{"id":9846,"date":"2016-12-20T18:40:15","date_gmt":"2016-12-20T17:40:15","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=9846"},"modified":"2017-02-02T11:39:01","modified_gmt":"2017-02-02T10:39:01","slug":"les-frappes-de-novembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2016\/12\/les-frappes-de-novembre\/","title":{"rendered":"Les frapp\u00e9s de Novembre"},"content":{"rendered":"<p>Le mois dernier, Mardi \u00e7a fait d\u00e9sordre cr\u00e9ait la rubrique \u00ab les frapp\u00e9s du mois \u00bb<br \/>\nAu fil des jours ce que nous appelons l\u2019actualit\u00e9, ne cesse de nous cerner, de nous assommer comme si tout ce qui \u00e9tait aujourd\u2019hui \u00ab \u00e0 la une \u00bb \u00e9tait de l\u2019ordre de la fatalit\u00e9.<br \/>\nHors, \u00eatre concern\u00e9s, impliqu\u00e9s dans ce que nous vivons implique des zones d\u2019ombre, de r\u00e9volte, de profondeur, comme de frivolit\u00e9 ou m\u00eame de trivialit\u00e9. Prendre en compte le temps qui passe \u00e0 travers le prisme de la personne, de notre multiplicit\u00e9 baroque est plus que jamais indispensable.<\/p>\n<p><strong>Ren\u00e9 Fr\u00e9gni po\u00e8te,\u00e9crivain<\/strong><\/p>\n<p>En novembre, j&rsquo;ai \u00e9crit les derniers mots d&rsquo;un roman sombre et m\u00e9lancolique.<br \/>\nJ&rsquo;ai ramass\u00e9 des olives dans la lumi\u00e8re dor\u00e9e des collines.<br \/>\nJe suis all\u00e9 \u00e0 Paris, je suis mont\u00e9 dans des trains et des bus o\u00f9 je n&rsquo;existais pas.<br \/>\nJ&rsquo;ai dormi dans des h\u00f4tels de province, leur silence, sur de petites cours tapiss\u00e9es de vigne vierge, m&rsquo;a apport\u00e9 de mots que j&rsquo;ai jet\u00e9s sur des carnets.<br \/>\nEn novembre j&rsquo;ai eu peur de mourir, comme chaque mois depuis que je suis n\u00e9.<br \/>\nJ&rsquo;ai \u00e9crit sur la table de la cuisine d&rsquo;Isabelle, en attendant de la voir surgir sous les amandiers, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9cole. Quand j&rsquo;\u00e9cris, j&rsquo;ai moins peur de mourir.<br \/>\nJ&rsquo;ai apport\u00e9 sur le corps de ma m\u00e8re une belle fleur jaune.<br \/>\nJ&rsquo;ai regard\u00e9 le visage d&rsquo;Isabelle qui est de plus en plus doux, lumineux et beau.<br \/>\nJ&rsquo;ai gliss\u00e9 souvent ma main sous son pull, pour mettre son sein chaud, souple et ferme entre mes doigts.<br \/>\nJ&rsquo;ai trouv\u00e9 les derniers champignons qui pourrissent dans les bois d\u00e8s les grandes nuits froides.<br \/>\nJ&rsquo;ai entendu les chasseurs tuer les derniers perdreaux.<br \/>\nJ&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 des d\u00e9bats, tous parlaient de rassemblement, chacun pensait Moi Moi Moi!&#8230; Rien que Moi!<br \/>\nJ&rsquo;ai vu de plus en plus de bombes, de ruines, de feu sur les \u00e9crans.<br \/>\nJ&rsquo;ai vu, l&rsquo;apr\u00e8s-midi, de merveilleux feuillages rouges et or sur le bord des rivi\u00e8res.<br \/>\nJ&rsquo;ai sauv\u00e9 un chaton de trois mois et j&rsquo;ai vu des familles de sangliers traverser la route en file indienne, \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole.<br \/>\nIl y a quelques ann\u00e9es, mon sexe dur me r\u00e9veillait la nuit, maintenant c&rsquo;est l&rsquo;atroce mot \u00ab\u00a0Prostate\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u2026\u2026<\/p>\n<p><strong>\u00c9dith de Cornulier-Lucini\u00e8re auteure, po\u00e8te. Blog Alma Soror<\/strong><\/p>\n<p>Le mois de ceux qui ne sont plus parmi nous<\/p>\n<p>Novembre, tu es revenu enterrer l\u2019\u00e9t\u00e9. Tu es arriv\u00e9 comme on t\u2019attendait, tu t\u2019es comport\u00e9 \u00e0 ton habitude, avec ta froideur implacable et ta pluie p\u00e9n\u00e9trante. Je t\u2019ai laiss\u00e9 me traverser sans r\u00e9fl\u00e9chir aux cons\u00e9quences de mon inaction. Je t\u2019ai laiss\u00e9 agir sur ma vie, sur tout ce qui m\u2019environne. Puisqu\u2019on me demande aujourd\u2019hui ce qui me frappa en ce mois, je dirai que c\u2019est avant tout la grande absence des morts.<br \/>\nIls ont cess\u00e9 de vivre et aussit\u00f4t nous avons cess\u00e9 de les consid\u00e9rer. Nos corps ont faim et soif de nourritures et de boissons, cette vitalit\u00e9 nous s\u00e9pare d\u2019eux et aucun amour h\u00e9las ne r\u00e9siste quand l\u2019appel du ventre de l\u2019un r\u00e9pond \u00e0 la d\u00e9s-existence de l\u2019autre.<br \/>\nMais les morts ne sont pas les seuls laiss\u00e9s-pour-compte de nos vies. Les absents leur ressemblent beaucoup \u00e0 cet \u00e9gard. M\u00eame celle que j\u2019aimais, \u00e0 laquelle j\u2019\u00e9tais li\u00e9e me semblait-il d\u2019une mani\u00e8re inextricable, depuis qu\u2019elle a claqu\u00e9 la porte de la maison familiale, elle dispara\u00eet. Son ombre obscurcit nos d\u00eeners, nos palabres, mais son ombre n\u2019est pas sa personne. Sa personne n\u2019a plus sa place \u00e0 notre table.<br \/>\nJ\u2019aimerais d\u00eener \u00e0 une table \u00e9ternelle, \u00e0 la table des anges et des fant\u00f4mes, o\u00f9 tous, vivants et morts, pr\u00e9sents et absents, trinquent ensemble, en chantant des airs \u00e9grillards ou gr\u00e9goriens. J\u2019aimerais prendre place au grand banquet macabre des amours mortes et des liens d\u00e9faits.<\/p>\n<p><strong>F\u00e9lix Nemb\u00e9 artisan enjoliveur<\/strong><\/p>\n<p>La machine \u00e0 s\u00e9cher les larmes<\/p>\n<p>Le 2 Novembre 2016, je commande \u00e0 la Redoute, leur redoutable giga- machine \u00e0 s\u00e9cher les larmes . J\u2019opte pour la version \u00e0 monter soi m\u00eame, de 40% moins ch\u00e8re que celle destin\u00e9e aux analphab\u00e8tes. Je la re\u00e7ois le 4.<br \/>\nLe 7 est elle est pr\u00eate \u00e0 fonctionner. Dans la nuit du 8 Novembre, les am\u00e9ricains choisissent de porter Donald Trump \u00e0 la pr\u00e9sidence des Etats Unis. A 6 heures du matin je mets la machine en marche. Elle d\u00e9marre avec all\u00e9gresse, mais au bout d\u2019une heure je l\u2019entends hoqueter. Elle siffle, fume, tambourine. Tr\u00e8s vite les murs de la pi\u00e8ce o\u00f9 elle se trouve deviennent noirs. bient\u00f4t des flammes g\u00e9antes l\u2019encerclent. A 7h30, le moteur explose. L\u2019incendie qui s\u2019est propag\u00e9 \u00e0 travers mon appartement, se d\u00e9veloppe \u00e0 tous les \u00e9tages. Une heure plus tard, les pompiers arrivent. Alert\u00e9s par plusieurs coups de t\u00e9l\u00e9phone affol\u00e9s, ils craignaient le pire. Et ils s\u2019aper\u00e7oivent de quoi ? L\u2019incendie est maitris\u00e9 ! Une \u00e9quipe de l\u2019inspection g\u00e9n\u00e9rale est bient\u00f4t sur les lieux. Tous les habitants de l\u2019immeuble sont interrog\u00e9s. Tr\u00e8s vite les pompiers comprennent ce qui s\u2019est pass\u00e9. Suite \u00e0 l\u2019\u00e9lection de Donald Trump tous les habitants de l\u2019immeuble ont tellement pleur\u00e9, que l\u2019incendie a pu \u00eatre stopp\u00e9 net, malgr\u00e9 la d\u00e9ficience de la machine.<br \/>\nLes m\u00e9dias qui ne savent pas comment interpr\u00e8ter la chose lui accordent un entrefilet.<br \/>\nLes larmes seraient-elles plus utiles que les machines qui sont cens\u00e9es les absorber ?<br \/>\nParmi tous les experts interrog\u00e9s, aucun ne sugg\u00e8re que le seul moyen efficace de s\u00e9cher des larmes serait de prendre des d\u00e9cisions heureuses plut\u00f4t que malheureuses.<br \/>\nImaginez qu\u2019 un jour prochain, le peuple soit gouvern\u00e9 par des femmes et des hommes qui servent ses int\u00e9r\u00eats, le traumatisme serait tel que beaucoup d\u2019entre nous pourraient tomber malades. On se sent si bien quand on se sent si mal !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mois dernier, Mardi \u00e7a fait d\u00e9sordre cr\u00e9ait la rubrique \u00ab les frapp\u00e9s du mois \u00bb Au fil des jours ce que nous appelons l\u2019actualit\u00e9, ne cesse de nous cerner, de nous assommer comme si tout ce qui \u00e9tait aujourd\u2019hui \u00ab \u00e0 la une \u00bb \u00e9tait de l\u2019ordre de la fatalit\u00e9. 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