{"id":7907,"date":"2014-11-28T21:30:14","date_gmt":"2014-11-28T20:30:14","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=7907"},"modified":"2017-08-01T11:03:39","modified_gmt":"2017-08-01T09:03:39","slug":"impressions-dafrique-pas-de-raymond-mais-de-sylvain-prudhomme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2014\/11\/impressions-dafrique-pas-de-raymond-mais-de-sylvain-prudhomme\/","title":{"rendered":"Impressions d\u2019Afrique pas de Raymond mais de  Sylvain Prudhomme"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ici en Afrique quand il fait chaud, il fait tr\u00e8s chaud, quand il pleut, il pleut tr\u00e8s fort.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0Le rapport aux autres, \u00e0 la nature est direct, voire brutal. Hier tu dis bonsoir \u00e0 un homme, le lendemain matin tu le retrouves sur son lit de mort. <\/strong><\/p>\n<p><strong>La mort justement, il n\u2019y a pas autour d\u2019elle tous ces \u00e9crans administratifs, m\u00e9dicaux qui cherchent \u00e0 l\u2019apprivoiser, \u00e0 la rendre acceptable, voire m\u00e9diocre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alors en retour la vie est d\u2019une force incroyable, la nature d\u2019une luxuriance d\u2019une beaut\u00e9 inou\u00efe, la sensualit\u00e9 est la v\u00e9rit\u00e9 de ce qui est palpable en mouvement.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0Peut \u2013on \u00eatre l\u00e9ger, a\u00e9rien et avoir en soi cette densit\u00e9 qui est le fruit de la m\u00e9moire, de l\u2019exp\u00e9rience des anc\u00eatres\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M\u00e9caniquement non. Il y a juste antinomie totale entre ces deux notions. Humainement il en va tout autrement. Ainsi quand on s\u2019assied \u00e0 une table de caf\u00e9 avec Sylvain Prudhomme, 35 ans, auteur du roman \u00ab\u00a0 les grands\u00a0\u00bb et pr\u00e9c\u00e9demment de \u00ab\u00a0L\u00e0, avait dit Bahi\u00a0\u00bb tous deux parus \u00e0 L\u2019arbal\u00e8te Gallimard. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Beaucoup confondent pesanteur et densit\u00e9 humaine, Sylvain, lui donne l\u2019impression, fausse ou non, d\u2019\u00eatre sorti du ventre de sa m\u00e8re aussi l\u00e9ger que l\u2019air. C\u2019est \u00e0 dire comme un homme \u00e0 qui l\u2019exp\u00e9rience de la vie a appris \u00e0 se d\u00e9barrasser des scories et gri- gri inutiles. Il est donc l\u00e0 o\u00f9 il est, sa plaque sensible pr\u00eate \u00e0 dialoguer avec la terre et ses habitants.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0S\u2019il y a un point commun entre ces deux romans, il est que tous deux inventent un univers \u00e0 partir d\u2019une \u00e9coute respectueuse des hommes <\/strong><\/p>\n<p><strong>d\u2019exp\u00e9rience, entendus l\u00e0 o\u00f9 ils sont enracin\u00e9s. \u00ab\u00a0L\u00e0, avait dit Bahi\u00a0\u00bb aurait pu \u00eatre co-\u00e9crit avec le grand p\u00e8re de l\u2019auteur. Exploitant une grosse ferme pr\u00e8s d\u2019Oran ce dernier est un salaud de colon que la r\u00e9volution alg\u00e9rienne et l\u2019ind\u00e9pendance du pays vont chasser de ses terres. Les autre fermiers dans la proximit\u00e9 de son exploitation ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s pas lui. Lui peut \u00eatre d\u00e9test\u00e9, est aim\u00e9 de ses ouvriers qui refusent de porter la main sur lui. Par ailleurs la ferme est clandestinement le si\u00e8ge r\u00e9gional du FLN Tous les ouvriers qui y travaillent sont des militants du FLN. Bahi est lui, le plus fid\u00e8le serviteur du grand p\u00e8re. Plus de 30 ans apr\u00e8s les deux hommes entretiennent encore une correspondance affectueuse. Bahi aimerait que le grand p\u00e8re de Sylvain revienne le visiter. Ce dernier en parle \u00e0 Sylvain, il a trop peur, s\u2019il y va de se faire massacrer. Sylvain ira donc \u00e0 sa place, il fera connaissance de Bahi , le suivra dans ses p\u00e9r\u00e9grinations pendant plusieurs semaines. Ensemble ils iront acheter du sable \u00e0 la carri\u00e8re et le revendre \u00e0 huit heures de l\u00e0. Bahi a plus de 7O ans, deux femmes et en secret une troisi\u00e8me amoureuse qui lui fait du bien. Pour b\u00e2tir son roman, l\u2019auteur va s\u2019emparer de cette mati\u00e8re premi\u00e8re l\u00e0 dont la complexit\u00e9 transcende toute politique.Quelques ann\u00e9es plus tard, notre homme r\u00e9side avec femme et enfant en Casamance \u00e0 Ziguinchor. Il dirige l\u2019alliance Fran\u00e7aise locale. Il voit beaucoup d\u2019artistes, de musiciens, tous cr\u00e8vent la faim, mais sont vivants en osmose avec une nature luxuriante, une intensit\u00e9 qui \u00e9merge partout. La Guin\u00e9e Bissau n\u2019est pas loin. Un petit pays plein de probl\u00e8mes mais fier d\u2019avoir coup\u00e9 le cordon avec le colonisateur portugais. Ici on ne raisonne pas comme \u00e0 Paris, si la justice abandonne les poursuites contre un assassin personne n\u2019est scandalis\u00e9 Avec l\u2019aide du f\u00e9ticheur, l\u2019individu en question va le payer tr\u00e8s cher. La langue parl\u00e9e, le cr\u00e9ole lusophone aussi inventif que color\u00e9 est bien en osmose avec une forme de fantaisie capable de fr\u00f4ler l\u2019ab\u00eeme avec autant de d\u00e9sinvolture apparente que d\u2019\u00e9l\u00e9gance. Ici on ne perd pas le nord, mais un \u00e9v\u00e9nement vous d\u00e9nord\u00a0: Disnortia. Les femmes que l\u2019on trouve dans les bars sont, dans un pays o\u00f9 il n\u2019y a pas de tabou sexuel, sont dans\u00e9es \u00ab\u00a0 bajuda\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Toutes les terres o\u00f9 les m\u00e9dias n\u2019ont pas absorb\u00e9, lessiv\u00e9 les repr\u00e9sentations collectives int\u00e9ressent Sylvain, car elle offrent la possibilit\u00e9 d\u2019une prise de parole. Il va l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on peut raconter des histoires. Et c\u2019est en \u00e9coutant qu\u2019il a la facult\u00e9 d\u2019inventer, d\u2019imaginer un r\u00e9cit qui s\u2019entrechoque avec le quotidien. Avec lui, la fiction a des racines profondes dans la terre, elle a une peau, une chair, une capacit\u00e9 de s\u2019insurger contre l\u2019\u00e9quarrissage <\/strong><\/p>\n<p><strong>post colonial. L\u2019homme et son \u00e9criture dansent au dessus du volcan, dans un monde trop tragique pour que l\u2019on accepte de porter des semelles de plomb.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le 12 Octobre 2014, \u00e0 la maison de la po\u00e9sie, Sylvain Prudhomme lisait des extraits de son roman \u00ab\u00a0Les grands\u00a0\u00bb accompagn\u00e9 de deux membres du mythique Super Mama Djombo, Malam Man\u00e9 chanteur et Djon Motta guitariste. C\u2019\u00e9tait magique.Merci pour la beaut\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>FB<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<em>Voir critique du roman \u00ab\u00a0les grands \u00a0\u00bb sur ce m\u00eame blog<\/em><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Ici en Afrique quand il fait chaud, il fait tr\u00e8s chaud, quand il pleut, il pleut tr\u00e8s fort. \u00a0Le rapport aux autres, \u00e0 la nature est direct, voire brutal. Hier tu dis bonsoir \u00e0 un homme, le lendemain matin tu le retrouves sur son lit de mort. 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