Le mot du metteur en scène Benjamin Barou – Crossman
Je tiens à mentionner que le texte Jeu et théorie du duende de García Lorca n’a pratiquement jamais été mis en scène. Jeu et théorie du duende est une conférence que Lorca a donnée dans les années 1933-1934 à la Havane, à Buenos Aires et à Montevideo. Lorca aborde dans ce texte très inspiré ce qui fait la spécificité de l’Espagne et notamment de sa terre natale, l’Andalousie : le duende – difficilement traduisible – l’inspiration, le don, le génie… que Lorca rattache aux grands artistes espagnols – peintres, danseurs de flamenco, toréadors, chanteurs, danseurs gitans.
Le duende : c’est l’esprit, dans sa manifestation active, visible, son incarnation dans un corps.
Federico García Lorca témoigne de cette valeur profonde que nos sociétés modernes ont mise à mal. De mon point de vue, le duende est une question pleinement actuelle et politique. En assassinant Lorca, les franquistes ont voulu tuer le duende, autrement dit ces forces de l’esprit, de la terre que l’Espagne républicaine a tenté de défendre jusqu’au bout contre la barbarie des guerres et des lâchetés de l’histoire politique moderne. Aujourd’hui, nous observons combien le duende, cette force propre à la conscience humaine, est niée par le pouvoir matérialiste qui tue l’imaginaire.
Les gitans, qui survivent difficilement dans nos sociétés, qui les traversent, sont les rares détenteurs, encore, du duende avec leur mode de vie nomade, leur philosophie de l’éphémère et de la dépense, leur refus des possessions. Ma mise en scène de ce texte essentiel de Lorca entend rendre hommage au peuple tsigane, aux poètes encore debout, à l’Espagne comme symbole. Plus que jamais, nous avons besoin du duende comme chaleur, comme présence humaine, comme force d’échange, de partage. L’art doit reprendre toute sa place dans nos sociétés, non pas comme une distraction, un accessoire, sec, mais comme un fondement sans quoi l’humain se tarit.

J’ai choisi pour interpréter ce texte de Lorca l’actrice Mireille Perrier qui porte en elle un engagement total. C’est cette flamme, son extrême émotion, j’irais même dire son duende d’actrice qui m’a subjugué et m’a donné envie de travailler avec elle.
[book id= » /][book id= » /]La flamme du duende ne s’explique pas, elle se ressent surtout. Mais elle ne peut advenir, se révéler que dans un corps à corps, à mort, avec soi-même. Le duende est à la fois un risque et une douleur. C’est à ce prix qu’il se manifeste, comme une joie conquise. Tous les régimes totalitaires se sont sentis menacés par le duende. Mais on ne peut pas le tuer.

Jeu et théorie du duende

De Federico Garcia Lorca

Mise en scène de Benjamin Barrou-Crossman

Avec Mireille Perrier

Du 26 novembre au 21 décembre 2013
Du mardi au samedi à 19h30

Tarif plein: 24€
Tarif réduit: 10€

Durée: 1h

Théâtre les Déchargeurs 
3, rue des Déchargeurs
75001 Paris
M° Châtelet


Federico García Lorca

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