Ici en Afrique quand il fait chaud, il fait très chaud, quand il pleut, il pleut très fort.

 Le rapport aux autres, à la nature est direct, voire brutal. Hier tu dis bonsoir à un homme, le lendemain matin tu le retrouves sur son lit de mort.

La mort justement, il n’y a pas autour d’elle tous ces écrans administratifs, médicaux qui cherchent à l’apprivoiser, à la rendre acceptable, voire médiocre.

Alors en retour la vie est d’une force incroyable, la nature d’une luxuriance d’une beauté inouïe, la sensualité est la vérité de ce qui est palpable en mouvement.

 Peut –on être léger, aérien et avoir en soi cette densité qui est le fruit de la mémoire, de l’expérience des ancêtres ?

Mécaniquement non. Il y a juste antinomie totale entre ces deux notions. Humainement il en va tout autrement. Ainsi quand on s’assied à une table de café avec Sylvain Prudhomme, 35 ans, auteur du roman «  les grands » et précédemment de « Là, avait dit Bahi » tous deux parus à L’arbalète Gallimard.

Beaucoup confondent pesanteur et densité humaine, Sylvain, lui donne l’impression, fausse ou non, d’être sorti du ventre de sa mère aussi léger que l’air. C’est à dire comme un homme à qui l’expérience de la vie a appris à se débarrasser des scories et gri- gri inutiles. Il est donc là où il est, sa plaque sensible prête à dialoguer avec la terre et ses habitants.

 S’il y a un point commun entre ces deux romans, il est que tous deux inventent un univers à partir d’une écoute respectueuse des hommes

d’expérience, entendus là où ils sont enracinés. « Là, avait dit Bahi » aurait pu être co-écrit avec le grand père de l’auteur. Exploitant une grosse ferme près d’Oran ce dernier est un salaud de colon que la révolution algérienne et l’indépendance du pays vont chasser de ses terres. Les autre fermiers dans la proximité de son exploitation ont été assassinés pas lui. Lui peut être détesté, est aimé de ses ouvriers qui refusent de porter la main sur lui. Par ailleurs la ferme est clandestinement le siège régional du FLN Tous les ouvriers qui y travaillent sont des militants du FLN. Bahi est lui, le plus fidèle serviteur du grand père. Plus de 30 ans après les deux hommes entretiennent encore une correspondance affectueuse. Bahi aimerait que le grand père de Sylvain revienne le visiter. Ce dernier en parle à Sylvain, il a trop peur, s’il y va de se faire massacrer. Sylvain ira donc à sa place, il fera connaissance de Bahi , le suivra dans ses pérégrinations pendant plusieurs semaines. Ensemble ils iront acheter du sable à la carrière et le revendre à huit heures de là. Bahi a plus de 7O ans, deux femmes et en secret une troisième amoureuse qui lui fait du bien. Pour bâtir son roman, l’auteur va s’emparer de cette matière première là dont la complexité transcende toute politique.Quelques années plus tard, notre homme réside avec femme et enfant en Casamance à Ziguinchor. Il dirige l’alliance Française locale. Il voit beaucoup d’artistes, de musiciens, tous crèvent la faim, mais sont vivants en osmose avec une nature luxuriante, une intensité qui émerge partout. La Guinée Bissau n’est pas loin. Un petit pays plein de problèmes mais fier d’avoir coupé le cordon avec le colonisateur portugais. Ici on ne raisonne pas comme à Paris, si la justice abandonne les poursuites contre un assassin personne n’est scandalisé Avec l’aide du féticheur, l’individu en question va le payer très cher. La langue parlée, le créole lusophone aussi inventif que coloré est bien en osmose avec une forme de fantaisie capable de frôler l’abîme avec autant de désinvolture apparente que d’élégance. Ici on ne perd pas le nord, mais un événement vous dénord : Disnortia. Les femmes que l’on trouve dans les bars sont, dans un pays où il n’y a pas de tabou sexuel, sont dansées «  bajuda »

Toutes les terres où les médias n’ont pas absorbé, lessivé les représentations collectives intéressent Sylvain, car elle offrent la possibilité d’une prise de parole. Il va là où l’on peut raconter des histoires. Et c’est en écoutant qu’il a la faculté d’inventer, d’imaginer un récit qui s’entrechoque avec le quotidien. Avec lui, la fiction a des racines profondes dans la terre, elle a une peau, une chair, une capacité de s’insurger contre l’équarrissage

post colonial. L’homme et son écriture dansent au dessus du volcan, dans un monde trop tragique pour que l’on accepte de porter des semelles de plomb.

Le 12 Octobre 2014, à la maison de la poésie, Sylvain Prudhomme lisait des extraits de son roman « Les grands » accompagné de deux membres du mythique Super Mama Djombo, Malam Mané chanteur et Djon Motta guitariste. C’était magique.Merci pour la beauté.

 

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 Voir critique du roman « les grands  » sur ce même blog

 

 

 

 

 

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