Photo Arielle bernheim

La pensée de Daniel Cohn-Bendit ayant beaucoup d’affinité avec la salsa et l’imaginaire si fertiles sur le continent  latino-américain, on comprend aisément que les Editions Indigène aient choisi la Maison de l’Amérique latine pour nous permettre d’approcher de plus près l’auteur de «Pour supprimer les partis politiques !?»

L’homme de 68 -il ne l’a pas fait exprès- a aujourd’hui 68 ans. Il a conscience de sa fragilité, on pourrait dire suite à une maladie  et a donc décidé de se mettre prochainement en retrait de la vie politique active. Pour faire quoi ? Tout simplement pour apporter sa modeste contribution à la régénérescence de la vie politique. Ce qu’il il y a de terriblement complexe à comprendre dans son cas, c’est qu’il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Cela pourrait paraître d’une simplicité évidente, sauf que l’on se demande encore pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à le suivre sur ce terrain.

Comment faire bouger le paysage politique ? Comment déverrouiller la pensée ?

En réfléchissant très fort pendant très longtemps et ensuite en prenant tout l’espace nécessaire à l’étalement d’une pensée complexe. Non. La démarche des Editions Indigène qui a si bien fait mouche avec Stéphane Hessel et qui continue sur sa lancée avec la complicité de Daniel Cohn-Bendit est aux antipodes. Face à une situation bloquée, il convient plutôt de provoquer le réel, de le stimuler  pour faire sauter ses verrous. Ensuite on disposera d’assez d’éléments de réflexion pour aller plus loin. DCB  est aussi modeste qu’intrépide, il avoue qu’il ne dispose d’aucune boule de cristal. Mettre en question les partis politiques c’est vouloir retrouver une autonomie une liberté de penser que la confrontation binaire avec les autres, forcément des imbéciles ne permet pas. Les hommes politiques ont la responsabilité de l’avenir, hors le système capitaliste libéral dans lequel ils nous ont murés ne permet que de faire des promesses qui honorent le court terme. Ainsi la transition écologique qui nécessite un changement de paradigme aura le plus grand mal à voir le jour, tout simplement parce qu’il faut en pratique une trentaine d’années pour que la note salée des erreurs passées nous soit présentée. Les politiques ne sont pas porteurs d’une vérité scientifique. Ils conçoivent des projets qui comportent des risques. Le jour où l’on mettra ces risques sur la table plutôt que des promesses fallacieuses destinées à satisfaire le court terme, on aura fait un grand pas en avant. Malheureusement un parti est une carapace blindée qui a de moins en moins de rapport avec la réalité tout occupé qu’il est à ses luttes internes. N’étions-nous pas dans la cour de récréation de l’école pendant le combat des chefs qui a opposé Copé à Fillon ?

Comment avancer ? Certainement pas en théorisant mais plutôt en allant sur le terrain  et en ouvrant le débat au cours d’agoras fondatrices. Par exemple, trois femmes seront candidates à la mairie de Paris en 2014 . DCB qui a l’intuition que les femmes pourraient être un peu moins stupides que les hommes, aimerait les réunir dans un même débat. L’une prône une ville efficace, la deuxième une ville sociale, la troisième une ville respectueuse de l’écologie. Chacune exposera son projet , ensuite ce qu’il a de différent et pourquoi  pas, ce qu’il a de commun avec les projets de ses compétitrices, car comme le dit DCB, comment une ville écologiquement responsable et socialement avancée ne devrait pas en même temps gérer efficacement ses affaires ?

Les agoras de démocratie participatives chères à Ségolène Royal se multiplieront sur le territoire, d’autres que lui les mettrons en pratique et après ? Après, on verra bien. Avançons cela nous donnera matière à réflexion.

Le mode de scrutin peut-il avoir une influence sur le cours des évènements ? Sûrement. La proportionnelle pratiquée en Allemagne va plus dans le sens de la recherche de complémentarités entre les projets alors que le système français joue l’opposition frontale. C’est bien dans notre pays que s’est développé en toute impunité un guy-molletisme qui consiste à parler très à gauche en agissant plutôt de plus en plus à droite .

Alors «Pour supprimer les partis politiques !?» est-il un livre essentiel, un vade-mecum de ce qu’il faut entreprendre ?

Non. Le livre de DCB est plein de trous, d’interrogations mais il acte un projet essentiel, celui de vivre notre modernité ensemble en intégrant l’avenir de la planète. La démarche de Daniel Cohn-Bendit est aussi authentique qu’incertaine et donc fragile. Elle a l’immense mérite de parier sur l’intelligence humaine, hors de toute rente de situation accordée à des minorités. L’homme a du cœur au ventre, des convictions. Il ouvre la porte à tous. Donnons-nous seulement la peine d’entrer.

 

François bernheim

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