{"id":8264,"date":"2015-03-10T13:00:44","date_gmt":"2015-03-10T12:00:44","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=8264"},"modified":"2017-01-10T13:50:32","modified_gmt":"2017-01-10T12:50:32","slug":"formidable-marie-de-hennezel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2015\/03\/formidable-marie-de-hennezel\/","title":{"rendered":"Formidable Marie de Hennezel"},"content":{"rendered":"<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\"><\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Portrait d&rsquo;une personne formidable ? Gilles Cl\u00e9ment propose Gilles Tiberghien. Gilles Tiberghien, lui me recommande\u00a0 Marie de Hennezel .<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_8265\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/DSC0578.jpeg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-8265\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-8265\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/DSC0578.jpeg\" alt=\"photos Arielle bernheim\" width=\"640\" height=\"428\" srcset=\"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/DSC0578.jpeg 640w, https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/DSC0578-300x201.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-8265\" class=\"wp-caption-text\">photos Arielle bernheim<\/p><\/div>\n<p>\u00a0\u00bb Si je devais reprendre l\u2019expression de Gurdjieff dont Peter Brook avait tir\u00e9 un beau film, Meeting with Remarkable Man, je dirais que Marie de Hennezel est une femme remarquable. Son extraordinaire engagement aupr\u00e8s des personnes en fin de vie serait d\u00e9j\u00e0 un titre suffisant pour l\u2019affirmer, tout comme son travail avec des gens atteints du Sida dans les ann\u00e9es quatre vingt \u2013 dix et ses interventions dans les maisons de retraite aujourd\u2019hui pour donner aux plus \u00e2g\u00e9s un espoir que notre soci\u00e9t\u00e9 semble leur refuser. Mais il y a plus encore, il y a ce rayonnement qui \u00e9mane d\u2019elle, cette douceur et cette force de conviction qui s\u00e9duisent m\u00eame ceux qui pourraient ne pas partager ses id\u00e9es. Moi qui ne suis pas religieux, je suis frapp\u00e9 par sa spiritualit\u00e9 qui ne se r\u00e9clame d\u2019aucune confession particuli\u00e8re. Bouddhisme, soufisme, mystique juive ou chr\u00e9tienne n\u2019ont pas de secret pour elle qui ne cherche jamais rien \u00e0 imposer \u00e0 personne mais qui poursuit volontiers avec ses interlocuteurs une interrogation \u00e0 laquelle elle les associe tout naturellement avant m\u00eame qu\u2019ils s\u2019en soient rendu compte tant ils ont plaisir \u00e0 l\u2019accompagner le temps de cette rencontre. D\u2019une bienveillance et d\u2019une ouverture d\u2019esprit remarquable, Marie qui \u00e9crit aujourd\u2019hui sur la g\u00e9n\u00e9ration des jeunes s\u00e9niors \u00e0 laquelle elle appartient incarne \u00e0 mes yeux la vraie jeunesse : elle est de ces personnes rares qui ont toujours des projets et savent en m\u00eame temps donner de l\u2019espoir aux autres\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Gilles Tiberghien<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les mots n\u2019ont pas la vie facile. Pour des raisons qui ne sont pas toujours raisonnables, les humains les \u00e9tirent, les tordent, les \u00e9tranglent, les assomment, quand ils ne les vident pas de toute substance&#8230;<br \/>\nAlors chaque fois qu\u2019un individu prend le risque d\u2019affirmer ce qui est en usant les mots pour ce qu\u2019ils veulent dire, librement et en toute v\u00e9rit\u00e9 face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du monde, c\u2019est toute l\u2019humanit\u00e9 qui retrouve la parole, se met en mouvement sans craindre d\u2019abandonner ses anciens rep\u00e8res, c\u2019est toute l\u2019humanit\u00e9 qui retrouve\u00a0 son humanit\u00e9.<\/p>\n<div class=\"layoutArea\">\u00a0<strong>Le Tango comme puissance de vie<\/strong><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>\u00abPorque preciso luz para seguir\u00bb<br \/>\nL\u2019homme tient la femme serr\u00e9e contre lui. S\u2019il est capable d\u2019assumer le mouvement, la femme en se laissant guider sera capable d\u2019inventer librement les figures qui feront r\u00eaver tous ceux pour qui beaut\u00e9, plaisir, rigueur et libert\u00e9 sont indissociables. L\u2019homme pourra \u00eatre grand, maigre, d\u00e9gingand\u00e9, la femme petite et boulotte, ensemble il seront sublimes, \u00e9mouvants beaux comme un astre, pour la seule et unique raison qu\u2019ils seront \u00abaccord\u00e9s\u00bb.<br \/>\nMarie de Hennezel n\u2019est pas de ceux qui ma\u00eetrisent tout, d\u00e9cident de tout en vue d\u2019obtenir ce qu\u2019ils veulent. Elle a suffisamment confiance dans la vie pour \u00e9couter son corps et son \u00e2me, pour ouvrir la porte aux rencontres. Elle prend le risque de quitter les terres o\u00f9 l\u2019on identifie et classe tout ce qui pourrait d\u00e9ranger. A-t-elle un objectif, veut-elle atteindre un r\u00e9sultat ? Surtout pas. Rien d\u2019autre que vivre pleinement la vie, rien d\u2019autre que de se donner les moyens de se rencontrer et de rencontrer les autres. Tango.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 2\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Port d\u2019attache<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9e le 5 Ao\u00fbt 1946 \u00e0 Lyon, elle est la fille du colonel Jean de la Ferri\u00e8re. Apr\u00e8s le suicide de sa premi\u00e8re femme dont il a quatre enfants, il \u00e9pouse la m\u00e8re de Marie. Elle est l\u2019a\u00een\u00e9e des six enfants qui suivront. Cette famille est catholique, de droite, mais Marie ne se sentira jamais enferm\u00e9e dans un r\u00e9seau de contraintes. Tr\u00e8s vite elle prend en charge ses jeunes fr\u00e8res et s\u0153urs. Elle a le sentiment qu\u2019elle doit aussi prot\u00e9ger ses parents. Sur son site sa biographie indique qu&rsquo;apr\u00e8s avoir fait des \u00e9tudes de langues et enseign\u00e9 l&rsquo;anglais aux \u00e9l\u00e8ves du secondaire ; elle est retourn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 pour y achever un DESS de psychologie clinique et un DEA de psychanalyse.<br \/>\nSa carri\u00e8re de psychologue commence en 1975. La loi Veil sur les interruptions volontaires de grossesse vient d&rsquo;\u00eatre vot\u00e9e. Des vacations de psychologues sont cr\u00e9es dans les bureaux d&rsquo;aide sociale. C&rsquo;est dans le cadre de ces consultations de planning familial que Marie va \u00e9couter pendant 7 ans des femmes en d\u00e9tresse. Puis elle obtient un poste de psychologue \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Villejuif. Elle y travaille trois ans aupr\u00e8s de grands psychotiques.<br \/>\nBruno de Hennezel d\u2019Ormoie, est son premier mari, Christopher Thiery son second. Elle a trois enfants et six petits enfants.<br \/>\nLe p\u00e8re de Marie -bon vivant et plut\u00f4t joyeux- conna\u00eet une profonde m\u00e9lancolie pendant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, et se suicide \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 82 ans.<br \/>\nAurait-il pu \u00eatre pris en charge? peut-\u00eatre. Il n\u2019a pas pu prendre la parole et dire \u00e0 ses enfants quel homme il \u00e9tait. Marie le regrette \u00abil nous a priv\u00e9 d\u2019une partie de sa vie\u00bb. Deux fois divorc\u00e9e, r\u00e9solument de gauche, Marie est le vilain petit canard de la famille.<\/p>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<div class=\"page\" title=\"Page 2\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>B\u00e9nies soient&#8230;les contradictions<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Se polariser sur la pr\u00e9carit\u00e9 de la vie et sa fragilit\u00e9 ou affirmer la puissance du d\u00e9sir de vie ?<br \/>\nPourquoi choisir, pourquoi \u00e9liminer \u00abdu possible\u00bb, r\u00e9duire son humanit\u00e9 \u00e0 une ligne droite sans creux ni bosse? Pourquoi ne pas assumer ses contradictions, accepter de vivre l\u2019union des contraires dans le mouvement. De cette tension vitale jaillira la surprise, une solution in\u00e9dite, un cadeau.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 2\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Elle qui fait confiance \u00e0 son intuition, elle qui a su \u00e9liminer les couches faussement protectrices qui emp\u00eachent de voir, pratique avec bonheur l\u2019art du vagabondage. Cette fa\u00e7on d\u2019avancer en acceptant influences, rencontres, \u00e9v\u00e8nements qui croisent votre route presque par hasard est \u00e9tay\u00e9e par un penseur comme Jung que Marie de Hennezel admire. Agir ainsi, c\u2019est solliciter les correspondances intimes tapies dans l\u2019inconscient. Jung parle de \u00absynchronicit\u00e9\u00bb face \u00e0 l\u2019association d\u2019un ou plusieurs \u00e9v\u00e8nements qui ne sont pas reli\u00e9s par un lien de causalit\u00e9 mais par le sens qui s\u2019en d\u00e9gage pour la personne qui les per\u00e7oit. Cette forme d\u2019aventure permet de d\u00e9couvrir des terres inconnues qui n\u2019auraient jamais \u00e9t\u00e9 abord\u00e9es autrement.<br \/>\nC\u2019est ainsi qu&rsquo;elle aborde l\u2019\u00e9criture de ses livres. Sollicit\u00e9e pour \u00e9crire un ouvrage sur les seniors et l\u2019amour \u00abSexy &amp; Sixty\u00bb ( Robert Laffont), elle rencontre Macha Meril qui affirme avec force qu\u2019avant soixante ans (elle en a 74) on ne sait pas vraiment ce que jouir veut dire. Au fur et \u00e0 mesure de sa d\u00e9ambulation, Marie de Hennezel entend parler du tantrisme pour lequel la spiritualit\u00e9 et le sexe peuvent se rejoindre. Plut\u00f4t que de rejeter ou int\u00e9grer dans l\u2019abstrait cette notion, elle fait un stage pour en savoir plus.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 3\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Dans ce livre, on d\u00e9couvre que l\u2019on peut vieillir et prendre du plaisir sans nier le vieillissement des organes.<br \/>\nLa psychologue n\u2019est ni un esprit fort ni une dame patronnesse, plut\u00f4t un \u00eatre vivant que l\u2019\u00e9change avec l\u2019autre ne cesse d\u2019enrichir. Elle est assez forte pour accepter d\u2019\u00eatre vuln\u00e9rable. En accord profond avec Young qui \u00e9crit \u00abje dois abandonner toute pr\u00e9tention \u00e0 un savoir sup\u00e9rieur, \u00e0 toute autorit\u00e9, tout d\u00e9sir d\u2019exercer une influence\u00bb. Marie de Hennezel accorde la plus grande valeur \u00e0 la spiritualit\u00e9 de chacun. Il n\u2019est nul besoin d\u2019un \u00eatre sup\u00e9rieur, d\u2019un dieu et de son \u00e9glise pour avancer dans le sens de l\u2019accomplissement humain.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Belles rencontres<\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Mitterrand<br \/>\nDepuis 1981, FM sait qu\u2019il est atteint d\u2019un cancer. Ses m\u00e9decins lui ont donn\u00e9 un pronostic vital de 3 mois \u00e0 3 ans. Il rencontre Marie de Hennezel en 1984. Elle a en face d\u2019elle un homme que les questions m\u00e9taphysiques concernent au plus haut point. Marie ne croit pas aux pronostics chiffr\u00e9s et le lui dit, car aucune pr\u00e9vision n\u2019est capable d\u2019int\u00e9grer la force vitale d\u2019un individu. Si Fran\u00e7ois Mitterrand veut vivre, il vivra. Sa volont\u00e9 sera capable de mettre en sommeil son corps et la maladie qui le ronge. Ce message il le re\u00e7oit avec une extraordinaire intensit\u00e9. Pendant les 12 ans qui le s\u00e9parent de sa mort, le 8 Janvier 1996, ils se sont vus r\u00e9guli\u00e8rement. Le gouvernement de gauche sous l\u2019impulsion du chef de l\u2019\u00e9tat cr\u00e9e la premi\u00e8re unit\u00e9 de soins palliatifs, et Fran\u00e7ois Mitterrand demande \u00e0 Marie d\u2019\u00eatre la psychologue qui accompagne cette avanc\u00e9e. Il lui pr\u00e9sente Christopher Thiery, qui deviendra son deuxi\u00e8me mari. Peu avant sa mort, elle dira \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand \u00abvous ne m\u2019avez fait que du bien\u00bb et elle verra une larme couler sur la joue de son interlocuteur.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Maurice Zundel<br \/>\nest un pr\u00eatre suisse connu pour ses r\u00e9flexion et ses positions peu orthodoxes. Il \u00e9crit de nombreux livres dont \u00abDieu ce grand malentendu\u00bb. Marie est tr\u00e8s influenc\u00e9e par sa pens\u00e9e subversive. Il ne croyait pas \u00e0 une instance divine ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2018homme mais \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00e9thique de l\u2019au-dedans de la vie puisqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019au-del\u00e0. Peu importe qu\u2019il y ait une vie apr\u00e8s la mort pourvu qu\u2019il y en ait une avant. Le sacrifice de soi est un acte joyeux non un renoncement triste. Hors des tabous et des interdits, il veut mettre en \u0153uvre une morale de la lib\u00e9ration allant vers le d\u00e9passement, le don infini de soi.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Richard Moss<br \/>\nIl apprend \u00e0 Marie comment travailler avec les autres, comment cr\u00e9er un climat de confiance \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un groupe, chacun ayant la certitude de pouvoir s\u2019exprimer sans \u00eatre interrompu ni jug\u00e9. Les membres du groupe ont toute latitude \u00e0 r\u00e9agir apr\u00e8s l\u2019intervention mais ils le font non au niveau d\u2019id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales mais \u00e0 titre personnel. Ces r\u00e8gles permettent d\u2019obtenir des r\u00e9sultats extraordinaires qui r\u00e9v\u00e8lent la v\u00e9rit\u00e9 et la profondeur de chacun. Ainsi naissent des relations d\u2019amiti\u00e9 entre des gens qui autrement ne se seraient pas rencontr\u00e9s. La m\u00e9thodologie de Richard Moss d\u00e9friche un territoire d\u2019une richesse infinie, celui de la confiance. Celle que l\u2019on s\u2019accorde \u00e0 soi, aux autres, \u00e0 la vie. Le processus \u00e9tant cumulatif.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 4\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ni Dieu ni ma\u00eetre ?<\/strong><\/p>\n<p>Celle qui \u00e0 l\u2019inverse des autres psys n\u2019accepte pas d\u2019avoir un ma\u00eetre, est moins une rebelle qu\u2019une dynamiteuse de sens. Les aller-retours entre les exp\u00e9riences men\u00e9es sont tellement intenses qu\u2019elles am\u00e8nent chacun \u00e0 penser, \u00e0 se poser des questions sur sa vie et les balises qui la bornent.<br \/>\nMarie de Hennezel n\u2019a pas besoin d\u2019adopter une posture d\u2019intellectuelle pour solliciter l\u2019intelligence de ses contemporains.<br \/>\nEst-elle inclassable ?<br \/>\nEt si c\u2019\u00e9tait nos modes de classements qui \u00e9taient p\u00e9rim\u00e9s. Les hommes sont trop \u00e9go\u00efstes pour se pr\u00e9occuper des autres? Non mais il se pourrait bien qu\u2019une grande partie d\u2019entre eux n\u2019aient pas eu l\u2019occasion de r\u00e9aliser que le don total de soi n\u2019est en rien l\u2019ennemi du plaisir. Eros est partout, l\u2019activit\u00e9 humanitaire est \u00e0 \u00e9galit\u00e9 amour de soi, amour de l\u2019autre. Ainsi quand une aventuri\u00e8re a l\u2019audace d\u2019explorer les territoires sensibles du myst\u00e8re humain, elle nous autorise \u00e0\u00a0 mener \u00e0 bien une exp\u00e9rience capable de faire \u00e9clater les fronti\u00e8res du convenu. R\u00e9duire le don de soi \u00e0 une op\u00e9ration de bienfaisance c&rsquo;est passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa propre vie. Scandale : \u00ables forces de l\u2019esprit\u00bb ont un corps et il n&rsquo;est pas que souffrant.<br \/>\nIl faut du courage pour travailler pendant des ann\u00e9es dans une unit\u00e9 de soins palliatifs. Mais la qualit\u00e9 d\u2019un \u00e9change sans masque avec une personne qui\u00a0 accepte d&rsquo;\u00eatre acteur de sa propre mort est simplement bouleversante.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Cet accompagnement -s\u2019il a des vertus apaisantes- va beaucoup plus loin, il r\u00e9v\u00e8le la profondeur de l\u2019\u00eatre, place sa v\u00e9rit\u00e9 au c\u0153ur de la vie dans la situation la plus extr\u00eame \u00abparlez \u00e0 mon \u00e2me m\u00eame si je suis dans le coma\u00bb. Force du d\u00e9sir et pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019existence. L\u2019accompagnant en acceptant sa propre fragilit\u00e9 facilite l\u2019\u00e9change avec l\u2019accompagn\u00e9. Leurs situations sont diff\u00e9rentes mais ils sont \u00e0 \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>En hommage \u00e0 un de ses amis mort du sida, Marie a fond\u00e9 l\u2019association Bernard Dutant \u00abSida et ressourcement\u00bb. Elle a organis\u00e9 des voyages dans le d\u00e9sert avec des malades. La moiti\u00e9 d\u2019entre eux sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s mais l&rsquo;extraordinaire qualit\u00e9 de leurs prises de parole r\u00e9sonne encore dans sa t\u00eate.<\/p>\n<p>Marie de Hennezel doit une des exp\u00e9riences les plus fortes de sa vie au d\u00e9sert. Un soir, couch\u00e9e au creux d\u2019une dune et \u00e9loign\u00e9e de tous, elle sent l\u2019air vibrer. Jamais elle n&rsquo;a ressenti une telle harmonie, une telle s\u00e9curit\u00e9. Elle aimerait pouvoir s\u2019en souvenir le dernier moment venu.<\/p>\n<p>Notre si\u00e8cle, croyant sans doute repousser les limites ultimes a chass\u00e9 la mort de la vie, alors que celle-ci peut \u00eatre un accomplissement. \u00ab\u00a0J\u2019attends la mort avec gourmandise\u00a0\u00bb disait le sublime vivant, St\u00e9phane Hessel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Cette vie est-elle n\u00e9cessairement moins intense quand elle ralentit?<\/strong><\/p>\n<p>La vieillesse est-elle obligatoirement un naufrage ?<br \/>\nNon. Marie de Hennezel travaille aujourd\u2019hui pour des caisses de retraites et anime des s\u00e9minaires qui r\u00e9unissent des personnes de 70 \u00e0 100 ans.<br \/>\nElle y met en pratique l\u2019enseignement de Richard Moss. Les r\u00e9sultats sont d\u2019une grande richesse tant pour les individus qui se sentent reconnus que pour une r\u00e9flexion plus globale.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 5\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Les personnes \u00e2g\u00e9es sont aujourd\u2019hui porteuses de contre-valeurs essentielles. Leur corps ne permet plus d\u2019aller aussi vite. Plut\u00f4t que de le d\u00e9plorer, elles prendront le temps de savourer et d\u2019aimer. Ainsi la disponibilit\u00e9 physique devient ouverture, capacit\u00e9 \u00e0 accueillir l\u2019autre. Vieillir veut aussi dire se d\u00e9barrasser de tout ce qui est inutile.<br \/>\nAdieu postures et masques de circonstance.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00abIl est interdit d\u2019\u00eatre vieux\u00bb<\/strong> Rabbi Naaman<\/p>\n<p>Tant qu\u2019existent le d\u00e9sir, l\u2019amour, l\u2019amiti\u00e9, tant que l\u2019on s\u2019autorise \u00e0 faire des rencontres, \u00e0 remettre en cause ce que l\u2019on a appris, la vie vivante, palpitante, troublante, intense, r\u00e9serve les plus belles surprises. Dans le film \u00abSous le figuier\u00bb 3 adultes en crise acceptent de tenir compagnie \u00e0 une dame de 95 ans incarn\u00e9e par Gis\u00e8le Casadessus. C\u2019est elle qui par sa vitalit\u00e9, son intelligence, leur redonnera le go\u00fbt de vivre.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Marie de Hennezel ne cesse d\u2019apprendre et de remettre en question son savoir. Passionn\u00e9e par la psychanalyse, elle \u00e9vite comme toujours d\u2019entrer en religion, elle suit avec beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat le d\u00e9veloppement des neurosciences et les nouveaux outils qu\u2019elles proposent. Elle rencontre avec beaucoup de bonheur l\u2019Haptonomie de Frans Veldman, science de l\u2019affectivit\u00e9 o\u00f9 le th\u00e9rapeute d\u00e9veloppe une qualit\u00e9 de contact qui autorise le patient \u00e0 reprendre confiance en lui. \u00abLa peau a une m\u00e9moire\u00bb, cette m\u00e9thode permet au moi profond de l\u2019individu de s\u2019affirmer en d\u00e9passant ses traumatismes. Marie a redonn\u00e9 confiance en elle \u00e0 une jeune femme afflig\u00e9e d\u2019une infirmit\u00e9 qui lui interdisait toute relation amoureuse. Si les \u00eatres sont multiples ,diff\u00e9rents, pourquoi leur administrer \u00e0 tous la m\u00eame potion?<\/p>\n<p>En 2005, Claude Pinault est brutalement atteint du syndrome de Guillain- Barr\u00e9, il est t\u00e9trapl\u00e9gique et condamn\u00e9 par la facult\u00e9 \u00e0 le rester. Il refuse le verdict mobilise toutes les techniques susceptibles de l&rsquo;en sortir. Contre toute attente il\u00a0 r\u00e9ussit et retrouve une vie normale. Dans un livre d\u2019entretiens avec Marie de Hennezel \u00abj\u2019ai choisi de me battre, j\u2019ai choisi de gu\u00e9rir\u00bb il explique le sens de son combat. \u00abIl faut toujours viser la lune, car m\u00eame en cas d\u2019\u00e9chec on atterrit dans les \u00e9toiles\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Aujourd\u2019hui Marie de Hennezel ne danse plus le tango, mais va\u00a0 regarder\u00a0 les adeptes de la milonga \u00e9voluer sur les berges de la Seine. Elle go\u00fbte aux plaisirs de la vie, pr\u00e9pare de d\u00e9licieux repas pour ses amis. Son prochain livre sera consacr\u00e9 \u00e0 celui qui croyait aux forces de l\u2019esprit.<br \/>\nSes 3 enfants avaient choisi des chemins diff\u00e9rents du sien. Celui qui \u00e9tait financier est devenu ost\u00e9opathe en Nouvelle-Z\u00e9lande et dit avec le sourire qu&rsquo;il fait des miracles. Le second, consultant en gestion de crise s\u2019int\u00e9resse de pr\u00e8s au vieillissement et d\u00e9fend les int\u00e9r\u00eats des personnes \u00e2g\u00e9es. Sa fille a\u00een\u00e9e est professeur de yoga.<\/p>\n<p>Marie continue son chemin, \u00e9coute sa petite voix int\u00e9rieure qui lui a toujours permis d\u2019\u00eatre en accord avec elle m\u00eame. Demain, au gr\u00e9 du hasard, de sa lucidit\u00e9 et de son courage, elle d\u00e9frichera de nouveaux territoires. On peut imaginer que l\u2019amour amoureux et l\u2019amour de l\u2019humanit\u00e9 resteront \u00e0 jamais ses gardes du corps. Celle qui affronte la vieillesse et la mort en face et\u00a0 qui aide ses semblables \u00e0 les\u00a0 vivre pleinement, est porteuse d&rsquo;une insolente et lumineuse jeunesse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c  no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Portrait d&rsquo;une personne formidable ? Gilles Cl\u00e9ment propose Gilles Tiberghien. 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