En Novembre 2013, la population de Boën sur Lignon commune de 3200 habitants située dans la plaine du Forez(département de la Loire) apprend que l’ancien hôpital de la ville, aujourd’hui désaffecté aura désormais pour mission d’accueillir les demandeurs d’asile. La gestion de cette mission sera confiée à l’association Pierre Valdo qui depuis 40 ans se consacre à l’accueil, hébergement, accompagnement et insertion de ces populations. Dans un premier temps 150 demandeurs d’asile sont attendus en provenance d’Afrique, Congo (1), d’Europe de l’est, Kosovo, Arménie, Ukraine et d’Asie, Chine, Corée.

Premières réactions de la population

Les élus municipaux opposés à cette décision qui vient d’en haut demandent à être reçus par la préfète, mais surtout l’extrême droite avec le Front national se déchaîne. Des tracts orduriers, infamants sont distribués. Encore une fois l’étranger est porteur de tous les maux, tous les vices. Sur ce territoire rural où tout le monde se connaît,se fréquente, ces déversements de haine s’avèrent contre-productifs. La population de Boën et des communes voisines est choquée,peu encline à pratiquer la politique du pire.

Les élus prennent position
Le 13 Novembre 2013 le sujet est évoqué lors du conseil communautaire des pays d’Astrée réunissant les élus de 18 communes. « M. René COUTURIER, adjoint à Trelins, suggère de réfléchir à devenir acteurs de cette situation subie, en travaillant avec les associations locales à faire que cet accueil se déroule le mieux possible.
M. MIOCHE propose également qu’une réunion des bonnes volontés soit organisée et pas au niveau de la seule commune de Boën sur Lignon pour étudier ce qui peut être fait pour transformer en positif ce qui peut être a priori considéré comme négatif »

Une réunion de 3O personnes motivées aura lieu le 5 Décembre 2013 afin de décider d’un programme d’action. C’est ainsi qu’il est décidé de mettre sur pied un collectif qui aura pour mission d’apporter aide et solidarité aux demandeurs d’asile en veillant à ce que leur insertion soit acceptée par la population la plus large. En effet dans une ville où plus de 16% des actifs sont au chômage , beaucoup sont conscients que ce qui peut être apprécié au titre d’une solidarité internationale généreuse pour les uns,peut pour les autres apparaître comme un abandon de la population locale.

Priorité au faire
Plus de cent personnes participent à une deuxième réunion.Le collectif se veut avant tout actif et décide de créer des commissions.L’apprentissage de la langue, la formation, la connaissance du pays seront très vite à l’ordre du jour, ainsi que les problèmes de santé, problèmes matériels, des commissions sont également consacrées à l’école, la culture et à la vie paroissiale. Cette répartition des tâches permettra à ceux qui se sont mobilisés d’être efficaces dans un de leur domaine de prédilection.
Par ailleurs des espaces de gratuité seront ouverts à toute la population de la ville, demandeurs d’asile compris. Des vêtements seront collectés et chacun sans aucune restriction pourra en profiter. Des espaces plus festifs avec les repas partagés seront également ouverts à toute la population. Sans doute grâce à cette qualité d’attention à l’autre, ce qui pourrait apparaître comme une chimère où une utopie, devient ici possible. A Boën à l’inverse d’autres petites communes proches de Saint Etienne et de Roanne qui ont connu des épisodes de rejet violent d’hommes célibataires demandeurs d’asile, ce sont plutôt des familles qui seront accueillies. la scolarisation des enfants sera prise en charge. Un projet d’Accorderie qui marquait le pas depuis plusieurs années va enfin voir le jour.«Une Accorderie (2) développe, par l’échange de services et la coopération, les conditions d’une amélioration réelle, et au quotidien, de la qualité de vie de tous ses membres, les Accordeurs. Tous les services sont mis sur un même pied d’égalité »
Le Collectif se réunit régulièrement, les habitants de Boën et des communes voisines sont toujours mobilisés.Le collectif doit aussi faire face au renouvellement régulier de la très grande majorité la population des demandeurs d’asile.

Pourquoi ça marche ?
Plusieurs raisons peuvent être invoquées
Les pays du Forez ont dans une période récente connu une désindustrialisation conséquente, mais ici la solidarité ouvrière a laissé des traces et ce d’autant, qu’une tradition catholique progressiste va également dans le sens de l’accueil et de l’ouverture.
Cependant une autre vérité s’impose :
A moyen ou long terme il semble difficile de faire du bien aux autres sans se faire du bien à soi même. Les actions prenant en compte l’ensemble de la population et notamment les plus pauvres vont dans ce sens. Mais l’engagement s’avère fécond à un autre niveau. Sur un territoire rural, ainsi que le souligne Jean Luc Buffet, le face à face est direct, il amène à se côtoyer des personnes qui dans une grande ville ne se fréquenteraient pas soit parce que leurs opinions divergent soit parce que leur statut social les éloigne.Ici il en va différemment. Phénomène étrange allant à priori autant dans le sens de l’ouverture que de la fermeture. Ici on rencontre des gens qui ne vous ressemblent pas, mais on rencontre toujours les mêmes gens.
Ainsi on peut dire que grâce aux demandeurs d’asile les classes moyennes et populaires d’une petite commune rurale et des villages adjacents ont bénéficié d’une ouverture sur le monde inédite. Face à la connaissance distanciée et appauvrie que chacun a des problèmes du monde par les médias,les habitants de Boën qui se sont mobilisés sont en prise directe tant avec les problèmes, tragédies de différentes régions du monde qu’avec leur culture. On notera également que les prises de position de plusieurs élus locaux de la ruralité ont bien été dans le sens de la responsabilité et de la dignité.C’est ainsi qu’à Boën sur Lignon l’esprit de solidarité va de pair avec une véritable ouverture sur le monde.

François Bernheim

Cet article est le premier d’une série consacrée aux initiatives sociales, culturelles, citoyennes porteuses d’avenir qui animent le territoire des Monts du Forez.

Prochain Article en ligne le 27 Octobre :!
Ouvriers, paysans, intellectuels unis pour reconstruire,c’est possible !

( 1)le curé de Boën est originaire de ce pays

(2) www.accorderie.fr

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