au sein d’ateliers populaires d’urbanisme pour inventer un nouveau Villeneuve, trop conscients que  » Ce qui se fait sans les habitants, pour les habitants, se fait le plus souvent contre les habitants » Ce projet urbain s’inscrit dans une approche globale de l’urbanisme, qui ne dissocie pas les questions sociales, professionnelles, politiques, culturelles, économiques, éducative. Dans les années 75/ 78 François  Gillet, proche des Gam d’Hubert Dudebout est maire de Meylan, une commune de l’agglomération grenobloise qui manque singulièrement de logements. Non seulement Meylan veut apporter sa contribution, mais également innover. Le quartier des Béalières sera un des premiers éco-quartiers de la région, une cité jardin aux immeubles entièrement ouverts.Une concertation très poussée implique autant les habitants que les professionnels. L’atelier public d’urbanisme dont Robert Chartier est un pivot, impulse, organise, mais la décision revient aux politiques. Priorité est donnée aux piétons, les enfants peuvent jouer tranquillement sur la voie publique. Les architectes qui  ont également travaillé sur Villeneuve font tout pour faciliter les relations de voisinage, ils multiplient les espaces de rencontre. L’union de quartier associe les habitants au devenir de leur quartier, elle développe partage, solidarité et relation avec de nouveaux habitants résidant dans des immeubles plus traditionnels, c’est à dire fermés.

Dans le quartier Mistral

Selon Hassen Bouzeghoub directeur du Centre d’Education Populaire, Le Plateau(15) »Mistral est une enclave urbaine à l’ouest de la ville, ici on est au bout de quelque chose. Il n’y a pas moins de 35 communautés dans ce lieu. Derrière il y a un mur et ensuite la Drac ». Mistral fait partie des quartiers dits difficiles de Grenoble. Il fut d’abord un quartier ouvrier. La population en a été trop souvent stigmatisée. Aujourd’hui les barres d’immeubles ont été détruites, le quartier est en pleine rénovation. Pour ceux qui l’ont connu dans les années 60/70, la nostalgie est grande, au-delà de ceux qui ont eu la chance d’habiter la cité jardin, aujourd’hui détruite. Ces années – là ont vu arriver les rapatriés d’Algérie, de nombreux espagnols, relativement peu de maghrébins. Les italiens, eux, étaient là depuis longtemps. Tout le monde se connaissait, on se parlait, on se rendait service. Ces années là- étaient celles de l’ouverture, on était persuadé que le monde pouvait changer et que chacun pouvait y contribuer. Brahim Rajab a fait en 2005 un film (4) sur l’histoire récente du quartier- Mistral « Décibel années » Dans ces années- là, l’équipe municipale portait une vraie attention aux populations des quartiers. Pour eux, la culture n’était pas seulement un moyen de donner du sens ou d’élever le débat, mais aussi un moyen puissant pour désenclaver le quartier, travailler à sa reconnaissance et ainsi changer son image. Point majeur, il ne s’agissait pas de faire le bien des gens mais plutôt de donner les moyens à tous de se saisir des outils proposés.

René Rizzardo(3) : « Mistral a été pour nous comme pour beaucoup d’élus et pour Hubert Dubedout, un terreau d’expériences de ce que l’on pouvait changer au niveau d’une mairie » La musique a été le vecteur principal choisi pour se donner du mouvement. A trois niveaux différents.

– D’abord en organisant des grands concerts rock/ pop/ punk /musiques du monde  à l’occasion de la fête du quartier, ce qui n’empêchait pas l’organisation de petits bals populaires et autres animations. Bernard Lavilliers,  encore peu connu a été un des premiers à venir à Mistral avec son percussionniste Mino Celenu, à l’époque pas plus connu que lui. Quelques années plus tard Lavilliers est revenu jouer gratuitement à Mistral « Si vous dites aux gens que vous les aimez et que vous ne revenez jamais, cela ne veut rien dire »

-Forts de premiers succès prometteurs, responsables techniques, jeunes, artistes se sont réunis pour mettre sur pied une fréquence de  programmation soutenue. Les jeunes du quartier n’avaient pas les moyens d’aller à des concerts au centre- ville et un des objectifs était également de faire venir régulièrement à Mistral un public extérieur. Téléphone, Starshooter, Dire Straits, Bob Marley et bien d’autres sont venus et ont remporté un énorme succès. Avec l’avènement du Hip Hop la danse a été mise à l’honneur.

– Conscients de la difficulté d’accès au conservatoire de musique, les élus ont mis sur pied une nouvelle expérimentation dans les quartiers, celle d’écoles de musique. Mistral sera un des premiers choisis. Trois heures, au lieu d’une, seront consacrées à la musique. Le travail se fera autour de l’éveil et des techniques de base. Des musiciens présenteront aux élèves leurs différents instruments. Un an après, chaque élève pourra choisir sur une liste l’instrument qu’il souhaite pratiquer. Chaque élève aura droit  à des cours particuliers, lui permettant de progresser rapidement. Les élèves étaient trop motivés pour rater un seul cours. En 1983, Hubert Dubedout(2) est battu. Ni les expérimentations, ni la culture, n’ont désormais droit de cité dans les quartiers. Le traitement social et la politique des grands frères (16) suffiront pour acheter la paix sociale. Accusé d’escroquerie et de corruption passive, le maire Alain Carignon sera condamné à cinq ans de prison (21). Michel Destot (PS) lui succédera pour trois mandats. Parmi nos interlocuteurs, certains pensent qu’il aura été  un maire clientéliste. Sa politique culturelle ne sera pas radicalement différente du maire précédent. D’autres comme Marie Laure Mas ont un avis beaucoup plus nuancé  » Destot n’encourageait pas la politique des grands frères (16). Il faisait avec. Le drame de ce quartier c’est que tout le monde fait avec. Pourquoi ? parce que les mecs qui tiennent le quartier sont superpuissants. C’est pour moi une zone en dehors de la démocratie. Ce ne sont pas les lois de la république qui s’y appliquent, mais la loi de ceux qui tiennent le quartier à travers le trafic de stupéfiants »

Le Prunier Sauvage, lieu de vie artistique (4)

Son directeur, Brahim Rajab à l’orée de 2019, le définit ainsi :  » Un lieu de vie culturel et artistique tel le Prunier Sauvage est un lieu foisonnant, où des artistes professionnels croisent des amateurs. Un endroit où l’on rencontre des enfants qui, un instrument sous le bras, viennent apprendre et grandir en musique. Les habitants d’ici refont le monde avec les habitants de là-bas, où chaque pas nous mène vers l’autre et élargit notre horizon. Un espace où l’imaginaire est roi, où l’on vibre, partage, et crée ensemble. En 2019, avec la programmation concoctée par l’équipe du Prunier Sauvage et ses complices, nous aurons une irrésistible envie de courir, les enfants danseront à l’école, Ulysse s’échouera au pied des HLM. Nous voyagerons à travers le son, des Balkans à la Colombie, en passant par l’Afrique et l’Orient. Nous suivrons une petite fille afghane, frêle papillon dans les griffes de la bête. Et tous ensemble, nous chercherons l’hospitalité à l’heure où les portes se font lourdes »

Rencontre avec Brahim Rajab

« Depuis 1983, La culture et la république ont déserté le quartier. La pratique de la politique des grands frères( 17))très efficace à court terme pour acheter la paix sociale, se révèle à terme une catastrophe. L’emprise de la religion est de plus en plus forte ainsi que le trafic de drogue. Mais grâce au travail des associations, et à la Maison des habitants, Mistral ne connait pas un chaos total. Depuis que la nouvelle équipe municipale est en charge, on voit des techniciens de la mairie qui s’implantent dans le quartier, la république revient. La nouvelle municipalité qui ne connaissait pas ce type de territoire a su écouter, elle essaie des choses pour être plus présente. La première adjointe du maire, Elisa Martin(17) a pris en charge cette mission. A l’origine du Prunier Sauvage  se trouve une association dont certains  membres avaient connu et très fortement apprécié l’expérimentation des 3 heures de musique par semaine initiée par René Rizzardo( 3), dans un contexte de forte mixité sociale »

Brahim Rajab est arrivé du Maroc en 1978. A Fontaine, petite ville de l’agglomération grenobloise, on ne se préoccupait des origines de personne. A Partir de 1983 Alain Carignon comme le maire socialiste  Michel Destot, ont  procédé à un regroupement ethnique des population, ce qui a fortement contribué au repli sur lui -même du quartier. « L’ UE, via un programme de développement de territoire qui n’a à priori rien à voir avec la culture, nous a permis de mettre en place le festival Mistral, Courant d’ Airs en 2002. Cela a forcé les institutions locales à accorder un peu d’attention à  nos propos. Nous subissons un trafic de plus en plus structuré, la mafia, l’emprise religieuse. Nous voulons que les gamins qui grandissent ici aient  accès à d’autres références. Nous voulons élargir leur capital culturel en liaison avec leur environnement de proximité. On ne doit pas laisser toute la place à ce qui les enferme. Au départ c’était très difficile, avec un petit budget et beaucoup de gens contre nous, dont les techniciens du milieu culturel qui ne voulaient pas que l’on aille sur leur terrain. Le Prunier Sauvage, c’est un peu une herbe folle qui résiste malgré tout, une petite équipe de trois personnes. Et la population qui nous soutient. Grâce au rétablissement  des 3 heures de musique par semaine, on a pu monter un petit orchestre d’enfants. Il faut prendre en compte les droits culturels. Les citoyens ne sont pas seulement un public à qui l’on  vend. L’important  est d’avoir un impact politique dans la vie de la cité. Avec les partenaires du Prunier, on va pouvoir en quelques années changer le quartier, modifier la trajectoire de certains jeunes, en tous cas leur donner toutes leurs chances. La culture n’est pas un gadget » mais un levier. Nous voulons prendre en considération les citoyens avec leur richesse culturelle pour aller vers le partage, vers une culture commune. L’orchestre choisit les morceaux qu’il veut jouer. Nous organisons des repas partagés artistes/ habitants, pour que ces derniers s’approprient le lieu, de même pour les personnes âgées du foyer. nous accueillons aussi des conférences gesticulées et développons  un projet autour des arts de la rue. La culture est une arme essentielle pour lutter contre l’assignation culturelle et sociale. Quand on se  sent considéré, écouté, que l’on a accès à des espaces d’expression, on est mis en valeur, encouragé, on fait partie du jeu, on n’est pas hors- jeu. Au -delà de son quartier, on appartient alors à une communauté plus globale. On a construit un char  » Machine à rêver » Son équipage part à la recherche de l’homo Oeniricus qui a perdu sa capacité à rêver. Il s’agit de l’aider à retrouver ses rêves. A chaque halte, jusqu’au centre- ville, interviennent un groupe  de citoyens et d’artistes amateurs et de gamins en chant ,en musique, en poésie. Avec le Parc des Arts on est en train de monter un gros projet qui participe des arts de la rue, du cirque et autres improvisations. Il est impératif de tout faire pour que les habitants de nos quartiers, les enfants en particulier, retrouvent la confiance en eux ». Brahim en sait quelque chose lui qui a grandi ici et été exposé au mépris.  Ainsi monsieur x, qui dit devant lui  » Moi je vais à la montagne, parce que l’été, il y a trop d’arabes sur la plage. L’ancrage territorial est très important, Le Prunier Sauvage travaille avec beaucoup d’autres structures, « les arts du récit », Mixart le plus gros festival des arts de la rue et surtout avec les écoles du quartier, la maison des habitants, la maison de l’enfance, qui mettent sur pied des résidences. Travailler à une double échelle, ici et ailleurs est très important. Un jour lors d’un repas partagé ,on demande à nos hôtes où ils aimeraient aller. L’un répond : j’aimerais aller à l’opéra… Moi aussi… moi aussi. On a pris contact avec l’opéra de Lyon qui s’est montré enthousiaste. un groupe de 21 habitants du quartier a été reçu. Ils ont visité l’opéra, assisté à un spectacle. Très bien mais cela ne nous suffisait pas. On a demandé que des membres de l’orchestre de l’opéra viennent nous visiter. Ils ont accepté et sont venus animer un atelier de chant lyrique. la rencontre avec l’orchestre des enfants du quartier a été magique. C’est comme cela que l’on essaie de réinventer les choses. Notre lieu ne respecte pas les clivages castrateurs. Ce qui a été néfaste, c’est la création d’un Ministère de la Culture. Éducation populaire /jeunesse et culture ont été séparés. Selon le voeu de Malraux on impose une vision de la culture qui donne la primauté à l’esthétique et aux oeuvres d’en haut. Ce parti-pris nie toute forme de diversité  et fait de nous des consommateurs de culture, pas des acteurs. » La Bobine (18) « se bat sur le même terrain que le Prunier. Ils prennent de vrais risques avec une  programmation aussi variée que possible pour un jeune public, sans flatter l’intellect de personne.

Nouvelles Résistances

Dans cette ville l’esprit d’insoumission ,la revendication égalitaire s’inscrivent  dans des lieux: centres sociaux sauvages, squats, centres culturels, maisons des habitants, bibliothèques(19). Il faut également prendre en compte qu’à Grenoble, sont arrivées des populations de plusieurs continents fuyant  la misère locale. La pauvreté d’ici, malgré des conditions de logement souvent indignes, a constitué un pas en avant, il semble bien qu’elle ait forgé un éventail de valeurs humaines où le partage, l’entre-aide, la primauté du lien humain, seront constitutifs d’une culture populaire digne, joyeuse, porteuse de progrès et d’exigence, une culture des laborieux, sans cesse confrontée aux contraintes du terrain et donc susceptible de développer une intelligence collective sans tabous. On a trop souvent tendance  à oublier qu’avant l’atomisation des tâches un ouvrier pouvait être fier d’ouvrer…d’oeuvrer. Une ville comme Grenoble nous rappelle qu’il existait, qu’il existe encore et  pourrait exister une authentique culture populaire de fierté, de luttes, de partage et d’imagination. Si on remonte un peu plus loin dans le temps on s’aperçoit  qu’ici sont également nées les premières sociétés mutualistes. La première société de secours mutuels de France fut créée le 1er mai 1803 par les ouvriers gantiers grenoblois. Suivirent celle des cordonniers , des peigneurs de chanvre, des mégissiers, chamoisiers, tanneurs et corroyeurs, des tisserands, drapiers et tapissiers en juillet 1808. Un siècle plus tard se crée celle des maçons, tailleurs de pierre et charpentiers. C’est également à Grenoble que virent le jour les trois premières sociétés mutualistes féminines en 1822. Toutes ces associations mutualistes se regroupent dans une maison de la mutualité. Elles visent à protéger l’ouvrier et sa famille, en cas de maladie, par le versement d’une allocation. Certaines versent également des indemnités de chômage, voire des pensions aux vieillards. Sur un axe plus politique  on ne peut passer sous silence la trajectoire de Joseph Bernard,  ouvrier serrurier, militant anarchiste, puis socialiste révolutionnaire. Il est l’un des fondateurs du mouvement libertaire et du syndicalisme dans l’Isère et dans le Rhône. En 1879 il participe au congrès national ouvrier de Marseille, vote la motion féministe et à son retour organise une chambre fédérale ouvrière qui est, à Grenoble, le premier groupement professionnel et politique de la classe ouvrière. On notera  que la plupart des ouvrages consacrés à la ville ont une singulière tendance à passer sous silence l’histoire du mouvement ouvrier des années 50/ 60, alors que la population ouvrière pouvait représenter jusqu’à 40% de la population active.  Silence relatif également sur les prêtres militants, condamnés par leur hiérarchie. Dans ce schéma, coincé entre la répression de l’état bourgeois assimilant l’ensemble du mouvement au terrorisme d’une minorité et le communisme stalinien éliminant et disqualifiant tout mouvement révolutionnaire pouvant lui faire de l’ombre, la mouvance anarcho-libertaire travaillant à la construction d’une société égalitaire s’auto-administrant ne pouvait qu’être boycottée, maltraitée ,voire éliminée. On ne peut donc que constater un énorme déphasage entre  le bouillonnement politique, culturel , scientifique et l’une de ses sources d’inspiration. Ce déphasage explique sans doute la tendance au repli sur soi d’initiatives généreuses et altruistes, voire une certaine mélancolie. Ceux que l’histoire a blessés, peuvent être en  permanence en proie  au doute, voire à une remise en question. Aujourd’hui leur modestie comme leurs convictions égalitaires sonnent étrangement juste à nos oreilles qui savent qu’aucune révolution, aucun encerclement ne peuvent justifier la descente aux enfers du goulag et autres camps de la mort.

Le 38 rue d’Alembert – Centre social Tchoukar (19)

 » Nous partons d’un constat simple : la ville a besoin d’espaces où peuvent s’inventer et se réinventer nos vies, indépendamment des pouvoirs publics. Des lieux d’entraides, de débrouille, où se tissent des liens et des solidarités dans la rencontre plutôt que derrière un guichet. Où il est possible de résister, partager nos joies et nos combats ; développer des initiatives so-ciales et culturelles pour toutes les personnes qui ne se reconnaissent pas dans les cadres habituels ou qui en sont simplement exclues. De lieux où les activités sont gratuites, où l’on peut partager des moments, des savoirs et des pratiques librement : prendre des cours de français ou de soutien scolaire, réparer un jean ou un vélo, voir une pièce de théâtre dans un lieu improbable, y entrer en curieuse et en sortir le ventre plein, l’esprit léger et le cœur réchauffé. Ces espaces existent à Grenoble et ils sont précieux. Ces six derniers mois, la politique d’austérité de la Ville a mis directement en péril des espaces communs dont nous avons pourtant cruel-lement besoin….Dans ce contexte, nous avons urgemment besoin de maintenir et densifier les liens entre les habitants et les habitantes, afin qu’ils puissent continuer à subvenir à leurs besoins, et sur-tout à s’auto-organiser. Le quartier nous appartient, nous le défendons collectivement.

 » C’est dans cette optique que le Lieu Com-mun, centre social Tchoukar du 38 rue d’Alembert, s’est installé à Saint-Bruno il y a deux ans. Il est au-jourd’hui menacé par les pouvoirs publics, proprié-taires des lieux, qui souhaitent le raser pour construire à la place des logements sociaux. ….Nous désirons poursuivre l’aventure du 38 afin que perdure ce que nous y avons déjà mis en place : un magasin gratuit, une laverie, une cantine sur la place, une salle de répét, un atelier de réparation de vélos, un atelier couture, un cinéma de quartier, une salle de sport, un lieu d’activités qui rayonne au -delà du quartier St-Bruno. Ici et maintenant, nous construisons petit à petit un quartier populaire tel que nous l’imaginons. Ne laissons pas la mairie tailler nos rêves en pièce ! »

extraits de la lettre ouverte  produite par le 38 face aux menaces d’expulsion

 Rencontre avec Alan et Clément … à moins que ce soit avec Paul et Léon !!!

Le 38, centre social autogéré existant depuis 4 ans se situe dans la proximité idéologique des centres sociaux autonomes italiens. Dans les années 70 Le mouvement  autonome, alors partisan de l’action directe, rejette l’affiliation à toute structure pyramidale et anti égalitaire de type syndical ou partisan. » On essaie de transformer le monde de l’endroit où on habite, à partir de gestes quotidiens. Dans l’atelier vélo, gratuit, on ne répare pas à la place des gens, on leur apprend à réparer( on ne fait pas pour les gens, mais avec eux) On pratique la solidarité dans un monde qui a choisi l’individualisme. Ce que l’on a évidemment en commun c’est l’endroit où l’on habite. On croise pas mal de monde, ici au café le Saint Bruno, à Cap Berriat(20), dans le quartier, des syndicats comme Solidaires, Sud, la CNT, Ici-Grenoble pour s’informer autrement sur Grenoble et ses environs(30)

Avec nous, la mairie pratique la brosse à reluire par devant et la répression par derrière. C’est une gauche radicale qui ne supporte pas sa propre dissidence. Ainsi des conseillers municipaux ont été exclus de la majorité, parce qu’ils ont refusé de voter un budget d’austérité, « imposé » par les dettes toxiques contractées sous les mandats précédents. Ils dealent avec leurs propres contradictions …comme nous on deale avec les nôtres. La préfecture a fermé l’Engrenage, ainsi que d’autres cafés alternatifs pour de soi-disant raisons d’insécurité. On présume que ce nettoyage prélude au retour d’Alain Carignon(21) condamné à 5 ans pour corruption et qui ferait naturellement campagne sur l’insécurité » Grenoble le Chicago français » Il dispose d’une équipe experte en calomnies et en « fake news » Comme Ségolène en 2007 , l’équipe municipale réagit en lançant sa propre campagne sur la sécurité, plutôt que d’annoncer des mesures de gauche.

Nous ne manquons pas de nous poser des questions, la dispersion n’est pas toujours un handicap, elle peut être féconde à certains moments. Nos amis ont les mêmes interrogations sur les possibilités de convergence, peut-il y avoir d’autres zads, quels enseignements peut -on tirer de l’expérience zapatiste. quel rôle peut jouer l’esthétique dans la construction d’un lieu, dans son appropriation?  »

La bibliothèque Antigone (22)

est une médiathèque, une librairie pour enfants autant que pour adultes , mais aussi un lieu d’événements publics, conférences, réflexions, débats, confrontations, radicalité, c’est à dire un lieu habité tant par une proximité affective que par les d’idées. Ici, comme au 38, la volonté de changer le monde n’oublie jamais que les êtres humains , adversaires ou amis, sont fragiles, ambivalents, contradictoires. Ainsi cette volonté de transformation n’a de sens que si elle refuse d’être en surplomb, elle ne peut avoir des chances d’aboutir que dans la réciprocité. Chaque être humain est à priori un expert de sa vie qui a besoin d’être nourri par l’expérience des autres, par un capital de réflexions et savoirs lui permettant de s’exprimer, se remettre en cause, construire avec les autres. Antigone existe depuis 2002, deux femmes Christel et Aurélie en sont les cofondatrices. « Pour des raisons humaines, sociales et politiques c’est essentiel qu’ Antigone ait  été fondée par des filles »En Mars 2011,  la Traverse, revue des  Renseignements généreux, site d’auto-défense intellectuelle, leur donnait la parole.

extraits

 » Le plus important pour qu’une opposition puisse se construire, c’est de donner aux gens des outils de réflexion….Cet esprit de résistance, je le dois en grande partie à mon père, militant socialiste proche des idées de Jaurès. Je l’ai toujours vu manifester et protester. Il m’a élevée avec un sentiment de révolte, l’idée que les classes populaires n’auront que ce qu’elles auront réussi à défendre et à conquérir, que la vie est faite de rapports de force entre dominants et dominés, entre pauvres et riches…

….Antigone parce que le projet est parti, à l’origine, de deux filles qui voulaient se battre, résister et opposer la raison du coeur à la raison d’Etat. On veut montrer que les petits individus peuvent être aussi forts que les institutions. Pour nous, la symbolique de cette bataille, perdue au sens strict, cette guerre entre le pot de fer et le pot de terre, le personnage d’Antigone le symbolise complètement…. C’est un personnage féminin, et nous trouvons qu’il manque cruellement de représentation féminine dans la lutte, dans le militantisme. Souvent, les présidents d’associations, ceux qui parlent, ceux qui mettent officiellement leur nom pour appeler à manifester, ce sont des hommes, ce qui nous gêne beaucoup. Nous voulons que la dimension féminine pose la base d’Antigone, tout en remettant en question le concept de genre. Nous sommes parties du postulat que nous vivons dans un monde avec une certaine construction du genre et des personnalités, et dans ce cadre, les femmes ne proposent pas le même genre d’inventions, de résistances et d’oppositions que les hommes, et il est important qu’Antigone soit pensée et mise en place par des femmes. … On n’a jamais voulu être dans l’imaginaire ou l’esthétisme  »crapouillou », on veut que ce soit un lieu chaleureux, joli, coquet. On veut que, lorsque tu rentres dans Antigone, tu ressentes quelque chose de l’ordre du ventre de la Baleine dans Pinocchio, ou la caverne d’Ali Baba. Extérieurement Antigone est moche, ne ressemble à rien, et puis tu pousses la porte et paf, il y a des petits coussins, des petites loupiotes, plein de couleurs. On a envie que les gens se sentent bien à Antigone, comme chez eux, comme chez leur grand-mère. »

Si Antigone est profondément en affinité avec l’esprit libertaire, elle n’est pas pour autant une vitrine du mouvement anarchiste. Son postulat anti- autoritaire  ne peut qu’être en cohérence avec une ouverture éloignée de tout dogmatisme.  Antigone est également proche du Local autogéré, de la BAF qui refuse également le sexisme d’un langage masculin dominant, de Cortecs « Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique & sciences) qui  a pour objectif central la transmission des divers aspects de l’esprit critique, la pensée critique ou sceptique (critical or skeptical thinking chez les anglophones)  »

La Bobine (18)

La Bobine est un espace de rencontre entre artistes,un lieu culturel participatif dont le fonctionnement est assuré par plus de 140 bénévoles et de 20 salarié.e.s. La Bobine est auto- financée à 95% .Avec ses 5 studios dont 4 de  répétition et un  d’enregistrement, sa salle de spectacle de 300 places, son bar avec une scène et un restaurant  ouvert sur le parc Mistral, elle est un lieu de vie où chacun a le loisir de venir soit pour manger, boire un verre, écouter un concert , créer sa propre musique ou spectacle et découvrir des possibilités d’activités qu’il ne soupçonnait pas à priori. Le lieu fait se rencontrer amateurs et professionnels, associations et grand public. Cette ouverture sur le quartier, les autres associations, les écoles sont vécues comme d’autant plus nécessaires que la Bobine n’est que récemment implantée dans le quartier Mistral. La programmation du lieu est le fruit de décisions collectives prises après débat. La motivation , l’implication sont requises et non la spécialisation, chacun étant acteur avec un savoir qu’il faut prendre en compte. L’entrée aux concerts, spectacles est à prix libre. L’objectif est que tout le monde puisse  s’approprier le lieu. Mélanie qui codirige la Bobine est attentive à  nouer des partenariats  sur le territoire avec d’autres associations qui cassent également les codes comme le Magasin, les chorégraphes locaux du Pacifique, Le Prunier Sauvage et son projet de Parc Artistique ouvert à tous.

Les Barbarins Fourchus (6)

Y-a-t-il un endroit au monde où Marcel Azzola et Alice, la petite fée au pays des merveilles auraient pu avoir  plaisir à se retrouver? Réponse problématique?  Pas le moins du monde. Dans ce même lieu, on aurait pu retrouver Boris Vian, Les Clash, Raymond Queneau, Capitain Beefheart, Edith Piaf, Arthur Cravan, Franck Zappa, Alphonse Allais, les frères Trois Gros, Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, Noureev, L’art ensemble, Oncle Paul et ses belles histoires. La compagnie des Barbarins Fourchus, « reconnue  de futilité public » a l’extrême  élégance de casser les codes  sans le dire , de préférer l’aventure vivante à toutes les classifications mortifères. La vie étant trop sérieuse pour que l’on puisse se prendre au sérieux, les Barbarins l’aiment partout où elle circule, autant dans la rue, les bistrots que dans les théâtres où les bals de quartier. Ils sont trop goûteux des belles et bonnes choses pour proscrire à priori toute forme dite de mauvais goût. Les Barbarins ont de l’appétit, des expériences musicales, théâtrales, artistiques sans tic, des savoirs à la pelle et une exigence éthique que leur pudeur pourrait bien camoufler sous la grosse rigolade. Ce qui se voit, se boit, se mange, s’écoute, se touche est aussi ce qui se partage. Partager c’est avoir le goût des autres , c’est ouvrir grande sa porte, sans que personne puisse penser, « on fait partie de l’élite ,alors qu’il est doux de rester entre nous » Les Barbarins travaillent dans la proximité des gens, ils aiment les gens il savent les accueillir, spectateurs ou compagnies amies. Ils pratiquent le prix libre dans leurs salles du quartier Saint Bruno/ Bériat. L’humour est leur seconde nature, histoire de ne jamais dire c’est parce que l’on vous a écouté et compris que l’on fait des concerts bâtards qui deviendront « concerts pastard », et que le dimanche matin la musique classique est accueillie dans « les concerts en robe de chambre ». Bien sûr leur punkitude, leur révolte est en affinité avec les anarchistes. Comme beaucoup de ces militants de l’égalité, dans un monde profondément inégal , ils peuvent se laisser aller parfois à quelque mélancolie, mais la tendresse  est toujours là , bordel, comme l’appétit qui porte en toute lucidité vers de nouvelles aventures aussi. Claire des anges qui m’a hébergé place Saint Bruno leur consacre tout son temps libre. François Laroche de Féline qui m’a accueilli dit  » Delfino » est compositeur, chanteur, instrumentiste, illustrateur et co-fondateur des Barbarins forcément fourchus puisqu’ils ont plusieurs cordes à leur arc. Il  vient de sortir son premier disque en solo » High down Kisses »(23) … est-ce que tu peux entendre ce que je pense, ce que je ressens » A écouter avec grand bonheur.

Le Magasin  des Horizons (24) centre national d’art et de cultures

Vous vous posez des questions sur l’authenticité de l’art contemporain… une affaire de snobs croisant des affairistes préférant investir dans l’art contemporain plutôt que dans le Cac 40 ? Vous avez suffisamment mauvais esprit pour penser que cette avant-garde auto -proclamée à la pointe du nihilisme désenchanté n’est ni plus ni moins que réactionnaire, c’est à dire farouchement opposée à toute mise en question de ses privilèges, à tout questionnement respectueux de l’intelligence populaire et de ses imaginaires… Alors donnez- vous la peine d’entrer au Magasin des Horizons. Sous l’impulsion de Béatrice Josse,  féministe déterminée et de son équipe, on y est prêt à bousculer tous les conformismes, toutes les certitudes

 » Il est temps de rallumer les étoiles »

 » Loin de l’isolement des arts trop disciplinés et catégorisés, le Magasin des Horizons entend bousculer ce qui nous restait de certitudes. Essaimer et s’ouvrir aux questions d’écologie, de féminismes, de genres et post-colonialismes…. rien de rationnel, beaucoup de magie et de spiritualité, un brin de fantaisie sont les ingrédients de cette incantation à ré-enchanter le monde. « l’art contemporain dit Béatrice Josse, c’est autre chose que des expositions, ce que l’on a démontré pendant toute la saison dernière avec des projets mêlant des artistes, des activistes, des gens du secteur social… Tout ça, c’est aussi de l’art contemporain. Il est vrai également que l’état dégradé du lieu permettait difficilement d’y tenir des expositions et qu’en attente des financements indispensables, il semblait plus gratifiant de transformer la contrainte en opportunité d’exploration trans-artistique. Elle a ainsi privilégié l’achat d’oeuvres immatérielles  conçues par des femmes en lien avec la performance et le spectacle vivant » Ce n’est pas uniquement avec les yeux que l’on voit les choses »  L’art visible ou invisible est protéiforme , partout où l’on veut bien se donner la peine de l’inventer, parmi d’autres utilités possibles, il est capable de relier plutôt que de s’ingénier à séparer. Ici tout désirant, toute désirante sont les bienvenus. Des artistes associés comme l’écrivaine Chloé Delaume, des chorégraphes, danseurs comme Yoann Bourgeois, Rachid Ouramdane, Marie Roche qui dirige le centre national chorégraphique  » le Pacifique »  des chercheurs, politologues, des formateurs animent un lieu tourné vers la multiplication,  des rencontres. Ainsi  des ateliers au croisement de pratiques corporelles et recherches transversales questionnant les modes de transmission de savoirs, des expérimentations ouvertes à toute personne désireuse de mener une réflexion vivante et autonome et d’améliorer par le collectif ses recherches personnelles; des formations en atelier, en sorties ou à distance  pour les autodidactes comme pour ceux qui souhaitent partager leurs recherches et leurs expériences.
Ainsi des bivouacs de débats à thème sont créés, une Académie de la marche pour marcher, explorer, se mobiliser , débattre en mouvement, comme des manifestants revendiquant tout  simplement  d’inventer ensemble un art de s’interroger proche de celui de  respirer, s’indigner, avancer et si possible hors de tout sexisme! L’espoir, au bout du chemin, est de créer des passerelles susceptibles de mener à un monde commun, un monde où l’on puisse s’émerveiller, rêver ensemble, créer des aventures artistiques au coeur d’une  cité où l’art sous toutes ses formes aura contribué à l’édification d’acteurs humains reliés.

En Mars Le magasin propose une nouvelle exposition  » Entropie j’écris ton nom » Les vidéos et installations présentées ne sont pas sans rapport avec la réhabilitation du lieu confiée à des artistes. » Comment avoir un langage commun, faire alliance, faire du collectif. L’art est un moyen de discuter, de raconter des histoires, dit Béatrice Josse.

 

Christiane Guichard La Dame de la Casamaures (25)

Est-il possible d’imaginer un palais oriental, ses jardins rappelant l’Alhambra de Grenade, à Saint Martin le Vinoux, juste à la sortie de Grenoble au pied de la montagne?  Est-il possible d’imaginer qu’un homme, Joseph, Jullien dit Chocard âgé de 52 ans, aussi simple qu’ouvert à toutes les chimères, ait rêvé assez fort pour réinventer les Mille et une nuits, anticiper de quelques décennies sur la création  du bleu Majorelle? Innovation stupéfiante bénéficiant de l’invention du béton par Louis Vicat  en 1817. Seul un homme aussi naïf que le facteur Cheval, aussi ouvert à l’architecture  rêvée d’un autre continent, a pu concevoir un tel projet.  Dans les années 60, le lieu est abandonné, il est squatté par des clochards. La Casamaures  est vendue.Le propriétaire compte faire une belle opération immobilière en rasant l’immeuble  et en créant une zone artisanale pour des touristes. Aucun obstacle majeur ne devrait se dresser face à ce projet. D’autant que  les  habitants des villages situés dans l’environnement proche de l’édifice considèrent celui -ci  comme une sorte de verrue, d’un goût  d’autant plus douteux, que leur vision de l’arabe n’ a rien de culturel. Alors le sort en est jeté ! Et bien non, une frêle jeune femme de 29 ans à peine sortie des beaux -arts dispose, elle, de toutes les connaissances nécessaires  pour apprécier le palais à sa juste valeur . Combien de fois l’a- t-elle croisé sur sa route depuis son enfance, elle, dans les bras de sa mère assise dans le bus les yeux fixés sur cette folie architecturale sise …rue de la Résistance ? Elle a zéro franc dans les poches, mais elle dit non. Elle alerte ses amis, emprunte aux uns, aux autres et forcément au banques. Elle gagne… la première manche. L’édifice est en mauvais état les peintures, les fresques, calligraphies ont énormément souffert. Avec autant d’élégance que de détermination et non sans humour, Christiane ne renoncera jamais , malgré les effondrements successifs. Elle fondera une association , organisera des expositions, colloques, se mettra financièrement la corde au cou, soutenue dans les premières années par le poète Colas Bailleul. Elle restaure le lieu. Le responsable aux travaux de la mairie lui intime l’ordre de le faire dans la palette des couleurs  référencées. Elle proteste, écrit à la préfecture. Sa lettre doit être tellement extraordinaire, qu’un bon génie la transmet au ministère de la culture. Les services de Jack Lang bondissent sur cette pépite. La Casamaures sera classée monument historique. Plus récemment  un projet de rocade est à l’étude. La montagne sera transpercée et la Casamaures tenant à peine debout aura toute chance de s’effondrer.  Encore une fois, Christiane va se battre. Une commission d’experts est mise sur pied, elle jugera que l’utilité publique du projet n’est pas prouvée.  Depuis que la dame de la Casamaures a investi le lieu des centaines , peut être des milliers de visiteurs ont franchi la porte du palais. Ils ont pu goûter la beauté du lieu, comprendre  qu’à moins d’être fortement handicapé rien, ne justifie qu’un humain renonce à son idéal et à sa volonté de le partager.

 PMO – Pièces et main-d’oeuvre (26)

L’ennemi surpuissant est le capitalisme technologique. Pour le contrer, organiser la résistance pendant qu’il est peut -être encore temps. » Pièces et Main d’Oeuvre », atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble, agit depuis l’automne 2000  : enquêtes, manifestations, réunions, livres, tracts, affiches, brochures, interventions  médiatiques , etc.
Des individus politiques animent PMO, pas un collectif. …  « Nous considérons que la technologie – non pas ses « dérives »- est le fait majeur du capitalisme contemporain, de l’économie planétaire unifiée. Elle est la continuation de la guerre, c’est-à-dire de la politique, par d’autres moyens….. La technologie, c’est le front principal de la guerre entre le pouvoir et les sans-pouvoir, celui qui commande les autres fronts. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’autres fronts, mais que chaque innovation sur le front de la technologie entraîne en cascade une dégradation du rapport de forces entre le pouvoir et les sans-pouvoir… Nous soutenons que les idées sont décisives. Les idées ont des ailes et des conséquences. Une idée qui vole de cervelle en cervelle devient une force d’action irrésistible et transforme le rapport des forces. C’est d’abord une bataille d’idées que nous, sans-pouvoir, livrons au pouvoir, aussi devons-nous être d’abord des producteurs d’idées. …..
Si nous avons semé quelques doutes, par exemple sur les nanotechnologies et les technologies convergentes, sur la biométrie, les RFID et les neuro-technologies, sur le téléphone portable et nombre de sujets connexes, sur la destruction du territoire, la cannibalisation de « l’écosystème » par le système technicien, c’est à force d’enquêtes, de harcèlement textuel, d’interventions lors d’occasions officielles……
Ne jamais dénoncer les malfaisances sans dénoncer les malfaiteurs. Ne jamais répondre à leurs manœuvres de diversion et de récupération. Ne jamais lâcher le front des nécro-technologies.
….. Il faut vivre contre son temps  »

-Fait sans doute significatif.  Parmi les responsables politiques de la mairie, qui sont l’une des cibles de PMO  personne ne se hasarde à aborder de front les critiques de PMO.

« Ils exagèrent sans doute beaucoup mais en même temps, leurs interrogations ne manquent pas de pertinence ».  PMO refuse toute technologie substituant la machine à l’humain et ne pouvant qu’aboutir à une société totalitaire où le contrôle de toute action serait systématique. Historiquement PMO s’inscrit dans la lignée du mouvement luditte du XIX siècle, incitant les ouvriers à détruire les machines. Les critiques portent sur des investissements importants consacrés entre autres à : Minatec. En 2000. Le feu vert est donné au CEA, allié à l’état et aux industries de pointe pour créer un pôle de recherche et d’applications consacrées aux micro et nano- technologies. 2016 Le polygone scientifique de Grenoble s’enrichit d’une nouvelle entité Giant, créant une sorte de MIT à la Française. Sous couvert d’applications  civiles seraient développées des outils destinés à  créer des armes de destruction de  pointe. Par ailleurs ces recherches croisent de très près le Trans humanisme. Il s’agirait de créer une humanité « augmentée » c’est à dire intégrant  les technologies de pointe  à l’intérieur du corps humain. Résultats attendus une envolée des performances humaines, contrôlées à chaque instant par un cerveau central. Sans oublier l’espoir ahurissant d’ allonger la vie humaine jusqu’à supprimer la mort.

« Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles gardées au pré…..

 Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. »

Kevin Warwick

Clinatec serait une « clinique expérimentale » où l’on teste des dispositifs électroniques implantés dans le cerveau. Pilotée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Grenoble, elle travaille sur les applications des nanotechnologies dans le champ des neurosciences, en particulier sur les maladies neurodégénératives, comme Parkinson…… Cas unique en France, l’établissement est situé en dehors du milieu hospitalier, sur un terrain du CEA dont certains bâtiments sont soumis au secret défense. …. Cette alliance entre l’industrie nucléaire, celle des nanotechnologies et des chercheurs en neurosciences augure mal du nécessaire contrôle démocratique qui devrait encadrer le périlleux usage de ces sciences pour le moins futuristes. Applications possibles: des implants cérébraux contre la dépression ou l’obésité ,des possibilités d’atténuer les effets de la maladie de Parkinson, des neuro prothèses pour les tétraplégiques. Clinatec est le résultat d’un partenariat entre le CEA, le CHU de Grenoble et l’Inserm.

Y-a-t-il opposition radicale entre un projet démocratique tendant à réinvestir les citoyens de leur pouvoirs et une démarche scientifico-technocratique voulant peut être  assurer le bien-être de chacun mais dépossédant le peuple de toute velléité d’action autonome? Il semble bien que oui. Comment la ville peut-elle vouloir la démocratie participative et investir dans une démarche dépossédant la collectivité de son pouvoir de décision? Mystère.

 Le  laboratoire du Pacte,  passeur en terre iséroise (27)

Le Pacte unité de recherche mixte créé par le CNRS, l’université et Sciences po Grenoble est un important laboratoire de sciences sociales. 120 chercheurs, 170 doctorants y exercent des travaux dans 4 grands domaines : Environnement, Justice sociale, Gouvernance/régulations, villes et territoires. Anne Laure Amilhat-Szary qui le dirige impulse une transversalité des connaissances qui la fait  participer aux aventures initiées par le Magasin ( CNAC) et par d’autres artistes, notamment chorégraphes .

Avec, la brochure du Pacte mettant en avant les travaux des chercheurs dans les quatre axes déterminés, il est possible d’entrer en relation et d’échanger avec chacun. Cette ouverture  fait que dans une ville souvent qualifiée de laboratoire, le laboratoire des sciences sociales est à la fois en amont à la pointe des recherches actuelles et également pleinement présent sur la place publique, donc vraiment au service des citoyens.

3/ Fondations Grenobloises

Il semble bien que dans aucune autre ville française, l’immigration et la résistance à l’occupant n’aient joué un rôle aussi central. Ces deux piliers ont pour point commun une foi inébranlable dans la capacité des humains à vivre ensemble dans le respect de leurs valeurs. Mais que les sceptiques de tout poil se rassurent, la ville a ses problèmes, ses manques. Elle a également à son actif des réalisations scientifiques ou technologiques remarquables pour les uns, préoccupantes pour les autres.

– Une immigration fondatrice

Il n’existe pas de ville en France qui ne fasse pas plus moins place à l’immigration. La plupart le font, semble-t-il plus par obligation que par choix assumé. Grenoble, elle, s’est construite sur l’immigration.

L’Italie dès la fin du XIX siècle se fait la part belle avec l’arrivée des piémontais, au début du XX siècle, Corato, un village des Pouilles, région de l’Italie du sud particulièrement pauvre, apporte son flux de population italienne.

Dans les années 30, sur 11o.ooo habitants les étrangers représentent 18% du total. Sans tenir compte des naturalisations. Dans les années 60, on évalue à 40% la population d’origine italienne. L’industrialisation de la ville voit l’arrivée de forts contingents de maghrébins, et dans une moindre mesure de russes, de polonais, d’espagnols, d’arméniens et d’africains. Cette immigration est en phase avec les besoins de main-d’oeuvre du pays. D’autres formes d’immigration plus ponctuelles seront directement liées aux crises politiques que connaissent des pays comme l’Argentine, Le Chili, le Vietnam, etc…

L’apport italien  ( 28)

Au fil des années il sera décisif, tant dans des métiers pointus comme celui des banquiers, des marchands, des artisans, artistes que dans l’apport de main- d’oeuvre dans le bâtiment, l’industrie dont la ganterie, l’exploitation minière et l’aménagement des forêts. Dans le temps révolutionnaire du XVIII siècle de nombreux patriotes italiens s’exilèrent en France.

Les italiens, c’est  aussi la passion de la politique, des engagements syndicaux, des engagements associatifs… une forte capacité à participer à la vie collective.

Calogera

1936

A Grenoble comme dans de très nombreuses villes françaises, les occupations d’usines sont festives. Les adhésions à la CGT explosent.

.1941

Grazia : J’ai souvenir de la faim. Ma mère m’a raconté que je me réveillais la nuit et que je lui demandais : c’est l’heure de manger ?

Comme il n’y avait plus de chocolat depuis longtemps, on faisait des tartines au boudin, ça ressemblait, la couleur, pas le goût…

Je me souviens aussi de mon grand-père qui, excédé de manger ses pâtes sans matière grasse, décida d’y mettre de l’huile pour les serrures, avec une burette. Ma grand -mère l’avait disputé.

….

Lorsqu’elle a 16 ans, ma grand-mère découvre les auberges de jeunesse. Sa mère l’autorise à y aller malgré les remarques désobligeantes de ses frères. En effet pour l’époque c’est quelque chose les auberges !

Les jeunes s’organisent entre eux sur des principes mixtes et laïques. Les ajistes dorment à la belle étoile, font des randonnées à pied ou en vélo, voyagent, chantent et refont le monde.

L’apport Maghrebin -(29)

En 1954 Grenoble compte  15% de français ,musulmans actifs , essentiellement des hommes. En 1962 ils seront 7632 dont 365 femmes, soit un quart de la population étrangère, la deuxième communauté après celle des Italiens. Le quartier de Très Cloitre est considéré comme un quartier arabe. La reconstruction du pays requiert en plus des capitaux, des matières premières, les colonies en sont pourvues et surtout apportent beaucoup de main- d’oeuvre. L’exode rural, le travail des femmes, parfois des enfants sont insuffisants. Alors des recruteurs  sillonneront les territoires coloniaux  pour le compte de l’industrie française mais aussi de l’armée. La guerre d’Algérie entrainera tensions et un surcroit de racisme.

Omar 22 ans

 » Nos parents ils se sont battu pour eux. Ils sont morts pour eux. Ils les ont amenés ici pour reconstruire leurs bâtiments. Et maintenant on nous traite comme de la m… Aucune reconnaissance- A Grenoble le mari de ma soeur est venu nous chercher à la gare. On s’attendait à aller dans un logement magnifique…

Où est-ce qu’il nous emmène ? Dans le chantier du Park-hôtel à côté de la mairie. Ce bâtiment était en construction et c’est là qu’il logeait. Et c’est là qu’on a dormi.

… On travaillait au moins 9 heures par jour. Ce qui nous a sauvés à l’époque, c’est qu’il y avait du travail et de la solidarité entre ceux qui arrivaient et ceux qui étaient déjà là.

 

 » Les gens se sont rencontrés entre pauvres » Mohamed Lahcine

 Chiaka Fané créateur du syndicat CGT des sans -papiers

Il est malien, fils de forgeron, issu d’une famille où le respect des valeurs est prioritaire. Il arrive en France avec un visa étudiant, travaille quotidiennement à  Chambéry et à Grenoble. Il refuse de travailler au noir. Il est donc déclaré, est autorisé à payer ses impôts, mais pas à exister. « On a rien à perdre à se battre, on ne peut pas vivre avec la peur au ventre sans arrêt. On a tout à gagner à se battre. Nous sommes des sous -citoyens et on se bat pour tous les salariés. Il a lui- même été arrêté à Chambéry sur dénonciation. Il veut faire quelque chose . Il va trouver la CGT et propose de créer le premier syndicat des sans -papiers. Il ne sera régularisé qu’après six ans de luttes.

 

 

– Grenoble résistante.

Plaque tournante des maquis du Vercors, de la Chartreuse, Belledonne et Oisans, la ville a été elle- même un foyer de résistance important. Grenoble est l’une des cinq villes françaises ayant reçu la Croix de la Libération. D’abord qualifiée de zone libre sous le régime de Vichy qui faisait en priorité la chasse aux communistes, francs- maçons, juifs et étrangers, la ville  passée en Novembre 1942  sous occupation italienne, a connu une période de répression et de massacres systématiques sous l’occupation allemande à partir de Septembre 1943.

Face au tragique de la situation, les femmes et les hommes  qui se sont battu ensemble , ont développé un esprit de solidarité, d’amitié et de justice sociale  que l’on retrouvera dans le programme du Conseil National de la Résistance.

Ces hommes et ces femmes ont saisi l’importance de l’éducation et la culture comme garants du lien social  et du développement collectif et individuel. Sur les lieux même de la résistance des militants des mouvements d’éducation populaire comme « Peuple et Culture » ont assuré la formation des jeunes résistants. L’impact de ces associations a été décisif dans les années d’après- guerre  pour concrétiser une ambition de montée en puissance des classes populaires.

Le rendez-vous annuel initié en 2007 sur le plateau des Glières par d’anciens résistants en est l’expression assumée.  » Nous sommes ici dans ce lieu symbolique, pour se rappeler ces idéaux de la résistance et réveiller les consciences »

« Résister comme l’écrit JO Briant (8), c’est d’abord dépasser la tristesse et la résignation , c’est ensuite créer ».

Cet esprit de résistance est l’une des composantes fortes de l’ADN grenoblois, ouvert au monde et à ses tragédies. Message entendu par les opprimés du monde entier .

Grenoble n’est pas une ville miracle, mais tous ceux qui ont eu à faire face à l’adversité, qu’elle soit dans un arrachement à leur pays, économique, ou dans la nécessité de faire face au mépris, ont développé  une intelligence et une volonté d’autant plus forte qu’ils ont été portés par une solidarité hors du commun, quelque chose qui tient à la bienveillance, à la complicité et aussi à la  joie de vivre de ceux qui savent d’où ils viennent et ce qu’ils ont conquis. Ceux qui ont été pauvres ont connu tous les abîmes, celui du racisme subi, mais aussi celui dont on abreuve le dernier arrivant. Dans cette cuvette, cernée par la montagne , les grenoblois savent ce que le mot volonté veut dire. Aidée par le génie humain, elle est capable de tirer parti de tous les freins, les handicaps, de toutes les opportunités.  Ainsi l’eau de la montagne est devenue  force motrice, électricité, ainsi est née l’industrie, l’usine, lieu d’exploitation , mais aussi lieu  d’affirmation d’une intelligence collective populaire.

 5/ Des questions sur Grenoble ?

La géographie plutôt adverse, forge ici une odyssée en forme de défi, un espace ouvert pour une volonté  ouverte sur l’Europe, L’Afrique, L’Amérique Latine, l’Asie et tous les pays  en souffrance. Sur le terrain de jeu de la ville ne cessent d’arriver d’autres joueurs, ouvriers dans un premier temps puis, chercheurs, scientifiques, artistes, travailleurs,  chômeurs, réfugiés qui à chaque instant vont réinventer la cité. Une ville, tous le soulignent, où la notion de proximité existe encore.. Les questions que cette ville pose avec une acuité sans cesse renouvelée sont celles du monde dans lequel nous vivons. Le mérite de Grenoble est de les formuler à une échelle palpable, charnelle c’est à dire ancrée.

Quels goûts peut avoir le bouillon de cultures Grenoblois ?

Aujourd’hui, on sait que la culture ne constitue pas un domaine à part, à l’abri des soubresauts, luttes, concurrences, guerres qui agitent la société. Cette vérité pourtant basique est la plupart du temps mise de côté, car pendant des siècles a été forgée, avec une patience et persévérance infinies, une histoire mythique de la culture, temple perché sur le plus haut sommet de l’intelligence humaine et contenant les joyaux les plus extraordinaires qui soient. L’élite de nos sociétés  y a naturellement accès, et c’est justement parce qu’elle est marquée du sceau de la connaissance qu’elle peut légitimement prétendre à être l’élite. Selon son humeur, en fonction d’une météo imprévisible, certains jours,elle ouvre plus ou moins grand les portes du royaume aux plébéiens qui sont alors en mesure non de goûter vraiment les oeuvres, mais de mesurer l’ampleur du fossé qui les exclut de toute légitimité dans le domaine artistique et intellectuel. Bien sûr ceux d’en haut, quand ils sont de bonne humeur, organisent des séances de rattrapage. Mais qui n’a pas les codes, les clefs, malgré des assauts de bonne volonté, ne peut être admis dans le saint des saints. Ainsi se perpétue en toute impunité la domination de classe. La culture est-elle alors un outil créateur de lien? A l’évidence elle est d’abord une arme prétendument indolore au service des puissants justifiant que ceux qui savent, détiennent le pouvoir. Paradoxalement la culture prônant l’universalité est un club privé comportant des membres de droit, des invités triés sur le volet et une liste d’attente longue comme plusieurs bras…

Où se situe la ville de Grenoble, face au diktat culturel ?

….   Grenoble, sans dynastie bourgeoise dominante, comme le souligne Anne laure Amilhat- Szary, structurée par l’immigration, et un renouvellement permanent de sa population, n’a ni la volonté ni les moyens de mener une politique conservatrice, elle va donc forger une vie plurielle où la reconnaissance de l’autre est vécue comme une nécessité au quotidien. Ainsi le Musée du Dauphinois sous la direction  de Jean Guibal va pratiquer une politique d’expositions permettant tant à chacun de mieux connaitre les différentes composantes de la population grenobloise qu’aux populations concernées de savoir qu’elles existent aux yeux des autres. Le  Musée Dauphinois, lieu de mémoire et connaissance des modes de vie des populations ayant évolué dans l’Isère  s’est employé́ à informer le public du XXIème siècle sur la vie d’ici notamment  en montagne, Mais il a également, avec bonheur, tenu  à évoquer la mémoire des  différentes communautés vivant dans l’agglomération. Après l’Italie des Pouilles (Corato – Grenoble en 1989), la Grèce (Des Grecs en 1993), l’Arménie (D’Isère et d’Arménie en 1997), des expositions ont été consacrées au Maghreb( Oc 16 octobre 1999 – 30 juin 2000) « Pour que la vie continue… « D’Isère et du Maghreb , à l’Afrique « Ce que nous devons à l’Afrique », du 16 octobre 2010 au 9 janvier 2012 A la présence italienne  » un air d’italie du  18 novembre 2011 – 17 septembre 2012. »Tsiganes , la vie de Bohème à partir d’Octobre 2015 Par ailleurs à Grenoble  se trouve la seule bibliothèque algérienne de France , la médiathèque Kateb Yacine, le poète, écrivain décédé ici en 1989; plusieurs associations de soutien à la population algérienne, une maison de la culture arménienne,  La maison de l’international,  lieu privilégié d’échanges, d’information et d’exposition consacré à l’international. Précieux pour les nouveaux arrivants étrangers et pour les jeunes qui souhaitent partir séjourner à l’étranger. Sans oublier le lycée international Europole et Le CIIP(30), créé en 1980, par Jo Briant le Centre d’Information Inter-Peuples est une association de solidarité locale et internationale. Ses objectifs sont de mieux faire connaître les réalités, les cultures des pays et des peuples des cinq continents, de lutter contre les atteintes aux droits de l’homme, contre toutes les formes de discrimination et de racisme, de promouvoir un monde solidaire et un développement durable. On peut s’étonner que cette extraordinaire ouverture au monde  d’une ville de moyenne importance ne soit pas plus connue et valorisée. Ici la reconnaissance de la diversité des origines de la population est constitutive de la société locale. Ce qui ne veut pas dire que la ville soit hors sol. Racisme, émeutes, deal, délinquance , meurtres, assassinats existent ici comme ailleurs. Par contre la pratique du musée Dauphinois , comme la vivacité de nombreuses associations l’attestent, à Grenoble, le mépris néo-colonial  visant ceux qui ne sont pas bien nés, n’est pas le trait dominant. Dans quelles autres régions de France, les classes moyennes  et supérieures sont -elles conscientes que leur niveau de vie constitue une dette face à toutes les populations immigrées qui ont contribué à l’élever, sans pour autant être reconnues? A ce titre ce que dit  Grenoble, est totalement subversif, d’autant que ce discours de vérité met en lumière le scandale des inégalités croissantes qui traversent la société française.

Une culture démocratique  ou de démocratisation?

  1. La candidature de Grenoble à l’organisation des JO d’hiver est acceptée. Rien ou presque n’a été fait pour assumer ce défi. Elu en 1965, Dubedout (2) transformera ce handicap en opportunité. Il ne s’agit pas seulement de respecter les engagements pris, mais de prendre appui sur l’évènement pour faire de la cité une ville moderne,éthique et attractive. La décision de bâtir un véritable paquebot de la culture, une scène nationale ouverte à toutes formes de spectacles va dans ce sens.il s’agit aussi par ce geste architectural et culturel de prendre acte de l’existence d’une population pour laquelle la culture constitue un accompagnement individuel et collectif indispensable, tant pour nourrir l’esprit, que comme outil de reconnaissance  sociale. André Malraux qui est venu  inaugurer le  Cargo » ne s’y est pas trompé. Si les grandes oeuvres du répertoire constituent le sommet des nourritures de l’esprit, elles doivent  devenir accessibles  aux couches de la population qui en ont  été  injustement privées. Pour Malraux la culture est un trésor, hors de la distraction populaire et de ses différents avatars » Supposons que la culture n’existe pas. Il y aurait les yé-yé, mais pas Beethoven ; la publicité, mais ni Piero della Francesca ni Michel-Ange ; les journaux, mais pas Shakespeare ; James Bond, mais pas le Cuirassé Potemkine ni la Ruée vers l’or »

En clair, pour limiter les dégâts causés par la société de consommation le trésor

qui a été trop  longtemps, confisqué par l’élite, doit  aujourd’hui être quelque peu partagé.

Aujourd’hui cette vision paternaliste peut donner à certains l’illusion qu’ils ont ainsi acquis

un   laissé -passer leur ouvrant les portes de l’establishment, mais à l’épreuve, ils  devront

se rendre compte, qu’il leur manquera toujours ce » je ne sais quoi » d’intuition, de grâce,  pour ne  pas dire de style, qualité réservée  aux classes dominantes. Ne seront légitimes que les oeuvres autorisées à l’être, par ceux du dessus. On prend donc conscience ici  de l’importance essentielle de la culture comme outil de préservation de l’ordre social dominant. Une association comme ATD-Quart monde, dans sa pratique quotidienne réfute  les concepts d’expertise, comme tout savoir d’en haut apporté à ceux d’en bas. Chacun est expert de sa propre vie, de ses désirs, comme de ses refus. C’est la reconnaissance de l’autre comme acteur de son existence, qui doit contribuer à inventer ou légitimer  des formes culturelles faisant le pari d’une intelligence collective portée au mouvement et à la transformation sociale. Ces pratiques et cette ambition , des associations comme le Prunier Sauvage, Batukavi, Les Barbarins fourchus, la BAF, Le centre social 38, la Bibliothèque Antigone, les différents squats et bien d’autres, les portent avec courage, détermination ( 31)

De même la création dans les années 70 d’un réseau de bibliothèques, hautement porteur de l’innovation sociale et donc de subversion de l’ordre établi. Cathy Feinstein, bibliothécaire qui a été la grande animatrice des arts du récit raconte: Bernard Gilman, adjoint à la culture d’Hubert Dubedout veut monter un ambitieux réseau de lecture publique. Pour le mettre en place et le diriger il ira dénicher à Massy- Palaiseaux, un homme hors du commun: Cecil Guitart. Ce dernier commencera par créer une bibliothèque à Grand Place à côté du centre commercial, ainsi que la première artothèque de France. Il a ensuite développé un réseau dans les quartiers, en donnant à chaque établissement une autonomie de fonctionnement  incluant l’achat de livres. Ce qui ne se pratiquait pas dans les autres villes. Chaque bibliothèque est responsable de son budget. Tout le personnel, de la femme de ménage au directeur, pouvant effectuer les mêmes tâches, chacun trouvant sa place en fonction de ses compétences. Cecil Guitart a également investi dans la formation des agents culturels afin qu’ils soient capables d’aller vers les  gens et de bien les traiter tous, dont les plus précaires. Le plan de formation développe un esprit commun à tous. Chaque mois l’ensemble des collaborateurs a droit à une journée de réflexion, et à une journée  mobile incitant chacun à exercer sa curiosité à l’extérieur. Des voyages d’étude au Québec, en Asie, en Afrique sont organisés incluant la totalité du personnel.

Chacun est à même de sentir la confiance que l’on a en lui et en ses compétences.

Des animations musicales sont organisées , notamment avec des grands du jazz, ainsi que des rencontres avec les auteurs et des débats. Dans ce contexte tous les intervenants sont très motivés et travaillent beaucoup. Cecil Guitar a fini par quitter Grenoble , il, a été remplacé par Catherine Pouillet qui a  mené la même politique, malgré l’élection d’Alain Carignon. Elle a développé la vie littéraire, créé le Printemps du livre, une grande manifestation  populaire autour du livre et de la lecture. Le secteur des livres pour enfants a été fortement mis en valeur et les différentes bibliothèques  ont créé des relations très étroites avec les écoles »

Grenoble en lieux communs ?

Dans cette ville, il semble possible de sortir pour investir des lieux autres que ceux où l’on peut oublier qui l’on est,  il semble possible, ancré dans le tissus local, de tisser des liens produisant émotions, débats, controverses et pourquoi pas accord , construction d’une vision commune, d’un mode de vie en symbiose. … Ici la plupart des  lieux se veulent lieux de vie. Au -delà de Grenoble la recherche de lieux communs semble d’autant plus tendue que la difficulté à élaborer un projet d’avenir à l’échelle du pays est immense. De là une  tendance à magnifier tout lien de proximité. Ceux, qui  il y a  quelques dizaines d’années, ont fui l’air confiné de la province y reviennent  aujourd’hui, en jurant qu’en dehors de l’enracinement  local il n’y a point de salut. Grenoble semble échapper à cette dichotomie.

La trajectoire d’un homme comme Jo Briant( 8), militant de toujours, habitant la Villeneuve en donne un vibrant exemple. Une phrase peut résumer sa démarche « agir ici et là- bas.  Membre actif de plusieurs organisations de gauche, Jo Briant estime que ce qui se passe ici s’inscrit dans un contexte mondial dominé par la logique capitaliste. A l’appui des actions menées il fonde en 1980, le CIIP, le Centre d’information inter-peuples( 30), Ce centre de documentation, ouvert à tous, travaille dans une logique transversale permettant de mettre en perspective les problématiques abordées. C’est le même système qui exclut ici et là- bas. Il s’agit de faire connaitre les cultures des peuples en lutte pour leur liberté et de développer des solidarités conséquentes. Voilà pourquoi on ne peut séparer une implantation très concrète dans son quartier, dans sa ville et dans le monde. A un autre niveau l’action de Bernard Macret, militant de l’Ades (32), membre et l’équipe municipale et adjoint en charge des solidarités internationales mérite que l’on s’y arrête.

C’est une véritable politique de l’International au cœur du projet municipal …. Il s’agit  de favoriser l’accès aux droits fondamentaux, d’aider à l’émergence de la société civile, de promouvoir, les droits des femmes, une culture de paix et d’égalité passant par les jeunes et l’éducation, d’oeuvrer pour la transition écologique …La ville a créé des ateliers de la coopération avec les acteurs et associations concernés. Chaque initiative est suivie d’un retour sur action, il en est de même pour les prestations des troupes de théâtre financées par la Ville et l’Institut Culturel Français. L’action internationale est menée en synergie avec les jeunes des quartiers populaires de Grenoble pour qui les échanges internationaux ouvrent des perspectives. Beaucoup d’ actions sont  orientées sur l’accès aux droits des femmes. Ce sont elles qui sont le plus mobilisées dans les pays du sud comme par exemple les femmes de la coopérative de Bethléem qui fait vivre 80 familles avec de l’artisanat et vont maintenant former des femmes pour créer des coopératives à Sfax.

– La transition écologique est un levier pour l’action Internationale : ateliers d’urbanisme à Sfax, le solaire en Arménie avec des entreprises arméniennes.

– Le travail avec les réseaux des Villes mondiales sur la Paix à Guanju en Corée du Sud

– La santé : avec la formation des infirmières palestiniennes, avec l’hôpital refait à Sevan, le service des urgences à Suzhou, l’échange avec l’hôpital de la ville de Grenoble pour l’acupuncture.

Vis à vis  des exilés et des résidents étrangers, Grenoble a  intégré un réseau des villes accueillantes, une plate-forme solidaire qui a permis de créer 400 hébergements. La ville organise la quinzaine contre le racisme, les états généraux des migrations, le soutien à la Maison des Accueillis de l’APARDAP (33), le guide des résidents étrangers, le conseil consultatif des résidents étrangers, les parrainages républicains….

En Tunisie un travail de coopération va démarrer avec la Métropole sur le 1% déchet.

Cette capacité à construire « des lieux communs » autant définis par leur relation avec le monde que par leur localisation semble des plus prometteuses. Par la dynamique qu’elle inclue elle transcende la notion de lieu refuge implicitement réservé au regroupement de ceux et celles qui ont des difficultés à supporter un système injuste.

Dans son numéro 58 de l’été  2018 la revue de L’Observatoire des Politiques Culturelles (34 ) s’interroge sur le concept de tiers lieu. On s’aperçoit que la notion de  tiers lieu est née aux Etats -Unis forgée par une génération numérique souhaitant réunir dans un seul lieu, coworking, action culturelle et spectacle.  Le tiers lieu pourrait être un lieu de passage en attente d’une transformation du vivre ensemble. Dans le même numéro Christine Liefooghe écrit:  » Ce paradigme techno-centré venu de Boston  et de la Silicon Valley est contesté par un autre modèle ,celui d’une économie collaborative où le citoyen n’est pas seulement un usager, où le travail n’est pas « uberisé » où la circulation des connaissances n’est pas bridée par des droits de propriété intellectuelle  et où des projets co-construits émergent dans des tiers -lieux…..  L’alternative comme solution, et non la technologie. Le passage d’un système de production capitaliste- qui se renouvelle en exploitant notre créativité, nos peurs et nos espoirs -à un monde où les citoyens partageraient en mode open source leurs talents pour co-construire une société respectueuse des ressources naturelles, recycler ce qui peut l’être et permettre à chacun de prendre en main son destin » Par ailleurs la ville se veut en pointe dans la mise en place de la transition écologique, elle organise la Biennale des villes en transition , postule à être la capitale verte de l’Europe  en 2022. Ses investissements technologiques sont fortement critiqués par des groupes comme PMO, mais n’apparait pas (encore) sur la scène publique un discours politique correspondant aux options politiques de base de l’équipe municipale.

 5/ On dirait une ville de gauche !

A un moment où chacun et même les individus de bonne foi, se grattent la tête pour savoir ce que veut dire  être de  gauche, Grenoble que l’on a souvent qualifié de ville laboratoire, constitue un terrain privilégié. Ailleurs on parlera de lien social parce que l’on est chrétien, évangéliste, communiste, éventuellement social-démocrate.  Ici le lien social du fait de la diversité des populations est une nécessité du quotidien. Ici moins on possède plus on partage, il faut bien faire face. Donner la priorité à l’humain face aux contraintes économiques, vouloir partager le gâteau plus équitablement pour satisfaire aux aspirations populaires, témoigne à l’évidence d’un ancrage à gauche. Le nombre incalculable d’initiatives tant en faveur de l’emploi, de l’échange de cultures, de la construction d’une culture commune que dans l’élaboration d’une pensée libertaire, alternative vont dans le même sens. Grenoble est une pépinière  de gauche, ancrée dans une histoire quasi- mythique.

En 1968 la classe ouvrière représente encore à Grenoble un tiers de la population soit moins de 22ooo personnes. En 2010 elle sera pratiquement réduite de moitié soit environ un dixième de la population. La gauche traditionnelle ou révolutionnaire n’est plus  outillée pour faire face à la situation. Une gauche moderniste est en train de naitre, elle est anti- capitaliste, mais réformiste. Surtout elle est moderne ouverte à l’étude du phénomène urbain, à la territorialisation des problèmes, elle s’interroge sur ce qu’habiter, éduquer veut dire. Cette gauche est sociétale plus que politicienne. L’évolution des moeurs l’intéresse plus que les jeux d’appareil. Cette gauche est en phase  avec la montée en puissance de la classe moyenne. Elle est tellement tournée vers l’avenir, qu’elle pourrait bien oublier que la classe ouvrière comme le peuple existent encore. L’analyse du phénomène est d’autant plus complexe qu’au fur et à mesure que la précarisation gagne du terrain,  une nébuleuse, dont on cerne difficilement les contours, vient se substituer à la notion de classe ouvrière organisée. Pudiquement on parle  de populations en difficulté, de quartiers sensibles où sont parqués des chômeurs, des exclus, des précaires, des travailleurs au noir, etc Deux facteurs unissent bien malgré elles ces populations : le mépris dont elles font l’objet et l’habitat dégradé que l’on met à leur disposition.

Hubert Dubedout, l’homme mythique de la gauche grenobloise sera maire de la ville de 1965 à 1983 soit pendant trois mandats. Pour appréhender le rôle qu’il a joué, il convient de prendre en compte plusieurs facteurs.

Sa personne / Ancien militaire, ingénieur occupant des responsabilités au Centre d’Etudes Nucléaire, émanation du CEA, il travaillera dans un laboratoire dirigé par Henry Néel, futur prix Nobel. Inconnu du grand public il se fera connaitre en réglant le problème de l’arrivée d’eau dans les appartements de la ville. Il a ainsi créé  en 1964 le syndicat des usagers de l’eau. Constatant que les machines politiques existantes se préoccupent plus de leur propre  survie que d’améliorer le sort de leurs concitoyens, il crée les GAM groupes d’action municipaux qui essaiment bientôt dans toute la France. En 1965, La Liste SFIO, PSU, GAM menée par Hubert Dubedout remportera la mairie et la conservera jusqu’en 1983. Ainsi  « la société civile » fait son irruption sur la scène politique. Cette dichotomie entre une démarche d’appareil  mobilisant de moins en moins les citoyens et une action dédiée à un projet politique deviendra au fil des années de plus en plus lancinante.

La situation de la ville / Grenoble  s’est vu confié les JO de 68, la ville est dramatiquement en retard. Ce handicap deviendra une opportunité dans les mains d’une équipe super-dynamique qui saura profiter de l’enjeu pour moderniser la ville.

l’époque où il a exercé le pouvoir/ Les années 70 sont les années de l’utopie en marche. La création du quartier de la Villeneuve cristallisera ces aspirations. La démocratie réelle n’existe que si les  citoyens disposent des outils nécessaires pour prendre leur sort en main. Faire le pari de l’intelligence collective c’est prendre le risque d’expérimenter et avancer.

les hommes qui l’ont entouré dans l’équipe municipale et au- delà.(35)

Un projet, ce n’est pas seulement un homme mais aussi une équipe. Plus les membres de l’équipe seront forts, compétents et travailleront au bien- être collectif plus l’écart entre les promesses et les réalisations sera réduit. Ainsi, René Rizzardo(2) , Bernard Gillman (35), Geo Boulloud (1) Ce n’est pas un hasard si le projet grenoblois est étroitement contemporain de l’ascension de Pierre Mendès France. Mendésiste Hubert Dubedout l’était avant même de le savoir. Autour de lui on trouve aussi  Jean Verlhac (36)  l’un des fondateurs du PSU. Portée par les idées de l’époque et ses convictions, l’équipe municipale créera de nouveaux quartiers populaires, rénovera des anciens (ainsi Très -cloitre), innovera, expérimentera en matière d’éducation, de logement, s’impliquera dans la culture (ainsi le Cargo futur MC2). En 1983, la droite en la personne d’Alain Carignon(21) reprendra la mairie. Trop confiants, se réservant pour le second tour, une partie des électeurs de gauche se sont abstenus. D’autres auront été persuadés que leur maire été voué à un destin national, alors qu’Hubert Dubedout parce qu’il était rocardien  sera tenu à l’écart du gouvernement. Alain Carignon sera condamné en 1995 pour escroquerie et corruption passive grâce au travail de fourmi mené par l’écologiste Raymond Avrillier(21) En échange de bons et loyaux services, notamment le renflouement de son organe de presse, le maire privatisera le service public de l’eau au profit du groupe Merlin et de la Lyonnaise des Eaux. La mairie sera reconquise par la gauche. Michel Destot, PS, ingénieur, spécialiste de la physique nucléaire qui exercera trois mandats. Comme le maire de droite précédent, le maire PS joue plus la carte du social que du culturel. Ses adversaires le disent clientéliste, achetant la paix sociale grâce à la politique des grands frères. Sous ses trois mandats la composition de la population évolue fortement, les classes moyennes prennent de plus en plus d’importance. Michel Destot se veut d’abord être à la tête d’une ville qui gagne, une ville à la pointe de la micro- electronique, des nano-technologies, une mini Silicon -Valley. Des chercheurs du monde entier y résident, La ville de 150 000 habitants compte 60 000 étudiants dont une forte proportion d’étrangers. Minatec puis Clinatec sont créés. En 2014, Michel Destot ne se représente pas. Depuis 2014 c’est une équipe Verts EELV, Parti de gauche, Alternatifs, Gauche anticapitaliste, associations locales:  Ades,réseau citoyen )  dirigée par Eric Piolle qui a été élue. Point commun  aux trois maires de gauche. Ils sont tous les trois ingénieurs, deux sont passé par Le CEA, le troisième et actuel maire  par Hewlett-Packard.

Pour la première fois en France, à l’occasion d’une élection municipale, le PS est battu sur sa gauche par une équipe en pointe sur l’écologie. Cette équipe, qui n’avait aucune expérience politique, a commis des erreurs et  semble s’être mis à dos une partie de la classe moyenne culturelle. Il pourrait bien y avoir là un phénomène de lutte des classes entre deux imaginaires. La nouvelle équipe a voulu bousculer une gauche culturelle nantie, privilégier le lien social, le désenclavement à l’esthétique. Pourquoi  pas, à condition d’avoir les codes permettant de naviguer entre les différentes conceptions de la culture. A l’actif de l’équipe, on note une volonté de réinvestissement de la puissance publique dans les quartiers, une rénovation de ces mêmes quartiers, des chantiers de co-construction pour le logement social, l’encadrement des loyers, un plan école avec la création de 50 à 60 classes d’ici 2020. La création d’une monnaie locale prometteuse le CAIRN(37) . L’équipe en place défend la démocratie participative et a créé un budget dédié  aux citoyens qui peuvent décider en toute liberté. La démocratie participative est tout de même très critiquée dans la mesure où elle pourrait servir à faire entériner des décisions impopulaires déjà prises en amont. Cependant en 2016 a été mis en place un processus de pétition démocratique prometteur. Si 2000 citoyens signent une pétition dont l’objet relève de la compétence municipale elle sera soumise à vocation populaire, si 20000 voix  sont favorables au projet, la mairie a obligation de prendre position pour ou contre. ll ne faut pas oublier que devant l’ampleur de la dette accumulée sous les mandats précédents, l’équipe qui a pris le pouvoir en  2014, a dû sérieusement rabattre sur ses ambitions, Grenoble risquant d’être mise sous tutelle étatique. Par ailleurs au niveau de l’agglomération, cette même équipe a fait alliance avec le PS et donc accepté de faire des compromis. Les habitants qui défendent la politique de l’équipe en place sont sensibles à son écoute, à la modestie de certaines mesures  qui prouvent une attention au quotidien des habitants. Ainsi un appel à projets, idées sur les jardins, bouts de trottoir, délaissés. La ville fournit les végétaux, les habitants peuvent rencontrer des jardiniers, échanger avec eux. L’équipe est attentive aux innovations proposées aujourd’hui, comme à préserver celles des pionniers .Grenoble semble être une des  villes les plus à même de mener à bien la transition écologique à échéance 2022. Les détracteurs de l’équipe Piolle l’accusent  de mener une politique sans le moindre recul face à la montée en puissance des technologies de pointe et en particulier vis à vis du transhumanisme.Le Postillon, journal alternatif local , accuse Eric Piolle d’être un homme d’affaires caché derrière le militant écologiste. »  Ainsi n’a-t-on jamais entendu celui qui est maintenant le symbole de « l’autre gauche » en France commenter l’obsolescence programmée, sur laquelle se base Hewlett-Packard pour assurer sa croissance. Aucune remarque non plus sur le fait que les gadgets d’Hewlett-Packard sont produits en Chine, avec ses ouvriers sous-payés et son droit du travail presque inexistant. » Bien évidemment, pas la moindre réflexion publique sur l’utilité sociale de tous les gadgets (ordinateurs, tablettes, imprimantes, logiciels etc) vendus par HP, envahissant le quotidien de chacun d’entre nous, uniformisant nos vies et nous réduisant à l’état de zombies derrière des écrans. »

Il est clair que ce n’est pas à l’échelon d’une ville qu’il est possible de passer du capitalisme à un système plus égalitaire et démocratique. Par contre et c’est le mérite de Grenoble à travers ses contradictions de poser des questions essentielles : Est-ce bien localement, là où chacun de nous habite que l’on peut, à travers la culture, l’éducation préparer les changements de mentalité précédant une mutation sociale ?

Jusqu’où peut -on aller pour faciliter cette transformation, quels sont les inévitables butoirs, comment leur faire face ?

Par ailleurs au moment où l’on postule que c’est au peuple d’être acteur de son destin, n’est-ce pas essentiel de s’interroger sur la nature d’une alliance écolo-libérale  avec un parti de transformation sociale ?

Est-ce juste, ou à défaut productif, de souscrire à la dénonciation de la classe politique chère à l’extrême droite ? Ne vaudrait-il pas mieux mettre  la société civile face à ses responsabilités  pour qu’elle joue à plein son rôle de contrepouvoir, obligeant  l’équipe au pouvoir à prendre des décisions claires en cohérence avec sa base sociale la plus active ?

Dans une ville où le passé ouvrier est loin d’être oublié, où l’effervescence associative et libertaire est sans pareil, les conditions semblent être réunies pour que les citoyens ne soient plus de simples consommateurs de politique se défaussant sur l’incompétence, la lâcheté, la cupidité des gens de pouvoir.  Bien sûr il faut aussi s’interroger sur le refus de recréer par la convergence des luttes une machine pyramidale et sectaire. Cela fait plus de 60 ans que Grenoble en toute discrétion innove, expérimente, pourquoi devrait-elle s’arrêter ?

 

 6/ Une ville qui prend le risque de se tromper …donc aussi de se réussir

S’il y a bien « un génie  » grenoblois il est là. Face à un état  encore assez centralisé, Grenoble fait volontiers figure d’exception. Grenoble expérimente, fait des paris, n’a pas honte de se tromper, sachant  que ce qui compte c’est l’audace, la capacité à proposer, à faire, à revenir sur les actions passées, en étant capable, en cas d’échec, de faire de nouvelles propositions. Qui a peur d’échouer, ne risque pas, n’entreprend pas, finit donc, quelles que soient ses opinions à devenir conservateur, passif. On a beaucoup critiqué le fait que dans cette ville  il n’y ait pas de barrière séparant l’université, l’industrie et la recherche. Sachant que par ailleurs ce sont les clivages  entre les uns et les autres qui facilitent l’immobilisme. L’histoire de la ville, l’importance de l’immigration, le renouvellement permanent de la population vont bien dans le sens d’une ouverture, voire d’un opportunisme de bon aloi. Plutôt que de critiquer cette fluidité, peut être vaudrait -il mieux mettre en place des règles du jeu, des possibilités d’arbitrage citoyen, évitant les effets de domination des plus forts sur les plus fragiles. Expérimenter cela veut déjà dire regarder autrement, se donner la possibilité d’agir, de réfléchir, bref, d’être intelligents ensemble là où l’on est. Expérimenter c’est avoir l’audace de ne pas tenir compte des clivages existants, des normes qui figent le jeu, au profit du statu quo, donc de ceux qui ont le pouvoir et qui savent s’abriter derrière la sémantique pour le conserver. Expérimenter c’est aussi faire passer l’observation du factuel avant le diktat idéologique.  C’est, en quelque sorte, avoir l’audace de retrousser ses manches avant de produire du jus de crâne!

7 /Conclusion ouverte

Encore Chicago !

Grenoble a été en Mars 2019 à la une des médias nationaux. Vol, accident mortel ou bavure policière, le quartier Mistral s’est enflammé. Grenoble serait donc bien Chicago… la ville de la Mafia, de la pègre, des classes dangereuses. Des adolescents ont brûlé des voitures, provoqué les flics et sans doute commis d’autres méfaits, ce faisant, ils tombent sous le coup de la loi, quelle que soit leur histoire, ce que leurs proches ont subi, enduré, ce qu’eux ont subi et pire ce que la majorité d’entre eux qui n’ont commis aucun méfait vont endurer ad vitam éternam. La violence de ce mépris est -elle normale ? Elle est en tout cas monnaie courante. Les informations recueillies lors de ce reportage parlent d’une ville extraordinaire, vivante, innovante, parfois subversive, une ville contradictoire qui ne demande qu’à faire débat. Une cité française mais aussi assez largement italienne, algérienne, marocaine, une cité du monde en effervescence permanente. Que l’on soit d’accord ou non avec les options prises, la ville est un acteur, un interlocuteur de poids parlant non seulement de l’avenir de ses habitants mais également de l’avenir des habitants de la planète. Qu’elle soit également Chicago n’est en rien une de ses spécificités. On remarquera tout de même que chaque fois que la ville a exprimé la volonté de reconnaitre l’existence de toute sa population dans sa diversité et complexité, elle a joué gagnant. Ceux à qui elle a donné la possibilité d’exister, d’être reconnus comme des humains à part entière, dès qu’ils n’étaient plus hors- jeu, ont joué le jeu.Le raisonnement est-il basique ? Certainement. Mais la mise en place  de ce qu’il implique ne l’est pas. Détricoter, ce qui au départ était mensonge, mais qui s’est transformé en réalité pour ne pas dire en vérité à coups d’investissements conséquents et permanents, est un super casse -tête.La perversité du système est telle qu’il nous dit : arrêtes de te prendre la tête et par voie de conséquence la nôtre, tu n’as pas tort de trouver que cette réalité que nous avons mise en place est désespérante, alors arrêtes de désespérer, arrêtes de te lamenter et profites de tout ce que le système t’offre de bon. Conduis -toi comme un privilégié honnête… bref ferme là… ce que tu dis ne sert à rien. Faisons dans la nuance ce que je dis ne sert pas à grand -chose, juste une goutte d’eau ! Et pourquoi pas ! Une goutte d’eau après une goutte d’eau… l’océan n’est pas si loin. Plus nous serons nombreux  à ne pas renoncer, plus il se rapprochera. Si déjà ceux qui ont le bonheur d’habiter cette ville ne se sentent pas trahis, s’ils manifestent une envie de plus en plus  forte  d’être considérés comme des acteurs à part entière, alors, avec beaucoup de travail des uns et des autres, la mécanique du désespoir pourra bien s’inverser.

La noblesse de la connaissance

C’est sans doute l’équation si particulière de la ville  qui l’enracine, dans un appétit et une curiosité sans borne pour tout ce qui peut nourrir l’esprit. Le monde est en mouvement, pour ne pas dire en ébullition  sur un périmètre restreint, devenu espace de rencontres. Face à la pauvreté, à l’adversité, il fallait reconquérir la vie. Le peuple dans toute sa diversité a largement répondu présent, faisant preuve d’une énergie incroyable. Il n’est pas étonnant que ce soit développé à Grenoble ,une association étudiante Genepi qui milite dans plusieurs régions pour le décloisonnement des institutions carcérales  par la circulation des savoirs et des témoignages entre les personnes enfermées, les bénévoles et la société civile. Cet engagement va de pair avec une conscience militante des enjeux politiques liés aux différents lieux d’enfermement. Chaque année, des centaines de bénévoles du Genepi écartent les barreaux de la prison pour recréer des liens entre la société et les personnes incarcérées. Fanny Marion jeune avocate a milité à Grenoble au sein de cette association nationale  qui postule que c’est avec la complicité des oeuvres de l’esprit que l’on peut libérer les corps enfermés.  La connaissance est promesse de liberté, quels que soient les accidents de parcours.

Grenoble développe des enzymes vertueux

Avant Grenoble, j’ai visité d’autres villes, j’ai rencontré des gens extraordinaires partout. Ici cependant il s’est passé autre chose. J’ai l’impression d’avoir assisté à la fondation d’une cité. Certes l’histoire de la ville d’aujourd’hui est récente, mais de fait elle n’arrête pas d’interroger ses origines, elle n’arrête pas de se refonder. A Grenoble, pour combien de temps, je ne sais pas, le mot » populaire  » garde sa noblesse. Il est mémoire et présent d’une ville où les pauvres ont su, souvent avec panache, faire société ; pas seulement partager, mais développer une curiosité incroyable pour la connaissance.  Ironie de l’histoire, cette position  très en pointe dans les activités scientifiques et technologiques pose question, face à une volonté très affirmée d’assumer la transition écologique, qui ne peut être vraiment prise en compte par tous que si elle s’attaque à la réduction des inégalités. On peut avoir des doutes, des critiques, mais le passé de la ville, les efforts faits pour assumer, malgré l’inexpérience et les intérêts en jeu, un devenir solidaire, méritent  une certaine bienveillance pour ne pas dire un respect actif. A qui la faute, si les responsables politiques ne sont pas plus  saignants ? A nous les citoyens  qui n’avons pas compris que le pouvoir sans contre-pouvoir, ne peut remplir sa mission. A Grenoble, la gauche des années 70 a profondément marqué les esprits. Ceux, qui aujourd’hui sont aux affaires, à un moment historique contraire, méritent qu’on leur fasse crédit, pas aveuglément bien sûr. Mais on ne peut exclure qu’ils puissent avec l’aide acharnée des citoyens faire renaitre un espoir de gauche.

Évidemment il y des limites

Tu as une petite boutique à Grenoble ou à Ploudalmezeau. Ce serait dommage que tu croies diriger le FMI ou la Banque mondiale. Mais ici à Grenoble poussent quelques adultes-enfants qui savent que c’est dans le lieu où ils agissent que l’on commence à changer le monde. Dans les relations que tu as avec ta femme, tes enfants, tes voisins, les individus avec qui tu travailles, tu milites. C’est parfois désagréable de constater que dans l’instant présent tu viens de te conduire comme un vieux réac, alors que quelque part ton drapeau est clairement progressiste. Localement il y a ceux qui te voient agir et qui entendent ton discours. L’école de la cohérence n’est pas très loin de là où on assume ou pas ses contradictions. Enfin, soyons raisonnables… on ne renverse pas le capitalisme à Grenoble , même si de bons esprits t’incitent ici à devenir acteur de ta propre vie, comme à  te débarrasser de tout ce qui cloisonne la vie  dans des chambres froides mortifères. Alors jusqu’où peut-on aller?  Il n’ a que l’expérience , que les expérimentations  qui peuvent le dire. Le 11 Juin 2017 avait lieu à Barcelone le sommet  des « villes sans peur ». Avec les maires de Barcelone, Madrid, Naples, Grenoble, Valparaíso (Chili), Berkeley (Californie), Derik (Kurdistan syrien), Saragosse, Cadix et La Corogne, ainsi que la gouverneure de la région Attique en Grèce et des conseillers municipaux de Rosario (Argentine), Vancouver (Canada), Philadelphie (États-Unis) et Belo Horizonte (Brésil). Ce mouvement dit « municipaliste » nous rappelle que la commune est à la base de la pratique de la démocratie. Ces villes sans crainte des réactions  de l’extrême droite accueillent des réfugiés, s’organisent en réseaux, pratiquent l’économie sociale, travaillent à la réappropriation des biens communs par les habitants. L’Espagne est très en pointe sur la question. En France, Grenoble travaille en ce sens.

« Nos associations et entreprises explorent de nouvelles pistes, qui seraient difficilement explorables autrement parce qu’elles échappent à la logique habituelle d’un modèle économique qui sert à convaincre des financiers… Ici il y a un engagement moral, civique, un engagement de transition vers le XXIe siècle en douceur et en prenant garde aux travers de l’uberisation. Même si la ville ne peut aider financièrement les associations, nous faisons tout pour agir et créer le cadre de notre réflexion sur la ville de demain avec le projet Sharin’Grenoble, qui permettra de mettre en place de nouveaux modèles économiques en développant l’économie de partage, les nouvelles formes de travail, une gouvernance partagée et de nouveaux modèles de management »

Pascal Clouaire conseiller municipal en charge de la démocratie participative- Interview au Monde du 8 Septembre 2017.`

A noter que dans un monde qui souffre de verticalité le municipalisme(38) est horizontal. Il a vocation à évacuer contradictions et préjugés qui entourent tant un Clochemerle autocentré qu’une Babylone mondialiste. Voilà peut -être un nouvel internationalisme qui peut développer la connaissance de l’autre , la mise à profit commune des expérimentations, innovations. Le développement de ce réseau pourrait faire en sorte que ce qui est lointain devienne proche, familier, concret.

L’alliance de plusieurs communes transcende le phénomène bureaucratique. Espérons que Grenoble aille loin  dans cette direction, en phase avec la volonté d’assurer la transition écologique. Certes il ne faut pas oublier, comme le rappelle Raul Magni Berton(39) qu’en France contrairement à l’Espagne la décentralisation est quelque peu frileuse. La marge de manoeuvre qu’autorisent des budgets plus limités est d’autant plus restrictive que les dotations de l’état ont partout baissé. Yves Citton, professeur de littérature et média à l’Université de Paris 8, ajoute: Faut-il descendre à l’échelle des villes pour trouver une souveraineté effective, concrète, à l’écoute du terrain et en prise directe sur lui? Demandez à Ada Colau, élue maire de Barcelone en 2015 avec le soutien de Podemos, ou  à Eric Piolle, élu maire de Grenoble en 2014 sur une listerouge-verte, s’ils se considèrent comme souverains » !  (40)

….

A travers ces lignes  j’espère avoir esquissé le portrait d’une ville qui assume  son devenir urbain, mais qui au-delà  nous interroge sur notre vocation humaine, sans jamais sacrifier à un simplisme démagogique. Comme nulle part ailleurs j’ai senti que tous ceux qui ont sont venus vivre ici connaissent le prix de la dignité humaine.  » Je suis fier de ma ville » dit Mohamed Lahcine. Un certain nombre d’entre eux a bénéficié de l’ascenseur social, mais il est sûr qu’ils n’oublieront rien. Leur mémoire est fidèle à leurs origines. Ainsi  leur présent peut être tourné vers un avenir ouvert. C’est une chance incroyable. Il faudrait que beaucoup de villes en France aient connaissance d’ une  aventure  où l’émotion, l’éthique, la solidarité et l’intelligence vont dans le même sens. L’ambivalence humaine est partout, mais face à tant d’énergie positive, chacun d’entre nous peut se sentir pousser des ailes.

A vous de compléter un portrait  qui devrait nécessairement être pluriel.

 

François Bernheim

 

pour tout échange d’information ou critique: francoisbernheim32@gmail.com

Merci

à toutes les belles personnes rencontrées, pour leur chaleur, leur amitié ,leur intelligence et leur confiance. Merci  à toutes celles qui m’ont guidé, accueilli. J’espère seulement  que mon écoute a été à la hauteur de ce que chacun m’a apporté. Merci à  Alan Le 38, Anne-Laure  Laure Amilthat Szary, Raymond Avrillier, Gisèle Bastrenta, Genevièvre Berthet, David Bodinier, Mariano Bona, Jo Briant, Hassen Bouzeghoub, Hamed Bouzzine, Benjamin Bultel, YvesCitton, Robert Chartier, Christel bibliothèque Antigone, Clement le 38,Pascal Clouaire, Clarinha Coehlo, Delphino les Barbarins Fourchus, Abou Fall, Chiaka Fané, Alain Faure, Cathy Feinstein, Catherine Grenet, Christiane Guichard, Jouda Heiniche, Geo Ichtchenko, Pascale Henry ,Agnès Jonquières, Béatrice Josse, Stéphanie Julien, Sabrina Kassa , Nathalie et Riad Kassa,  Mohamed Lahcine, Simon Lambersens, Willy Lavasre, Bruno de Lescure, Bernard Macret, Raul Magni Berton, Alain Manac’h, Fanny Marion, Marie-Laure Mas, Mélanie et Steve  La Bobine, Myriam Merlant, Philippe Merlant, Brahim Rajab, Jacopo Rasmi, Pierre Sabatelli, Jean-Pierre Saez, Bernard Salamand, Edith Sanières, Hèlène Tagand, Thomas Vasseur, Joelle Vernay.

 

Notes

(1) Géo Boulloud le métallo de Dubedout. Pierre Frappat  Presses Universitaires de Grenoble.

(2) Colloque hommage à Hubert Dubedout 5 Avril 2018 Sciences Po Grenoble -http:/www.sciencespo-grenoble.fr

(3) René Rizzardo (1942/ 2010) militant de Peuple et Culture. Elu municipal en 1965 sur la liste d’Hubert Dubedout. Adjoint à la culture en 1977. Fonde l’Observatoire des Politiques Culturelles en 1988.

( 4) http://lepruniersauvage.com – voir interventions de Brahim Rajab sur You tube

(5)www.observatoire-culture.net

(6) ) www.barbarins.com

7) Alexandre Debelle 1770/ 1826 Commandant de la révolution et de l’empire

( 8)J0 Briant, professeur de philosophie, militant de gauche infatigable et lucide. Habitant de Villeneuve depuis sa création. Fonde le Centre d’Information Inter-peuples en 1980. Il a écrit de nombreux livres et beaucoup voyagé.

9) Nicolas Sarkozy- discours de Grenoble du 30/ 07/2010

(10) Association Villeneuve Debout http://villeneuve-debout.blogsolidaires.org/

(11) contre reportage 2015 de la Télé Libre .Vincent  Massot, Flore Viénot

(12) Jo Briant – Abécédaire pour le temps présent. Editions La pensée sauvage

(13) https://cric-grenoble.info/analyses/article/que-reste-t-il-du-passe-colonial-universite-populaire-v

14/www.batukavi.org/. vidéos sur You tube

15)  www.leplateau-mistral.fr

(16) La politique des grands frères  à la fin des années 80 consistait à confier un rôle de pacification à de jeunes adultes de même origine que les adolescents troublant la paix sociale. Il s’agissait sans doute moins de régler les problèmes de fond que d’éviter des débordements, agressions entrainant un désordre manifeste. De fait cette politique n’a ni contenu la montée de l’islamisme ni le développement trafic de drogue. Elle les aurait plutôt facilité.

(17)Elisa Martin parti de Gauche- 1ère adjointe du maire Eric Piolle depuis 2014. En charge des parcours éducatifs et de la tranquillité publique ( actions de prévention sur l’espace public)

(18) La Bobine http://labobine.net

(19)   Le 38 centre social tchoukar Facebook  – autres squats  et lieux alternatifs : La sphère, Le 102, La patate chaude, La BAF, centre social,bibliothèque féministe pour l’autogestion-

( 20) Cap Berriat est une association d’éducation populaire qui accompagne gratuitement les jeunes dans leurs projets depuis 50 ans. Elle soutient les initiatives des jeunes, en développant notamment l’accompagnement de projet, l’incitation dans les lycées et le secteur 1, et  l’animation d’une pépinière d’associations portées par des jeunes de 16 à 30 ans. http://www.cap-berriat.com/contact/

21)Raymond Avrillier/ Philippe Descamps- Le système Carignon. Editions de la Découverte-Mai 1995

( 22) Café, bibliothèque, librairie Antigone www.bibliothequeantigone.org/

( 23) CD De Feline high down kisses info@barbarins.com

(24) Magasin des Horizons www.magasin-cnac.org

(25)http://casamaures.org – accueil@casamaures.org

voir le livre La Casamaures, coeurs à corps Alain 0’Dinam photos, Christine Guichard Carnet de voyage.Editions La Casamaures association.

(26) PMO pièces et main d’oeuvre – http://www.piecesetmaindoeuvre.com/

(27) Pacte -laboratoire de sciences sociales- Cnrs – Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes.www.pacte-grenoble.fr

( 28) l’apport italien

– » Disgrazia ». Bio graphique de familles italiennes immigrées : un bout de l’histoire universelle des sans-le-sou, des poches vides et des rêves plein la tête- de Coline Picaud . éditions le Monde à l’envers Grenoble 2015

–  Un air d’Italie : la présence italienne en Isère

éditions Musée Dauphinois 1999

(29) l’apport maghrébin:

« De l’autre côté » Bio graphique de familles maghrébines immigrées: des morceaux d’histoires qui n’ont en commun que leur origine et le rêve qui les a engendrées: celui d’une vie meilleure en France. de Coline Picaud . éditions le Monde à l’envers Grenoble 2015

– d’Isère et du Maghreb Mémoires d’immigrés: Pour que la vie continue

éditions Musée Dauphinois 1999

(30) CIIP – www.ciip.fr -ciip@orange.fr

agissant pour les droits humains, les droits des peuples et des minorités. Membre fondateur de RITIMO (Réseau d’information et de documentation pour la solidarité et le développement durable).

(31) Le Tamis annuaire, médiathèque, agenda des lieux, initiatives alternatives sur Grenoble et autour www.le-tamis. info/contact – Voir également IciGrenoble www.ici-grenoble.org

( 32) Ades association démocratie écologie solidarité- www.ades-grenoble.org/

( 33) Apardap Association de Parrainage Républicain des Demandeurs d’Asile et de Protection

( 34)  L’Observatoire la revue des Politiques culturelles N°52 été 2018 contact@observatoir-culture.net

( 35)  – réflexions sur Hubert Dubedout et ses contemporains Simon Lambersens historien -Aires 2018 . http://enigmes.hypotheses.org

(36) Jean Verlhac 1923/ 1995-1960 membre fondateur du PSU. Adjoint à l’urbanisme de Hubert Dubedout à Grenoble 1965-1983, premier adjoint au maire de 1977 à 1983 puis conseiller municipal d’opposition de 1983 à 1989, il a participé à plusieurs grands projets de transformation de la ville comme la construction du Village olympique des Jeux Olympiques de 1968 et du quartier de la Villeneuve de Grenoble dont le parc porte son nom. Plusieurs sources utilisent à l’époque l’expression « bande à Verlhac » pour désigner le groupe de personnes travaillant sur ces projets autour de Jean Verlhac pendant les trois mandats municipaux d’Hubert Dubedout. Le Nouvel Observateur écrit le 15 mai 1972 : « L’anti-Sarcelles : comment à la Villeneuve un groupe d’animateurs et d’urbanistes, « la bande à Verlhac », a osé construire la ville où l’imagination aura enfin le pouvoir -Source Wikipédia.

( 37) Le Cairn monnaie locale https://www.cairn-monnaie.com/

( 38) Le municipalisme- Fearless cities – www.lesvoiesdelademocratie.org

Le pari municipaliste espagnol http://cqfd-journal.org/Au-dela-de-Podemos-le-pari-2206

( 39) professeur de sciences politique, l’un des animateurs du Dauphiné démocratique qui vise à rendre aux citoyennes et aux citoyens dauphinois·e·s le contrôle de leur vie, en les rapprochant du pouvoir et en les dotant d’outils pour le contrôler. Pour cela, le Dauphiné démocratique souhaite promouvoir et instaurer le confédéralisme et la démocratie directe du niveau municipal au national. Les engagements fondamentaux du mouvement sont au nombre de six : 1. Mettre en place la démocratie directe à tous les niveaux de gouvernement, par l’usage du référendum contraignant d’initiative populaire. 2. Mettre en place le confédéralisme, fondé sur l’idée que seules les régions sont souveraines et peuvent déléguer à l’état confédéral certaines compétences de leur choix. La confédération recevra ses fonds par les régions, selon des principes redistributifs de coopération et de solidarité. 3. Promouvoir une citoyenneté et une identité politique. Ainsi sera dauphinoise et dauphinois quiconque souhaite s’impliquer durablement dans la vie et le développement du Dauphiné, ainsi que se soumettre à sa législation. 4. Promouvoir l’économie et la culture locale, par le soutien aux circuits courts, à l’agriculture, à l’artisanat, aux entreprises et aux coopératives dans le Dauphiné. 5. Promouvoir la liberté, l’égalité et la solidarité entre les citoyennes et les citoyens et entre les régions. 6. Promouvoir la paix et l’autodétermination des peuples.

Voir également Murray Bookchin 1921: 2006 penseur marquant de la nouvelle gauche américaine, fondateur de l’écologie sociale. et théoricien du municipalisme libertaire. https://www.revue-ballast.fr/le-municipalisme-libertaire-quest-ce-donc/

(40) Yves Citton – Contre-courants politiques. Fayard Octobre 2018

 

Autres ouvrages consultés

Journaux /revues

– Le crieur de la Villeneuve . Journal mensuel participatif

– Le Postillon mensuel critique et alternatif de Grenoble et sa cuvette : Amour,glaires et beauté

 

– Journal de l’union de quartier Berriat, Saint Bruno et Europole

 

– Quartier chic mensuel culturel gratuit du quartier Mistral édité par Le Prunier Sauvage.

 

– JFP-journal français de psychiatrie n°43 l’addiction est-elle devenue notre norme?

pour « Etats d’urgence : »on nous a volé le temps de Gisèle Bastrenta

Livres / catalogues

– Grenoble le mythe blessé. Pierre Frappat éditions Alain Moreau

– Le Cochon est-il une série de tranches de jambon?  Pascale Henry

CRDP Académie de Grenoble

– La technocratie en marche- Matthieu Amiech éditions le monde à l’envers

– De pain et d’espérance 1788 / 1988  Grenoble et le Dauphiné à la veille de la révolution

éditions Musée dauphinois.

– Tsiganes : La vie de bohème?

éditions Musée Dauphinois 1999

 

– Guide du conseil Français de la citoyenneté de résidence : citoyen(ne)s étrangers(e)s vous avez des droits. Cofracir, Odti et conseil consultatif des citoyens grenoblois.

 

 

Illustrations: Pierre Sabatelli

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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