En toute urbanité je vous prie « de ne pas me les casser », « de ne pas me les briser », sinon comme les héros du cru, je serai obligé de vous dire que « je m’en bats les… «  et que tout ce qui m’importe c’est de « rester maitre de mes c….. »

Marie –France Etchegoin, qui n’en manque pas, a habité Marseille et n’a pu s’empêcher, on la comprend d’y retourner, d’enquêter pour tenter de percer le mystère d’une ville, qui entre autres talents, a celui d’exacerber les passions. « Marseille le roman vrai » a le courage d’affirmer son parti –pris et la réalité dépassant la fiction, l’auteure va mettre en scène un nombre limité de héros, personnages bien réels de la saga marseillaise mais qui pourraient aussi être le fruit de on imagination. Ainsi grâce aux témoignages qu’elle a recueilli, les conversations entre les principaux protagonistes bien que recrées ne sont jamais le fruit d’une pure invention.

Comme tous les partis pris, celui de l’auteure peut être remis en question. Son élégance va à donner en toile de fond les informations nécessaires à qui voudrait contester sa vision de la cité phocéenne.

Parmi les personnages les plus marquants de ce roman figurent :« Monsieur Paul », Paul Leccia l’irréprochable président du cercle des nageurs, une paire de Nono , Nordine le trafiquant bien pensant mais en prison et Jean Noël Guérini, passerelle incontournable entre le monde des politiques associés à la bourgeoisie établie et le milieu. Il est assisté dans sa lourde tâche par « Monsieur Frère », Alexandre. Jean Noël qui décidemment ne craint pas le cumul est également le n°2 de la paire des 2 G, alias Gaudin / Guérini. « Les deux G ont Marseille en cogérance depuis longtemps » Au chapitre des absents présents dans la tête de chacun il y a le grand Zinédine Zidane qui a préféré créer un complexe sportif chez les riches à Aix en Provence plutôt que de revenir dans sa cité de la Castellane. Dans la saga tragique de Marseille beaucoup résident boulevard des allongés, ainsi Kamel 17ans qui se serait moqué du gros cul d’Eddy, lequel depuis sa prison aurait décidé de l’élimination de Zakary son cousin, sans doute responsable de l’assassinat de son oncle Charlie. Cette guerre de clans où les membres d’une même famille usent de la kalach ou du barbecue serait –elle uniquement une guerre pour l’honneur? une guerre pour que les petits et grands caïds préservent leur autorité ?

Le modèle corse est le modèle dominant; les grandes familles de l’immigration algérienne se bornant à le reproduire avec « un élu, un policier, un curé, un bandit » .

Ce folklore sanglant s’abrite aussi derrière un langage qui pourrait ne pas manquer de saveur, s’il n’émanait pas de gens aussi douteux. Ainsi « Monsieur Frère » Alexandre Guérini, l’homme qui a des couilles… apostrophant le député Renaud Muselier qui aurait dénoncé ses pratiques douteuses « Gros pédé, fils de pute petit enculé » A ces insultes peu glorieuses on préférera le lapsus chargé de sens du député Jibryel «  Nous vivons depuis trop longtemps sous les fourches gaudines des Guérini » C’est dire que socialistes, gaullistes ou apparentés, ont tous enfreint à de multiples reprises la loi pour satisfaire leur clientèle, avantager un parent , un ami ou tout simplement s’enrichir. On est bien obligé de constater que faute d’activité économique créatrice c’est l’économie dit parallèle qui devient le moteur.

Au delà des personnages qu’elle met en scène, Marie –France Etchegoin privilégie deux aspects symboliques de la ville assez fascinants.

L’eau.

Celle du bassin nautique du Cercle des nageurs, club privé situé dans la proximité immédiate de la plage publique des Catalans. Le Cercle est le lieu de la réussite marseillaise. Les grands champions de la natation française sont issus du Cercle.

Grâce à eux et à monsieur Paul le président, le Cercle est le club de ceux qui savent nager. A l’opposé de cette trajectoire brillante figurent les piscines municipales délabrées et en particulier celle des quartiersNord éternellement promise à la rénovation et aujourd’hui définitivement fermée . 55% des gamins qui entrent en 6ème à Marseille ne savent pas nager, le pourcentage est de 75% dans les quartiers populaires et de 90% dans les plus défavorisés.

 La merde

Alexandre Guérini s’occupe des ordures et déchets, d’autres diront qu’il dirige une entreprise d’assainissement. Récemment les toilettes du cercle des nageurs ont fui libérant un nombre d’Escherichia coli ou particules fécales des plus dangereuses. Avant que le diagnostic ne soit établi on a bien sûr accusé les gens des quartiers populaires de polluer la plage des Catalans. Ensuite il a été de bonne guerre d’affirmer que c’est bien la merde des riches qui rend malades les pauvres. Mais la merde d’après un commissaire aussi observateur que discret submerge toute la ville. On demande seulement à la police d’écoper le trop plein.

Marie-France Etchegoin dans sa conclusion constate que Marseille qui réunit toutes les conditions nécessaires à la montée en puissance du Djihadisme, n’a pas (encore) vu l’éclosion de cellules de cette filière. Elle écrit « … de l’avis de certains experts, le crime de droit commun-tel qu’il était exercé à Marseille- offrait encore assez de  « débouchés » à tous ceux qui voudraient manier la Kalachnikov et imposer leur puissance par le sang. Le crime made in Marseille, se rassuraient ces mêmes experts, sécrétait une dose suffisante de folie et de nihilisme pour concurrencer n’importe quelle idéologie radicale…….. jusqu’à quand ? »

On ne peut que féliciter ces experts qui démontrent bien que la politico-couille story du crime marseillais est aussi une idéologie masquant les véritables enjeux de pouvoir. Marie-France Etchegoin a écrit un thriller passionnant on regrettera seulement l’absence d’acteurs non négligeables :

-Le parti communiste et la CGT à peine mentionnés

– Le syndicat FO, ici à la botte des maires socialistes et de droite tous d’accord pour faire la chasse aux rouges et dissuader des entreprises dynamiques, payant de bons salaires de s’implanter.

– Le Front National à peine mentionné qui a toute même failli remporter les dernières élections régionales.

– Toutes les associations citoyennes et artistiques qui luttent au quotidien aux côtés du peuple de Marseille.

De quoi la couille est-elle le nom ?

d’un pur et simple abandon du peuple. Ce constat vaut pour Marseille, mais pas que. Alors prendre acte que l’histoire de Marseille tourne en boucle pourrait bien transformer en destin l’occultation d’un rapport de force aujourd’hui très défavorable aux forces populaires.

Souvent on dit que la fiction en inventant son propre récit donne de la réalité une vision plus vraie que la simple description des faits. Ici ce qui est écrit semble rigoureusement exact mais pas totalement vrai, car l’histoire est un combat et n’est jamais écrite une fois pour toutes. Aux lecteurs d’en juger.

 François Bernheim

 

 Marie-France Etchegoin

Marseille le roman vrai

Editions Stock

Sur ce même blog on trouvera d’autres articles récents sur Marseille :

« Marseille la ville à abattre » intégrant une critique du livre de Philippe Pujol : La fabrique du monstre Editions les Arênes.

 Retour de Marseille de Philippe Pujol Hayette Rachef,Gilles Del Pappas, CharlElie Couture.

Critique du livre « le Diwan des mots voyagés » de Muriel Modr Editions Transit

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