Marseille vit la fin de la « French Connection » et de la famille Guérini. Les nouveaux caïds ne seront plus des truands, mais…

A lire l’or Noir, le passionnant série noire de Dominique Manotti, on se prend à penser que ce n’est pas un hasard si la majorité de nos concitoyens ne comprend rien à l’économie politique. Tout est fait pour opacifier une réalité où les mafias de toutes sortes s’en donnent à cœur joie. Il est difficile voire impossible de s’intéresser à ce qui vous passe vingt pieds au dessus de la tête. Cette nuit noire qui règne sur les agissements des petits et grands truands est ni plus ni moins qu’un voile protecteur.images

Professeur d’économie, femme de grand talent et engagée, Dominique Manotti est une pédagogue avisée possédant un sens de l’intrigue hors du commun. Voilà pourquoi ses lecteurs risquent d’en apprendre beaucoup plus qu’à l ‘école en vivant un suspense haletant. Ce livre est d’autant plus intéressant qu’il est conçu comme une passerelle entre deux mondes, entre deux époques. Au cœur de cet entre-deux : Marseille.

La ville à la pointe de « la French Connection », produisait la meilleure héroïne du monde, mais elle a été détrônée.

L’Amérique de Nixon doit impérativement écouler la cocaïne nationale. Sa jeunesse et ses classes moyennes ne doivent à aucun prix être assommées par des drogues étrangères. La famille Guérini qui a longtemps tenu la ville est sur le déclin. La guerre de succession fait rage. De petits caïds se disputent âprement les restes et pendant ce temps là l’histoire économique du monde évolue à la vitesse de l’éclair. Pour les guérinistes de pointe recyclés en entrepreneurs , il devient bientôt évident que le temps des substances toxiques est révolu. Pour qui saura prendre à temps position sur ce marché et proposer (on est en 73) une alternative aux grandes compagnies, le pétrole va devenir de l’or liquide. Bien sûr il faudra assassiner, torturer, neutraliser une police trop souvent à la solde des américains. Où est le problème ? il n’y a pas de problème. Il suffit que les enquêtes que la police est obligée de mener soient confiées à un incapable ou à un vendu ou à un vendu incapable.

C’est au jeune commissaire Daquin «  un parisien » que l’on confie le bébé. Ce jeune homme est brillant, homosexuel et capable d’écouter. Contre toute attente, aidé par des collaborateurs expérimentés il pourrait bien se montrer capable de démonter toute la filière. On peut d’ailleurs se demander si dans ce milieu de machos d’un autre temps, son homosexualité ne l’aide pas à prendre en compte la complexité d’un monde en pleine évolution. Celui qui tire les ficelles est un expert de la finance que rien n’arrête. Il est marié à une fort jolie héritière dont la capacité de séduction est sans limite.

Le commissaire Daquin pourrait-il succomber ?

Emily, la riche héritière, qui ne voit jamais son mari, aime les hommes mais peut être encore plus l’art contemporain ce qui est très mal vu par sa très conservatrice famille. Comment va-t-elle forcer son époux, qui ne doit surtout pas se mettre à dos son très fortuné grand père à financer sa galerie d’art ? Vous le saurez en courant chez votre libraire. L’époque du roman noir des années 50/ 60 est derrière nous. La fascination qu’exerce sur nous « L’or Noir » tient sans doute au fait que Dominique Manotti nous fait assister en avant première à la naissance du roman noir des années 2000. Sera- t-il moins exotique moins onirique parce que les mafieux traditionnels passent le témoin aux hommes d’affaires ? Avec des auteurs comme Dominique Manotti, rien heureusement, ne permet de l’affirmer. Pire il se pourrait bien que la Série noire devienne notre meilleur manuel d’histoire contemporaine. Une histoire assez noire, il faut l’avouer.

 

François Bernheim

 

L’or noir de Dominique Manotti

Série Noire Gallimard

 

 

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