MARSEILLE TROP VIVANTE

 

« Voilà des années que je cherche Marseille et qu’elle se dérobe. La ville est pudique. Misérabiliste. Elle fait la manche, la retape, tend ses moignons, sa crasse , ses oripeaux pour mieux cacher sa beauté intérieure, sa richesse éternelle. »

François Thomazeau (1)

Broder la ville d’Edith Amsellem

 

 

» Si l’on considère la politique comme le gouvernement des vivants par d’autres vivants et l’existence des individus à l’intérieur d’une communauté qu’ils n’ont pas choisie, alors, la politique, c’est la distinction entre des populations à la vie soutenue, encouragée, protégée, et des populations exposées à la mort, à la persécution, au meurtre »  Edouard Louis ( 2)

 

« Le véritable monument de Marseille, c’est son peuple »  Albert Londres

 

» les banlieues sont l’état de siège de la ville, le champ de bataille où fait rage sans interruption le grand combat entre la ville et la campagne… ce combat n’est nulle part aussi impitoyable qu’entre Marseille et le paysage provençal » Christine Breton pour Walter Benjamin.   (3)

 

« Avant les kalachnikovs, ce sont des mots qui tuent à petit feu un peuple en plein désarroi »

Sérenius Cobra (4)

 

« L’art et la poésie, c’est quand même une maladie endémique de Marseille »

Carmen Castillo (5)

…. Marseille tout entière est irriguée par les tragédies du monde méditerranéen qui n’en a jamais été avare, cela lui confère, en France, un rôle de Havre humain effectif qu’aucune autre ville ( hormis la capitale ) ne pourrait lui disputer….

Jean -Chri11stophe Bailly (6)

 

« Ils (les historiens) écrivent du point de vue des vainqueurs, qui veut qu’en France le local n’accède pas à la dignité de l’universel et demeure ainsi provincial » Alessi dell’ Umbria (7)

 

» Raconter une histoire , c’est prendre le pouvoir »

Clément Cogitore

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Sommaire

MARSEILLE TROP VIVANTE


  • 1/ Vertige
  • Ici la vie crie , hurle, panique.
  • 2 /MARSEILLE VILLE DANGEREUSE-
  • Par le crime, les idées ou la sujétion coloniale?
  • 3 /LA FABRIQUE DES INÉGALITÉS  NATURELLES
  • La machine à décerveler des dominants
  • 4/ ET SI MARSEILLE ÉTAIT MALGRÉ TOUT BÉNIE DES DIEUX
  • Des lieux pour être ensemble résister, informer, créer, penser.
  • 5/ MARSEILLE POÉTIQUE ET POURQUOI PAS POLITIQUE?
  • Ceux qui ré-enchantent le réel ouvrent la voie
  •  

        6/POUR NE PAS EN FINIR

 

  • 7/ MULTIPLES MAIS UNIQUES
  • à quand des plombiers philosophes, des physiciens boulangers?

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  • 1/ VERTIGE

 

Ibrahim Ali – du groupe  de rap B-Vice, assassiné le 25 Février1995 par un colleur d’affiches du FN
Photo JP Maéro

Ici à Marseille, la vie crie, hurle, panique. Ici la vie est sale, puante, dure, dangereuse. Elle est aussi démesurée, vivante, lumineuse.Comment cette ville n’est-elle pas submergée, engloutie sous les tonnes de mépris, sinistre, forcené, méthodique, que déversent sur elle, sur ses habitants, ceux qui, à tout prix se placent du bon côté du manche ?

Marseille est puissante, cela ne veut pas dire innocente.Elle est forte de cette ambivalence humaine que beaucoup croient nécessaire de dissimuler. Marseille montre son cul, ses émotions, ses peurs, son âme, sans la moindre vergogne. Cette ville est généreuse au-delà du raisonnable. Elle a l’immense vertu d’insulter en permanence ce qui est petit, mesquin, ce qui sépare les uns des autres au nom de la nation ou de la race. Pire. A chaque instant elle est capable de dire le contraire, de ce qu’elle a énoncé il y a moins d’une seconde. Marseille, merci, donne le vertige. Elle est un village du monde installé dans le sud de la France. Elle est la Méditerranée.Que ceux qui y vivent, tentent, un instant de plus, de rester debout, est un cadeau que cette ville offre à qui veut le recevoir. Malgré tout ce mépris, ces mensonges, Marseille est la poésie du monde. Un monde qui semble ignorer que ses poètes lui servent de colonne vertébrale.Marseille est la revanche des gueux, elle dit que ceux qui n’ont rien, ont tout. Ils ne sont pas que tendresse, amour, bienveillance. Ils sont vivants. Face à l’immensité de la mer, ils sont grands, larges, parfois épouvantables, souvent magnifiques, nobles et beaux, loin des images d’Epinal. Ce qui est trop ici, ce n’est pas la vie, la vie n’est jamais trop. Ce qui est trop c’est tout ce qui blesse, abime, ronge. Le mépris n’a qu’un but: assassiner la vie. Merci du fond du coeur, à toutes celles, à tous ceux qui m’ont ouvert leur porte, donné accès à ce qui nous fait grandir, trembler et rire. Ils méritent tout notre amour, notre respect. La bonne blague!

Photo Jean Pierre Maéro

 

 

 

2/ MARSEILLE VILLE DANGEREUSE?

 

Nice la ville des paisibles retraités est, quant aux nombre de crimes commis chaque année, une ville plus dangereuse que Marseille. L’une a une image de ville paisible voire un peu endormie, quelque peu titillée par une clientèle russe friquée et tapageuse, l’autre, à longueur débilitante de médias, a, avec le 9.3, la réputation la plus détestable qui soit. De la mafia traditionnelle aux nouvelles bandes organisées, de la French Connection aux nouveaux trafiquants, Marseille serait la ville de tous les dangers. Pourtant les crimes, assassinats , trafics de drogue, vols  sévissent sur tout le territoire français.Marseille est à notre connaissance la seule ville de France, ou ces faits sont traités par les médias comme une sorte de virus contaminant toute une population. Jeter l’opprobre sur 100% d’une population, quand, sans doute moins de 1% est en cause, est monstrueux.

Dans une situation aussi extrême se contenter de dénoncer cette escroquerie pourrait paraître vertueux, mais serait, de fait, totalement improductif.Le mal aurait, semble-t-il, des racines historiques profondes. Oliver Boura (8) nous rappelle que déjà à l’époque romaine, Massilia avait choisi le mauvais camp, Pompée contre César. « Au fil des siècles, elle peaufine son personnage de traitre. Elle est pour la ligue, elle est pour la fronde…. Louis XIV, en 1661, fait ouvrir à coups de canon une brèche dans ses remparts….Elle sera révolutionnaire avec ardeur, les fédérés qui prennent les Tuileries le 10 Aout sont de Marseille…. Mais au moment du triomphe ,voici qu’elle change de camp. Ses députés sont tous du parti de la Gironde. On les arrête, on les proscrit, on les guillotine. Alors elle fait sécession, lève une armée et entre en guerre contre la convention, c’est à dire Paris. En 1955 Gaston Deferre, héros de la résistance, devient maire de Marseille. Pendant 35 ans il n’aura qu’un seul ennemi : les communistes ( PC et CGT. Le port est encore pour peu de temps le point de passage vers les colonies et l’extrême orient. D’après François Thomazeau, les américains, la CIA en l’occurrence, ne peuvent accepter un risque permanent de blocus. C’est ainsi qu’avec la bénédiction du PS local nait FO, syndicat dit réformiste, « les américains pour financer cette lutte de l’ombre contre les cégétistes, avaient besoin de ressources et de soutien. C’est ainsi que l’héroïne devint le nerf de la guerre et les gangsters les meilleurs alliés. La French Connection fut la  conséquence directe de ces combats idéologiques » (1)

Marseille ville dangereuse?

Oui assurément. Une ville où à la Libération eurent lieu des nationalisations sauvages, sous l’égide d’un préfet progressiste, Raymond Aubrac, est une ville à risque.Risque éminemment politique. Pour le contrer efficacement il ne suffira pas de créer divisions et concurrence entre les différentes composantes du peuple. Il faudra disqualifier celui que l’on considère comme un ennemi potentiellement dangereux.

 

En danger de soumission

témoignages:

Xavier dit K’méléon rappeur ( Groupe La Méthode puis the Crush)

«  Je suis né dans le quartier de Frais Vallon, à l’époque c’était un peu la plaque tournante de la cocaïne.Avec les règlements de compte beaucoup de jeunes sont tombés. On les a enterrés…Moi j’ai eu la chance  de rencontrer le hip- hop, c’est lui qui m’a sorti de ce guet- apens. On ressent tous les jours ce qui se passe autour de nous. Une mamie a du mal à se déplacer, les jeunes vont l’aider, alors que dans les médias, on ne parle que de gens qui ne sont pas respectueux. Nous on voit ce qui se passe, je trouve que les gens dans les quartiers sont beaucoup plus respectueux qu’on ne le dit. Il y a énormément de jeunes qui ont du talent, qui ont envie d’aller plus loin, mais qui ne sont pas dans les conditions qu’il faut »

Laurent Cucurullo

«  Ce qui me frappe le plus souvent dans les quartiers  que l’on dit défavorisés, c’est qu’il y a une vraie richesse humaine, les commerçants sont d’une gentillesse incroyable, les gens aussi, paradoxe assez criant par ailleurs »

Les jeunes réunis au centre social Frais Vallon

– Soila  Soilihi, Nassurdine Soulé,Houssine Tounsi, Abou Mroimana, Alias Aboudou, Nafeze  Moinaecha.

« -Ce sont les faits divers qui nous représentent, c’est blessant.

– Nous sommes d’une qualité inférieure à quelqu’un du Prado

– Moi je suis pas un mec de quartier, je suis un mec normal.

– J’aime bien le foot, il n’y que là où il y a des mecs comme moi

– Le rap c’est de l’art ça montre la vraie richesse des quartiers populaires »

Marwin Inhoma  break danceur

«  Dans les quartiers on est polis, très polis, peut- être trop… »

photo Jean Pierre Maéro

…..

RESPECTUEUX DE L’ORDRE ÉTABLI

Politesse, respect, solidarité. On ose à peine le dire l’histoire des quartiers  est à 99 % celle du respect de l’ordre établi, pire de la soumission aux idées et valeurs dominantes. Cette histoire est aussi celle de l’immigration et du néo-colonialisme. A écouter Karima, Fatima, Leila on comprend que leurs pères ont été des héros de la vie ordinaire. Leila Tadros raconte que son père qui montait chaque jour sur des échafaudages de plus de 100 mètres de haut a failli être exclu du FLN, parce qu’il refusait d’observer le jeune du Ramadan, les jours où il travaillait. Sans le moindre diplôme, souvent politisés; pour nourrir leur famille, ils ont  accepté, en venant en France, d’exercer les taches les plus pénibles, d’endurer sans broncher le mépris de ceux qui les employaient sans relever la tête. Bien sûr, ils ont transmis des valeurs à leur enfants, mais surtout, la peur des représailles, des sanctions et discours infamants, ils leur ont enjoint de ne pas se faire remarquer. Pour réussir à survivre il fallait être transparent, ravaler sa souffrance au plus profond de soi.

 Fatima Mostéfaoui  (9)

« La violence, je l’ai ressentie enfant quand à 3h du matin, mon père claquait la porte pour partir à l’usine. Ces chibani (10), dont la plupart sont morts aujourd’hui, n’ont jamais reçu le moindre signe de reconnaissance sociale. Mon père nous recommandait de raser les murs. On a assigné nos parents à cette place – là. Ils voulaient nous protéger, nous épargner ce qu’ils avaient vécu  Pour notre sécurité, il ne fallait jamais se faire remarquer…  Des femmes comme moi et Karima ont éprouvé au plus profond un insupportable sentiment  d’injustice. Il y a des gens qui « savent », quand toi tu commences à te sentir plus légitime, ils te dévalorisent. Dans les quartiers Nord il y a toujours des gens qui veulent parler à notre place. Je commence à en avoir marre, chaque fois que je dis quelque chose, on me dit que je suis agressive. Stop, je ne suis pas une indigène. Si je suis polie, respectueuse et que j’essaie de les comprendre, on me fait savoir que je ne suis pas à ma place. C’est la conscience très forte de cette injustice qui nous a amenés à nous battre… »

Ces vexations, ce mépris, ces discriminations on les retrouve dans des conditions dégradantes d’habitat, dans le manque d’entretien, dans un réseau de transports où les quartiers peuvent difficilement accéder au centre- ville. Ainsi « la racaille » est assignée à résidence.

Karima Berriche ( 11)

Elle appartient à la génération issue de l’immigration post- coloniale. Chercher à rétablir les faits éclairant la responsabilité du colonisateur a été un combat dans une France qui a du mal à regarder en face son passé. De la marche pour l’égalité de 1983 à la mobilisation contre toutes les violences, le collectif du 1er Juin auquel a appartenu Karima, s’est battu pour que les habitants des quartiers populaires soient enfin reconnus comme des acteurs à part entière de la société. Dénonçant le chômage, la pauvreté, les inégalités de traitement, l’absence de perspectives, le collectif ne minimise pas la cruauté « des règlements de compte ». Vu de l’intérieur il s’agit de véritables assassinats commis par des jeunes qui ont grandi ensemble. Cette tragédie ne doit pas masquer la question sociale et son corollaire la pression des discriminations. C’est sur ces thèmes qu’il faut mobiliser pour revendiquer l’égalité des droits pour tous et partout. Ces jeunes devraient être considérés comme des citoyens à part entière de la ville. Quand ils disent  » nous sommes tous des marseillais » il savent, que pour certains, ils sont moins marseillais que d’autres. A tous les niveaux le pouvoir instrumentalise ce manque de reconnaissance pour diviser le mouvement. Il donne, çà et là, quelques signes de reconnaissance à des militants qui sont dans un tel manque, qu’ils ne peuvent que se faire piéger: invitation à rencontrer un préfet, proposition de représenter un parti sur une liste électorale…etc…

Un habitat dégradé est l’autre face sinistre de la violence subie par les habitants des quartiers. Comment un décideur peut-il laisser des gens vivre dans de telles conditions avec des rats comme voisins ? N’est-ce pas une façon de dire et répéter chaque jour: vous qui acceptez de vivre une telle sauvagerie, ne valez pas mieux que ces rongeurs. A preuve d’un tel désastre, Karima nous donne copie d’un article de La Provence sur la cité Bel Air  du 26 Novembre 2017.

Extrait

…. Après sa soeur, sauvée de justesse en 2011, après avoir contracté une légionellose, Djamila Haouache a perdu son frère, cet été, pour la même raison. Tous deux avaient en commun de résider ou d’avoir séjourné dans la cité Air Bel (11e).

Et même si, Djamel, 46 ans, a succombé à la maladie alors qu’il se trouvait en vacances, à Dijon, pour sa soeur, l’origine de l’infection ne fait aucun doute : le réseau d’eau chaude de son quartier. Après avoir alerté les médias, fin octobre, Djamila s’est mis en tête de mobiliser les habitants du quartier. Car entre-temps, elle a reçu le rapport de l’Agence régionale de santé (ARS), confirmant que des légionelles avaient été retrouvées dans la douche du logement de la victime « à un taux supérieur à l’objectif cible fixé par la réglementation ». Un taux plus de trois fois et demi-supérieur à la réglementation qui a conduit le syndic à mettre en place une unité de chloration de l’eau, des purges du réseau et le remplacement des pommeaux de douche…..Une menace qui, pour de nombreux locataires d’Air Bel, a pris le goût du chlore, ces derniers mois. Le désinfectant utilisé pour prévenir toute nouvelle contamination a rendu l’eau quasiment imbuvable, par endroits, et de nombreux riverains font état, désormais d’irritation et autres problèmes de peau qu’ils attribuent à cette eau. Une jeune femme rapporte le cas de son enfant de 8 mois, atteint de démangeaisons, « les médecins ont cru qu’il avait la gale, mais en fait, c’était le chlore de l’eau », dit-elle.

….. « N’importe où ailleurs des mesures immédiates auraient été prises, mais parce que vous n’étiez pas unis, rien ne bougeait, constate Mohamed. Alors la seule solution, c’est que vous preniez votre destin en main. »

Liliane Giraudon écrivaine, poète

« J’ai enseigné  pendant 30 ans dans les quartiers nord dans des collèges dits prioritaires. On était en « zone violence ». Il était décidé à priori que ces élèves- là n’étaient pas capables de faire des études. Ici il y a deux tiers de la population qui n’a pas accès à la culture…

Un jour je prenais le train, pas très loin de moi il y avait un type bien mis qui téléphonait :

– Ici, c’est un scandale personne ne travaille, j’en ai assez cela fait un an que je suis là, on va tout revendre…

Passe un contrôleur de la SNCF qui entend ce discours :

– d’où tu viens toi pour parler comme ça de cette ville, enculé.

Il continue à l’insulter très fort. Le type le prend de haut  et au bout d’un moment s’arrête de téléphoner. Le contrôleur passe son chemin. Le type reprend sa conversation téléphonique :

-Voilà un bon exemple de la population marseillaise, violente et analphabète, il n’y a rien à espérer de ces gens- là !

…..

Ici l’héritage post colonial est très présent. Il y a plus de 25 ans J’entendais Edmonde Charles Roux , femme de lettres, épouse de Gaston Defferre, dans un entretien à France Culture« Avant la dernière guerre, nous avions les colonies,  Marseille était la porte de l’Orient. Dans la bourgeoisie, on voyageait beaucoup. Quand les jeunes gens avaient terminé leurs études de droit on les envoyait dans les colonies pour se faire les dents… » Edmonde Charles Roux était par ailleurs de gauche, socialiste et s’était battue pour mettre en couverture de son magazine la photo d’une femme africaine… »

Maura Guerrera est tambouriniste, d’origine sicilienne. Elle rapporte :`

» Un jour dans un théâtre était donné un concert de chants populaires de l’Italie du sud.

Au milieu de la prestation une femme se lève courroucée et s’écrie : « je ne vais tout de même pas au théâtre pour entendre chanter ma femme de ménage »

 

4/LA FABRIQUE DES INÉGALITÉS NATURELLES…

Face aux discriminations, l’égalité des droits est une revendication tellement normale que tout doit être fait pour masquer sa légitimité. Comment? Très simplement en mettant en place une mécanique aussi bien huilée que perverse, amenant ceux qui sont stigmatisés à intégrer l’image négative que les dominants ont mis en place. Ainsi fonctionne la tenaille. A l’intérieur des quartiers ceux qui ont le pouvoir ont fait comprendre à la population que c’est à « ceux qui savent de décider » La machine à décerveler est tellement puissante, que ses victimes n’ont plus qu’à battre leur coulpe en déplorant d’être aussi bêtes et ignares.

A l’extérieur des quartiers, l’extrême minorité délinquante, grâce à l’appui généreux des médias devient majoritaire, le soupçon de criminalité touchant la totalité de la population.

photo Jean Pierre Maéro

Pire, les quelques têtes qui se battent pour acquérir un savoir et le mettre au service des leurs sont à leur tour disqualifiés. En effet la croyance que le savoir est le seul monopole des dominants, les fait apparaître aux yeux des leurs comme des traitres. Et le tour est joué. L’ordre établi est de fait un véritable désordre social. Il a réussi à enfermer mentalement une population plus que respectueuse des règles, en la disqualifiant à tous les niveaux. Ainsi la question sociale peut rester en suspens et le mépris perdurer.Cette situation insolite où le peuple le plus pauvre est à la fois au centre- ville et dans les quartiers est spécifique. Dans toutes les autres grandes  villes de France les déshérités habitent la banlieue. Ici les gueux sont beaucoup trop visibles, d’autant que le climat local autorise chacun à considérer que la rue est un deuxième chez soi. Dans la rue on se parle, on entretient des relations étroites avec les voisins, on profite à plein de la vie sans pour autant avoir le pouvoir d’achat qui ailleurs autoriserait un tel luxe. L’état central ne peut être qu’un tyran, tandis que la mer Méditerranée est une vraie mère pour tous, hors de tout esprit de discrimination. « Ici on vit bien mais avec difficulté » nous dit Bernard Challe (12). L’histoire est malheureusement têtue. L’acharnement contre les classes populaires de la ville a de tristes antécédents.

 Petit historique d’un acharnement

1871 Une éphémère commune de Marseille est écrasée…

1926 Trois intellectuels allemands de grand renom, Walter Benjamin, Ernst Bloch, Siefried Kracauer visitent Marseille. La destruction du quartier de la Bourse, dont ils entrevoient les prémisses, leur fait peur. Plus que la destruction de bâtiments, ils ont le sentiment que l’on se prépare à détruire un peuple dans son identité prolétarienne.

« Mais je n’ai jamais vu à Berlin ou à Paris une telle urbanité prolétarienne à nu ! Si brutale, si coloniale, si politique. Ici peu d’employés font la ville. Mais bientôt, ils seront nombreux et ils voteront comme à Berlin » (3 )

1943

Le quartier du Port a été détruit à la demande de la bourgeoisie marseillaise. Frédérique Guétat Liviani a consulté les archives regroupées par Gérard Guicheteau dans son ouvrage Marseille 1943 la fin du Vieux-Port paru en 1973.il lui est apparu que tous les arguments hygiénistes et sécuritaires employés par les dirigeants actuels de la ville pour « réaménager le centre- ville », étaient  semblables à ceux avancés par les autorités en 1943.Il faut cependant remonter à la première décennie du 20ème siècle pour mieux comprendre ce qu’il adviendra du quartier du Vieux-Port en janvier 43.

Dans le Petit Marseillais édition du 24-25 janvier 1943 :

« Rendons cette justice à l’occupation allemande à Marseille que ses rapports avec les autorités de la ville ont toujours été des plus corrects et empreints de la plus grande compréhension. Si des éléments criminels n’intervenaient pas au travers de ces relations nous n’aurions qu’à nous louer de celles-ci… » (à propos d’une bombe qui explose sur la plate-forme d’un tramway.

Cet article paraît dans le journal qui relate également l’évacuation du quartier Nord du Vieux-Port. Ce que cet article ne dit pas, c’est que l’accord pour l’opération d’évacuation et de démolition est intervenu le 16 janvier, six jours avant ce dernier « attentat ».Le 8 janvier 1943 le J.O. publie un décret relatif à la convention immobilière de la ville de Marseille autorisant celle-ci à procéder à la réalisation d’emprunts amortissables en 55 ans et devant lui procurer une somme maximum de 500 millions destinée au financement des travaux de construction d’immeubles, ouverture de voies et assainissement de quartiers insalubres. Les journaux taisent ce qui ne sera rendu public qu’après la libération : les discussions serrées entre les autorités allemandes et les autorités françaises de Vichy. Sous la signature de Walther Kiaulehn, correspondant de Signal, le journal illustré allemand, on peut lire, deux mois après l’opération : « Ainsi se trouve-t-on dans le cas rare d’une mesure de guerre coïncidant avec des projets adoptés depuis longtemps par la Municipalité et par le Gouvernement et déjà en cours d’exécution. » Dans Signal encore : « Une odeur affreuse, ainsi que l’aspect des habitants  faisaient reculer le passant devant ces ruelles enchevêtrées. On prétend que depuis plus de trente ans, la police n’y a plus fait de rafle nocturne. ……Dans ces conditions, il était nécessaire de consulter la police allemande… » Le 24 janvier 1943, la Préfecture, à propos de la rafle communique : Cette opération – probablement la plus importante à laquelle il ait été  procédé par la police française, en collaboration avec toutes les forces chargées du maintien de l’ordre – s’est terminé sans incidents. Ainsi est entreprise une action salutaire d’épuration que l’immense majorité des Marseillais approuvera…Plus récemment, la Municipalité a entrepris de vider le centre-ville d’une population pauvre qui fait tache. Ainsi la tentative de réaménagement de la rue de la République, les batailles en cours dans les quartiers de Noailles et de La Plaine.

 Quand le mensonge devient la réalité

Existe-t-il des cités maudites… La Courneuve, Saint Denis, Marseille? Des villes qui polluent la tête et le corps du seul fait d’en parler ?

Le Marseille que nous vendent les médias est, ni plus ni moins qu’une construction, alimentée par l’argent des dominants, la bêtise de certains et la soumission des plus vulnérables. Certes cela fait beaucoup de monde et il serait pusillanime de sous-estimer la formidable puissance de cette machine de guerre qui depuis plus d’un siècle, a réussi à ce que les classes populaires de la ville  intègrent le venin qui les stigmatise. On ne le répètera jamais assez: le pouvoir déflagrateur des mots est immense. En toute légalité ils peuvent tuer à petit feu, une population en proie à toutes les précarités. A ce titre, la responsabilité des « scribes » doit être mise en avant. Nous avons dans cette ville rencontré trop d’individus aussi remarquables qu’en souffrance pour ne pas leur rendre une élémentaire justice. L’océan n’étant ni plus ni moins qu’une accumulation de gouttes d’eau, on conviendra que chaque goutte a pouvoir de changer le monde. Alors plutôt que de désespérer, nous avons préféré rechercher les fondements d’une telle situation.

photo Jean-Pierre Maéro

Pourquoi Marseille est-elle à ce point défigurée?

Une ville complexe

Il faut avouer que tout ce qui est complexe, mystérieux et qui donc nécessite un effort de compréhension, est d’entrée suspect, voire rejeté. En plus ici on a l’accent qu’il ne faut pas avoir, on mange de l’ail et on joue volontiers à ne pas être d’accord. Ce qui peut provoquer de vraies «  engatses » des disputes d’autant plus homériques qu’elles n’ont pas toujours de fondement. Ces belles colères ne sont jamais taillées sur mesure, elles développent en toute décontraction une esthétique de la vie où la part théâtrale des individus rejoint une authenticité certaine. Ici on est trop pudique pour désespérer devant un pastis. Ainsi tous ceux qui craignent de faire dans le cliché sont voués à courir derrière leur ombre. Ils sont sans mystère. Bref Marseille est un peu compliquée, souvent contradictoire, pas facile à comprendre, mais oh combien désirable.

Résistante mais…

On comprendra facilement qu’une des raisons d’être de Paris, c’est de permettre à Marseille de s’opposer. Le pouvoir central a toujours eu pour vocation de sucer jusqu’à l’épuisement la substance des villes. Qui pourrait accepter sans se renier de  se défaire de sa force de vie ? Mais hélas pour elle, cette résistance montre vite ses limites. Les classes populaires sont ici majoritaires sans pour autant détenir le pouvoir. On remarque facilement que dans cette ville, en dehors des dockers il n’y a pas de classe ouvrière constituée. Marseille aurait-elle trop longtemps vécu du commerce colonial pour attirer des activités industrielles plus élaborées? Sans doute. Ainsi avant même que l’idéologie contribue à opposer les uns aux autres, on a  ici un tissu social aux intérêts éclatés.

Social- démocrate mais…

de1953 à 1986,avec Gaston Defferre pour maire, Marseille s’est affichée comme une ville pratiquant le réformisme de gauche. Mais à y regarder de plus près l’alliance de Defferre avec des mafieux auréolés du prestige de la résistance à l’occupant, a contribué à la mise en place d’une politique clientéliste. Le PS s’est ingénié à faire des promesses aux enfants du mouvement social à seule fin de le diviser et de le récupérer. La politique menée par Gaudin, qui lui s’affichait à droite, n’a pas été en rupture avec la précédente. Voilà pourquoi à Marseille on ne cesse de négocier … à l’américaine au grand étonnement des visiteurs étrangers (13)

Multiple

Cette ville fait perdre la tête aux gens raisonnables. Historiquement, Marseille est une agglomération de villages, donc infiniment ancrée dans son contexte local de proximité, elle est aussi la deuxième grande ville de France. Mais on dit aussi qu’elle n’est en rien provinciale et même qu’elle ne serait pas française, alors qu’elle l’est sans la moindre ambiguïté. Non sans arrogance ou fierté, la ville affirme que son véritable pays est la Méditerranée. Comment ceux qui se réfugient dans un nationalisme contestable mais à priori rassurant pourraient- ils s’y retrouver ?

Multiple (bis)

Beaucoup disent que Marseille ressemble à Alger. Les uns s’en félicitent, les autres en prennent ombrage. Le commerce à l’emporte- pièce, la débrouille ne plaisent pas à tout le monde. Les arabes encore moins, surtout quand 0,1 % des leurs sont de dangereux terroristes. De fait Marseille c’est aussi un peu l’Italie, l’Espagne, les Comores, le Sénégal, la Corse. Avoir plusieurs identités, n’est-ce pas comme si on n’en avait aucune. On pourrait même dire que cette ville éprouve un malin plaisir à brouiller les pistes, comme si je pouvais être aussi un autre et encore un autre, en restant moi- même ou pire en m’enrichissant, au gré de tous ces apports « étrangers »

 En Délit d’harmonie

On ne risque pas plus de se faire étriper à Marseille que dans une autre ville française. La trop célèbre phrase de Jean Claude Gaudin « tant qu’ils se tuent entre eux » a pu être  prononcée à l’usage des touristes. Marseille est dangereuse à un autre titre. Le racisme supposé d’une partie de la population n’empêche pas les voisins de tous les pays du monde de vivre harmonieusement les uns avec les autres : juifs, arabes, gitans, blancs, noirs ….ils se connaissent, pratiquent les mêmes marchés depuis un demi- siècle ou plus. Cette richesse humaine est incontestable  mais ne vaut rien sur la planète du luxe et du standing. D’après la mairie ces gens nuiraient à l’attractivité de la ville. Marseille est une ville vivante, colorée aussi dure que conviviale.

photo Jean Pierre Maéro

Marseille, village et ville- monde réussit jusqu’à preuve du contraire à entretenir des racines locales éradiquées ailleurs. Elle n’est pas seulement l’héritière de la Grèce antique, elle développe à travers tous ses peuples une aspiration à la coopération et à l’universel qui pourrait bien constituer un contre- modèle subversif car porteur- d’harmonie. Oui à ce titre- là, la ville est dangereuse. Elle l’est d’autant plus que son peuple méprisé, piétiné, comme dans nos anciennes colonies on méprisait les indigènes, manifeste encore et malgré tout une énergie de vie, un appétit de création sidérants. Est-ce à dire qu’il y aurait une culture des gavés de l’existence, alibi et rempart de ceux qui possèdent tout, face à la culture sauvage de ceux qui ,hors de toute légitimité octroyée, sont à la recherche de sens et de beauté? Cela n’est pas si sûr ! On serait plutôt tenté de considérer qu’en s’inscrivant dans la tradition de ceux qui savent, la culture populaire pourrait bien trouver les points de repères ou références favorisant son épanouissement.

4/ET SI MARSEILLE ÉTAIT MALGRÉ TOUT BÉNIE DES DIEUX !

Dans une période où tout ce qui dépasse doit être équarri, la ville, tant par son histoire rebelle et villageoise que par sa géographie favorisant un brassage de populations en provenance du monde entier, peut être considérée comme une centrale d’énergie forte de ses contradictions. Ici on vit dans la rue, on est d’abord de Marseille, de son quartier comme d’autres revendiquent d’être français.Toute la ville de Marseille est mon quartier nous dit Annette Revret. Ici comme le souligne Françoise Semiramoth le peuple est encore très présent, il est puissant. A l’inverse de Paris et des autres grandes villes françaises où les classes populaires sont rejetées à la périphérie, à Marseille le peuple est encore central. Ainsi la ville dispose d’espaces pour se réunir, partager. Cette conversation entre les uns et les autres s’inscrit dans des lieux . Elle peut être élémentaire, voire difficile, elle  a le mérite d’exister et surtout de nous amener à revoir la conception que nous avons de la culture.

Tu dors, tu manges, tu ris, tu pleures, tu t’émerveilles avec qui?

L’extrême sagesse de cette ville est de nous faire comprendre à quel point il est important de pouvoir se retrouver à un endroit connu de tous. Nulle découverte ne peut se faire, nulle création ne peut être acceptée s’il n’existe des points de repères autorisant le corps et l’esprit à s’ouvrir à l’autre.

Photo jean Pierre Maéro

Football pour tous ou presque !

Si le football est la seule et unique discipline qui fait battre le coeur de tous les Marseillais, il faut aussi reconnaître que dans les quartiers Nord, là où il est important de sortir de chez soi, de jouer ensemble, les conditions décentes d’exercice de ce sport sont de plus en plus rares. Les jeunes qui aiment le football vivent ces restrictions comme un abandon de plus.

«  On a eu un gymnase à disposition, c’est idéal pour le foot. Cet espace n’est plus disponible. Le quartier souffre énormément de ça »

Comme tous les méditerranéens, les marseillais, toutes classes sociales confondues, aiment passionnément le football. Sans doute Zinédine Zidane leur a donné une raison supplémentaire d’être fans. Mais la belle aventure a commencé il y a plus d’un siècle. La relation des habitants de cette ville avec L’OM est sans équivalent dans l’hexagone. Ce n’est pas le fruit du hasard si cette équipe mythique est liée à L’Olympe, résidence des dieux dans la Grèce antique. Une des villes les plus pauvres de France est riche de ses héros, de tous les moments privilégiés d’osmose collective, qu’elle leur procure. L’Olympique de Marseille prouve à tous ceux qui se veulent marseillais avant toutes choses, qu’ils le sont bien, puisque ils sont capables de vibrer ensemble. Les supporters de L’OM, regroupés par affinité, sont à la tête d’organisations dont la force de frappe offre un violent contraste avec la vulnérabilité d’un grand nombre de leurs membres.Ils ont leur rituels, participent au business du club et bien sûr à la pérennité du mythe. Chaque groupe a sa chanson.

Les winners (14 )

Les Winners c’est à Marseille

le symbole de l’indépendance

Ils sont nés sur les rives de la Méditerranée

immigrés, mais à jamais marseillais.

Quand le virage se met à chanter

Quand le virage se met à chanter

C’est tout le stade qui va s’enflammer

Il faut chanter, chanter

et notre équipe va gagner…

Le stade vélodrome  est le lieu sacré qui écrit, réécrit la légende de cette ville. Peu d’intellectuels, peu d’écrivains ont enfreint le tabou qui veut que l’amour d’un sport de masse soit le fait d’esprits simples, autrement dit de la populace. Un élitisme sommaire, mais bien partagé, leur interdit de penser que les contes et légendes du football à Marseille ont droit de cité dans notre panthéon culturel. L’écrivaine Maylis de Kérengal n’est pas de ceux- là. En Décembre 2013/ Janvier 2014, après une résidence à la Commanderie le camp d’entrainement de l’OM, elle publie «  Les Fervents » une nouvelle en 3 épisodes dans le quotidien communiste La Marseillaise. A travers le football, comme à travers des conditions d’habitat et de vie dégradés est posée, reposée à chaque instant la grande question de la légitimité des classes populaires. La blessure qu’entraine le refus de reconnaissance sera d’autant plus profonde qu’elle a pour corollaire la prise de conscience d’appartenir à la classe des sans classe, de ceux qui ne possèdent rien. L’amour du sport et du foot en particulier, au-delà d’un espoir de revanche sociale, s’inscrit dans un rituel quasi sacré où la collectivité retrouve ses attaches, sa capacité à jouer, admirer, partager. Ici, le peuple comme les classes supérieures partagent une esthétique, une fierté. Un stade n’est pas un temple mais il s’en approche. Qui n’en retient que les outrances, passe à côté du fol espoir d’une culture désenclavée. L’Olympique de Marseille navigue à travers les aléas du foot-business, cela ne l’empêche pas de nous suggérer que l’Olympe n’est pas fatalement réservée à une minorité prédatrice.

 En passant par l’Estaque…

A 10km du Vieux Port, jouxtant la commune des Pennes Mirabeau, se trouve le hameau de l’Estaque (estaca  en langue occitane)

Ici, on pratiquait la pêche ( plus de 400 personnes employées jusque dans les années 5O) et on fabriquait des tuiles, après extraction de l’argile (15 )Les travailleurs italiens, espagnols logeaient souvent dans des courées fort mal vues des patrons locaux car propices au discussions libres et aux regroupements  » Dans un contexte de spéculation, d’insalubrité et de précarité sociale, les Italiens qui refusaient de loger dans les cités ouvrières patronales ont fréquemment pris en charge l’édification de leurs logements. C’est pourquoi, la courée est longtemps apparue comme un habitat principalement construit par et pour les ouvriers immigrés italiens. Ils ont pris leur modèle de référence dans le répertoire de formes de leur pays d’origine. Le mot courée dérive du bas latin cortis qui désigne la cour de ferme associée à la villa romaine dans le domaine rural antique «  Dans les années 50 le déclin de l’industrie et de la pêche a fait place à l’implantation d’autres activités industrielles comme les cimenteries et les usines de produits chimiques. Une main-d’oeuvre non qualifiée, souvent  d’origine maghrébine, a été requise. Des bidonvilles  ont alors abrité ce sous prolétariat. L’Estaque fut également une station balnéaire fréquentée par la classe moyenne du centre- ville. Mais bien avant les films de René Allio et Robert Guédidian, ce quartier était connu aux delà des frontières. il le doit à l’attraction qu’il a exercé sur des peintres aussi réputés que Paul Cézanne, Renoir, Braque. l’Estaque sur une surface relativement limitée n’a cessé de raconter une histoire à entrées multiples : Une histoire quasi pagnolesque, d’une esthétique aujourd’hui datée, peuplée de petites gens, d’artisans et de pêcheurs. Une histoire du déclin industriel de la ville de Marseille traitant également de la détérioration d’un paysage (terre et mer) pollué par des activités industrielles toxiques. Une histoire de l’immigration et de son apport culturel. Une histoire de la peinture française, de sa contribution à l’exaltation du paysage provençal et d’une douceur de vivre, côté sud. A cela, il faudrait rajouter l’existence de trois bordels très actifs avant la dernière guerre, une forte activité musicale et sportive à travers trois harmonies municipales, catholique, communiste et féministe. Sans oublier des bars, cafés, restaurants, sans oublier des terrasses, trois cinémas dits de quartier, etc etc

Si construire l’avenir ne consiste pas forcément à éradiquer le passé mais plutôt à prendre en compte toutes les formes d’expression vécues avant de rebondir pour créer du neuf, alors on peut dire que L’Estaque, au moins à travers deux lieux, a su aller à la pointe du contemporain, dans le respect d’une communauté en perpétuelle construction.

La Machine Pneumatique ( 16)

Jean Marie Sanchez dit « le Tchacheur » est convaincu que parler, même pour ne rien dire, est déjà un acte positif. Sans relâche il parcourt les rues de Marseille, apostrophe l’un ou l’autre dans l’espoir que chacun puisse exprimer ce qu’il a dans le ventre et pourquoi pas dans la tête. Là, où il crée la Machine Pneumatique en 2014, se tenait un bar restaurant de quartier pouvant à l’occasion servir de salle de réception pour les mariages. Le lieu a ses habitués, il est ancré sur son territoire. Jean Marie est persuadé que sans assise locale dans la proximité des familles, il n’est pas possible d’accéder à une vision plus globale de l’existence. Il procédera donc par hybridation, le restaurant « Le Régali » ouvrant sur des expositions d’art contemporain. Le public sera celui du bar restaurant et des ateliers pour enfants et adultes. Là on apprend la musique, on la pratique en orchestre, on s’initie à  la danse et aux les arts plastiques et on joue aux boules. Ceux qui viennent là sont plus pauvres que riches mais témoignent d’une aptitude au partage et à la solidarité sans limite. La Machine Pneumatique n’est pas une œuvre de bienfaisance, elle témoigne plutôt d’une aptitude à faire dialoguer le social et l’artistique avec une exigence ouverte au plaisir, aux émotions et à l’éthique. La démarche suivie n’est cependant en rien linéaire, elle laisse la place à l’aléatoire, à un certain mystère. Ici comme le dit Jean Marie Sanchez il y du je dans le nous  et du nous dans le Je. Ambition de quartier ? oui, au sens où une activité culturelle vivante, ancrée dans le tissu local a vocation à atteindre  l’universel.

L’Alhambra cinéma

Jean-Pierre Daniel, cinéaste, pédagogue et citoyen engagé, crée l’Alhambra à Saint Henri en 1990.Le parcours scolaire qu’il a suivi va fortement influencer sa vision du projet. Au moment où il va entrer en 6ème, se crée à Marseille, dans le cadre idyllique d’un château, un lycée expérimental à la pointe de la pédagogie. Il donne toute sa place à « l’expérience artistique » par la pratique du jeu et du théâtre. L’aventure est fabuleuse. Elle durera au moins trois ans. Quelques années plus tard, à l’IDHEC, il a la chance d’être encadré par un corps enseignant pratiquant les mêmes méthodes d’éducation populaire(Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Éducation Active ou CMEA). Ainsi Jean Pierre Daniel va élaborer son projet comme un auteur privilégiant une vision créative de la culture. L’Alhambra doit être un lieu fort, un lieu identifiable où le public, par sa pratique, sera acteur de son cheminement. Le lieu ne sera pas un temple de cinéphiles, mais il fera exister le cinéma. Ici, seront diffusés des films ultra commerciaux, comme des films d’auteur. les enfants auront bien entendu leur programme. Chacun pourra se former à la pratique du cinéma, du scénario à la réalisation en passant par le montage. Bien entendu les familles, les amis, les copains pourront trouver des espaces conviviaux pour échanger et se restaurer. L’idée est que ce lieu peut et doit accueillir qui y rentre, quel que soit son bagage culturel et son ambition. JP Daniel n’a surtout pas voulu négocier quoi que ce soit. Il a  mis en place un outil ouvert à tous. La pratique de ’’l’expérience artistique, notamment par le jeu, mobilise autant le corps que la tête, elle lève les inhibitions de ceux qui pourraient croire que la culture est un temple réservé à un club d’ initiés. Le jour où on est venu lui dire  que la boulangerie voisine changeait de nom pour s’appeler «  Boulangerie de l’Alhambra » il a su que le pari pouvait être gagné. L’Alhambra, cinéma situé dans un quartier de Marseille, n’est pas un cinéma de quartier destiné en entretenir la nostalgie d’une mythique dernière séance. Il est la preuve vivante qu’offrir à chacun la possibilité de faire et d’avoir une fréquentation assidue des œuvres, permet d’avancer, tant pour l’édification personnelle de chacun que pour construire et reconstruire  autour de soi un vivre ensemble plus harmonieux.

Les démarches de Jean Marie Sanchez  et de Jean Pierre Daniel affirment la primauté du lieu, tremplin de création, mais aussi  substitut de « ma maison ». Travailler pour tous les publics plutôt que pour une tribu est une exigence susceptible de contrebalancer le mépris qui paralyse ceux qui le subissent. Quand elles savent que la porte est vraiment ouverte, les classes populaires peuvent se porter à la pointe de l’art. Ce qui dans une société égalitaire  serait considéré comme une évidence, ressurgit ici, grâce à l’exigence  de quelques hommes de bonne volonté. Plus que l’intelligence, plus que la capacité à ingérer les hits de la culture dominante, compte la reconnaissance de la personne. Se sentir légitime, c’est-à-dire reconnu comme faisant partie de la communauté autorise toutes les audaces. L’individu est alors en capacité d’ouvrir son esprit, de laisser libre cours à ses émotions, d’accepter de se laisser guider, former. Il devient apte au partage. C’est dans le même esprit qu’a été créée La Friche de la Belle de mai( 17). Philippe Foulquié qui a été l’un de ses initiateurs et qui a dirigé l’établissement, insiste encore aujourd’hui sur le caractère fondateur de l’expérience artistique. La Friche a  poussé l’avenir devant elle, en explorant peu à peu son intuition de départ. Philippe Foulquié insiste beaucoup sur la nécessaire alliance de l’artiste et du producteur. Ce dernier, parce qu’il a la capacité de créer les conditions matérielles permettant à l’oeuvre d’exister dans un contexte social déterminé, va la rendre visible, recevable et de ce fait créera une dynamique dans laquelle l’initiateur du projet ou l’artiste pourront se risquer à aller encore plus loin.

Vive les Médias libres !

Les médias traditionnels font très bien (trop bien) leur travail. Non pas celui qui consisterait  à informer, voire faire réfléchir leur public, mais plutôt à l’endormir. Il existe fort heureusement des médias alternatifs assez courageux pour s’opposer à cette entreprise. Marseille n’en manque pas. Parmi les plus notoires, on compte CQFD (18)  Le Ravi (19) les sites comme Mille Babords (20), Made in Marseille (21), Pensons le matin(22), Hôtel du Nord (23), etc

Mais ces médias dont la qualité et l’éthique sont incontestables touchent en premier un public le plus souvent déjà acquis. Ce n’est en rien leur volonté mais l’économie de la presse papier, comme le mode de consommation d’internet qui sont en cause. Cette logique est cruelle car elle entérine une division du monde sachants / non sachants qu’ils sont les premiers à critiquer. La cause n’est cependant pas désespérée, car il existe à Marseille  d’autres médias grand public exigeants, Certes ils ne se présentent pas forcément comme tels, mais ils font incontestablement un travail d’information rigoureux, souvent passionné et convivial.

 

La Téloche de rue avec Primitivi (24)

Primitivi  est un collectif de cinéastes d’inspiration punk/ libertaire que les habitants des quartiers de La Plaine et Noailles connaissent bien. Pour Nicolas Burlaud qui en est l’un des animateurs, Primitivi fait un travail de télévision de rue « pour documenter ce qui se passe dans le quartier. L’objectif est que les habitants se réapproprient  leurs propres traces, leur histoire, car il nous parait important de ne pas laisser ce travail à France 3 » Chaque fois qu’un évènement  est susceptible d’avoir une incidence sur la vie des habitants : expulsions, délibération des édiles, manifestations contre la fermeture ( dite provisoire) des marchés, etc. Primitivi est là. Dans un deuxième temps le collectif diffuse ses réalisations sur les marchés, récréant ainsi une agora d’aujourd’hui où chacun a son mot à dire. Primitivi s’est fait connaitre en 2O13, bien au-delà de Marseille, avec le film «  La fête est finie » Son propos était clair :  » Partout en Europe, sous les assauts répétés des politiques d’aménagement, la ville se lisse, s’embourgeoise, s’uniformise. Cette transformation se fait au prix d’une exclusion des classes populaires, repoussées toujours plus loin des centres-villes. L ’élection de Marseille en 2013 au titre de « Capitale Européenne de la Culture » a permis une accélération spectaculaire de cette mutation. Là où la brutalité des pelleteuses avaient pu cristalliser les résistances, les festivités, parées de l’aura inattaquable de « la Culture », nous ont plongés dans un état de stupeur. Elles n’ont laissé d’autre choix que de participer ou de se taire….Primitivi cherche à mettre un peu de théorie dans la pratique, à questionner sa place, son rôle, ses mots, et imagine un dispositif de recherche-action qui mêlerait formation/production/diffusion pour poser les bases d’une télévision populaire  » La force de ce collectif est, jour après jour, de mettre  sa radicalité au service et à l’épreuve du plus grand nombre. Son utopie est concrète, conviviale. Encore une fois c’est en se fondant dans la vie d’un quartier, dans ses problèmes et aspirations que Primitivi interroge notre mode de vie et le système politique qui le conditionne. Ici encore les militants de la vie sortent le local des chiens écrasés pour en faire un lieu fort de la planète. Il suffit d’ailleurs d’aller sur le site www.primitivi.org pour s’apercevoir que nombre des sujets traités vont bien au-delà du prisme provençal. Primitivi aime Marseille  » c’est une ville qui est nettement plus libre  et vivante que les autres villes de France, pas encore complètement verrouillée, sécurisée, transformée par la marchandise, par la police, la surveillance, le fric….

On essaie de fabriquer des moments où l’on peut rencontrer les gens…Je comprends le combat des Occitans, des musulmans qui n’ont pas envie de se fondre dans ce magma. Le seul choix qu’on leur offre est de se fondre dans une culture européenne, une fabrique de dingues s’enfermant pour rejeter ceux qui ne lui ressemblent pas. Je ne crois pas au melting pot. Beaucoup de communautés cohabitent sans avoir la même vie et sans se nuire »

 

Les rappeurs de Marseille( 25)

photo Jean- Pierre Maéro

 

Il n’est pas étonnant que Marseille soit une ville où les musiques du monde, d’Amérique, d’Afrique, d’Italie, d’Espagne, du Portugal et d’ailleurs se sentent bien.

La Méditerranée leur a permis de se rencontrer, confronter, de se greffer. Depuis plus de 30 ans les rappeurs de Marseille, s’ils sont nationalement et internationalement connus, n’en sont pas moins les chroniqueurs attentifs de la vie d’ici. Tous les jeunes les écoutent, nantis comme pas nantis. Ceux des cités savent que le rap est un art apprécié de tous et que ceux qui le font exister sont bien souvent des leurs. Au-delà de cette reconnaissance le rap constitue un vecteur d’information précieux pour qui s’intéresse à Marseille et à sa jeunesse.

 IAM  demain c’est loin

…Je parle de ce que mes proches vivent et de ce que je vois
Des mecs coulés par le désespoir qui partent à la dérive
Des mecs qui pour 20.000 de shit se déchirent
Je parle du quotidien, écoute bien mes phrases font pas rire
Rire, sourire, certains l’ont perdu je pense à Momo
Qui m’a dit à plus jamais, je ne l’ai revu
Tenter le diable pour sortir de la galère, t’as gagné frère
Mais c’est toujours la misère pour ce qui pousse derrière
Pousse pousser au milieu d’un champs de béton

Grandir dans un parking et voir les grands faire rentrer les ronds

La pauvreté, ça fait gamberger en deux temps trois mouvements
On coupe, on compresse, on découpe, on emballe, on vend
A tour de bras, on fait rentrer l’argent du crack
Ouais c’est ça la vie, et parle pas de rmi ici, ici, ici

 

Fonky Family

…Quel intérêt on a à ce que l’ordre soit maintenu
Vu que leurs promesses sont jamais tenues

Le quartier c’est des gosses qui savent tout trop tôt
Vu qu’on t’y enseigne tout
Des jeunes filles enceintes tôt, des frères derrière les barres

C’est des pères qui se dérobent
Des mères debout dès l’aube pour aller laver la merde chez les autres

C’est ça la vie dans le quartier …
….On sent la misère transpirer sur les murs, et les volets
C’est des tags, des injures sur les murs, des cages d’escalier
Des arrestations qui se déroulent en live sur le palier.

photo Jean-Pierre Maéro

« La Méthode »:

« Bonnet blanc/ Blanc Bonnet »

Couplet K’ méléon:

Pour prendre de la distance/ dispense/ l’existence/ le bon sens de ses dirigeants// t’as vote noir mais ça devient du blanc// le résultat est toujours irritant/ peut être qu’il est temps/ d’être militant/ au lieu de suivre ce système comme un con//

À chaque loi/ c’est la sanction/ chaque phrase/ c’est la tension/ ces bâtards/ nous castagnent

dans ce jeu de dames// nous sommes des pions//

Un de plus ou de moins c’est la même// c’est pas grave si le peuple à la haine// tant qu’à la fin du mois il a la paye/ qu’il est content de récolter les graines/ (HA)/ ne me dis pas/  que tu con/damne/ PAS// Ce genre d’agissement/ pendant qu’ils s’marrent/ autour de la /TABLE// C’est trop insultant// pourquoi tant de questions en suspens/ pour nos fistons/ que du piston/ plus de dix ans/ réalisons// qu’une pauvre poule n’aura jamais de dent

photo Jean pierre Maéro

Kenny Arkana

Ordre Mondial
Au service de la croissance, tes droits de l’Homme, j’en rigole bien !
Je me cache derrière des idéologies pour que l’opinion soit d’accord
J’ai imposé la biométrie sur vos passeports
J’ai fabriqué la peur, pour que tout le monde soit sur écoute
Car moi je veux tout répertorier, moi je veux des chiffres et des codes barre
Je contrôle vos esprits par le biais des médias, vous êtes à ma merci
Les pieds embourbés dans l’inertie
Car vous vous croyez libre, mais formatés depuis l’école
Pour vous apprendre la hiérarchie, à toujours obéir aux ordres.
Je suis l’ordre mondial
L’ordre créé par les puissants,
Confréries, chefs de multinationalesLes médias considérés comme prophètes.
A vouloir trop faire on a zappé l’essentiel
De mensonges on nous enferre et devine qui s’en sert
Là où ça prie la conjoncture, où ça vénère l’économie,
Où il y a peu d’êtres humains parmi les êtres économiques
Où ça construit sa propre prison par sécurité, camarade (camarade)
ILS ONT PEUR DE LA LIBERTE

…………

…………
Le groupe Polyphonique Radio Babel ( 26)

A eux 5, Ils sont l’illustration vivante de la polyphonie marseillaise, l’un vient d’Algérie, l’autre du Portugal, le 3ème de Guadeloupe, le 4ème du Mali, le cinquième d’Algérie…..

Leur raison d’être ? Raconter l’histoire occultée de Marseille, celle de sa classe ouvrière, du port, du quai et des industries liées au port. Leur source d’inspiration? Le poète Louis Brauquier et quelques autres. Ils s’amusent à confronter, mélanger  langues, genres musicaux, rythmes pour créer des jeux inédits. Même s’ils pensent que leur activité de musicien ne peut s’exercer que dans la proximité des gens insérés dans un quartier de la ville, ils n’ont pas pour autant vocation à se substituer aux animateurs sociaux. Ils sont des musiciens, des corps porte-paroles d’une nécessaire résistance.

 SOIR SUR LES MOLES

Le charbonnier jette sa veste sur l’épaule,
La sirène des Docks hurle un cri déchirant,
Huilant d’ombre les roues grinçantes des palans
La nuit cale sa bâche lente sur les môles.
Transatlantiques noirs, sur des horizons roses
Qui semblent faits d’un vol immense de flamants
Arrêtés et debout, au bord du firmament,
Les paquebots pensifs aux écoutilles closes,
Balancent leurs grands mâts nostalgiques et doux;
Le timonier des aventures tient la barre
Du cargo migrateur que mon désir amarre
Au flanc du quai battu de l’eau noire que troue
Le fanal du gardien qui regarde le phare.
Hommes venus des autres ports
qui portez la conscience du monde

 

5/MARSEILLE POETIQUE ET POURQUOI PAS POLITIQUE ?

Beaucoup l’affirment haut et fort: Marseille est une ville poétique. Il se pourrait donc bien qu’à rebrousse-poil de la tradition française cette ville parle d’abord au corps avant de s’adresser au cerveau. Ici on touche, on déglutit, on ouvre les yeux, on marche, on prend le temps de respirer, de parler et mieux encore de jouer… dans des rues dont on ne sait pas toujours où elles mènent, comme au bord de l’eau, sur une terrasse; on découvre que les herbes, les fleurs, les plantes comme les poissons et d’autres animaux sont des habitants à part entière de notre planète. Ici il y a beaucoup de choses que l’on apprend en les ressentant d’abord très fort. Ici la poésie traîne ses guêtres au pied d’immeubles aussi sales que la mé moire de nos rêves est lumineuse. C’est peut-être l’art de formuler l’informulé, mais pas plus, pudeur et modestie obligent… . Ici on apprend une chose terriblement belle: ce qui du sens a d’abord de l’âme, un appétit des autres et pas forcément de belles manières. A rebrousse- poil du credo dominant, ceux qui ont faim ont soif de sens. Ils sont prêts à entrer dans les palais de l’imaginaire pourvu qu’ils n’aient pas à montrer de passeport. L’université de la rue est belle. Il est fort dommage que ceux qui paient très cher pour en connaitre les arcanes se sentent parfois obligés de retourner le mépris dont ils sont victimes à ceux des leurs qui possèdent un parchemin. Mais à terme c’est la liberté d’imaginer et de vivre qui gagnera. La poésie à Marseille commence dans la rue. Elle affirme que tous ceux qui acceptent de partager la beauté du monde sont aussi capables de décider du sort commun.

« On vit tous dehors, en famille, avec les potes et avec d’autres. On leur parle plus facilement puisque l’on est avec eux dehors. Ces gens viennent de partout, tout le monde a sa place, ce n’est forcément une place confortable, on est nombreux à être en galère. Pour une fois j’ai peut-être trouvé ma ville mon port d’attache »  Violaine Parcot

il faudra sans doute beaucoup de travail, beaucoup de temps pour convaincre tout un chacun que la poésie est la colonne vertébrale de la démocratie. Ils sont nombreux à vouloir repousser les murs de l’enfermement. Nous avons eu la chance d’en rencontrer quelques -uns.

Mot à Mot ( 27)

A priori, l’association Mot à mot est d’abord là pour répondre  à la demande de migrants  qui veulent seulement  avoir une connaissance suffisante de la langue française pour assumer le quotidien, de l’environnement professionnel au code la route, sans oublier toutes les démarches administratives. Il s’agit de   » Donner des mots pour ouvrir la porte souvent verrouillée du quotidien » comme le dit avec le sourire Myriam Elmarrakchi. Un mot clé  innerve l’action de Mot  à Mot: La confiance. Redonner confiance en soi à ceux que la vie a amené à douter de tout.Cette confiance se construit… mot à mot. Elle amène progressivement ceux qui commencent à se sentir à l’aise avec la pratique orale de la langue à participer à des ateliers d’écriture. Ceux- ci sont organisés en partenariat avec l’association  » l’écriture buissonnière » Ils se tiennent à la Friche de la Belle de Mai, située à quelques pas de l’association. Avant même de s’asseoir autour d’une table, cette démarche incite les participants à fréquenter une institution culturelle qui, à priori, n’est pas faite pour eux. Dans le cadre des ateliers, ils auront à lire des textes d’auteurs et parfois à imaginer la suite…Ainsi Aziza peut écrire à propos du pêcheur: » ….Tu nous montres que ton métier c’est la patience, c’est l’espoir. Ton quotidien est incertain, et tu vis comme un poisson. Quand tu sors de la mer, tu es mort. Chaque jour est une naissance pour toi. Chaque jour tu te sens de mieux en mieux »

Attoumani:

Quand je rentre de la Friche

Je suis content

je vois beaucoup de gens,

des petits garçons qui jouent au basket.

Enfin je comprends que la Friche

est un grand espace pour les artistes.

A l’atelier d’écriture, je vois de nouveaux visages.

Son texte comme celui de ses camarades a fait l’objet d’un petit livret où l’on retrouve également un certain Claude Simon. « … Ce n’est pas possible c’est moi qui ai écrit cela » L’incrédulité des participants témoigne de leur désarroi. Mais le travail accompli en commun  montre comment il est possible d’y faire face. Récemment un livret plus conséquent  » Dansant comme les mots dans la bouche d’un muet » a été édité et vendu. Des poèmes d ‘auteurs reconnus: Danielle Collobert, Emily Dickinson, Alejandra Pizarnik, Marina Tsvetaeva, Agnès Rouzier, côtoient ceux de Soumicha Belayachi, Aziza Boussafeur, Léa Granier, Francesca Mam, Zalhata MSA,  Mohamed, Ludivine Venet.

Aziza:  » … On devient comme des oiseaux qui volent dans le ciel, nous voyons dans notre miroir que nous sommes grands alors que les autres nous voient petits »

….

Pour avancer avec En Italique (28), il suffit mettre un pied devant l’autre…. 

A travers les marches organisées par l’association, la rencontre avec les oeuvres, évènements, gestes artistiques, il s’agit de ne jamais oublier que la ville appartient à ceux qui l’habitent. Redécouvrir les petits métiers, les lieux de travail aujourd’hui désaffectés, les rues liées à une pratique artisanale ou artistique, c’est donner le moyen à chacun d’exister au milieu des autres, d’une histoire et d’un patrimoine que l’on a enfin les moyens de se réapproprier. Médiateur culturel, En Italique jette des passerelles nous aidant à rompre le cercle infernal de l’enfermement. En 2017 des enfants de l’école élémentaire des quartiers  Saint  Saint Lazare et Saint Mauront ont proposé aux commerçants du quartier de faire leur portrait pour mieux les faire connaitre. Ravis les commerçants se sont montré d’une bienveillance rare et ont multiplié les cadeaux. Des cartes postales ont été éditées par l’association  et mises à la disposition de tous. Laurent Curucullo qui anime En Italique a été frappé par leur générosité. En Italique peut être sollicité à tout moment par un artiste qui souhaite se faire accompagner par l’association pour élaborer son dossier, rencontrer les publics pouvant être sensibles à son oeuvre, être conseillé dans sa recherche de financements ou pour animer un atelier artistique. En Italique présuppose que l’œuvre d’art constitue « une ouverture vers la discussion illimitée » qui prend pour thème central  « l’être ensemble ». « Les publics visés par nos actions sont différents d’un projet à l’autre, c‘est tour à tour un public de scolaires, d’adhérents d’association, de militants, de membres de comités d’entreprises, de touristes, d’amateurs, d’habitants… A chaque fois le médiateur adapte son propos et son action en fonction de celui auquel il souhaite s’adresser. 
Nous appréhendons les publics dans leur globalité, à partir de leur culture »

 Les dames de la joliette (29)

Sylvie Aniorte Paz, Maura Guerrera, Annie Maltinti, Kalliroi Raouzeau, Nadia Tighivet ,cinq femmes de Marseille et des pays de la Méditerranée, chanteuses, musiciennes associées à un compositeur Gil Aniorte Paz. Elles veulent par la musique, la polyphonie, rendre justice au combat des femmes de la planète. En 1524, la Provence est sous le joug de Charles Quint. Cinq femmes de Marseille avec un courage inouï prennent la tête de la résistance à l’occupant. Les résistantes d’aujourd’hui ont choisi des textes de poétesses du monde entier, du Chili au Mozambique sans oublier la Grèce, la France, l’Italie et l’Occitanie Pour créer un son hors du commun elles ont eu l’idée d’associer ces textes poétiques à des rythmes issus de la tradition des chants féminins de travail. Elles renouent également avec une tradition espagnole qui est de prendre une table comme instrument de percussion. Ainsi assises toutes les cinq autour de leur caisse de résonnance, elles frappent, chantent, jouent, confrontent, mêlent langues, voix cultures au service d’un combat pour la dignité où le plaisir n’est jamais absent. Voilà comment se crée une épopée des femmes du monde liée à leur histoire, à leurs luttes, à la musique de la vie.

Avant la révolution française une femme, « la belle Marinera » qui a avorté est condamnée à mort pour infanticide

La bello Mariniero

Ne’n son tres damas de Lion (bis)

Elei se lèvan matinièras

Per veire passar(bis)

La bèla marinièra

Lo borrèu li va per davant

E la justicia par darrièra

Laissatz (la) passar(bis)

La bèla marinièra.

Laissatz la passar 

la bèla marinièra

Laissatz la passar 

La bèla marinièra

Laissatz la passar 

la bèla marinièra

Laissatz la passar 

la bèla

Sa mèra la suiv’en plorant :

« Messieurs de la justice

Tenez voilà de l’argent

Rendez- moi ma fille »

 

« Ma mère gardez votre argent

Toute fille qui a fait folie

Qui a noyé son enfant mérite bien d’être punie »

Quand ne’n siguèt sus l’echafauc

Aussèt seis uelhs, per mar, per tèrra

E viguèt passar(bis)

Sa dolenta mèra

Adieu mes frères adieu mes sœurs

Et vous messieurs de la justice,

Laissez moi partir

Vers mon supplice

 

Fidel Anthelme X ( 30)

La maison d’édition fondée par Frédérique Guétat Liviani est immense. Juste à la taille qu’il faut pour se trouver au croisement des exigences artistiques et sociales. Il y a, chez Frédérique comme chez ses amis : Liliane, Dominique, Julien, Michel pour ceux que j’ai pu approcher, un amour, un humour assez forts pour que leur poétique puisse se confronter à tous moments au quotidien de tous. Ainsi « Campagne » est une expérience d’écriture collective( Décembre 2016/ Juin 2017) à partir d’une collecte de paroles brutes recueillies en tout lieu de la cité.

» – Je suis contre l’élection

– Mais laquelle?

-Pas la présidentielle mais celle de miss France, cela ressemble à du bétail.

– Moi je suis pour, ça leur donne du boulot.

…..

Devant la vidéo de Jean Luc Mélanchon présentant son programme

– Un jour, on embrasse un flic, le lendemain on lui crache dessus, ce qui est sûr c’est qu’il en faudrait plus.

– C’est beau le peuple qui se reprend en main.

….

En Révolution

Colas Baillieul

….

Il ne faut surtout rien abandonner

laisser le virus se développer

se multiplier

apprivoiser le malin

aller vers l’état gazeux

qu’il ne reste qu’une impression

une rumeur

se passer de tout

mais retrouver l’envie

….

La porte rouge

( collectif)

 Julien Blaine

…..

…Alors elle nous parle ,ils nous parlent de politique, de responsabilités

politiques, de crimes politiques là- bas d’où elles & ils viennent et ici &où ils &

elles sont.

Ils avalent les insultes, elles les entendent mais elles ne disent pas les mots

des insultes, ça nous écorcherait la bouche et après, à leur lecture, ça nous

crèverait les yeux…

….

Frédérique Guétat Liviani

….

dans la même langue    on a tous     une définition différente    du même mot

 

le langage         ça nous enferme dans les mots       pas l’amour        oui

 

y a des gens qui oeuvrent            pour les faire tomber           les murs

 

ceux qui les construisent            sont pas nombreux               mais forts…..

 

Maintenant tu vas pouvoir dormir

Dominique Cerf

…..

Tu pourras peut -être un jour reconstruire les images.

Réajuster les contours

Viendra celui ou celle qui saura imaginer la machine à

projeter les images mentales, le souvenir.

Je pourrai te donner à voir les images de l’absence.

Retrouver le petit morceau en bas à droite, celui que tu

avais perdu et qui pouvait te sembler valoir si peu…

Recouvrer les formes, les figures, les couleurs,

les paysages et les fragments. ….

……

L’activité du poème n’est pas incessante

Liliane Giraudon

-…..

Car un poème est un poème. C’est de ça dont il faut se souvenir… Et cesser d’avoir peur.

Cage, qui savait qu’avec le bruit l’ennui c’est la musique qui aura sur nous tous le dernier mot: » notre poésie aujourd’hui c’est de réaliser qu’on ne possède rien. Toute chose est donc une joie

puisqu’on ne la possède pas et donc on n’a pas à craindre de la perdre… »

 

Bouche bée

Michel Maury

……

Mais alors avons nous en nous tous un étranger?

Oui ! J’en suis maintenant persuadé, nous sommes tous français et étranger,

français et italien, français et algérien, français et espagnol, français et polonais, français et portugais, français et suisse, français et allemand, français et sénégalais, français et…. ?

Nous sommes tous l’étranger de nous- mêmes.

……..

…….

 

Réseau Hospitalité (31) – Jean Pierre Cavalié

Le réseau Hospitalité de Marseille créé par Jean pierre Cavalié s’inspire du réseau des villes sanctuaires initié aux Etats- Unis et en Angleterre. Des villes, comme des universités, des églises, des organisations diverses sont parties prenantes. Ces différentes entités ont choisi de vivre et diffuser une culture d’accueil et d’hospitalité vis à vis des migrants ou réfugiés. Aujourd’hui il s’agit de créer des liens et une synergie entre les différents collectifs qui agissent pour l’accueil, l’hospitalité des réfugiés. Jean Pierre Cavalié qui a été délégué régional de la Cimade s’insurge contre la pénalisation des aidants alors que code pénal français sanctionne la non- assistance à personne en danger. C’est donc l’Etat Français qui est hors la loi et qui se défausse de son inaction sur les associations.

« Il est faux de penser que les personnes en situation de précarité ont comme unique priorité l’obtention de moyens. Ils sont à la recherche de sens. Jusqu’à maintenant les individus vivaient sous une arche identitaire dont la clé de voute faisant le lien entre l’image de soi et l’image sociale, était l’emploi. Le travail était donc à la base des relations sociales. A l’évidence le modèle ne fonctionne plus. On assiste aujourd’hui à une crise généralisée de la culture de l’hostilité. La vie serait un combat, où la concurrence aidant il faut abattre celui qui pourrait prendre votre place. La figure de l’étranger, de celui qui est différent de nous est alors brandie comme un épouvantail par les démagogues qui ne pensent qu’à réduire notre humanité au profit d’un entre-soi stérile et à peine rassurant. A la culture de l’hostilité Jean Pierre Cavalié, veut substituer la culture de l’hospitalité. Le mot hôte est aussi bien utilisé pour définir l’accueillant que l’accueilli, ainsi dans cette configuration je ne suis pas plus chez toi que tu es chez moi. Nous sommes chez nous dans un lieu que nous avons accepté de définir comme commun. Il n’y a pas de changement profond qui n’implique pas une invention artistique. Nous avons besoin de créer des images et des mots pour se réapproprier notre histoire. Nous avons besoin de nouveaux lieux collectifs, d’inventer des nouveaux lieux publics où nous aurons loisir d’affirmer notre solidarité à travers le quotidien, des gestes, des rituels. Mettre une nappe sur une table n’est pas forcément une pratique conventionnelle, elle est une marque d’attention, une reconnaissance de l’autre.

crédit Instagram

L’autre n’a pas toujours belle figure, ses opinions extrêmes, xénophobes nous sont désagréables. Plutôt que de le considérer comme une brebis galeuse, ayons plutôt l’intelligence de le laisser s’exprimer, de nous persuader que tous les arguments rationnels que nous pourrons avancer seront nuls et non avenus. Pire il y a de fortes chances qu’ils le persuadent que vous le prenez pour un imbécile. L’imbécile n’a alors qu’une solution camper encore plus fort sur ses positions. L’autre exprime un ressenti. Il est loin d’être marginal. Nous avons tous, un jour ou l’autre, des réflexes d’exclusion, des propos racistes. Il convient de connaitre nos limites. C’est à partir de là que nous pouvons faire société, refonder un langage, des pratiques qui mettent en avant notre capacité de coopération. Les biologistes sont formels, à travers toutes les espèces vivantes se sont les pratiques de coopération qui sont largement majoritaires. La vie ne peut s’affirmer qu’à travers elles. Les clichés ont la vie dure mais de fait, on voit bien que plus ça va mal plus les actes de solidarité se renforcent. Marseille est sans doute un caravansérail, mais la ville dans sa grande diversité est également équipée pour être une sorte de laboratoire du monde, pour ne pas dire de notre humanité. »

6/ POUR NE PAS EN FINIR….

Troisième voyage à Marseille, troisième reportage, Pourquoi faire?

Ici, il me semble avoir appris à écouter l’épaisseur des corps. Quelque chose comme une affinité profonde qui n’a pas besoin d’emprunter les mêmes chemins, les mêmes carnets d’adresse; juste une aptitude partagée à ne pas se laisser enfermer dans un rôle, ou un drapeau. Peut- être aussi une aptitude à préserver la part tendre de notre individu ouverte à toutes les sensibilités pourvu qu’il y ait humanité.  Ce mode de relation est immédiat, fulgurant, mais nécessite un temps infini avant que le cerveau n’intègre l’évènement. Toutes les personnes rencontrées ici participent  à cette odyssée au long cours. Vous qui venez de Boulogne- Billancourt ou d’ailleurs pour rencontrer les habitants de Marseille, vous ne pouvez qu’être bien accueillis, si l’objet de votre visite est réellement la rencontre. Ici ceux qui sont traités comme des gueux par l’état, par leurs édiles municipaux, par une bourgeoisie dominante, par une armée de scribes aux ordres, du seul fait de l’échange avec un étranger bienveillant, redeviennent pendant un instant les héros de leur histoire, les princes des calanques et autres magnifiques dépendances. Certains affirment que Marseille n’est pas en France. Administrativement parlant le propos parait abscond. Mais si on en juge par la liberté de regard des citoyens de cette métropole, malgré la présence affirmée du Front national, si on en juge par leur capacité d’accueil des réfugiés de tous pays, on découvre qu’ici l’autre existe, qu’il a le droit d’exister et pire que l’humus de cette ville, son oxygène se nourrissent siècle après siècle de cet apport. Cette lente sédimentation des âmes, des corps et de la nature fait que malgré des assauts répétés et violents, cette ville n’est pas encore tombée. Mais les « rénovateurs » sont patients. A  terme, ils comptent bien chasser les populations pauvres du centre-ville. Pour les fervents du développement touristique et du fric, Marseille devrait redevenir une ville française comme une autre. Mais si l’histoire semble aller dans cette direction, l’issue n’est pas obligatoirement fatale. Contribuer à faire évoluer le regard sur une ville extraordinaire est une nécessité à la portée de chacun. Multiplier les échanges avec les habitants de cette cité aussi vivants que leurs contradictions sont puissantes, est non seulement un impératif moral mais une source d’enrichissement et de plaisirs infinis. Certains d’entre nous ne connaissent de Marseille que le Marius de Pagnol, les outrances codifiées des cagoles, le pouvoir des mafieux soutenant au gré du vent les petits maitres de la politique locale; d’autres ont toute liberté de découvrir ici une humanité aussi riche et diverse que les questions essentielles que pose cette ville- monde.

 

A quoi sert le Peuple ?

… à nourrir les statistiques du chômage, de la pauvreté, à multiplier les faits divers à travers larcins, violences diverses, trafics de drogue, assassinats et attentats?

Telle est la vitrine qui nous est offerte à longueur de médias et de points de vue autorisés. Au- delà de l’injustice flagrante, c’est à un tout autre phénomène que l’on assiste. Berthold Brecht avançait avec un humour grinçant que si le gouvernement n’était pas content du peuple, il fallait changer de peuple.

Aujourd’hui il ne s’agit même plus de changer mais plutôt d’effacer. Le peuple est devenu une fiction, une non histoire, donc une irréalité. Ce que nous appréhendons ce n’est pas la réalité mais une ou plusieurs de ses représentations possibles. Les classes populaires n’ont aujourd’hui ni un Balzac, un Victor Hugo, un Zola pour les porter haut et fort sur le devant de la scène. Qui encore connait leur culture, leur intelligence, leurs souffrances, leurs révoltes? Pour un Edouard Louis, un Didier Eribon, intellectuels, écrivains fidèles à leur classe, combien de scribouillards, responsables politiques obscurs ou célèbres, combien de réseaux sociaux, de smartphones pour étouffer tout énoncé non conforme? La réalité est celle de l’équilibre budgétaire, des réformes chirurgicales si courageuses qu’elles excluent progressivement un nombre croissant de citoyens de la société active.

La planète est une grande entreprise qui doit être gérée rationnellement. A l’aide d’experts, de responsables politiques, de concepteurs. Ce qui est dit et répété à satiété devient la réalité. Ainsi François Fillon jusqu’aux affaires, qui ont torpillé sa logique, était l’homme politique le plus sage et courageux de France. Ainsi voulait-il, à terme supprimer la sécurité sociale , les aides trop nombreuses qui alourdissent le budget de l’état. Les habitants de la ville de Marseille, citoyens de leur quartier, de leur ville et du monde ont l’immense mérite de nous obliger à prendre en compte toutes les facettes de la réalité. La réalité populaire est sans cesse affirmée, réaffirmée au stade vélodrome. Le symbole ne manque pas de force mais pourquoi cette réalité n’en est plus une quand le match est fini?

La montée de l’extrême droite et du terrorisme est inscrite  dans la logique de cet ordre néolibéral qui exacerbe la revendication identitaire à force de nier toute spécificité locale. Ironie de l’histoire, le parti communiste avait ,avant d’autres, dénoncé cette mise au pas du peuple. Hélas son stalinisme avéré a contribué à décrédibiliser son discours, à en faire une sorte de messe rituelle hors du temps et l’action. Ainsi les mots que utilisons la plupart du temps, sont démonétisés. Il nous revient  de redonner de la chair, de l’histoire concrète à notre réflexion, de nous situer sur le terrain. Avec qui voulons- nous vivre, pour quoi faire?

Il nous faut également éviter le piège qui veut que le peuple opprimé devienne, par un simple renversement du rapport de force, un libérateur idéal. On sait à quel point l’histoire est perverse. Ceux qui ont été opprimés jusqu’à la lie, ont toutes chances, s’ils n’y prennent garde, de reproduire les schémas destructeurs de leurs oppresseurs. Le savoir populaire est immense, le capital d’humanité et de diversité qu’il représente devrait être à tout prix préservé, développé hors de toute sacralisation. Le mépris et l’idolâtrie sont cousins germains.

Marseille une ville libertaire?

La résistance  de la ville contre tout pouvoir central, sa solidarité avec les communards et sa capacité à pratiquer une économie de débrouille vont bien dans le sens d’une revendication libertaire. De même que son aptitude à faire vivre ensemble des individus venant du monde entier. Lou Marin(32) militant d’action directe non violente, de nationalité allemande, installé à Marseille, est fasciné par la capacité de cette ville à intégrer des trajectoires individuelles à fort potentiel. Le seul port qui a accueilli tous les réfugiés politiques ou de confession juive fuyant le nazisme a été Marseille. Il leur permettait de gagner l’Afrique, le Mexique ou l’Amérique. De même lors de la guerre civile espagnole, près de 500.000 républicains ont fui le régime de Franco, une grande majorité était anarchiste et beaucoup se sont arrêtés dans la cité phocéenne. Il en a été de même des anarchistes anti- fascistes italiens. Voilà donc une ville où les libertaires du sud de la France, ont pu en osmose avec les espagnols et les italiens fonder le centre international de recherche anarchiste ou CIRA, mettre sur pied une bibliothèque de grande valeur  et accueillir les chercheurs et toutes les personnes intéressées de par le monde. Face à la dureté des temps présents  et à la tendance de plus en plus forte à développer une mouvance identitaire, Lou Marin exprime une grande inquiétude. Il est fort probable  que l’échec du combat pour l’égalité des droits  a favorisé une tendance au repli. Elle s’exprime ici de deux façons: par l’islamisme que les attentats ont porté sur le devant de la scène et également  par un « racialisme » qui certes s’oppose au racisme colonial, mais qui revendique le droit de vivre séparé des autres races. Cette tendance n’a pu qu’être favorisée par le parcage des populations issues des ex colonies dans des ghettos à ciel ouvert. Le Cira n’a pu que constater, au fil des années ce retrait, notamment des populations d’origine maghrébine,. Faut-il pour autant désespérer? Lou Marin ne le croit pas. L’histoire ne manque pas de malice. Rien ne permettait de prévoir que le mur de Berlin allait s’effondrer en1989, sans qu’une goutte de sang soit versée. Alors malgré le populisme, le terrorisme, malgré la tendance au repli , nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise!

 Ou se trouve Marseille où habitons nous?

En moins d’un siècle la plupart de nos repères  ont volé en éclat ou sont sur le point de nous fausser compagnie :

-Travail/chômage

Le travail pilier central de nos vies, de nos relations l’est de moins en moins

– Maitrise de la nature

Nous ne maitrisons plus rien et ne pouvons plus penser que notre domination n’a pas des effets catastrophiques.

Santé/ vieillesse

Nous vivons de plus en plus vieux, sans trop savoir quoi faire de nos ainés.

Mode de pensée

l’immédiateté numérique bouleverse tous nos schémas d’apprentissage, de connaissance et de relations. Tout ce qui sort de l’immédiateté demande des efforts considérables. Pourquoi faire?

Territoire national

La logique de la marchandise comme la logique financière ne connaissent pas de frontière.

Qui décide de quoi , nous ne savons plus très bien. Faute de mieux les étrangers deviennent nos boucs émissaires.

Insécurité

Nous ne sommes pas en guerre et encore moins en paix. Le terrorisme est à la fois un danger frappant de façon aléatoire et un outil aux mains de nos dirigeants justifiant la restriction de nos libertés.

 Politique

Le néolibéralisme tend à favoriser l’accroissement de richesses de ceux qui sont déjà nantis et cela au nom d’une expertise jetant aux orties les classes populaires et les options politiques prônant une solidarité accrue. Les partis traditionnels de droite et de gauche sont déconsidérés. L’extrême droite tend à donner le tempo général d’une partition déréglée. L’extrême gauche, sur la scène d’un théâtre politique bien mal en point, occupe avec un certain succès un créneau tribunicien. L’addition est sévère. Qui n’est pas un peu, beaucoup perdu est une exception.

Où se trouve Marseille?

Administrativement en France bien sûr. Mais cette ville qui n’est ni une île ni un bateau a sans doute inventé la cité à géométrie variable. Ainsi la proximité géographique est loin d’aller de pair avec la proximité mentale et imaginaire. Marseille est loin de Bordeaux, ville qui a le vent en poupe mais qui reste une ville de province, moderniste et bourgeoise. Marseille est encore plus loin de Paris, centre nerveux d’un pouvoir monarco- républicain désespérément vertical et spoliateur. Marseille est près d’Alger, des Comores, de l’Afrique noire, de l’Espagne des anarchistes, de l’Italie anti -fasciste, près des villes européennes du XIIIème siècle érigées en république autonomes, de la Commune de Paris de 1871. Est-ce dire que cette ville n’est pas « tendance »? Sans doute, à condition de ne pas confondre l’individualisme, le manque d’empathie pour l’autre avec la construction d’un avenir souhaitable. Sans avoir besoin de les idéaliser on sait qu’ici les peuples du monde, vivent la plus part du temps en bonne intelligence; leur proximité physique limitant la portée destructrice des idéologies d’exclusion. Marseille ville- monde est une sorte d’ovni tour à tour décrié ou magnifié. Face à la vitalité et à l’intelligence des associations, la médiocrité des responsables politiques locaux  ne laisse de surprendre. Est-ce à dire qu’ils sont parfaitement en phase avec les responsables politiques nationaux  et n’aspirent qu’à prendre leur place ?  La verticalité du modèle politique français tolère difficilement l’existence d’élites politiques locales de grande qualité. Ainsi la classe politique locale n’a eu de cesse de se débarrasser de Robert Vigouroux, maire qui ne devait assurer qu’un simple intérim et qui a eu l’audace de mener tambour battant de vrais projets culturels et de rénovation urbaine ( 1986/ 1995). Ennemi du clientélisme, il a été accusé de manquer d’humanité…

Où habitons nous?

Entre Internet, les réseaux sociaux, le sentiment d’évoluer dans un pays qui ressemble de plus à une enseigne d’une chaine mondiale de supermarchés. Nous ne savons plus où nous sommes. Dans les années 50, nous étions confrontés à une réalité bien différente. Chacun évoluait en fonction de son appartenance, à une classe sociale, à une tribu. Qui disait proximité disait compromission, petits arrangements entre amis. Chacun était ainsi positionné sur l’échiquier social et devait adopter un comportement conforme à ce schéma.L’usine était le lieu privilégié d’expression des affrontements et des solidarités. Ainsi dans notre imagerie de l’époque  le local  était le lieu d’élection du clientélisme et le national celui de la politique avec un grand P. L’évolution économique, financière et technologique a changé la donne. Face à ceux qui proclament que la réalité n’est que le récit que l’on en fait, le local ancien lieu des contraintes, des obligations et des faux semblants, devient le terrain d’élection des relations humaines volontaires, charnelles et porteuses de projets.

Ainsi la recherche sur les « communs » va dans le sens de redonner du souffle collectif à un tissu social en pleine désagrégation. Nous sommes en quête de nouvelles utopies mobilisatrices alors que le sentiment de vivre un temps de catastrophe annoncée ne cesse de nous étreindre. De façon hallucinante chaque époque porte un regard d’une lucidité incroyable sur …la période précédente. Aucun vaccin n’existe contre le désir de vivre mieux souvent si aveugle qu’il construit en toute bonne foi les camps d’un nouvel esclavage.  Reste qu’une prise de conscience est toujours possible. Vivre la fin d’une époque est inconfortable et angoissant. Mais cette fin est aussi la promesse d’un commencement. Le problème est qu’entre la fin annoncée d’un modèle de société  et la naissance d’une « autre société » nous pouvons au mieux vivre des années de grisaille  et au pire de tragédies. Penser, agir local n’est pas une fin en soi mais le terrain où peuvent se construire à terme de nouvelles solidarités en quête d’universalité. Il est devenu impossible de penser le monde hors sol. Ainsi le local tant vilipendé ne serait pas notre nouvelle utopie, mais plutôt le point de départ d’une pensée  archipelique(33.) Pour que ce demain existe, il ne faut pas seulement ne pas désespérer, mais travailler, travailler, beaucoup rire, beaucoup aller à Marseille , beaucoup aller ailleurs, beaucoup d’amour de la vie , beaucoup de volonté de coopération. Comme le souligne Jean- Pierre Cavalié, l’humanité, humains comme animaux et végétaux, avance d’abord par coopération et non par antagonisme, comme on veut nous le faire croire. C’est cette culture de la coopération que pratiquent depuis tant d’années les forains du marché de la Plaine. Personne ne les considère comme une avant-garde. Ce ne sont pas des théoriciens mais plutôt de bons voisins. A tous ceux qui sont autour, de dialoguer avec eux, d’inventer avec eux, avec les poètes, plutôt que de les combattre ou de les ignorer.

Qu’est-ce qu’un lieu commun ?

L’étymologie serait-elle contre nous? Est-il possible que pendant des siècles et des siècles les scribes de tout acabit aient été trop bien nourris par les puissants de ce monde? Le lieu commun serait celui  de la banalité, de la pauvreté imaginative, puisque que consacré par une large majorité de personnes. En clair toute forme de consensualité serait par définition abêtissante. Le vivre ensemble comme la démocratie seraient donc des chimères que, faute de mieux  il faudrait célébrer les yeux fermés?

Est-ce à dire que pour trouver à s’accorder les uns avec les autres il faudrait que nous soyons tous pareils? Marseille nous dit et nous répète à tue-tête que notre richesse vient de notre diversité et que de s’accorder sur l’essentiel signifie que nous pouvons avec profit échanger, confronter nos cultures et nos modes de vie. Avant qu’on ne l’oublie il faut se souvenir que les peuples de la Méditerranée ont inventé un art de vivre où l’hospitalité et la générosité ne sauraient être prises en défaut.

La cité phocéenne nous apprend également que plus nous sommes reconnus, là où nous vivons, plus nous avons la possibilité de partir à la découverte de l’autre. On voit à quel point le schéma « bourgeois »qui crée une hiérarchie incontournable entre les activités nobles et les distractions vulgaires  est appauvrissant.Celui ou celle qui aime Proust, Marguerite Duras ne saurait vibrer avec la populace devant un beau match de football. Ceux qui sont fans de tennis sont  à l’évidence des personnes plus convenables que celles qui braillent à tue- tête au stade vélodrome. Et attention il ne suffit pas d’aimer le théâtre pour être plus éclairé. Il y a ceux qui s’adonnent sans discernement au boulevard et … les autres, adeptes des auteurs classiques ou de l’avant garde contemporaine. Cette dictature feutrée séparant le noble et le vulgaire est idéologiquement très prégnante. Les « lieux communs » de Marseille nous apprennent également que pour avoir une chance de transgresser ce diktat social et culturel, nous devons jeter aux oubliettes les outils du marketing commercial qui nous enjoignent de cibler la clientèle que nous voulons toucher. Cibler c’est séparer, interdire tout échange entre personnes ayant des expériences, des sensibilités différentes.

X n’entrera peut être jamais dans une galerie de peinture ou une librairie, mais imaginons que les tenants de ces activités aillent jusqu’à lui dans l’enceinte de son stade de foot… alors se trouvant sur un terrain où il se sent légitime son regard pourra changer.

7/ MULTIPLES MAIS UNIQUES

Là où nous en sommes… face à un tissu social où les trous sont plus visibles que les mailles, les » lieux communs » ne vont pas surgir du néant par un coup de baguette magique. Pour qui veut s’enrichir au contact des autres, il y a un long chemin à parcourir. Les poètes de la cité ont bien compris la question, eux qui ne cessent d’aller à la rencontre, d’ouvrir des ateliers de lecture ou d’écriture. Un nouveau récit commun reste à écrire. Aujourd’hui c’est celui des financiers et des guerriers qui occupe le devant de la scène. A nous de dire stop. A nous de nous de devenir footballeur-poète, philosophe-maçon, charcutier-philologue, à nous de casser cette armure idéologique qui nous interdit toute surprise, toute découverte, tout bonheur de partager avec l’autre. Chaque individu est possiblement pluriel, dans ses goûts, affinités, aptitudes comme dans ses contradictions. Ce mélange, cette bâtardise que certains redoutent tant, est une source de richesse, une sorte de sésame ouvrant la porte de soi et donc de l’autre, pourquoi pas en jouant, car l’enjeu est bien trop important pour se prendre au sérieux.Aujourd’hui la politique est trop souvent synonyme de reniement et de médiocrité. Allumer des contre-feux avant même d’être capable de construire, d’inventer, prendra du temps, de l’énergie, du courage, de l’imagination, du désespoir. Ici à Marseille le peuple sait tout cela, il connait la profondeur du précipice, comme il apprécie la grâce des funambules dansant au-dessus de la mer Méditerranée. Marseille parle de Marseille comme d’un quartier du monde qui pourrait être le nôtre. Honneur à toutes celles, à tous ceux qui, chaque jour, font l’impossible pour éviter de tomber.

« Et pourtant on garde l’espoir, on espère que les mômes continueront à jouer au ballon contre les murs pour ne pas qu’ils tombent, qu’ils résisteront comme nous, on essaie de résister à l’illicite. Bon Dieu donne-nous des ailes pour qu’on s’envole tout là-haut, donne nous la force de vivre dans ce monde trop dur. On ne vit plus, on survit, et chaque jour on affronte les épreuves que tu nous réserves »

Youssouf Djibaba. Comme des rois ( 34)

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 Marseille trop vivante? 

est le 3ème reportage que j’effectue à Marseille. Le 2ème » Marseille Soleils »  en Mars 2017 , le 1er  » Marseille la ville à abattre en Novembre 2015. Ces articles sont en ligne sur le blog de  » Mardi ça fait désordre » ainsi que sur mon blog de Médiapart. Dans le même esprit de découvrir ce qui à terme pourrait changer la donne, j’ai également interrogé les villes d’Hénin-Beaumont, La Courneuve, ainsi que plusieurs  bourgs dans la région des Monts du Forêt. Un reportage sur Grenoble  viendra clôturer cette série en Novembre 2018. Toute proposition de contact sera appréciée.

François Bernheim

 

Remerciements complices

Merci à ma femme Arielle Saglier- Bernheim qui a généreusement accueilli la ville de Marseille à notre domicile pendant plus de cinq mois et qui m’a supporté sur une mer parfois limpide, parfois agitée, mais toujours lumineuse. Merci à tous ceux que j’ai eu le bonheur de rencontrer qui m’ont parlé librement, qui m’ont aidé, conseillé et ouvert les portes secrètes d’une cité magnifique .

MERCI à Alias ABOUDOU – Simon Akomalik – Gilles Aniorte Paz et le groupe Radio Babel -Edith Amsellem- Andrée Antolini – Olivier Bedu -Gilles Benistri – Karima Berriche – Nicolas Burlot – Myriam Bou -Saha – Alain Castan- Jean -Pierre Cavalié – Laurent Cucurullo- Jean- Paul Daniel- Bruno le Dantec -Julie Demuer- Youssouf Djibaba – Elodie Gaillard – Maura Guerrera – Liliane Giraudon -Marwin Inhoma – Claire et Serge Haguenauer – Myriam el Marrakchi – Michel Maury- Philippe Merlant –  Myriam Merlant -Thomas Meysson- Muriel Modr – Nafeze MOINAECHA- Jean Marc Montera – Fatima Mostéfaoui – Abou MROIMANA – Anissa Ounouhh – Violaine Parcot – Bernard Plasse – Christian Poitevin – Francesca Poloniato – Edith Sanières – Jean Marie Sanchez –  Xavier Tranchat dit K’ méléon – Annette Revret – Nafeze MOINAECHA – Anissa Ounough – Yasmina er Rafass – Cheik Sall – Claire Seban – Caroline Séguier – Françoise Semiramoth – Giovanni Tinnirello – Guillaume Thiriet – Soila Sohihi – Nassurdine SOULÉ -Leila Tadros – Houssine TOUNSI- Julien Valnet.

Notes

(1) Francois Thomazeau – Marseille une biographie- Stock

 

(2) Edouard Louis -Qui a tué mon père- Seuil

 

(3) Christine Breton/ Sylvain Maestraggi- Mais de quoi ont-ils eu si peur?

Walter Benjamin, Ernst Bloch et Siegfried Kracauer à Marseille le 8 Septembre1926

( conte urbain , correspondance avec marcel Brion, Jean Ballard- Cahiers du Sud- et textes inédits)

éditions Commune.

 

(4) Sérenius Cobra est le pseudonyme d’un auteur assez peu connu pour vouloir rester dans l’anonymat

 

(5)Carmen Castillo est chilienne, réalisatrice. « On est vivants est documentaire sorti en 2015 sur l’engagement politique de par le monde. Elle y dialogue avec le philosophe Daniel Bensaid et de nombreux militants dont Karima Berriche et Fatima Mostéfaoui à Marseille.

 

( 6 ) Jean- Christophe Bailly Une image mobile de Marseille – Arléa

 

(7) Aléssi Dell’ Umbria- Une histoire universelle de Marseille- Agone

(

8)Olivier Boura- Marseille ou la mauvaise réputation- Arléa

 

(9) Chibani,Ce terme désignent en France les anciens travailleurs immigrés généralement maghrébins, mais également originaires d’Afrique subsaharienne, devenus retraités immigrés mais aussi d’anciens soldats originaires du Maroc4 ou de Tunisie ayant servi au sein de l’armée française. Ils sont également parfois appelés vieux migrants ou immigrés âgés (Wikipédia)

 

(10) Karima Berriche est militante associative- voir un extrait de son parcours dans « Marseille la ville à abattre ».

(11) Bernard Challe dirige la galerie ‘l’autre tableau ». Tous les lundis il réalise l’impossible: mettre en avant des artistes régionaux. Le box office de l’art contemporain ne facilite guère une démarche qui fait plus confiance au talent qu’à la côte imposée par le business international.

(12) JP Daniel a fait venir à Marseille le réalisateur américain Robert Kramer, ce dernier  a constaté avec stupeur que Marseille était la seule ville du monde, en dehors des états- unis, à négocier à l’américaine. Comme si les parties prenantes, notamment les syndicats ouvriers préféraient trouver de petits arrangements, plutôt qu’exploiter un rapport de force favorable. Il faut aussi ajouter que les intérêts dominants, PS, Mafia, Cia, municipalité n’ont cessé de travailler à la division de leurs adversaires.

(13) Les clubs de supporters marseillais sont fortement organisés et ont été fortement impliqués dans sa gestion notamment sous la présidence de Bernard Tapie. On compte plus de 100 groupes différents dont plusieurs à l’étranger, notamment à New York.

(14)  » La Machine Pneumatique est née en plein cœur des quartiers Nord de Marseille, dans le quartier de Saint Henri en 2014. La Machine Pneumatique a émergé de la volonté de quelques habitants de ces extrémités de Marseille – un peu village / un peu -journalquartier / un peu cité –. La volonté de rendre possible des rencontres entre des personnes et des formes artistiques. La volonté de rendre apparents des liens, d’inventer des espaces d’échanges, de partages et de controverses. » www.machinepneumatique.fr

( 15) La Friche, ouverte en 1992, est construite dans l’ancienne Manufacture des tabacs de Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai. Se présentant elle-même comme un « pôle d’auteurs », la Friche axe son action avant tout sur la création et la production d’œuvres. C’est aussi un lieu de spectacle et de diffusion. La salle de spectacles du Cabaret aléatoire, créée en 2002, y est notamment implantée. Un skatepark y a ouvert en 2009. La Friche accueille de nombreuses associations culturelles comme le Dernier Cri et possède une des rares couveuses d’entreprises française dédiées au milieu culturel.( Wikipédia)

(16) CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociale – voir développement dans notre premier reportage – Marseille la ville à abattre – www.cqfd-journal.org

(17) Le Ravi mensuel satyrique de la région Paca – www.le ravi.org

(18)Mille babords- une tribune pour les luttes-  www.millebabords.org

(19)Made in Marseille – L’info en ligne de la région marseillaise- madeinmarseille.net

20) Pensons le matin Espace de réflexion et de débat citoyen sur le lien entre culture, gentrification et les multiples formes de ségrégation urbainwww.pensonslematin.fr

(21)-Mars, histoires et légendes du HipHop marseillais-Julien Valnet-éditions Wild project

– L’odyssée martienne- voyage visuel dans le mouvement Hip Hop de la cité phocéenne du photographe Jean PierreMaéro

(22) Radio Babel- Par les timbres variés des voix et le groove du beat-box, les cinq hommes de Babel créent une variété de rythmes, de sons et d’ambiances, et nous mènent d’un pays à l’autre, d’une langue à une autre. Blues, combo, volutes arabes, racines occitanes sont les alliés d’une même destinée et finissent ensemble dans un bouge ou sur les rivages. Dans une ville où l’on change de continent en traversant la rue, Radio Babel Marseille chante ce monde depuis La Joliette, entre embarcadère et débarcadère, le regard toujours tourné vers l’ailleurs. www.infoconcert.com- voir la page facebook du groupe

 

(23) Association Mot à mot s’inscrit dans le champ de la formation linguistique pour les migrants, les allophones, ou simplement pour « celles et ceux qui ont fait l’aventure ». Elle s’adresse aussi à celles et ceux qui souhaiteraient acquérir de nouvelles compétences écrites.L’ association s’intéresse au langage sous toutes ses formes et à sa transmission auprès des personnes pour lesquelles la maîtrise partielle du langage peut être un facteur d’exclusion.www.associationmotamot.org

(24)Les dames de la joliette -www. lesdamesdelajoliette.fr

 

(25)Fidel anthelme x. voir la page Facebook des éditions     https://www.sitaudis.fr/Parutions/quatre-plaquettes-chez-fidel…

(26) Réseau hospitalité- www.reseauhospitalite.org

(27) Lou Marin est un des nombreux pseudonymes de Reinhard Treu. Chercheur, traducteur et écrivain militant anarchiste il est celui qui découvert les écrits anarchistes de Camus. Ces écrits ont été publiés par ses soin chez Egregores et plus récemment chez Indigène de Sylvie Crossman et Jean Pierre Barou. Passionné par « l’homme révolté » Lou Marin n’a pas oublié que Camus a été enterré à Lourmarin à 50km de Marseille.

( 27)Comme des rois- Youssouf Djibaba- Wild Project

» Travailleur social et ancien champion de boxe Youssouf Djibaba dit Claude,a.k.a, vit à Marseille.Depuis 15 ans, il accompagne au quotidien des jeunes migrants ou isolés, il boxe de 17 à 33ans, remporte 8 fois le championnat de France( « poids super-plume et en 2006 un titre de champion de l’Union européenne. C’est avec le mouvement hip-hop qu’il vient à l’écriture. Il écrit en autodidacte, pour tromper la solitude dans les chambres d’hôtel lors des championnats. « Comme des rois » est son premier roman »

(28) la pensée archipélique d’Edouard Glissant s’oppose à la pensée continentale, pensée de système. » agis dans ton lieu, pense avec le monde ». Le lieu est incontournable, car nul ne vit en suspension, dilution dans l’air. L’archipel est le schème  de l’appartenance et de la relation. Chaque lieu étant relié aux autres lieux. Il ne faut pas penser dans le monde , mais avec le monde. http://www.edouardglissant.fr/penseearchipelique.html

Autres ouvrages Consultés:

– Cesare Mattina – clientélismes urbains

gouvernement et hégémonie politique à Marseille – SciencesPo LES PRESSES

 

-Frédéric Valabrègue – La ville sans nom. – POL

 

David Graeber – pour une anthropologie anarchiste-  éditions Lux

 

Liliane Giraudon Jean-Jacques Viton – marseille-poscards – éditions Le Bleu du ciel

 

Iconographie

 

Jean Pierre Maero ouvrage de référence : L’odyssée  Martienne

un voyage visuel dans le mouvement Hip- Hop de la cité phocéenne.

Jean -Pierre Maéro est né et vit à Marseille . » Son ouvrage est un récit visuel

en hommage aux acteurs en hommage aux acteurs du mouvement Hip-Hop

massaliotes et de la région… »

Broder la ville

plusieurs photos illustrant cet article sont extraites de « Broder la ville » d’Edith Amsellem : »un projet d’intervention urbaine diffusant des messages dans l’espace public. Dans deux ateliers d’écriture dirigés (questionnaires, listes, jeux du frigo, cadavres exquis, feuilles tournantes…) nous questionnons les peurs inhérentes aux âges des participants pour en faire un inventaire objectif et poétique.Puis dans un second temps, nous choisissons deux phrases issues des ateliers d’écriture et nous les brodons au fil de laine rouge sur des trames présentes dans la ville (grillage, clôture, barrière, mobilier urbain…).

 

 

Pour toutes remarques,commentaires, critiques, suggestions ou autres, n’hésitez pas: francoisbernheim32@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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