Les pauvres sont souvent dans la merde, mais rarement ce sont eux qui la foutent. Ainsi en témoigne un fait divers qui a défrayé la chronique de l’été 2013. A Marseille le Cercle des maîtres nageurs est un lieu des plus courus. Les responsables politiques de tous bords aiment à y être vus et surtout le Cercle est le vivier des champions français de natation

Cet été là les toilettes du cercle des nageurs ont fui libérant un nombre d’Escherichia coli ou particules fécales des plus dangereuses. Avant que le diagnostic ne soit établi on a bien sûr accusé les gens des quartiers populaires de polluer la plage des Catalans. Ensuite il a été de bonne guerre d’affirmer que c’est bien ela merde des riches qui rend malades les pauvres Sous la plume Liliane Giraudon cet événement « cacastrophique » est devenu un magnifique poème à géométrie variable.

Si Marseille est un étron c’est aussi le votre.

Si le votre n’est pas le mien c’est aussi le sien. 

Si je me retrouve ici plus souvent qu’ailleurs c’est parce qu’ici je suis ailleurs.

Si quand je suis ailleurs je reviens c’est pour mieux repartir.

Si l’effroi est plus froid ici qu’ailleurs c’est que le cœur y vit. 

Si la ville est imprenable c’est qu’elle n’est à personne.

Si elle n’est à personne c’est que tous la veulent.

Si la voix de la ville est intenable c’est parce qu’on l’a dans l’oreille.

Si bassesse et brutalité y couvent c’est parce que tout le monde les voit.

Si une bourgeoisie sans scrupule veut s’emparer d’elle c’est parce qu’elle est encore plus pourrie qu’elle.

Si tout le monde en veut c’est la preuve que l’époque est affreuse. 

Si la déception est immense c’est que l’amour que l’on a pour elle l’est encore plus.

Si j’y suis c’est pour ça que je suis ce que je suis et que j’en pars (j’y reste)

 Si j’en pars, toujours je finis par y revenir car la ville sans nom c’est la ville de personne.

Personne n’osera dire « elle est mienne » et comme moi elle pue.

Elle pue et les mouettes y chient du rat.

 

Les rats y dansent avant d’y être mangés.

Manger pour beaucoup devient difficile comme devient difficile de simplement y vivre.

Difficile.

Pourtant on y vit, on y travaille et souvent c’est beau.

Regardez.

Ce soir on est là. On est à Marseille. 

Ensemble. Théâtre de la Joliette.

C’est ici que Josette nous a réunis. 

Nous aussi on danse, chacun à sa manière.

Ça fait trente ans ?

Oui, pour certains d’entre nous, ça fait trente ans, et à Marseille.

Avec et contre. 

Ici et ailleurs. Partout ailleurs.

Avec les mouettes, parfois les rats, parfois seuls.

On danse, chacun à sa manière.

Car L’OBJECTIF n’est-ce pas, c’est de rester vivant, vivant et debout, à Marseille c’est à dire  partout dans le monde

Liliane Giraudon

 

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