Sylvain Prudhomme,  avec sa plume, mène  à travers « Les grands »une guérilla joyeuse et salvatrice. La bataille pour une vie puissante et douce ne fait que commencer.

 Certains auteurs, sous prétexte que c’est ce que veulent les lecteurs, ont tendance à confondre vérité et exactitude. Fort heureusement Sylvain Prudhomme n’est pas de ceux là. Avec son nouveau roman « Les grands » paru aux éditions L’arbalète Gallimard, il nous administre la preuve que la fiction est bien porteuse d’une vérité profonde au delà de l’exactitude des faits. Ainsi il met en avant le groupe mythique de Guinée Bissau des années 70«  Le Super Mama Djombo » et d’autorité fait mourir sa chanteuse Dulce ( toujours vivante), le jour où les militaires vont commettre leur coup d’état. Le roman, avec des flash-back dans le passé va décrire la journée de Couto, le guitariste du groupe qui a été amoureux fou de Dulce, jusqu’au concert du soir au Chiringuito où les anciens du groupe se retrouvent.

Les français que nous sommes connaissent mal l’Afrique et encore moins la Guinée Bissau qui n’a pas été colonisée par eux, mais par les portugais. A travers ce roman, Sylvain Prudhomme rend déjà hommage à un petit pays qui, après 13 années de guerre civile, a réussi, avec son leader révolutionnaire et guérillero Hamilcar Cabral à chasser les colons et à vivre fièrement son indépendance obtenue le 10 Septembre 1974. Les grands (nos ainés) n’est pas un livre sur la musique, il est musique, parole vivante et publique d’un peuple. On retrouve cette complicité d’un peuple avec ses chansons et la littérature, en Amérique Latine (1). Ce qu’il y a d’admirable, de beau et étonnant dans le livre de cet auteur de 35 ans, c’est sa capacité à faire évoluer « de concert » une parole publique et une appréhension personnelle du monde qui ressort du domaine de l’intime. Ici les corps, autant que les paysages et la terre ont une densité, un parfum, d’avant tous les clivages : classe dominante/ classe populaire, colonisateurs/ colonisés, etc. Ce charme est d’autant plus fort que la réalité n’est en rien effacée. La mondialisation comme la dictature sont là, le vieillissement aussi. Cette littérature là, est celle d’individus debout, en proie aux mouvements désordonnés de la passion et de l’anéantissement du monde ancien. Certains critiques ont parlé de nostalgie. J’y vois plutôt une exigence en marche refusant un ordre du monde, où il faudrait consommer plutôt que rêver. Jamais dans « Les grands « le lecteur est invité à renoncer. Bien au contraire quand on a respiré avec fierté et délice les parfums d’un monde plus libre,plus savoureux, tout devient possible, sauf subir. Sylvain Prudhomme, qui est blanc de peau mais qui a longtemps vécu en Afrique, nous offre une vision non fatale de ce continent mal connu. Lecteurs vous êtes invités à danser, à imaginer ne vous privez pas.

François Bernheim

 

Les grands de Sylvain Prudhomme

L’arbalète Gallimard

 

(1) On retrouve cette fusion magique entre la littérature, un peuple et ses chansons dans le roman fétiche de ce blog «  Qué viva la Musica » d’Andres Caicedo . Editions Belfond. Traduction Bernard Cohen.

 

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