{"id":8500,"date":"2015-06-08T12:40:06","date_gmt":"2015-06-08T10:40:06","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=8500"},"modified":"2016-12-21T17:47:08","modified_gmt":"2016-12-21T16:47:08","slug":"8500","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2015\/06\/8500\/","title":{"rendered":"Mathias Edwards- M\u00e9tro, boulot, marmot. 2013"},"content":{"rendered":"<p><strong>Article n\u00b04.\u00a0 \u00e9crit par Mathias Edwards en Juin 2013<\/strong> pour Doolittle. Le 5\u00e8me, sign\u00e9 Dominique Vidal est paru en Aout 2000 dans le Monde Diplomatique \u00a0\u00bb Regain d&rsquo;id\u00e9al au kibboutz Gan Shmuel \u00a0\u00bb\u00a0 -Il sera en ligne sur le blog le Vendredi 12 Juin. La nouvelle rubrique \u00ab\u00a0Le journalisme qui r\u00e9siste au temps\u00a0\u00bb\u00a0 est ouverte \u00e0 tous ceux qui continuent \u00e0 croire qu&rsquo;\u00e9crire dans les m\u00e9dias peut avoir un sens.<\/p>\n<p>Contact : francoisbernheim32@gmail.com<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Incroyable<\/strong><\/p>\n<p>Un couple gay a trouv\u00e9 son b\u00e9b\u00e9 dans le m\u00e9tro new-yorkais.<\/p>\n<p>Un soir, en se rendant \u00e0 un d\u00eener, Daniel aper\u00e7oit une forme noire, dans un coin du m\u00e9tro new yorkais. Intrigu\u00e9, il se penche et d\u00e9couvre un nourrisson emmitoufl\u00e9. Aujourd\u2019hui, l\u2019enfant a 13 ans et il m\u00e8ne une existence normale en compagnie de Daniel et son compagnon. C\u2019est l\u2019incroyable histoire de l\u2019orphelin du m\u00e9tro.<\/p>\n<p>C\u2019est un soir d\u2019ao\u00fbt comme les autres. Il fait chaud, humide sur New York et Daniel doit rejoindre Pete, son compagnon, dansun restaurant de la Huiti\u00e8me avenue. Emport\u00e9 par le flot habituel des voyageurs du m\u00e9tro, il s\u2019extrait du wagon et se dirige vers la sortie. Mais, dans un coin, une vague forme noire attire son attention. Un jouet perdu, sans doute. Puis il s\u2019engage dans l\u2019escalier menant \u00e0 la surface. Avant de se retourner. Par reflexe. Il voit la forme bouger. Trois fois rien. Un fr\u00e9missement. Mais Daniel se pr\u00e9cipite en bas des marches, et s\u2019approche rapidement de la forme noire. Il distingue d\u2019abord un sweat-shirt. Puis il l\u2019ouvre. A l\u2019int\u00e9rieur ? Un b\u00e9b\u00e9. Le cordon ombilical encore accroch\u00e9 au nombril, le nourrisson a la peau marron clair. Il est paisible, silencieux au milieu des passants qui ne le remarquent m\u00eame pas. Il est n\u00e9 un jour plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Paniqu\u00e9, Daniel se pr\u00e9cipite alors vers la cabine t\u00e9l\u00e9phonique la plus proche, laissant le b\u00e9b\u00e9 sur place de peur de lui faire mal en le prenant dans ses bras. Il compose le 911. Au bout de la ligne r\u00e9serv\u00e9e aux appels d\u2019urgence, l\u2019op\u00e9rateur ne croit pas en son histoire. Daniel appelle donc Peter, qui l\u2019attend, attabl\u00e9, \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0 : \u00ab J\u2019ai trouv\u00e9 un b\u00e9b\u00e9 ! J\u2019ai trouv\u00e9 un b\u00e9b\u00e9 ! \u00bb, hurle-t-il. Peter demande \u00e0 Daniel de se calmer et de lui expliquer clairement la situation. Mais, au t\u00e9l\u00e9phone, Daniel semble trembler, compl\u00e8tement boulevers\u00e9. Peter ne comprend rien. \u00ab J\u2019ai trouv\u00e9 un b\u00e9b\u00e9 ! Je ne veux pas le laisser seul. Rejoins-moi et essaie de faire signe \u00e0 une voiture de police ! \u00bb Peter se met alors \u00e0 courir en direction de la bouche de m\u00e9tro. \u00ab J\u2019entendais le c\u0153ur de Daniel battre \u00e0 travers la ligne de t\u00e9l\u00e9phone \u00bb, \u00e9crira-t-il sur son blog.<\/p>\n<p><strong>La folle question de la juge<br \/>\n<\/strong>Lorsque Pete arrive sur place, la police est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Les cam\u00e9ras de t\u00e9l\u00e9vision ne tardent pas \u00e0 arriver. Les passants aussi s\u2019arr\u00eatent pour tenter de comprendre la situation. Daniel et Peter sont interrog\u00e9s. L\u2019enfant s\u2019\u00e9loigne, en ambulance. De retour chez eux, les deux hommes refusent de penser qu\u2019ils ne le reverront plus jamais. D\u00e8s le lendemain, Daniel se rend donc \u00e0 l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 le b\u00e9b\u00e9 a \u00e9t\u00e9 admis. Il demande \u00e0 pouvoir lui rendre visite. Mais l\u2019administration est intransigeante. Seule la famille a le droit de visite. Rien n\u2019y fait. Pendant plusieurs jours, les deux hommes insistent pour avoir des informations, et apercevoir le nourrisson. Par un ami d\u2019un ami, ils finiront par apprendre que la grand-m\u00e8re s\u2019est manifest\u00e9e et qu\u2019elle va le prendre en charge. Tout est bien qui finit bien.<\/p>\n<p>Mais l\u2019histoire ne fait que commencer. Trois mois plus tard, le t\u00e9l\u00e9phone sonne au domicile des deux hommes. C\u2019est une juge charg\u00e9e des affaires familiales qui appelle. Elle apprend au couple que l\u2019information concernant la grand-m\u00e8re de l\u2019enfant \u00e9tait fausse. Celle-ci ne s\u2019est jamais pr\u00e9sent\u00e9e. La m\u00e8re a elle \u00e9t\u00e9 localis\u00e9e, mais elle ne souhaite pas r\u00e9cup\u00e9rer la garde de son fils. Une proc\u00e9dure judiciaire est ouverte pour maltraitance. Daniel est appel\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner la semaine suivante au tribunal. Sa d\u00e9position ne durera que quelques minutes. Mais, au terme de celle-ci, la juge confie \u00e0 Daniel : \u00ab Il faut que vous sachiez ce qui se passe. Quand nous avons un b\u00e9b\u00e9 abandonn\u00e9, nous essayons de le placer aussi vite que possible dans un foyer. \u00bb Elle marque une pause. Puis reprend : \u00ab Seriez-vous int\u00e9ress\u00e9 pour adopter cet enfant ? \u00bb<\/p>\n<p>En trois ans de vie commune, Pete et Daniel n\u2019ont jamais \u00e9voqu\u00e9 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019adopter. Sc\u00e9nariste en herbe travaillant comme dactylo \u00e0 temps partiel pour l\u2019un et assistant social sous-pay\u00e9 pour l\u2019autre, le couple ne roule pas sur l\u2019or. Un troisi\u00e8me mec dort m\u00eame dans leur salon pour les aider \u00e0 payer le loyer. Mais l\u2019expression am\u00e9ricaine \u00ab in a New York minute \u00bb, qui d\u00e9signe ce court instant durant lequel tout peut arriver dans la ville qui ne dort jamais, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi appropri\u00e9. Daniel r\u00e9pond sans h\u00e9siter : \u00ab Oui, m\u00eame si je sais que ce ne sera pas facile \u00bb, dit-il. \u00ab Cela peut l\u2019\u00eatre \u00bb, se contente de r\u00e9pondre la magistrate.<\/p>\n<p><strong>36 heures d\u2019attente plut\u00f4t que neuf mois de souffrance<\/strong><br \/>\nD\u2019abord effray\u00e9 par la nouvelle \u2013 \u00ab Tu es fou ? Comment as-tu pu accepter sans qu\u2019on en discute avant ! \u00bb-, Pete se rend rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9vidence. Une telle opportunit\u00e9 tient du miracle. Les deux hommes s\u2019y voient d\u00e9j\u00e0. Avec la complicit\u00e9 d\u2019une assistante sociale, ils s\u2019arrangent pour rendre visite au b\u00e9b\u00e9, quelques semaines plus tard, dans sa famille d\u2019accueil. Conscient que le processus d\u2019adoption comporte des cours de parentalit\u00e9 intensifs pouvant durer jusqu\u2019\u00e0 neuf mois et sans garanties de r\u00e9sultats positifs, et peu confiants envers le syst\u00e8me d\u2019adoption en g\u00e9n\u00e9ral, le couple se promet de ne pas s\u2019attacher au b\u00e9b\u00e9 qui a d\u00e9sormais 4 mois. Peine perdue. Les neuf mois d\u2019attente n\u00e9cessaires pour pr\u00e9parer l\u2019\u00e9ventuelle arriv\u00e9e du b\u00e9b\u00e9 s\u2019annonce comme une \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais une semaine plus tard, lors d\u2019une nouvelle entrevue au tribunal, la juge, d\u00e9cid\u00e9ment peu avare en surprises, leur demande s\u2019ils seraient pr\u00eats \u00e0 recevoir l\u2019enfant lors des prochaines vacances. Pas \u00e0 partir du Memorial Day du dernier lundi de mai ou du Labor Day du premier lundi de septembre, comme l\u2019imagine Pete, mais bien \u00e0 partir des vacances de fin d\u2019ann\u00e9e, qui sont toutes proches. Les neufs mois d\u2019attente tant redout\u00e9s se transforment en 36 heures, et le conte de f\u00e9es devient un conte de No\u00ebl que m\u00eame le plus excentrique des sc\u00e9naristes n\u2019aurait os\u00e9 pr\u00e9senter \u00e0 un producteur.<\/p>\n<p>Pete et Daniel demandent \u00e0 leur colocataire de trouver un autre canap\u00e9 \u00e0 squatter. Durant un an, ils \u00e9l\u00e8veront leur futur fils en qualit\u00e9 de famille d\u2019accueil, recevant r\u00e9guli\u00e8rement les visites de l\u2019assistante sociale, rapidement favorable \u00e0 une adoption. Mais des questions obs\u00e8dent les futurs papas. Qu\u2019est-ce qui est pass\u00e9 par la t\u00eate de cette juge ? Savait-elle que Daniel \u00e9tait assistant social ? Si oui, \u00e9tait-ce la raison pour laquelle elle avait estim\u00e9 qu\u2019il ferait un bon p\u00e8re ? Lui aurait-elle propos\u00e9 d\u2019adopter si elle avait su qu\u2019il \u00e9tait gay ?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s leur derni\u00e8re convocation au tribunal, sit\u00f4t les papiers sign\u00e9s et scellant d\u00e9finitivement l\u2019adoption, Pete ne peut s\u2019emp\u00eacher de demander \u00e0 la juge pourquoi elle a propos\u00e9 \u00e0 \u00ab Danny \u00bb d\u2019adopter l\u2019orphelin. \u00ab L\u2019intuition \u00bb, lui r\u00e9pond simplement la bienfaitrice qui ajoute, avant de quitter la salle d\u2019audience : \u00ab J\u2019ai eu tort ? \u00bb Kevin, le b\u00e9b\u00e9 du m\u00e9tro, est aujourd\u2019hui en mesure de lui r\u00e9pondre \u00ab non \u00bb entre deux balles de baseball \u00e9chang\u00e9es avec ces deux papas, mari\u00e9s depuis 2011. Et qui sait, peut-\u00eatre se rend-il \u00e0 l\u2019\u00e9cole en m\u00e9tro ?<\/p>\n<p><em>Mathias Edwards,<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article n\u00b04.\u00a0 \u00e9crit par Mathias Edwards en Juin 2013 pour Doolittle. Le 5\u00e8me, sign\u00e9 Dominique Vidal est paru en Aout 2000 dans le Monde Diplomatique \u00a0\u00bb Regain d&rsquo;id\u00e9al au kibboutz Gan Shmuel \u00a0\u00bb\u00a0 -Il sera en ligne sur le blog le Vendredi 12 Juin. 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