{"id":5117,"date":"2013-02-08T12:47:15","date_gmt":"2013-02-08T11:47:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=5117"},"modified":"2014-05-28T09:46:05","modified_gmt":"2014-05-28T07:46:05","slug":"le-point-de-vue-de-laurent-mauduit-jean-marie-charonbernard-pouletphilippe-merlantlet-sur-le-manifeste-de-xxi-un-autre-journalisme-est-possible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2013\/02\/le-point-de-vue-de-laurent-mauduit-jean-marie-charonbernard-pouletphilippe-merlantlet-sur-le-manifeste-de-xxi-un-autre-journalisme-est-possible\/","title":{"rendered":"Le point de vue de Laurent Mauduit, Jean Marie-Charon, Bernard Poulet,Philippe Merlant sur le manifeste de XXI \u00ab un autre journalisme est possible \u00bb"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<h1><\/h1>\n<h1><\/h1>\n<h1><\/h1>\n<h1><\/h1>\n<p>Laurent Mauduit<\/p>\n<p>cofondateur de\u00a0M\u00e9diapart<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord,je trouve la d\u00e9marche de XXI tr\u00e8s positive, tr\u00e8s chaleureuse, tr\u00e8s salubre.\u00a0Oui un autre journalisme\u00a0 est possible. Ils invitent leurs coll\u00e8gues \u00e0 d\u00e9battre, de ce qui va, ne va pas dans le m\u00e9tier. Du m\u00eame coup j&rsquo;ai des nuances avec eux.Principalement sur l&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;ils portent sur le num\u00e9rique.Ils\u00a0expriment un d\u00e9fiance, justifi\u00e9e par la perte de sens, ce mod\u00e8le \u00e9conomique fait l&rsquo;impasse sur le journalisme, abolit les fronti\u00e8res\u00a0entre journalistes\u00a0et citoyens. Ce qu&rsquo;ils d\u00e9crivent ce n&rsquo;est pas l&rsquo;impact du web sur le journalisme, c&rsquo;est un mod\u00e8le de merchandisation de l&rsquo;information qui\u00a0est celui de Google. beaucoup de journaux se sont align\u00e9 dessus, avec sa logique d&rsquo;audience\u00a0 et de flux. Ce journalisme \u00a0est gratuit, mais financ\u00e9 par la publicit\u00e9.Cela a gravement nui \u00e0 la presse \u00a0et \u00e0 sa valeur.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Qu\u2019il soit num\u00e9rique ou papier\u00a0!<\/p>\n<p>LM<\/p>\n<p>Exactement. De ce point de vue l\u00e0 leur critique est mal calibr\u00e9e, ils pourraient tout autant l\u2019adapter \u00e0 une certaine forme de presse papier, la presse gratuite papier\u00a0 est soumise \u00e0 la m\u00eame perte d e valeur. Ils ne disent pas assez n e tt e m e nt qu\u2019il y a une sort e de neutralit\u00e9 du w e b. On peut tout aussi bien\u00a0 y copier les\u00a0 moeurs pervers<strong>e<\/strong>s d\u2019audience \u00e0 tout prix, d e la m\u00eame fa\u00e7on on p e ut tout aussi bien transposer sur l e web les r\u00e8gles de la presse d e qualit\u00e9. Et c\u2019est d\u2019autant plus important de le faire qu\u2019il n\u2019y a pas de neutralit\u00e9 de ce point de vue l\u00e0, le web est une invention technologique formidable qui permet d\u2019enrichir la presse de qualit\u00e9. Et c\u2019est \u00e7a qu\u2019ils ne ma\u00eetrisent pas \u00e0 mon avis, pour plein de raisons qui sont au c\u0153ur de l\u2019exp\u00e9rience de M\u00e9diapart, l\u2019\u00e9criture multi &#8211; m\u00e9dia est une \u00e9criture terriblement enrichie pour le lecteur qui aime la presse de qualit\u00e9, la contextualisation de l\u2019information, la mise en perspective permettent beaucoup plus que la presse papier. On passe de la diligence au chemin de fer, il fait bien reconna\u00eetre, le c\u0153ur du r\u00e9acteur c\u2019est internet. Il y aura peut \u00eatre une cohabitation des supports, mais il y a l\u00e0 une modernisation de notre m\u00e9tier, pour peu que l\u2019on y transpose les r\u00e8gles de la presse de qualit\u00e9, que l\u2019on d\u00e9fende une conception du journalisme \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le num\u00e9rique abolirait selon XXI les fronti\u00e8res entre journalistes et citoyens. JM Charon y voit lui plus\u00a0 une source possible de coproduction, ce qui pourrait \u00eatre positif\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>LM<\/p>\n<p>Je ne formulerais pas les choses comme cela. Cela n\u2019abolit pas les fronti\u00e8res cela am\u00e8ne les journalistes \u00e0 repenser leurs relations avec leurs lecteurs. Il y a des m\u00e9dias num\u00e9riques qui ont fait l\u2019erreur de penser que cela abolissait les fronti\u00e8res, c\u2019est la th\u00e8se d\u00e9fendue par Bruno Patino, si on voit le site internet qu\u2019il fait \u00e0 France T\u00e9l\u00e9vision, les lecteurs, les commentateurs sont mis sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 avec les journalistes. Les commentaires ont le m\u00eame statut que l\u2019information elle m\u00eame. Pourquoi je dis que cela am\u00e8ne \u00e0 repenser\u00a0: dans M\u00e9diapart les journalistes et les citoyens ne sont pas m\u00e9lang\u00e9s. Cela ne dissout pas le journalisme comme le pense Patino ,cela donne aux journalistes une place plus modeste. Les journalistes sont d\u2019abord producteurs d\u2019information, ils ne sont pas des experts, ce que peuvent \u00eatre les citoyens, chacun dans leur domaine, ainsi dans M\u00e9diapart les citoyens qui sont abonn\u00e9s peuvent contribuer, donner une expertise sur tel ou tel sujet. Le statut de l\u2019information et du public ne sont pas les m\u00eames. La r\u00e9volution internet quand on en saisit les opportunit\u00e9s permet de remettre les journalistes \u00e0 leur juste place, une place plus modeste. Ils sont producteurs d\u2019information, le journalisme est un m\u00e9tier, avec des proc\u00e9dures de rigueur de v\u00e9rification, ce n\u2019est pas vrai que \u00ab\u00a0every body is a reporter\u00a0\u00bb En revanche, c\u2018est bien si un journal de qualit\u00e9, contribue sur internet \u00e0 l\u2019organisation du d\u00e9bat public.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas un risque avec des m\u00e9dias de niche faits pour les riches et des m\u00e9dias plus larges faits pour les pauvres d\u2019accentuer les fractures de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>LM<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de risque nouveau, la presse de qualit\u00e9 a toujours, c\u2019est Plenel qui le dit, et je pense qu\u2019il a raison, eu ,non une logique d\u2019audience mais de public. L\u2019ambition d\u2019un journal de qualit\u00e9, c\u2019est de f\u00e9d\u00e9rer un public. Quand on travaillait au Monde, la logique c\u2019\u00e9tait de s\u2019adresser aux \u00e9lites fran\u00e7aises, patrons, syndicalistes, universitaires, etc C\u2019\u00e9tait un journal fait pour 500 000 personnes, ce n\u2019est pas la logique des tablo\u00efds, avec des femmes nues comme cela se fait en Brande Bretagne ou dans certains magazines allemands pour attirer 10 millions de personnes. Je pense qu\u2019un journal de qualit\u00e9 a toujours cette ambition de f\u00e9d\u00e9rer un public autour de valeurs et non pas de faire de l\u2019audience \u00e0 tout prix. M\u00e9diapart notamment dans son aspect visuel est un peu aust\u00e8re, parce que les d\u00e9bats que\u00a0 l\u2019on aborde sont s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Je dis tout cela avec pr\u00e9caution parce que j\u2019ai des d\u00e9saccords avec XXI, mais en m\u00eame temps, il y a plein de choses chez eux qui sont tr\u00e8s fortes comme le refus de la pub,\u00a0 la d\u00e9fense d\u2019un journalisme de qualit\u00e9, mais je pense que parfois ils se trompent de combat.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Vous avez un pronostic par rapport \u00e0 l\u2019avenir de la presse \u00e9crite\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>LM<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des ann\u00e9es et des ann\u00e9es d\u2019opacit\u00e9, on commence \u00e0 conna\u00eetre les vrais chiffres. Que ce soit la presse quotidienne nationale ou r\u00e9gionale, presque tous les titres de la presse quotidienne sont en situation de coma financier\u00a0; Ils ne survivent que gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me \u00e0 la fois de rachat par des oligarques dont la logique n\u2019est pas professionnelle mais d\u2019influence. Cela va de ce que l\u2019on conna\u00eet de la presse parisienne jusqu\u2019\u00e0 l\u2019affairisme qui met la main sur la Provence et l\u00e0 dessus se rajoute une chose qui est tout \u00e0 fait scandaleuse qui a \u00e9t\u00e9 un syst\u00e8me d\u2019aides publiques, d\u2019aides directes non d\u00e9mocratiques , car c\u2019est l\u2019Elys\u00e9e qui de mani\u00e8re discr\u00e9tionnaire et secr\u00e8te donnait telle ou telle somme sur des crit\u00e8res obscurs et secrets, selon l\u2019envie qu\u2019ils en avaient. Le Monde sur les 3 derniers exercices a touch\u00e9 55 millions d\u2019Euros d\u2019aide. Cela viole l\u2019article 14 de la d\u00e9claration des droits de l\u2019homme qui introduit\u00a0 une\u00a0 obligation de transparence dans l\u2019utilisation des fonds publics.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Cela continue\u00a0?<\/p>\n<p>LM<\/p>\n<p><strong>Bien s\u00fbr que cela continue le<\/strong><a href=\"http:\/\/www.google.fr\/url?q=http:\/\/www.spiil.org\/&amp;sa=U&amp;ei=pWc4Uc3lA43FPZeggIAD&amp;ved=0CBwQFjAA&amp;usg=AFQjCNFm0xlqNpBAcqZs8Iv-WwPasb4Q9g\"><strong>Spiil\u00a0 (<\/strong>Syndicat de la presse ind\u00e9pendante d&rsquo;information en ligne<\/a>) auquel adh\u00e8re M\u00e9diapart consid\u00e8re qu\u2019une r\u00e9volution d\u00e9mocratique ou une refondation d\u00e9mocratique de la presse est n\u00e9cessaire. La gauche et les socialistes s\u2019honoreraient, ce qu\u2019ils n\u2019ont pas fait pour l\u2019instant, \u00e0 promouvoir une grande loi de refondation d\u00e9mocratique de la presse. Cette r\u00e9forme serait urgente, mais elle n\u2019est pas annonc\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Jean Marie Charon<\/strong><\/p>\n<p>Sociologue sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude des m\u00e9dias et du journalisme est ing\u00e9nieur d\u2019\u00e9tudes au CNRS rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019EHESS. Il est pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence Nationale des m\u00e9tiers du journalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Interview<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Bernheim<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Qu\u2019avez vous pens\u00e9 du manifeste lanc\u00e9 par la revue XXI\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Jean Marie Charon<\/strong><\/p>\n<p>Je suis un peu partag\u00e9, il y a des \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse et de constat qui sont tout \u00e0 fait int\u00e9ressants et qui correspondent aux troubles et interrogations que l\u2019on rencontre aujourd\u2019hui quand on s\u2019interroge sur l\u2019\u00e9volution des m\u00e9dias et sur la mutation en cours. Au niveau des r\u00e9ponses que l\u2019on peut en tirer, je suis plus critique. Il y a deux aspects. Pour le premier on peut avoir l\u2019impression que dans le domaine des m\u00e9dias, on essaie beaucoup de choses; que l\u2019on prend des risques et \u00a0que les \u00e9checs sont nombreux, dans une course sans fin ( conceptualis\u00e9e par Paul Virilio) o\u00f9 on ne peut que s\u2019\u00e9puiser. Ainsi l\u2019investissement dans le num\u00e9rique avec la recherche d\u2019un contenu int\u00e9ressant n\u2019aurait pas abouti \u00e0 trouver le mod\u00e8le \u00e9conomique ad\u00e9quat.<\/p>\n<p>Hors toute p\u00e9riode de mutation importante oblige \u00e0 t\u00e2tonner \u00e0 tenter des exp\u00e9riences en permanence, m\u00eame si les risques d\u2019\u00e9chec sont nombreux. \u00a0Si la presse \u00e9crite n\u2019avait pas investi dans le num\u00e9rique d\u2019autres l\u2019auraient fait \u00e0 sa place et c\u2019est aussi se qui est en train de se passer. De m\u00eame quand sont apparus la radio et la t\u00e9l\u00e9vision, la presse \u00a0\u00e9crite n\u2019a pas voulu investir d\u2019autres l\u2019ont fait \u00e0 sa place.<\/p>\n<p>2\u00e8me grande question qui me pr\u00e9occupe\u00a0: le r\u00f4le de publicit\u00e9. Un r\u00f4le excessif a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 \u00e0 la publicit\u00e9. Il y a dans le manifeste une critique de la d\u00e9rive publicitaire et des marques m\u00e9dia avec laquelle, je suis assez d\u2019accord. Mais il est difficile d\u2019imaginer un mod\u00e8le \u00e9conomique viable avec des contenus accessibles au plus grand nombre, sans publicit\u00e9. Ou alors on retrouve ce qui caract\u00e9rise le paysage actuel avec la multiplication des m\u00e9dias de niche.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me le plus pr\u00e9occupant, c\u2019est que l\u2019on risque d\u2019amplifier la dualit\u00e9 entre public \u00e9duqu\u00e9, cultiv\u00e9 et les autres. Ce seront les m\u00eames qui vont profiter de la profusion des m\u00e9dias pour garder un \u0153il sur les grands m\u00e9dias g\u00e9n\u00e9ralistes et profiter d\u2019une information de niche en phase avec leurs centres\u00a0 d\u2019int\u00e9r\u00eat. En plus pour ce public l\u00e0, le prix n\u2019est pas un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant. A l\u2019inverse, il y a toute une partie de la soci\u00e9t\u00e9 qui reste sur des contenus moins nombreux, qui a des pratiques culturelles moins denses et qui va privil\u00e9gier la gratuit\u00e9, notamment celle des grands m\u00e9dias, radio, t\u00e9l\u00e9vision et \u00e9galement celle des sites en acc\u00e8s libre sur internet . Voila la grande question. Cette dualit\u00e9 existait d\u00e9j\u00e0 avant internet, elle ne fait que se renforcer. Dans le contexte tel que je le per\u00e7ois, du point de vue des \u00e9diteurs et journalistes on voit assez bien ce que l\u2019on peut offrir \u00e0 ces publics qui sont en app\u00e9tit. Sur les autres publics je ne vois pas encore un autre mod\u00e8le \u00e9conomique se dessiner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>La situation est grave\u00a0?<\/p>\n<p>JMC<\/p>\n<p>Cette situation interroge fortement les m\u00e9dias, le fonctionnement de la d\u00e9mocratie, le lien social. Soit on d\u00e9veloppe un point de vue catastrophiste\u00a0: on va vers une crise majeure, soit on est dans une vision o\u00f9 l\u2019on confronte les points de vue, id\u00e9es, exp\u00e9riences pour trouver des r\u00e9ponses. J\u2019aime depuis le d\u00e9but ce que fait le duo Saint Exup\u00e9ry \/ B\u00e9ccaria, leur d\u00e9marche est coh\u00e9rente, mais la g\u00e9n\u00e9ralisation de leur mod\u00e8le pose probl\u00e8me. Je ne suis pas pessimiste. On est au c\u0153ur d\u2019une mutation et d\u2019une crise, on ne voit pas tr\u00e8s clair. Il peut y avoir des perturbations et il y a a aussi beaucoup de souffrance de trouble pour les professionnels qui ne font plus ce qui les int\u00e9resse ou pour ceux dont les t\u00e2ches sont pauvres en contenu parce que l\u2019on met en pratique une conception du traitement de l\u2019information qui est erron\u00e9e et que l\u2019on croit pouvoir la g\u00e9n\u00e9raliser, je pense par exemple au journalisme Shiva qui est une impasse et pourtant on continue\u2026 mais en m\u00eame temps se d\u00e9gagent et s\u2019imaginent des tentatives pour trouver des solutions plus adapt\u00e9es. Je ne pense pas que l\u2019on soit dans un processus lin\u00e9aire.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Est-ce que la coproduction avec le grand public pourrait \u00eatre l\u2019une des solutions possibles\u00a0?<\/p>\n<p>JMC<\/p>\n<p>Tout \u00e0 fait. Nous sommes \u00e0 un moment o\u00f9 les revenus des m\u00e9dias baissent. La premi\u00e8re r\u00e9action des \u00e9diteurs, c\u2019est de r\u00e9duire les effectifs. Aux USA\u00a0 la r\u00e9duction est de 30% Cela ne pourra pas continuer ind\u00e9finiment mais c\u2019est une donn\u00e9e qu\u2019il faut prendre en compte \u00e0 court et moyen terme. Soit on se dit,\u00a0 il y a fatalement l\u00e0 un appauvrissement de la profession \u00e0 la clef, soit on pense qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0, on est oblig\u00e9 de repenser la r\u00e9daction. Une partie du public n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 payer pour avoir une information de moindre qualit\u00e9.\u00a0 Une des r\u00e9ponses possibles pourrait \u00eatre la coproduction. Mais elle ne concerne pas le grand public dans son ensemble. Il s\u2019agit d\u2019abord de journalistes, d\u2019experts\u00a0dans un domaine. Par ailleurs le niveau de comp\u00e9tence dans la soci\u00e9t\u00e9 a fortement augment\u00e9. Il y a une diffusion de la comp\u00e9tence, des sp\u00e9cialistes dans de nombreux\u00a0 secteurs de gens ont dans leur domaine un niveau sup\u00e9rieur \u00e0 celui du journaliste qui reste un g\u00e9n\u00e9raliste, m\u00eame quand il est sp\u00e9cialis\u00e9. Il y a l\u00e0 tout un travail d\u2019ajustement, de recherche qui tourne autour de cette notion de coproduction, on ne va pas trouver du jour au lendemain spontan\u00e9ment la bonne combinaison. Si on regarde \u00e0 la toute petite \u00e9chelle des m\u00e9dias\u00a0 nationaux et notamment des pure-players ( non adoss\u00e9s \u00e0 un m\u00e9dia traditionnel ) on voit bien qu\u2019un certain nombre ,comme Slate, Atlantico, Rue 89 ,pratiquent une forme de coproduction, mais dans des conditions qui sont diff\u00e9rentes. Quelques uns ouvrent leurs colonnes, appellent un certain nombre de personnes qui sont des sp\u00e9cialistes dans un domaine \u00e0 s\u2019exprimer sur les questions d\u2019actualit\u00e9, pour les autres, la coproduction est davantage un travail de mise en perspective des controverses avec plusieurs\u00a0 personnes qui s\u2019expriment. Le travail du journaliste \u00e9tant \u00e0 la fois d\u2019expliquer la controverse de la mettre en sc\u00e8ne et d\u2019amener les uns et les autres \u00e0 produire dans ce cadre de confrontations de points de vue. Je ne pense pas que l\u2019on ait trouv\u00e9 la solution mais c\u2019est une dimension \u00e0 prendre en consid\u00e9ration. On peut aussi aller au del\u00e0 et on voit appara\u00eetre la prise en compte non pas de sp\u00e9cialistes, mais de gens comp\u00e9tents.Par exemple le Guardian qui a cr\u00e9\u00e9 un blog dans lequel il annonce chaque matin, les sujets qui sont sortis de la conf\u00e9rence de r\u00e9daction, les journalistes qui en sont responsables. Le journal propose au public, \u00e0 travers des adresses mail, de faire un certain nombre de suggestions en terme de sources, de documents qui peuvent int\u00e9resser le journaliste dans le cadre de la pr\u00e9paration de son papier. Je ne sais pas si cette exp\u00e9rience sera poursuivie, mais c\u2019est int\u00e9ressant et c\u2019est aussi une forme de coproduction sans que ceux qui sugg\u00e8rent une source soient eux- m\u00eame consid\u00e9r\u00e9s comme producteurs de l\u2019article en tant que tels. De la m\u00eame mani\u00e8re on peut avoir des notions d\u2019enqu\u00eate collective, je cite encore le Guardian, proposant au public d\u2019apporter un certain nombre de t\u00e9moignages, comme le fait aussi Rue 89 ou Ovni, (qui a disparu) qui avait interrog\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local les gens sur la gestion de l\u2019eau l\u00e0 o\u00f9 ils se trouvaient.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, ce ne sont que des exemples mais la piste est \u00e0 surveiller et elle est \u00e9loign\u00e9e de points de vue n\u00e9gatifs comme celui de Xavier Ternisien dans le Monde qui parlait des for\u00e7ats du web, gens qui ne pouvaient \u00eatre que des journaliste assis seulement capables de produire un contenu r\u00e9p\u00e9titif. Ce sont des choses qui existent, mais ce serait dramatique si cela devait \u00eatre la seule perspective en mati\u00e8re de journalisme.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>La temporalit\u00e9, est elle aussi une grande question. A quel rythme peut-on faire un journalisme int\u00e9ressant. Est-ce qu\u2019il peut y avoir une compl\u00e9mentarit\u00e9 entre un m\u00e9dia quotidien et d\u2019autres qui prennent du recul\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JMC<\/p>\n<p>La question de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019information est un sujet qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre analys\u00e9.\u00a0 Il me semble que plus on donne de place \u00e0 une information de flux en temps r\u00e9el, qui a comme autre caract\u00e9ristique d\u2019\u00eatre tr\u00e8s redondante plus il y a besoin de compl\u00e9mentarit\u00e9. Le Monde . fr, le Figaro.fr, Lib\u00e9ration.fr, ce sont presque toujours les m\u00eames sujets les m\u00eames th\u00e8mes. Certes le flux est devenu une mani\u00e8re de se faire r\u00e9f\u00e9rencer sur les moteurs de recherche. Il y a dans le public et notamment chez les utilisateurs de r\u00e9seaux sociaux une instantan\u00e9it\u00e9 dans la pratique de l\u2019information et en m\u00eame temps il y a une recherche de distance. Cela ne me para\u00eet pas contradictoire ou surprenant que l\u2019on r\u00e9ussisse \u00ab\u00a0XXI \u00ab\u00a0ou \u00ab\u00a06 mois\u00a0\u00bb au m\u00eame moment o\u00f9 cette information de flux est omni pr\u00e9sente. Parce que l\u2019information de flux appelle \u00e0 penser sur le quotidien et le num\u00e9rique des espaces compl\u00e8tement en d\u00e9calage. Cela va dans le sens d\u2019une recherche que nous avons men\u00e9 pour l\u2019observatoire des m\u00e9tiers de la presse. Ces espaces sont tant\u00f4t de d\u00e9cryptage, tant\u00f4t de r\u00e9flexion, mise en perspective, retour sur\u2026, c\u2019est pour cela que je m\u2019int\u00e9resse beaucoup \u00e0 la notion de v\u00e9rification de l\u2019information, maintenant on dit \u00ab\u00a0fact checking\u00a0\u00bb, c\u2019est aussi des rubriques comme d\u00e9codeur pour le Monde, D\u00e9sintox pour Lib\u00e9, ce sont des rubriques int\u00e9ressantes parce face au flux, on a besoin d\u2019un retour, et l\u00e0 le travail du journaliste est pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019identifier dans ce flux, des \u00e9l\u00e9ments discordants\u00a0 ou qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre approfondis. L e journaliste se donne le temps de les traiter et de proposer au lecteur une r\u00e9ponse enrichie en donnant \u00e9ventuellement acc\u00e8s aux \u00e9l\u00e9ments source qui ont permis de remettre en perspective une affirmation, un chiffre, une th\u00e8se qui est pr\u00e9sent\u00e9e comme ne pouvant \u00eatre discut\u00e9e dans le \u00a0cadre du d\u00e9bat public. Face aux faits, affirmations , th\u00e8ses, etc, si on ne veut pas en rester \u00e0 ce que certains appellent \u00ab\u00a0une surinformation\u00a0\u00bb\u00a0 ou saturation ,il y a un travail n\u00e9cessaire pour remettre tout cela en perspective, trier , proposer des d\u00e9codages. A un moment j\u2019ai cru que cette solution \u00e9tait plus adapt\u00e9e sur les supports imprim\u00e9s et dans les propositions prospectives il nous semblait juste d\u2019arr\u00eater de consid\u00e9rer le quotidien comme un m\u00e9dia chaud, car l\u2019essentiel de l\u2019information chaude est d\u00e9j\u00e0 connue au moment o\u00f9 le lecteur prend son journal. Si on veut que le journal imprim\u00e9 continue \u00e0 exister, il faut \u00a0qu\u2019il y ait une prise de recul. Les choses se d\u00e9cantent, par exemple,\u00a0 le Guardian explique \u00e0 ses lecteurs le mode de fonctionnement de la r\u00e9daction. Une partie de l\u2019effectif travaille \u00e0 un traitement sommaire et exhaustif de l\u2019actualit\u00e9 d\u2019abord pour les supports num\u00e9riques, une autre partie de la r\u00e9daction \u00e9tant charg\u00e9e de pr\u00e9lever l\u00e0 dedans, les sujets qui vont devenir ceux du journal avec approfondissement, mise en perspective. Alors il devient moins grave qu\u2019un sujet qui a \u00e9t\u00e9 choisi hier ne soit trait\u00e9 que demain. Mais ce n\u2019est pas aussi simple que cela car, on reste face \u00e0 un public qui n\u2019est pas\u00a0 toujours pr\u00eat \u00e0 abandonner le traitement du tr\u00e8s chaud. Ainsi les lecteurs du Monde, au cours d\u2019un d\u00e9bat, reprochaient au journal de ne plus traiter des informations\u00a0 que ce dernier consid\u00e9rait comme sans valeur ajout\u00e9e parce que facilement accessibles sur le num\u00e9rique. Par exemple dans la derni\u00e8re mouture du Monde, il n\u2019y a plus les programmes de t\u00e9l\u00e9, le probl\u00e8me s\u2019est pos\u00e9 aussi pour les cours de bourse. Les lecteurs aimaient la s\u00e9lection des cours faite par le journal. Le Monde l\u2019a supprim\u00e9. Il y a effectivement cette tension entre deux fa\u00e7ons d\u2019informer avec une interrogation\u00a0: \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on va dans ce sens est-ce qu\u2019il faut publier tous les jours ou non. Le probl\u00e8me se pose aussi pour le num\u00e9rique, il ne faut pas r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette question de plusieurs temporalit\u00e9s uniquement dans la dichotomie num\u00e9rique\/ imprim\u00e9\u00a0. Sur le num\u00e9rique aussi, on le voit bien avec le d\u00e9veloppement de sites comme M\u00e9diapart, Rue 89, Slate, qui sont sur des temporalit\u00e9s compl\u00e8tement diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Est-ce que des journalistes qui peuvent se trouver \u00e0 l\u2019\u00e9troit l\u00e0 o\u00f9 ils officient r\u00e9guli\u00e8rement , s\u2019expriment plus librement ailleurs.<\/p>\n<p>JMC<\/p>\n<p>Oui, Laurent de Boissieu par exemple journaliste \u00e0 La Croix a cr\u00e9\u00e9 le blog Ipolitique. L\u00e0 il ne duplique pas ce qu\u2019il fait dans le journal. Il d\u00e9veloppe des analyses, cr\u00e9e des outils de visualisation.<\/p>\n<p>On remarque une tendance des journalistes d\u2019investigation comme Denis Robert qui se trouvent pas l\u2019espace journaliste assez ouvert, \u00e0 \u00e9crire des livres. Eric Dupin a \u00e9galement un blog et s\u2019exprime de plus en plus sur le support du livre.<\/p>\n<p>Il a fallu que certains dissipent aussi leurs illusions. Le blog peut leur permettre de s\u2019exprimer mais pas de vivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bernard Poulet<\/strong><\/p>\n<p>a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dacteur en chef \u00e0 L\u2019expansion. Il est l\u2019auteur de \u00ab\u00a0 la fin des journaux et l\u2019avenir de l\u2019information\u00a0\u00bb &#8211; 2009. Une nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e est parue en 2011 chez Folio actuel<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0On va avoir une information riche pour les riches et une information\u00a0 pauvre pour les pauvres\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Interview<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Bernheim<\/strong><\/p>\n<p>Oublions un instant la vision tr\u00e8s noire qui se d\u00e9gage de votre livre, dites moi plut\u00f4t de quel type d\u2019information\u00a0 souhaiteriez vous disposer dans un avenir proche\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Bernard Poulet<\/strong><\/p>\n<p>Je\u00a0 r\u00e9ponds par rapport avec mes seuls d\u00e9sirs de lecteur. J\u2019aimerais avoir des informations \u00e0 plusieurs niveaux. D\u2019abord, j\u2019aimerais disposer de br\u00e8ves sur l\u2019actualit\u00e9. Elles existent d\u00e9j\u00e0, mais elles pourraient \u00eatre mieux organis\u00e9es. Sinon, j\u2019aimerais avoir plusieurs niveaux d\u2019information\u00a0:<\/p>\n<p>Un m\u00e9dia qui m\u2019apprenne des choses, me sugg\u00e8re des id\u00e9es auxquelles je n\u2019ai pas pens\u00e9.<\/p>\n<p>Un m\u00e9dia qui me donne les clefs pour comprendre l\u2019actualit\u00e9 sur des sujets que je connais mal ou que je n\u2019ai pas bien compris, par exemple la politique fiscale, les probl\u00e8mes du mariage, de la parentalit\u00e9, des questions de philosophie. Je souhaiterais \u00eatre tenu au courant sur ce qui se fait d\u2019intelligent, qui \u00e9claire le d\u00e9bat en donnant la parole \u00e0 des gens intelligibles.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais aussi que ce m\u00e9dia soit bien \u00e9crit. J\u2019appartiens \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration qui s\u2019informe d\u2019abord par l\u2019\u00e9crit. \u00c7a me fait \u2026 de regarder des vid\u00e9os quand elles d\u00e9passent quelques minutes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Vous avez une p\u00e9riodicit\u00e9 en t\u00eate\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Non, je n\u2019ai pas de revendication de p\u00e9riodicit\u00e9. Ce ne serait vraisemblablement pas un quotidien. J\u2019aimerais par ce m\u00e9dia, avoir acc\u00e8s plein d\u2019autres m\u00e9dias qui me branchent sur autre chose. Cela pourrait \u00eatre un hebdo, \u00e9ventuellement accompagn\u00e9 d\u2019un mensuel papier. Dans le genre Books n\u2019est pas mal. Mais il ne faudrait pas que cela me co\u00fbte trop cher. L\u00e0 \u00e7a risque que d\u2019\u00eatre la quadrature du cercle. Nous sommes de fait, une petite minorit\u00e9 \u00e0 avoir des exigences en mati\u00e8re d\u2019information.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Si je saisis bien la th\u00e8se que vous soutenez dans votre livre\u00a0: les personnes d\u2019un milieu culturel et social privil\u00e9gi\u00e9 pourraient encore avoir acc\u00e8s \u00e0 des m\u00e9dias int\u00e9ressants, alors que la masse n\u2019aurait droit qu\u2019\u00e0 une information \u00e9dulcor\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Je le crains. Sans pr\u00e9juger de ce que les \u00e9volutions technologiques \u00e0 moyen terme peuvent apporter. On n\u2019avait par exemple pas pr\u00e9vu ce qu\u2019un t\u00e9l\u00e9phone portable comme l\u2019Iphone pourrait offrir en plus. En terme plus pr\u00e9cis on va avoir une information riche pour les riches et une information\u00a0 pauvre pour les pauvres. A court terme, je ne vois pas grand chose d\u2019autre \u00e9merger. Certes il existe des services publics d\u2019information comme France Culture, France info qui donnent des \u00e9l\u00e9ments d\u2019information de qualit\u00e9. Il en va de m\u00eame pour la BBC<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 un v\u00e9ritable d\u00e9ni de d\u00e9mocratie<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Oui. Quand je dis que je ne souhaite pas payer trop cher mon information, je sais en m\u00eame temps que c\u2019est illusoire, parce que cela va me co\u00fbter cher. Le fait que tout le monde n\u2019ait pas un niveau \u00e9quivalent d\u2019information est un probl\u00e8me d\u00e9mocratique consid\u00e9rable. C\u2019est tr\u00e8s grave.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Il n\u2019y aurait que le march\u00e9 qui aurait la capacit\u00e9 de r\u00e9gler le probl\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Je ne connais pas autre chose. Le service public pr\u00e9l\u00e8ve l\u2019argent du contribuable. On est dans une p\u00e9riode o\u00f9 il se fait tirer l\u2019oreille. Si les gens ne veulent plus payer pour la BBC, il n\u2019y aura plus de BBC.\u00a0 Genre\u00a0: \u00ab\u00a0 Moi je pr\u00e9f\u00e8re que l\u2019on me rembourse ma pilule plut\u00f4t que de payer des journalistes qui font peut \u00eatre tr\u00e8s bien leur travail, mais dont je n\u2019ai rien \u00e0 foutre\u00a0\u00bb On est dans une p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019imp\u00f4t est de plus en plus mal accept\u00e9. Il y a tout un courant id\u00e9ologique, aux USA et ailleurs qui d\u00e9nie cette forme de participation \u00e0 la vie collective de la cit\u00e9. Il n\u2019est donc pas s\u00fbr que demain, on trouve de l\u2019argent pour financer une agence France Presse, Radio France, Arte, la BBC.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Vous avez tout de m\u00eame affirm\u00e9 que vous \u00e9tiez d\u2019accord avec la revue XXI, quand ils disent que le champ des possibles est ouvert\u00a0?<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Ils ont tout \u00e0 fait raison, mais ce que je reproche \u00e0 leur manifeste, c\u2019est de faire croire qu\u2019ils ont trouv\u00e9 la solution. C\u2019est une solution pour quelques milliers de personnes qui ach\u00e8tent un magazine cher et trimestriel.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Ils disent plut\u00f4t que ce 1er succ\u00e8s les encourage \u00e0 trouver des solutions m\u00e9dia ayant une autre p\u00e9riodicit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Deux choses. D\u2019abord aucune soci\u00e9t\u00e9 ne peut se passer d\u2019information. Sinon on avance \u00e0 l\u2019aveugle. Ensuite on est en train d\u2019assister objectivement \u00e0 une explosion des anciens mod\u00e8les, qui laisse un champ de ruines. On aura toujours besoin d\u2019information et \u00e0 terme, on trouvera d\u2019autres mod\u00e8les de production de l\u2019information. Dans la phase actuelle, il ne faut pas se raconter d\u2019histoire, on n\u2019aura pas une information de masse de qualit\u00e9. On peut faire XXI, Books, je participe \u00e9galement \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une revue. Ce seront des m\u00e9dias de niche. Un terminal Blomberg \u00e0 1800 $ par mois r\u00e9pondant \u00e0 des besoins professionnels, ce n\u2019est pas \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde.<\/p>\n<p>On a eu au XX si\u00e8cle avec la presse quotidienne, comme le New York Times une information de qualit\u00e9 produite par des r\u00e9dactions comprenant un tr\u00e8s grand nombre de journalistes comp\u00e9tents. Les conditions pour produire cette information l\u00e0 ne sont plus r\u00e9unies. Certes toute description un peu rapide est caricaturale. Un quotidien comme le Monde, s\u2019il a eu des millions de lecteurs n\u2019est pas exactement un m\u00e9dia de masse. La revue XXI, m\u00eame si 3 personnes lisent le m\u00eame exemplaire cela ne repr\u00e9sente que 150.000 personnes, \u00e7a ne couvre pas tout le champ de l\u2019info et cela privil\u00e9gie l\u2019enqu\u00eate, le reportage. Par qui les gens vont ils \u00eatre inform\u00e9s TF1, LCI\u00a0? c\u2019est sans doute comme cela que cela va se passer. Il y a un vrai manque.<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Pourquoi ne pas payer plus pour avoir une information de qualit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Une revue comme XXI, quoi qu\u2019ils s\u2019en d\u00e9fendent fait des pirouettes sur le sujet. Leurs journalistes pour vivre sont oblig\u00e9s de travailler pour d\u2019autres m\u00e9dias<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Est-ce scandaleux qu\u2019un journaliste ne puisse pas vivre en produisant un article tous les trois mois\u00a0?<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Certes ils ont raison de dire que le champ des possibles est ouvert. Qu\u2019il faut inventer quelque chose d\u00e9connect\u00e9 des anciens m\u00e9dias, mais, il faut comprendre le r\u00f4le strat\u00e9gique qu\u2019a jou\u00e9 la presse quotidienne g\u00e9n\u00e9raliste. Il n\u2019y a pas pour le moment d\u2019alternative, il faut attendre que les anciens m\u00e9dias aient disparu en totalit\u00e9 ou presque, attendre aussi que la production d\u2019information sur Internet cesse d\u2019\u00eatre gratuite. Combien de temps cela va durer\u00a0? je n\u2019en sais rien. On va sans doute voir surgir d\u2019autres M\u00e9diapart.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>FB<\/p>\n<p>Dans votre livre vous citez Maurice Levy qui annonce aux patrons de presse que la manne publicitaire m\u00eame apr\u00e8s la crise, ne reviendra plus. Je trouve cela assez curieux, car depuis 20 ans au moins la publicit\u00e9 g\u00e9n\u00e9raliste\u00a0 dans les achats de soci\u00e9t\u00e9s faits par son groupe tient de moins en moins de place. Le num\u00e9rique, le marketing direct, l\u2019\u00e9v\u00e9nementiel, les relations publiques par contre sont devenues pr\u00e9pond\u00e9rantes. Il y a donc l\u00e0 un aspect structurel qui s\u2019inscrit sans surprise dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>BP<\/p>\n<p>Certes mais le discours de Maurice Levy doit aussi \u00eatre compris comme s\u2019adressant \u00e0 un auditoire qui refuse de voir les choses en face. Pour eux, il convient surtout de ne pas \u00eatre alarmiste. Mais on doit tirer l\u2019\u00e9chelle. Le financement de la presse par la publicit\u00e9, c\u2019est fini.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Philippe Merlant<\/strong><\/p>\n<p>est journaliste. En 2009 avec Luc Chatel il a publi\u00e9 chez Fayard \u00ab\u00a0 M\u00e9dias, la faillite d\u2019un contre-pouvoir. Il est le fondateur de l\u2019Universit\u00e9 populaire pour une information citoyenne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vive le journalisme et vivent les br\u00e8ches ouvertes par Internet<\/strong><\/p>\n<p>Une excellente nouvelle. C\u2019est ainsi qu\u2019il faut qualifier la r\u00e9ussite d\u2019XXL, cinq ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation par Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exup\u00e9ry, et le manifeste \u00ab\u00a0Un autre journalisme est possible\u00a0\u00bb lanc\u00e9 par les initiateurs de ce trimestriel hors norme \u00e0 l\u2019occasion de son cinqui\u00e8me anniversaire. Une excellente nouvelle car, en privil\u00e9giant le retour d\u2019un journalisme exigeant, fait de d\u00e9sir et de qualit\u00e9, au d\u00e9triment d\u2019un marketing de pacotille, XXI est venu rouvrir l\u2019espace des possibles dans les m\u00e9dias. Une excellente nouvelle car le succ\u00e8s rencontr\u00e9 par cette revue, qui donne toute sa place aux rythmes longs, est venu d\u00e9mentir la tendance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0<em>faire plus court, toujours plus court\u00a0<\/em>\u00bb\u2026 Cette injonction \u00e9tant elle-m\u00eame justifi\u00e9e par l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9 serin\u00e9e depuis des ann\u00e9es dans les salles de r\u00e9daction\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le lecteur n\u2019aime pas lire\u00a0\u00bb\u00a0!<\/em> Imaginez un peu un boucher qui aurait int\u00e9gr\u00e9 l\u2019id\u00e9e que ses clients n\u2019aiment pas la viande et qu\u2019il faudrait absolument la faire passer pour des fruits et l\u00e9gumes pour continuer \u00e0 refourguer sa camelote\u00a0! C\u2019est pourtant exactement ce que font les grands m\u00e9dias d\u2019information depuis des d\u00e9cennies\u2026<\/p>\n<p>Et oui\u00a0: les lecteurs aiment lire\u00a0! Lire de belles histoires pour mieux comprendre le monde. C\u2019est cette (re)d\u00e9couverte inou\u00efe que nous rappellent le succ\u00e8s rencontr\u00e9 par XXL et les auteurs du manifeste. Beaucoup de leurs analyses sur l\u2019impasse actuelle (et sur les moyens d\u2019en sortir) recoupent celles que nous avions d\u00e9velopp\u00e9es, le journaliste Luc Chatel et moi-m\u00eame, dans notre livre \u00ab\u00a0<em>M\u00e9dias, la faillite d\u2019un contre-pouvoir\u00a0<\/em>\u00bb, publi\u00e9 chez Fayard \u00e0 l\u2019automne 2009. Pr\u00e9dominance du marketing, d\u00e9pendance croissante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la publicit\u00e9, abandon du journalisme de terrain, imbrication croissante avec la sph\u00e8re des d\u00e9cideurs, mim\u00e9tisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9\u00a0: voil\u00e0 quelques-uns des facteurs qui expliquent l\u2019engluement d\u2019une large majorit\u00e9 des m\u00e9dias dans un journalisme au rabais, conformiste et sans prise sur le monde r\u00e9el. En prime, ce pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb ne marche pas\u00a0: toutes les recettes et injonctions adress\u00e9es aux journalistes par ceux qui pr\u00e9tendent les aider \u00e0 \u00ab\u00a0reconqu\u00e9rir des lecteurs\u00a0\u00bb se heurtent au m\u00eame constat, celui d\u2019une d\u00e9saffection et d\u2019une m\u00e9fiance croissantes de la part du public et des citoyens. A l\u2019inverse, ceux qui, tel XXL, osent faire un pas de c\u00f4t\u00e9 et tourner le dos aux nouveaux canons m\u00e9diatiques rencontrent le succ\u00e8s. Il y a l\u00e0 de quoi m\u00e9diter, non\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9aliser que les sacro-saints commandements de la profession ne sont plus qu\u2019un syst\u00e8me de croyances qui tourne \u00e0 vide.<\/p>\n<p>Sur tout cela, mon accord avec Patrick de Saint-Exup\u00e9ry est total, d\u2019autant que lui et son \u00e9quipe de XXL en font la d\u00e9monstration concr\u00e8te depuis cinq ans\u00a0! J\u2019\u00e9mets cependant quelques r\u00e9serves sur le diagnostic qu\u2019ils dressent de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution num\u00e9rique\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<em>En basculant sur le Web, le journalisme ne change pas simplement de support, il change aussi de nature\u00a0<\/em>\u00bb, peut-on lire dans les premi\u00e8res pages du manifeste. Sans doute. Mais les auteurs me semblent parfois tomber dans une diabolisation de l\u2019Internet, rendu responsable de tous les maux actuels (m\u00eame si d\u2019autres passages du manifeste expliquent bien l\u2019inverse, \u00e0 savoir que les d\u00e9rives existaient d\u00e9j\u00e0 avant le passage au Net). Je ne suis pas de cet avis et voudrais rappeler ici quelques int\u00e9r\u00eats de la mutation en cours, m\u00eame si celle-ci conna\u00eet \u00e9videmment ses limites et dysfonctionnements.<\/p>\n<p>D\u2019abord, l\u2019un des m\u00e9rites de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau paysage m\u00e9diatique, certes chaotique et souvent erratique, fa\u00e7onn\u00e9 par l\u2019explosion d\u2019Internet et des r\u00e9seaux sociaux, est de mettre en pleine lumi\u00e8re la faillite de l\u2019ancien. En ouvrant le champ de l\u2019information \u00e0 des acteurs, des pratiques et des th\u00e9matiques in\u00e9dits, on mesure \u00e0 quel point l\u2019univers des m\u00e9dias traditionnels est devenu autor\u00e9f\u00e9renc\u00e9, mim\u00e9tique et scl\u00e9ros\u00e9. La Toile r\u00e9v\u00e8le combien ces grands m\u00e9dias reproduisent \u00e0 l\u2019infini les m\u00eames sujets et les m\u00eames modes de traitement, compar\u00e9 \u00e0 la multiplicit\u00e9 et \u00e0 l\u2019extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des informations diffus\u00e9es sur le Net. Et s\u2019ils peinent \u00e0 faire entendre leur diff\u00e9rence, \u00e0 affirmer leur sup\u00e9riorit\u00e9 sur les acteurs non professionnels de l\u2019information, n\u2019est-ce pas parce qu\u2019ils ont abandonn\u00e9 ce qui faisait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la d\u00e9marche journalistique\u00a0: le travail de terrain, \u00e0 base de reportages et d\u2019enqu\u00eates\u00a0? N\u2019est-ce pas parce qu\u2019ils se contentent de relayer des sources d\u2019information qui sont devenues, de fait, gr\u00e2ce \u00e0 Internet, directement accessibles au public\u00a0?<\/p>\n<p>Ensuite, et surtout, Internet a boulevers\u00e9 la donne en permettant au citoyen lambda, hier cantonn\u00e9 dans le r\u00f4le de r\u00e9cepteur, de devenir \u00e9galement producteur d\u2019informations. L\u2019essor continu des blogs refl\u00e8te bien cette \u00e9volution spectaculaire qu\u2019a connue la Toile en quelques ann\u00e9es. Au d\u00e9part simples outils de libre expression, certains sont devenus de vrais outils d\u2019informations. On sait le r\u00f4le qu\u2019ils ont jou\u00e9 dans les r\u00e9volutions arabes, en Tunisie et \u00c9gypte notamment. Et ils sont d\u00e9sormais reconnus comme tels, notamment lorsqu\u2019ils sont h\u00e9berg\u00e9s sur le site de grands m\u00e9dias. Laurent Muchielli n\u2019est pas journaliste, mais personne ne peut nier que son blog (<a href=\"http:\/\/insecurite.blog.lemonde.fr\/\">http:\/\/insecurite.blog.lemonde.fr<\/a>) est l\u2019un des plus riches en informations in\u00e9dites et en analyses pertinentes sur les questions de s\u00e9curit\u00e9. Les fronti\u00e8res ne sont plus si \u00e9tanches entre professionnels, chercheurs, acteurs sociaux, simples citoyens, et c\u2019est tant mieux\u00a0! Patrick de Saint-Exup\u00e9ry a bien raison de souligner \u00e0 quel point \u00ab<em>\u00a0les lecteurs ont au bout des doigts un ressenti formidable<\/em>\u00a0\u00bb et de trouver \u00ab<em>\u00a0leurs r\u00e9actions bluffantes, d\u2019une grande richesse<\/em>\u00a0\u00bb. Mais cette maturit\u00e9, justement, est un formidable argument pour les inviter \u00e0 participer \u00e0 une co-production de l\u2019information.<\/p>\n<p>Enfin, je rejoins tout \u00e0 fait le manifeste de XXL quand il plaide pour une information \u00ab\u00a0utile\u00a0\u00bb. L\u2019enjeu est de trouver une r\u00e9ponse aux d\u00e9rives de l\u2019information \u00ab\u00a0marchandis\u00e9e\u00a0\u00bb en renouant avec les fondamentaux historiques du m\u00e9tier. L\u2019information a longtemps \u00e9t\u00e9 indissociable de la volont\u00e9 de contribuer \u00e0 former des citoyens \u00e9clair\u00e9s et actifs. Mais depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, la pr\u00e9pond\u00e9rance des logiques marketing a conduit \u00e0 \u00e9vacuer cette dimension \u00e9ducative et civique : l\u2019information n\u2019est plus per\u00e7ue comme un bien commun, un ingr\u00e9dient indispensable \u00e0 la d\u00e9mocratie, elle devient un produit marchand, soumis \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de produire au moindre co\u00fbt et de vendre au plus grand nombre (ou plut\u00f4t, recettes publicitaires obligent, de chercher le pouvoir d\u2019achat maximal). En cr\u00e9ant le site Place Publique, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, nous avions tent\u00e9 de d\u00e9finir ce que pourrait \u00eatre une information \u00ab\u00a0citoyenne\u00a0\u00bb : \u00a0une information qui \u00ab\u00a0<em>favorise la capacit\u00e9 des personnes \u00e0 participer \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des d\u00e9cisions qui les concernent, \u00e0 tous les niveaux et dans tous les domaines de la vie en soci\u00e9t\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb. Pour participer et s\u2019engager, il faut actionner trois leviers\u00a0: penser, agir, d\u00e9battre\u2026 Sur ces trois dimensions, les m\u00e9dias pourraient, et devraient, avoir un r\u00f4le \u00e0 jouer. \u00c0 condition de cultiver et de chercher \u00e0 renforcer ces trois dimensions : encourager l\u2019esprit critique chez les lecteurs, les inciter \u00e0 passer l\u2019action et contribuer au d\u00e9bat public d\u00e9mocratique. Une mine in\u00e9puisable pour renouveler le m\u00e9tier, le sortir des sentiers battus, le mettre en phase avec le n\u00e9cessaire renouveau de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, l&rsquo;un des m\u00e9rites de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un nouveau paysage m\u00e9diatique, certes chaotique et souvent erratique, fa\u00e7onn\u00e9 par l&rsquo;explosion d&rsquo;Internet et des r\u00e9seaux sociaux, est de mettre en pleine lumi\u00e8re la faillite de l&rsquo;ancien. En ouvrant le champ de l&rsquo;information \u00e0 des acteurs, des pratiques et des th\u00e9matiques in\u00e9dits, on mesure \u00e0 quel point l&rsquo;univers des m\u00e9dias traditionnels est devenu autor\u00e9f\u00e9renc\u00e9, mim\u00e9tique et scl\u00e9ros\u00e9. La Toile r\u00e9v\u00e8le combien ces grands m\u00e9dias reproduisent \u00e0 l&rsquo;infini les m\u00eames sujets et les m\u00eames modes de traitement, compar\u00e9 \u00e0 la multiplicit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des informations diffus\u00e9es sur le Net. Et s&rsquo;ils peinent \u00e0 faire entendre leur diff\u00e9rence, \u00e0 affirmer leur sup\u00e9riorit\u00e9 sur les acteurs non professionnels de l&rsquo;information, n&rsquo;est-ce pas parce qu&rsquo;ils ont abandonn\u00e9 ce qui faisait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la d\u00e9marche journalistique\u00a0: le travail de terrain, \u00e0 base de reportages et d&rsquo;enqu\u00eates\u00a0? N&rsquo;est-ce pas parce qu&rsquo;ils se contentent de relayer des sources d&rsquo;information qui sont devenues, de fait, gr\u00e2ce \u00e0 Internet, directement accessibles au public\u00a0?<\/p>\n<p>Ensuite, et surtout, Internet a boulevers\u00e9 la donne en permettant au citoyen lambda, hier cantonn\u00e9 dans le r\u00f4le de r\u00e9cepteur, de devenir \u00e9galement producteur d&rsquo;informations. L&rsquo;essor continu des blogs refl\u00e8te bien cette \u00e9volution spectaculaire qu&rsquo;a connue la Toile en quelques ann\u00e9es. Au d\u00e9part simples outils de libre expression, certains sont devenus de vrais outils d&rsquo;informations. On sait le r\u00f4le qu&rsquo;ils ont jou\u00e9 dans les r\u00e9volutions arabes, en Tunisie et \u00c9gypte notamment. Et ils sont d\u00e9sormais reconnus comme tels, notamment lorsqu&rsquo;ils sont h\u00e9berg\u00e9s sur le site de grands m\u00e9dias. Laurent Muchielli n&rsquo;est pas journaliste, mais personne ne peut nier que son blog (<a href=\"http:\/\/insecurite.blog.lemonde.fr\/\">http:\/\/insecurite.blog.lemonde.fr<\/a>) est l&rsquo;un des plus riches en informations in\u00e9dites et en analyses pertinentes sur les questions de s\u00e9curit\u00e9. Les fronti\u00e8res ne sont plus si \u00e9tanches entre professionnels, chercheurs, acteurs sociaux, simples citoyens, et c&rsquo;est tant mieux\u00a0! Patrick de Saint-Exup\u00e9ry a bien raison de souligner \u00e0 quel point \u00ab<em>\u00a0les lecteurs ont au bout des doigts un ressenti formidable<\/em>\u00a0\u00bb et de trouver \u00ab<em>\u00a0leurs r\u00e9actions bluffantes, d&rsquo;une grande richesse<\/em>\u00a0\u00bb. Mais cette maturit\u00e9, justement, est un formidable argument pour les inviter \u00e0 participer \u00e0 une co-production de l&rsquo;information.<\/p>\n<p>Enfin, je rejoins tout \u00e0 fait le manifeste de XXL quand il plaide pour une information \u00ab\u00a0utile\u00a0\u00bb. L&rsquo;enjeu est de trouver une r\u00e9ponse aux d\u00e9rives de l&rsquo;information \u00ab\u00a0marchandis\u00e9e\u00a0\u00bb en renouant avec les fondamentaux historiques du m\u00e9tier. L&rsquo;information a longtemps \u00e9t\u00e9 indissociable de la volont\u00e9 de contribuer \u00e0 former des citoyens \u00e9clair\u00e9s et actifs. Mais depuis une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, la pr\u00e9pond\u00e9rance des logiques marketing a conduit \u00e0 \u00e9vacuer cette dimension \u00e9ducative et civique : l&rsquo;information n&rsquo;est plus per\u00e7ue comme un bien commun, un ingr\u00e9dient indispensable \u00e0 la d\u00e9mocratie, elle devient un produit marchand, soumis \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif de produire au moindre co\u00fbt et de vendre au plus grand nombre (ou plut\u00f4t, recettes publicitaires obligent, de chercher le pouvoir d&rsquo;achat maximal). En cr\u00e9ant le site Place Publique, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, nous avions tent\u00e9 de d\u00e9finir ce que pourrait \u00eatre une information \u00ab\u00a0citoyenne\u00a0\u00bb : \u00a0une information qui \u00ab\u00a0<em>favorise la capacit\u00e9 des personnes \u00e0 participer \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des d\u00e9cisions qui les concernent, \u00e0 tous les niveaux et dans tous les domaines de la vie en soci\u00e9t\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb. 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