Un événement majeur ne fait pas forcément du bruit. mais tous ceux qui aiment la littérature et la poésie doivent connaitre l’existence de ce salon, examiner ses choix, ses intuitions, sa capacité à créer « un ailleurs « où l’âme et le coeur  de chacun se trouvent confrontés avec cet « autre » indispensable sans lequel nous ne pouvons ni respirer, ni avancer. Lors de la dernière et 5ème édition du salon  » Les beaux jours de la petite édition » des 4 et 5 Avril nous avons eu la chance de rencontrer son organisateur Antoine Gallardo, créateur  de l’association  » la boucherie Littéraire »  C’est son projet qui répond à nos questions.Merci à lui.

François Bernheim

1/ Au démarrage quel était l’objectif du salon ?

 Les Beaux jours de la petite édition, est un salon du livre qui permet aux lecteurs habitués des prescriptions médiatiques de rencontrer les artisans de la littérature d’aujourd’hui. Ce salon a la volonté d’offrir des rencontres avec des éditeurs exigeants souvent méconnus du grand public, mais aussi des grands médias dits de références.

Les éditeurs de petites tailles ne publient pas de la petite littérature, il ne faut pas faire d’amalgame. Et cela, François, tu l’as très bien explicité dans ton article (http://cafaitdesordre.com/blog/2015/04/oh-les-beaux-jours/)

Ce salon est avant tout un salon d’éditeur. Il a pour objectif d’offrir un salon du livre généraliste qui se veut multi-générationnel auprès d’un public lambda.

Les auteurs présents le sont car leurs éditeurs le sont également. Ils sont des passeurs sensibles. Ce sont eux qui font le lien entre le public et les éditeurs.

 

2/Y-a t-il eu une évolution au fil du temps ?

La première année, le salon a fait figure de manifestation anecdotique, un peu comme un ovni au milieu des manifestations culturelles en place. Le choix d’un petit village loin des grands axes routiers a surpris. Et le simple fait de proposer de rencontrer des auteurs et des éditeurs strictement inconnus du grand public a laissé perplexe.

Et pourtant, au fil des ans, il a pris ses aises. Installé sur le versant Sud du Luberon, il est devenu, dans la région, le premier rendez-vous littéraire de l’année renouant avec les premières journées ensoleillées du printemps. Il a su apprivoiser son public qui lui est fidèle et qui croît chaque année.

Il est une place de rencontres professionnelles favorisant les échanges entre éditeurs, libraires et diffuseur, mais aussi entre auteurs, illustrateurs et éditeurs.

Chaque édition a vu son profil se modifier afin de proposer des rencontres de meilleures qualités. Chaque année deux éditeurs sont à l’honneur et nous gardons le principe d’une rencontre avec chacun d’eux séparément ou ensembles.

 

En 2012, sans tenir compte du programme établi, des auteurs ont proposé à d’autres auteurs de se joindre à leur lecture, ainsi est né le principe des lectures croisées que nous avons définitivement adopté.

Depuis, 2014, en partenariat avec le l’Agence régionale du livre P.A.C.A. nous avons mis en place un rendez-vous professionnel traitant de questions où peuvent se retrouver tous les acteurs de la chaîne des métiers du livre mais aussi le grand public.

 

Enfin, depuis 2015, grâce aux subventions publiques, nous avons pu rémunérer tous les auteurs en lecture.

 

3/ De nouvelles envies pour l’avenir ?

Le salon doit continuer sur sa lancée visant à professionnaliser la manifestation. J’ai le souhait d’un salon plus ouvert sur le grand public, désir de passer le salon sur 3 jours, avec la journée du vendredi consacrée aux rencontres avec les scolaires. Aujourd’hui la salle des stands éditeurs du salon fait 450 m2 et réuni publications jeunesse et adulte. D’ici 3 à 4 ans, je souhaiterais installer un chapiteau d’une taille similaire et avoir deux lieux distincts : un pour l’édition jeunesse et l’autre pour l’éditions adulte.

 

4/ En quoi le salon est-il en phase avec l’époque et éventuellement en état de résistance ?

À l’heure où la plupart d’entre nous défendent le principe de bio diversité, Les Beaux jours de la petite édition fait le choix de défendre et soutenir la bibliodiversité.

La bibliodiversité est la diversité culturelle appliquée au monde du livre. En écho à la biodiversité, elle fait référence à une nécessaire diversité des productions éditoriales mises à la disposition des lecteurs. (définition wikipédia – pour aller plus loin : http://www.alliance-editeurs.org/bibliodiversite)

Par ailleurs, fort de penser que la diversité des productions éditoriales est nécessaire, ce salon résiste à la facilité. En effet, nous souhaitons maintenir une littérature dite difficile (souvent à tort). Ainsi, chaque année nous permettons à des éditeurs de poésie et de théâtre d’être présent et de revenir l’année d’après.

 

5/ Pourquoi est-ce si important de mettre en avant des éditeurs?

En soi, n’y a pas de petits ou de gros éditeurs. Il y a seulement des femmes et des hommes, découvreurs et curieux par nature. Il n’y a que des éditeurs.

Toutefois, le monde de l’édition est un iceberg dont on ne connaît bien que la partie immergée. Ceux qui façonnent la littérature contemporaine sont rarement à la lumière. Ils sont des mineurs de fond, des prospecteurs de pépites littéraires et parfois, grand bien nous fasse, des fous.

La petite édition est l’entreprise littéraire qui grandit tout en restant à taille humaine.

Ainsi nombres de maisons d’édition, âgées de 15, 20 ou 30 ans et plus, possèdent des catalogues conséquents mais demeurent de petites maisons d’éditions.

La petite édition, aujourd’hui, est celle pour ainsi dire absente des rayons de la plupart des librairies.

Aussi, les éditeurs qui ont fait le choix, commercial (entreprise), d’investir dans l’édition de création doivent recevoir notre soutien. Car ils sont un maillon important de la chaîne des métiers du livre.

Si, sur le salon, je privilégie les éditeurs aux auteurs, c’est parce que la place de l’éditeur est plus précaire que celle de l’auteur. Dans le sens où l’éditeur qui fait le choix d’investir (financièrement et personnellement) sur des auteurs de grande qualité, peut ne pas obtenir le succès escompté. Il peut même aller jusqu’à disparaître. Et un éditeur qui disparaît, aujourd’hui, peu s’en émeut. Pour ce dernier, rebondir est souvent impossible, alors qu’un auteur s’il a du talent, il trouvera toujours un autre éditeur pour le publier. Et il poursuivra son bonhomme de chemin.

 

6/ Quels sont tes critères pour les choisir?

La Boucherie littéraire propose de mettre en lumière une sélection d’éditeurs venus de toute la France et de l’étranger, tout en maintenant une offre culturelle diversifiée et de qualité. En effet, puisqu’il y a une volonté d’offrir un salon du livre généraliste, il faut veiller à équilibrer l’ensemble des genres représentés.

La sélection des éditeurs se fait selon différents critères :

– Sur leur politique éditorial : cohérence du catalogue, nombre de titres… ;

– Auteurs publiés à compte d’éditeur. De fait aucun auteur ne vient en qualité d’autoédité, ni sous forme d’auto-entrepreneur et ne sont pas reçues les maisons d’éditions publiant à compte d’auteur ;

– Éditeurs prenant les risques de l’édition et assurant une diffusion et une distribution de leurs ouvrages dans un ensemble significatif de librairies.

 

7/ Vas-tu au-delà ou parfois contre tes propres goûts poétiques et littéraires ?

Évidemment. C’est un salon pour tous, pas pour moi. Sur le principe d’un salon du livre généraliste, il y a forcément des genres éditoriaux qui ne m’intéressent pas. Mais ces derniers ont leur public et il faut respecter tout autant leur travail que leur public. Il existe nombre de structures éditoriales publiant dans des champs aussi divers que l’alimentation, le sport ou la spiritualité par exemple qui ne font pas parti de mes goûts en matière de lecture. Mais, dont je souhaiterais la présence sur le salon, Or il s’avère difficile de les faire se déplacer, car souvent habituées à des salons encore plus spécialisés…

 

8/ Au fils des éditions quels ont été les grands débats qui ont agité le salon

En soi, le salon est en lui-même atypique. S’il est en résistance, il n’est pas pour autant révolutionnaire. Il a posé des questions comme «  La grande inconnue du grand public, quelle visibilité pour la petite édition ? » ou encore sur la nécessité et la difficulté de traduire des textes de langues autres que l’anglais d’Angleterre ou des États-Unis. Des questions sur les choix éditoriaux ou le désir d’avancer coûte que coûte… Pas de grands débats, mais plutôt des rencontres permettant à chacun de prendre conscience ou connaissance d’un univers qu’il méconnaît.

9/ As-tu eu des moments d’émotions fortes dont tu te souviens ou dont Ivy se souvient ou tes amis, connaissances t’ont-ils fait part des leurs lesquels?

Pour Ivy, ce fût en 2012 la première lecture croisée improvisée par Yves Artufel, Frédérick Houdaer et Thomas Vinau. Le programme prévu a été chamboulé, mais ceux qui ont assisté à ce ping-pong poétique en sont ressortis sur un nuage…

Pour ma part, Je dirais qu’il y en a deux.

Les moments d’émotions fortes je les vis annuellement, quand le salon devient concret. Dés la veille de celui-ci, le vendredi soir lors de l’accueil des éditeurs et des auteurs qui arrivent de loin. Avec certains d’entre eux, nous communiquions depuis plusieurs années sans réussir à nous rencontrer. C’était le cas avec Sabine Chevallier des éditions Espace 34 avec qui j’échangeais et travaillais depuis 7 ans. Le salon en 2014, nous avait permis d’enfin nous rencontrer. Mais cette année, je n’étais pas le seul dans ce cas. En effet, les deux éditeurs invités Jean-Louis Massot (Les Carnets du dessert de lune) et Yves Artufel (Gros Textes) travaillant chacun depuis 20 ans dans l’édition, fréquentant les mêmes personnes, et ayant déjà travailler ensemble à distance, se sont rencontrés, en chair et en os, pour la première fois cette année sur le salon.

Émotionnellement, cette manifestation m’a permis de faire de formidables rencontres et de me lier d’amitié avec nombre d’éditeurs/trices pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration. Les Beaux jours de la petite édition sont une place de retrouvailles après des mois passés à communiquer par Internet ou par téléphone.

Un autre moment émotionnellement fort s’est produit cette année. C’était lors de la remise des prix du concours de poésie pour les enfants (de 7 à 12 ans) que la Boucherie littéraire a créée : Les premiers poètes.

D’une part, ce concours a permis d’établir un contact avec des écoles et de les faire participer indirectement à la vie du salon.

D’autre part, de voir le public composé des familles des participants (primés ou non) occuper tout l’espace du salon et le remplir jusqu’à déborder m’a fait chaud au cœur. J’avais enfin l’impression que tout ce travail n’avait pas été vain. Et il m’était important d’enfin intéresser le public local, alors que jusqu’à présent il venait essentiellement des villes et départements voisins.

Ce concours a plu et c’est quelque chose que nous allons poursuivre. Comme tout ce que j’entreprends, rien ne se fait sans désir de pérennisation.

Enfin, ce concours à l’avantage de garantir la présence de la poésie chaque année sur le salon. Genre, dont on aura compris qui m’est cher.

 

10/ Quel éditeur veux-tu que La boucherie  littéraire soit?

Avec un seul titre sorti et trois en préparation, que j’espère pouvoir faire sortir avant avril 2016, il est difficile de parler d’un « vouloir » alors que les choses reposent et sont régies pour le moment sur un « pouvoir » — entendre le verbe.

Je peux dire que les éditions la Boucherie littéraire ne sont pas le fait du hasard ou de rencontres fortuites. Elles sont un cheminement et un mûrissement des désirs qui placent la poésie vivante sur son billot.

Ma vision est l’affirmation d’une poétique éditoriale.

Au-delà de ce que j’imagine, je sais vers quoi je vais sans connaître, heureusement, l’itinéraire de ce voyage.

Je me souhaite des destinations où je pourrai partager avec les lecteurs de nouvelles sensibilités et de belles rencontres humaines et littéraires. Je ferai escale là où les mots et les blancs de la page distillent l’essence de poésie qui nous irrigue.

 

11 / À quelle question non posée aurais-tu envie de répondre?

Le salon vient de fêter ses 5 ans. Comment le vois-tu pour ses 10 ans ?

 

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