{"id":9553,"date":"2016-05-10T12:48:59","date_gmt":"2016-05-10T10:48:59","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=9553"},"modified":"2016-11-28T12:28:18","modified_gmt":"2016-11-28T11:28:18","slug":"9553","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2016\/05\/9553\/","title":{"rendered":"M\u00e9t\u00e9ore \u00e0 deux t\u00eates"},"content":{"rendered":"<p>Deux enfants. L\u2019une est blanche\u00a0: Suzanne Mallouk, l\u2019autre est noir\u00a0: Jean-Michel Basquiat n\u00e9 le 22 D\u00e9cembre 1960 \u00e0 Brooklyn d\u2019une m\u00e8re portoricaine et d\u2019un p\u00e8re ha\u00eftien. Il meurt le 12 Ao\u00fbt 1988 \u00e0 Soho. Suzanne devient \u00ab\u00a0 la veuve Basquiat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jennifer Clement, amie de Suzanne racontera leur histoire d\u2019amour. Leur ab\u00eeme. Cet homme pour qui le sexe \u00e9tait autant un outil de plaisir que d\u2019exploration, multipliait les partenaires hommes ou femmes sans pour autant \u00eatre infid\u00e8le \u00e0 celle qui fut sa s\u0153ur, son amie, son amante, celle qui l\u2019accompagna sur le chemin de la cr\u00e9ation, comme dans une vie \u00e9trangl\u00e9e par le racisme.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9545\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/th-3-300x245.jpg\" alt=\"th-3\" width=\"300\" height=\"245\" \/> Basquiat devient dans le monde des blancs un grand artiste, avant tout parce qu\u2019il est\u00a0 un enfant paniqu\u00e9 par la m\u00e9chancet\u00e9 et la cruaut\u00e9 d\u2019un monde archa\u00efque. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 l\u00e0, Basquiat est d\u2019abord un chamane, un sorcier, sourcier, inventant un c\u00e9r\u00e9monial de conjuration quasi cabalistique pour faire face au danger.<\/p>\n<p>L\u2019art, plus qu\u2019une esth\u00e9tique devient un rituel magique, capable de d\u00e9nouer le fil de l\u2019angoisse et de la douleur l\u00e0 o\u00f9 elles \u00e9touffent. Toutes les drogues possibles jalonnent cette qu\u00eate insens\u00e9e o\u00f9 la lumi\u00e8re joue avec la folie, le d\u00e9sespoir et parfois la joie. Suzanne serveuse dans des caf\u00e9s plus ou moins branch\u00e9s, est aussi une artiste, elle chante, peint mais son \u0153uvre la plus forte est invisible. Elle est celle qui abandonne tout pour Jean-Michel, qui le lave des malheurs et de la salet\u00e9, mais aussi celle qui ne plongera jamais dans la destruction de soi. Jean-Michel est aussi l\u2019\u0153uvre de Suzanne, une femme d\u00e9nu\u00e9e de toute complaisance, de toute vanit\u00e9. Elle est son protecteur sa muse, son ancrage, m\u00eame si la force des temp\u00eates subies est telle que la mort devient un cap irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>A ceux qui peuvent penser que Basquiat \u00e9tait parano\u00efaque, l\u2019assassinat sadique et m\u00e9thodique d\u2019un jeune noir ami de Suzanne, tortur\u00e9 par une bande de flics sauvages et impunis, viendra rappeler que la f\u00e9rocit\u00e9 humaine est bien une r\u00e9alit\u00e9. Le chemin de Basquiat est peupl\u00e9 de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, Andy Warhol, Madonna, Julian Schnabel, Keith Haring, Francesco Cl\u00e9mente, etc &#8230; comme si celui qui avouait ne pas savoir dessiner avait toujours eu besoin de r\u00e9f\u00e9rents pour ne pas sombrer. Jean-Michel Basquiat<strong>, <\/strong>au plus haut de l\u2019art contemporain, r\u00e9v\u00e9le non sans ironie, le vide de ce monde , aussi savant et gorg\u00e9 de sa superbe que vide et d\u00e9coratif. Il aimait les gens intelligents et encore plus ceux capables de porter une douleur. <img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9546\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/th-1-232x300.jpg\" alt=\"th-1\" width=\"232\" height=\"300\" \/>Il a gagn\u00e9 beaucoup d\u2019argent, en a jet\u00e9 beaucoup par la fen\u00eatre et investi encore plus dans sa destruction. Autant que son immense talent et son effroi c\u2019est la puret\u00e9 de sa d\u00e9marche qui subjugue. Jacques Pr\u00e9vert qui n\u2019a connu ni Jean Michel, ni Suzanne, parlait bien d\u2019eux quand il \u00e9crivait\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les enfants qui s\u2019aiment s\u2019embrassent debout<\/p>\n<p>contre les portes de la nuit<\/p>\n<p>et les passants qui passent les d\u00e9signent du doigt.<\/p>\n<p>Mais les enfants qui s\u2019aiment<\/p>\n<p>ne sont l\u00e0 pour personne<\/p>\n<p>et c\u2019est seulement leur ombre<\/p>\n<p>qui tremble dans la nuit<\/p>\n<p>excitant la rage des passants<\/p>\n<p>leur rage leur m\u00e9pris leurs rires et leur envie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La nuit ne sera jamais assez noire pour engloutir la lumi\u00e8re de Michel Basquiat. Tendresse infinie et respect pour un explorateur des gouffres les plus profonds.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Jennifer Clement<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0La veuve Basquiat<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0Editions Christian Bourgois<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux enfants. L\u2019une est blanche\u00a0: Suzanne Mallouk, l\u2019autre est noir\u00a0: Jean-Michel Basquiat n\u00e9 le 22 D\u00e9cembre 1960 \u00e0 Brooklyn d\u2019une m\u00e8re portoricaine et d\u2019un p\u00e8re ha\u00eftien. Il meurt le 12 Ao\u00fbt 1988 \u00e0 Soho. Suzanne devient \u00ab\u00a0 la veuve Basquiat\u00a0\u00bb. Jennifer Clement, amie de Suzanne racontera leur histoire d\u2019amour. Leur ab\u00eeme. 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