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A Kulumani village fictif du Mozambique, les vivants sont morts mais cliniquement ressemblent à des à des bipèdes en mouvement. Ceux qui reviennent de la guerre sont des zombies, les femmes écrasées, martyrisées par les hommes sont des fantômes toujours en souffrance et nul doute que les prédateurs obsédés de pouvoir n’appartiennent pas à une humanité très vivante à défaut d’être digne ou exemplaire. Les animaux sauvages s’acharnent sur cette communauté. Le récit est porté par deux héros, Mariamar dont la sœur a été dévorée et par le chasseur Arcanjo Baleiro.

Qui ne serait pas incliné à penser que les lions ne représentent de fait que la sauvagerie des humains ? Sans doute personne. Mais dans l’Afrique de Mia Couto l’animal n’est pas une simple métaphore.

En effet nous pénétrons dans une véritable cosmogonie où les règnes humain, animal et végétal ne sont plus séparés. On écrit même que ce sont les lions qui en réalité ont appelé le chasseur. La maladie d’un homme peut être transférée à une plante et vice verça. La mort n’est pas un arrêt brutal de la vie, elle est partout et il est sans doute possible de revenir du trop fameux royaume. Le roman de Mia Couto rejoint ici les découvertes récentes des anthropologues ( voir la composition des mondes de Philippe Descola sur ce même blog ) Le fleuve comme l’arbre sont des personnes à qui l’on parle. Y-a-t- il dans cette unicité une promesse d’harmonie à venir ? Peut être et paradoxalement parce qu’ici la sauvagerie pour ne pas dire la barbarie humaine est première, reconnue en face, sans faux semblants.

Dans cet univers de mutants, la langue de Mia Couto est infiniment poétique. Bien sûr son talent, son art de cultiver le mystère, voire la confusion sont indéniables, mais son intelligence de la société africaine, la liberté qu’il s’accorde d’intégrer les mythes dans la réalité quotidienne, permettent de mettre en place un univers autre.

Ainsi les règles habituelles du récit sont dynamitées et la rencontre

entre les acteurs de chaque règne devient surprise, création, beauté. Il y a là une nouvelle illustration du réalisme magique de Garcia Marques. L’Amérique latine et l’Afrique nous réservent encore de belles surprises. L’une d’elle pourrait être que soit définitivement chassé le patriarcat machiste qui étrangle la planète. Mia Couto y contribue à sa façon, sans manichéisme. La subversion poétique est dotée d’une force qu’ont hélas perdu les discours politiques.

 

François bernheim

 

Mia Couto

La confession de la lionne

Editions Métailié

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