{"id":8494,"date":"2015-06-02T11:35:22","date_gmt":"2015-06-02T09:35:22","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=8494"},"modified":"2017-08-01T10:54:23","modified_gmt":"2017-08-01T08:54:23","slug":"catherine-david-sur-le-psychanalyste-p-lembeye","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2015\/06\/catherine-david-sur-le-psychanalyste-p-lembeye\/","title":{"rendered":"Catherine David sur le psychanalyste P Lembeye.Avril 2005"},"content":{"rendered":"<p>Le 3\u00e8me article de la s\u00e9rie \u00ab\u00a0le journalisme qui r\u00e9siste au temps\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Catherine David pour le NouvelObs.com. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 16 Avril 2005. Le 4\u00e8me article \u00e9crit par Mathias Edwards en 2013 pour Doolittle sera en ligne le Lundi 8 Juin. Un couple gay a trouv\u00e9 un b\u00e9b\u00e9 dans le m\u00e9tro new-yorkais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les audaces tranquilles de Pierre Lembeye<\/strong><\/p>\n<p><em>Il n\u2019y a pas de clef des songes<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Pour ce psychanalyste \u00e0 l\u2019esprit libre, un si\u00e8cle apr\u00e8s Freud, il est urgent de retrouver le \u00ab\u00a0g\u00e9nie du r\u00eave\u00a0\u00bb, trop longtemps asservi \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019emprise de l\u2019\u00e9veil\u00a0\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<a href=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/164342_13984729_460x306.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-8495\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/164342_13984729_460x306-300x200.jpg\" alt=\"164342_13984729_460x306\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/164342_13984729_460x306-300x200.jpg 300w, https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/164342_13984729_460x306.jpg 460w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L\u2019homme descend du songe\u00a0\u00bb<\/em>, nous dit Pierre Lembeye dans cet essai lumineux, et la formule (emprunt\u00e9e \u00e0 Antoine Blondin) se r\u00e9v\u00e8le sous sa plume d\u2019une justesse frappante. Le r\u00eave n\u2019est pas le propre de l\u2019homme, rappelle ce psychanalyste \u00e0 l\u2019esprit libre, le r\u00eave nous pr\u00e9c\u00e8de et nous engendre, il est apparu au cours de l\u2019\u00e9volution avec l\u2019\u00e9mergence des animaux \u00e0 sang chaud, dits \u00ab\u00a0hom\u00e9othermes\u00a0\u00bb, apr\u00e8s l\u2019extinction des dinosaures il y a 65 millions d\u2019ann\u00e9es. Le r\u00eave n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 une r\u00e9miniscence du pass\u00e9, \u00e0 une remise en forme d\u2019\u00e9l\u00e9ments pr\u00e9existants, il est cr\u00e9ateur, porteur d\u2019avenir. <em>\u00ab\u00a0Il nous faut transpasser les th\u00e9ories en usage et ne plus confiner le r\u00eave \u00e0 un rapport au pass\u00e9.\u00a0\u00bb <\/em>Avec une audace tranquille, Pierre Lembeye nous fait voir \u00e0 quel point notre horizon s\u2019est r\u00e9tr\u00e9ci depuis que nous avons chauss\u00e9 les lunettes de Freud. \u00ab\u00a0<em>Le r\u00eave n\u2019est plus que le discours symbolique d\u2019un individu et ne compte plus que comme r\u00e9cit.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>A l\u2019or\u00e9e du XX\u00b0 si\u00e8cle, croyant avoir trouv\u00e9 la clef des songes, Freud postulait que les r\u00eaves avaient tous un m\u00eame but cach\u00e9, une m\u00eame logique sous-jacente\u00a0: la r\u00e9alisation imaginaire d\u2019un d\u00e9sir inconscient. Il avait examin\u00e9 de nombreux textes anciens sur le r\u00eave, l\u2019oniromancie, la divination, mais pour mieux les rejeter dans les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019\u00e8re pr\u00e9-scientifique. \u00ab\u00a0L\u2019interpr\u00e9tation des r\u00eaves\u00a0\u00bb \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9e comme la <em>\u00ab\u00a0voie royale vers l\u2019inconscient\u00a0\u00bb<\/em>. Dans la vulgate freudienne, puis lacanienne, le r\u00eave est individuel, r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019histoire personnelle de chacun, limit\u00e9 au sac de peau. Le r\u00e9cit du r\u00eave (et non le r\u00eave lui-m\u00eame) peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la th\u00e9orie psychanalytique, un peu \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un r\u00e9bus. Cette interpr\u00e9tation est cens\u00e9e faire appara\u00eetre le <em>\u00ab\u00a0contenu latent\u00a0\u00bb<\/em> du r\u00eave sous son\u00a0<em>\u00ab\u00a0contenu manifeste\u00a0\u00bb<\/em>. Un si\u00e8cle plus tard, constate Pierre Lembeye, les fondations de cette vulgate ont vol\u00e9 en \u00e9clats. <em>\u00ab\u00a0Ce mythe et ses rituels n\u2019ont pu qu\u2019exacerber l\u2019individualisme et la d\u00e9pression de l\u2019homme contemporain.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>A l\u2019\u00e8re de la complexit\u00e9, les explications univoques sont abandonn\u00e9es dans tous les domaines. Il n\u2019y a pas de clef des songes. Le r\u00eave n\u2019est pas \u00e0 sens unique. <em>\u00ab\u00a0Il y a des r\u00eaves diagnostiques, constatifs, pronostiques, th\u00e9rapeutiques&#8230;\u00a0\u00bb <\/em>Le r\u00eave peut r\u00e9aliser un d\u00e9sir, mais aussi bien mettre en sc\u00e8ne ou en garde, conjurer, annoncer, pr\u00e9dire, proph\u00e9tiser. Il n\u2019est ni bon ni mauvais, il est bon \u00e0 tout faire. <em>\u00ab\u00a0Si des r\u00eaves travaillent \u00e0 nous soigner, d\u2019autres en revanche tendent \u00e0 maintenir, \u00e0 accro\u00eetre nos d\u00e9s\u00e9quilibres. Certaines formes oniriques, coups de tonnerre dans un ciel serein, sont les premiers signes de tumeurs.\u00a0\u00bb <\/em>Ainsi<em>, <\/em>le r\u00eave ne se donne pas seulement comme <em>\u00ab\u00a0souvenir\u00a0\u00bb<\/em>, mais comme <em>\u00ab\u00a0survenir\u00a0\u00bb<\/em> . Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que Mozart ait r\u00eav\u00e9 le th\u00e8me de \u00ab\u00a0La Fl\u00fbte enchant\u00e9e\u00a0\u00bb, que Descartes ait r\u00eav\u00e9 ses m\u00e9ditations, que la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 soit apparue \u00e0 Einstein en songe. <em> \u00ab\u00a0Comme le sympt\u00f4me ou le jeu, le r\u00eave inaugure.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Le r\u00eave n\u2019est donc pas r\u00e9ductible au r\u00e9cit qui en est fait. Il a ses propres raisons, que la raison de l\u2019\u00e9veil ignore. Selon Pierre Lembeye, le r\u00eave a souffert d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0<em>diss\u00e9qu\u00e9, analys\u00e9, interpr\u00e9t\u00e9, th\u00e9oris\u00e9, scanneris\u00e9\u00a0\u00bb, <\/em>selon des <em>\u00ab\u00a0modalit\u00e9s issues de l\u2019\u00e9veil\u00a0\u00bb<\/em> qui s\u2019entendent pour le r\u00e9duire \u00e0 une <em>\u00ab\u00a0peau de chagrin\u00a0\u00bb<\/em>. De ce point de vue, pr\u00e9cise-t-il, la psychanalyse ne diff\u00e8re pas de la neurophysiologie d\u2019un Michel Jouvet. Dans les deux cas, l\u2019homme \u00e9veill\u00e9 se penche avec sollicitude sur le r\u00eaveur, en n\u00e9gligeant son incoutournable point de vue. Or, <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>le r\u00e9el onirique est tout aussi r\u00e9el que le r\u00e9el de la veille<\/em><em>.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Et le r\u00eave n\u2019est pas seulement reli\u00e9 au pass\u00e9 d\u2019un individu. <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Le r\u00eave n\u2019est pas une voie mais un royaume. Pour sa part majeure l\u2019inconscient n\u2019est pas individuel. Le r\u00eave raconte \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019\u00e9poque.\u00a0\u00bb<\/em> Le r\u00eave circule, s\u2019\u00e9change, se partage. T\u00e9moin le r\u00eave fameux des d\u00e9port\u00e9s, racont\u00e9 par Primo Levi, et que Lembeye consid\u00e8re comme <em>\u00ab\u00a0un r\u00eave collectif qui annonce proph\u00e9tiquement l\u2019indiff\u00e9rence, le refus, le silence des non-d\u00e9port\u00e9s \u00e0 l\u2019annonce d\u2019Auschwitz.\u00a0\u00bb<\/em> De m\u00eame, les r\u00eaves recueillis par Charlotte Beralt parmi les citoyens allemands \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la mont\u00e9e du nazisme, pr\u00e9sentent de troublantes similitudes\u00a0: <em>\u00ab\u00a0D\u2019\u00e9vidence, le r\u00eave collabore au r\u00e9gime\u00a0\u00bb<\/em>. Apr\u00e8s l\u2019attentat du 11 septembre, comme \u00e0 travers les r\u00eaves des enfants palestiniens pendant l\u2019intifada, Lembeye retrouve aussi des th\u00e8mes persistants, des images obs\u00e9dantes.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L\u2019\u00a0\u00ab\u00a0onir\u00eatre\u00a0\u00bb prime sur le \u00ab\u00a0parl\u00eatre\u00a0\u00bb.\u00a0C\u2019est le r\u00eave qui dicte \u00e0 la philosophie et non la philosophie qui prescrit au r\u00eave\u00a0\u00bb. <\/em>Car nos mythes, nos inventions, nos crimes sont aussi les enfants de nos songes. Le r\u00eave existait bien avant le langage, le r\u00e9cit, l\u2019\u00e9criture &#8211; et la linguistique. Il est attest\u00e9 avant de pouvoir \u00eatre racont\u00e9, chez le foetus et le nourrisson par exemple. Il ne peut donc \u00eatre <em>\u00ab\u00a0structur\u00e9 comme un langage\u00a0\u00bb<\/em>, comme le pensait Lacan. La perspective s\u2019inverse\u00a0: sans l\u2019activit\u00e9 onirique des primates, c\u2019est le langage qui n\u2019aurait pu prendre forme. Le r\u00eave n\u2019est pas seulement reli\u00e9 \u00e0 l\u2019inconscient collectif <em>\u00ab\u00a0restreint \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, comme le pensait Jung, mais \u00e0<em> \u00ab\u00a0un insconscient<\/em><em> collectif g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 incluant une certaine complexit\u00e9 du vivant\u00bb.<\/em> La v\u00e9rit\u00e9 du jour n\u2019annule pas les intuitions de la nuit. <em>\u00ab\u00a0Ne faisons pas gouverner l\u2019\u00e9veil sur le sommeil ni le sommeil sur la veille, mais accueillons l\u2019entrelacs des deux, la m\u00e9moire de l\u2019un dans l\u2019autre. \u00a0C\u2019est dans cet entrelacs que se d\u00e9couvre l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre au monde. Ne plus asservir r\u00eave et sommeil \u00e0 l\u2019\u00e9veil, se d\u00e9gager du primat de l\u2019\u00e9veil, telle est la t\u00e2che urgente\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Catherine David<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L\u2019homme descend du songe\u00a0\u00bb, par Pierre Lembeye, Buchet-Chastel, 166 pages, 18 \u20ac<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pierre Lembeye est psychiatre et psychanalyste. Il participe \u00e0 de nombreux s\u00e9minaires \u00e0 l\u2019Ecole freudienne de Paris, \u00e0 Confrontation, au Coll\u00e8ge de psychanalystes, au Coll\u00e8ge international de philosophie ou \u00e0 l\u2019Institut de psychanalyse. En 2001 il a publi\u00e9 \u00ab\u00a0Nous sommes tous d\u00e9pendants\u00a0\u00bb (Odile Jacob)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c  no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 3\u00e8me article de la s\u00e9rie \u00ab\u00a0le journalisme qui r\u00e9siste au temps\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Catherine David pour le NouvelObs.com. 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