David Herbert Lawrence né en 1885, est mort en 1930. » Depuis 2009 « Le Bruit Du Temps, réédite les nouvelles écrites par l’auteur de l’amant de Lady Chatterley. Aujourd’hui avec « la femme qui s’enfuit » paraît le tome 4 d’une œuvre prodigieuse. D H. Lawrence, sans doute trop en avance sur son temps, sans doute brûlé  dans nos esprits par l’éclat incandescent de son scandaleux chef-d’œuvre, aurait pu rester l’auteur ignoré que tout le monde croit avoir lu. A découvrir ses nouvelles, on comprend encore mieux qu’il soit resté si longtemps au purgatoire. Esprit libre, il a l’audace d’avouer que nous sommes sans cesse empêchés, pris dans la gangue d’une morale et d’une religion qui nous font croire que la plénitude de l’esprit va de pair avec la négation du corps. A ceux qui ont la bêtise de confondre drame et tristesse, il ne cesse d’affirmer que le sens tragique de la vie est aussi celui de la joie, sentiment qui n’est jamais aussi fort  que lorsque que l’esprit et le corps abandonnent toute velléité  de domination pour s’exprimer à l’unisson. Dans »  »Joyeux fantômes, un des protagonistes qui a frôlé la catastrophe s’exprime ainsi : « Je viens seulement de me rendre compte combien c’est extraordinaire d’être un homme de chair et de sang, d’être en vie tout simplement. Cela semble si banal en comparaison, de mourir et de n’être qu’un pur esprit. Si terriblement ordinaire. Mais rendez-vous compte de la chance d’avoir des bras, des cuisses et un visage bien vivants. Oh mon dieu, que je suis heureux d’en avoir pris conscience à temps » Le même homme remerciera sa mère d’avoir donné naissance à ses cuisses. Ce qui est aussi réjouissant dans la démarche de l’auteur, c’est que les personnages qu’il décrit ne sont pas figés dans un comportement. Il suffit d’une minute d’attention à l’autre pour que la perspective change. Ainsi une fiancée sur le point de rompre après une série d’échanges cruels, se rend compte que l’homme en face d’elle l’aime sincèrement (Amoureux). A l’inverse dans « Pas question » une femme  certaine que la vie de l’esprit peut tout surmonter, même le viol, assiste à une corrida. Contre toute attente, elle qui n’a que mépris pour la bestialité, est subjuguée. Elle fait la connaissance du torero, le rencontre à maintes reprises et tente en vain de l’intéresser à la vie de l’esprit. En retour, il la recevra un jour chez lui et la livrera en pâture à sa cuadrilla. Elle se suicidera. Cette liberté sauvage qui est la notre, nous ne cessons de lui livrer bataille. Quand tout peut arriver, le sommet  du monde et l’abime le plus abrupt ne sont pas loin. Il ne s’agit pas seulement des relations entre hommes et femmes ; la nature est plus vaste que cela et la jungle est partout. Si le soleil brûle, il libère aussi les corps qui expriment alors la vie dans sa plénitude. Ainsi après avoir quitté mari et maison une femme renait dans sa nudité offerte. Fruit gorgé de soleil, elle éveillera le désir d’un paysan. De sa corolle à la racine de ses cheveux tout s’ouvre en elle. Sauf qu’elle ne fera jamais les premiers pas ni lui non plus. Dans « la femme qui s’enfuit », une femme qui n’a que l’apparence du vivant, n’en peut plus de supporter une non vie qui, jour après jour, la terrasse. Elle entreprend alors une démarche initiatique qui mettra fin à son supplice. Elle part à cheval à la recherche des indiens Chilchuis qui n’attendent qu’elle pour arrêter le cycle de leur déchéance. C’est ainsi  qu’au terme d’un rituel obsédant elle sera sacrifiée. Morte insomniaque, elle pourra enfin mourir vraiment. Grâce à elle, le soleil et la lune pourront se réconcilier. Le compteur du temps sera remis à zéro. Les indiens pourront alors sortir de la gangrène d’une civilisation détruite par l’homme blanc avide d’éliminer toute culture étrangère à la sienne.

Ainsi le drame d’une femme d’une femme civilisée, on veut dire enfermée, rejoint celui  des peuples et d’une nature qui ne cessent d’affirmer sans fausse honte, la cruauté et la sauvagerie du genre humain. Les drames du XXème siècle d’un côté, la prise de conscience écologique de l’autre nous ont ouvert les yeux. Nous pouvons enfin accéder à une œuvre qui est un hymne à la beauté du monde et aux êtres vivants qui le peuplent. Une œuvre qui affirme que la recherche du plaisir peut aussi être une école de sagesse. Lutter contre la médiocrité qui  nous cerne à chaque instant est le prix à payer. Il faut  vaincre tous nos ennemis. L’ennemi intérieur est sans doute plus coriace. FB

 

 

 

DH. Lawrence – La femme qui s’enfuit

Editions le bruit du temps.

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