{"id":2285,"date":"2010-04-30T09:42:22","date_gmt":"2010-04-30T08:42:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=2285"},"modified":"2014-11-07T19:56:34","modified_gmt":"2014-11-07T18:56:34","slug":"nouveau-regard-sur-les-francaises-par-michele-sarde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2010\/04\/nouveau-regard-sur-les-francaises-par-michele-sarde\/","title":{"rendered":"Nouveau regard sur les fran\u00e7aises par Mich\u00e8le Sarde"},"content":{"rendered":"<p><strong>D\u2019un Regard l\u2019autre\u00a0: 1976-2006<\/strong><\/p>\n<p>Prologue (partiel) du livre <strong>De l\u2019alc\u00f4ve \u00e0 l\u2019ar\u00e8ne (Editions robert Laffont)<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong>\u00e9crit en 2007 en pleine campagne \u00e9lectorale.<strong> <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sans doute ne na\u00eet-on pas fran\u00e7aise, on le devient\u00a0\u00bb. Cette paraphrase de Simone de Beauvoir ouvrait le premier <em>Regard sur les Fran\u00e7aises<\/em>, livre con\u00e7u dans le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, publi\u00e9 en janvier 1984, dans la foul\u00e9e des ann\u00e9es 70 et de ses mouvements de femmes. Quelque trente ans apr\u00e8s, j\u2019ai voulu mesurer le chemin parcouru par les Fran\u00e7aises. Il est consid\u00e9rable. Et tous les Fran\u00e7ais doivent en prendre conscience, les femmes plus \u00e2g\u00e9es parce qu\u2019elles y ont \u0153uvr\u00e9, les plus jeunes parce qu\u2019elles poursuivent le voyage avec des forces neuves. Et les hommes parce que bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, ils les ont accompagn\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce <em>Nouveau Regard sur les Fran\u00e7aises<\/em> continue \u00e0 tendre aux femmes un miroir, en d\u00e9terminant ce qu\u2019elles ont de diff\u00e9rent et non ce qu\u2019elles ont de commun avec les autres femmes. La fameuse \u00ab\u00a0singularit\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Voire dans certains cas l\u2019exception fran\u00e7aise\u00a0! Mais il t\u00e9moigne aussi des hommes fran\u00e7ais. Ils ont d\u00fb changer en moins de deux g\u00e9n\u00e9rations leur repr\u00e9sentation mill\u00e9naire. Et certains sont m\u00eame devenus f\u00e9ministes. Au final, peu de mouvements ont \u00e9t\u00e9 plus proches du vieux r\u00eave de \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb que celui qui vient d\u2019\u00e9branler l\u2019ordre symbolique de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le titre original et le sous-titre du premier <em>Regard <\/em>\u00e9tait une question en forme de conclusion\u00a0: <em>Femmes, trop aim\u00e9es\u00a0?<\/em> L\u2019adoration priv\u00e9e que les Fran\u00e7ais avaient port\u00e9e \u00e0 leurs femmes avait-elle frein\u00e9 les Fran\u00e7aises dans la conqu\u00eate de leurs droits\u00a0? Vingt ans plus tard, ce nouveau Regard pose une question sym\u00e9trique\u00a0: les Fran\u00e7aises aiment-elles trop leurs hommes pour s\u2019aimer assez, elles m\u00eames et les autres, et faire avancer leurs causes\u00a0?<em> Hommes trop aim\u00e9s\u00a0?<\/em> L\u00e9gende et v\u00e9rit\u00e9, le feuilleton fran\u00e7ais commence et finit par une histoire d\u2019amour.<\/p>\n<p>En trente ans pourtant que de st\u00e9r\u00e9otypes\u2026 et de r\u00e9alit\u00e9s ont quitt\u00e9 notre champ de vision\u00a0! La fille de joie n\u2019est plus. Les grandes courtisanes ne croquent plus de diamants. Les signataires de livres \u00e9rotiques au f\u00e9minin le font sous leur v\u00e9ritable nom. Emma Bovary a cess\u00e9 d\u2019\u00e9pouser Charles. Peut-\u00eatre s\u2019est-elle pacs\u00e9e avec L\u00e9on, mais en province comme en banlieue, elle fait la double journ\u00e9e et n\u2019a plus le temps de le consacrer \u00e0 l\u2019adult\u00e8re et aux amants. Sa fille re\u00e7oit \u00e0 l\u2019\u00e9cole la pilule du lendemain et se fait faire une IVG aux frais de la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Son angoisse \u00e0 la fin du mois ne sera pas de tomber enceinte une \u00e9ni\u00e8me fois mais de ne pas avoir d\u2019enfant devant l\u2019horloge biologique qui sonne le compte \u00e0 rebours.<\/p>\n<p>Plus personne, pas m\u00eame les chansonniers, ne se moque des femmes savantes, qui sont plus dipl\u00f4m\u00e9es que les gar\u00e7ons dans les universit\u00e9s. Il y a d\u00e9sormais des pompi\u00e8res, des soldates et des polici\u00e8res qui se revendiquent comme telles et, pour ce, on dit merci \u00e0 \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb ministre. Certaines portent un string qui les d\u00e9nude, d\u2019autres un voile qui les recouvre, \u00e0 condition que ce ne soit pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique. Quant aux femmes politiques, si elles leur ont un temps pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le pantalon pour qu\u2019on ne sache pas qu\u2019elles ont des jambes, elles n\u2019h\u00e9sitent plus \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 affirmer leur f\u00e9minit\u00e9 en robes ou en jupes.<\/p>\n<p>En trente ans, nul doute que la France a chang\u00e9. Apr\u00e8s des si\u00e8cles de cohabitation franco fran\u00e7aise, les diff\u00e9rences r\u00e9gionales se sont progressivement estomp\u00e9es, et les diff\u00e9rences de classe sont moins marqu\u00e9es qu\u2019elles ne l\u2019ont \u00e9t\u00e9 encore \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60. L\u2019int\u00e9gration qui avait converti \u00e0 la francit\u00e9 une immigration consid\u00e9rable, n\u2019est plus ce qu\u2019elle \u00e9tait. Un des d\u00e9fis majeurs de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies fut la n\u00e9cessit\u00e9 grandissante, dans la France post coloniale, d\u2019int\u00e9grer des communaut\u00e9s dont les valeurs et les traditions se situent aux antipodes de celles qui se d\u00e9gageaient dans la r\u00e9volution de la lib\u00e9ration sexuelle. Le d\u00e9bat, sur le voile islamique et la la\u00efcit\u00e9 concerne au premier chef toutes les femmes de notre pays et met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve le consensus \u00e9tabli sur le statut des citoyennes dans la R\u00e9publique. Et c\u2019est la prise de parole des nouvelles Fran\u00e7aises, d\u2019origine islamique, qui op\u00e8re la suture entre une culture de jouissance et une culture de retenue.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019exploration de la situation des femmes en France est une entr\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 globale. Elle permettra \u00e0 ses femmes de repr\u00e9senter l\u2019universel que les hommes avaient r\u00e9ussi nagu\u00e8re \u00e0 signifier tous seuls. Ce voyage chez les Fran\u00e7aises pr\u00e9tend donc servir de prisme \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re qui se refl\u00e8te dans la moiti\u00e9 d\u2019elle-m\u00eame. \u00c0 travers cette \u00e9trange lucarne au f\u00e9minin, on observera la com\u00e9die nationale de l\u2019humaine condition, avec ses probl\u00e9matiques d\u2019actualit\u00e9\u00a0: sexualit\u00e9, violence, int\u00e9gration, pouvoir.<\/p>\n<p>Fin d\u2019un si\u00e8cle, d\u00e9but d\u2019un mill\u00e9naire\u00a0: une r\u00e9volution, celle de la contraception en induit une autre, celle de l\u2019investissement par les femmes de la sph\u00e8re publique. Elle est g\u00e9n\u00e9rale dans la plupart des grandes d\u00e9mocraties o\u00f9 les femmes conqui\u00e8rent l\u2019espace professionnel et politique. D\u00e9livr\u00e9es des contraintes de la maternit\u00e9 non d\u00e9sir\u00e9e, les femmes peuvent s\u2019engager dans les charges publiques et professionnelles. Pour les f\u00e9ministes historiques des ann\u00e9es 70, la seule r\u00e9volution souhaitable \u00e9tait d\u2019ordre priv\u00e9 et s\u2019exer\u00e7ait sur le corps et par le corps. \u00ab\u00a0Mon corps m\u2019appartient\u00a0\u00bb en \u00e9tait le principe et m\u00eame l\u2019objectif. Trente ans apr\u00e8s, on entend plus distinctement une autre rengaine qui tra\u00eenait aussi dans les mouvements de femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Le priv\u00e9 est politique\u00a0\u00bb. Et les femmes ont import\u00e9 sur la sc\u00e8ne publique leurs probl\u00e8mes de \u00ab\u00a0bonnes femmes\u00a0\u00bb pudiquement rebaptis\u00e9s sujets de soci\u00e9t\u00e9, et devenus enjeux \u00e9lectoraux.<\/p>\n<p>Dans mon premier <em>Regard,<\/em> je citai Roland Barthes qui n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 interpeler la femme en cage dans le \u00ab\u00a0gyn\u00e9c\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Fermez le gyn\u00e9c\u00e9e, et puis seulement alors l\u00e2chez la femme dedans. Aimez, travaillez, \u00e9crivez, soyez femme d\u2019affaires ou de lettres\u00a0; mais rappelez vous toujours que l\u2019homme existe et que vous n\u2019\u00eates pas faite comme lui\u00a0: votre ordre est libre \u00e0 condition de d\u00e9pendre du sien\u00a0; votre libert\u00e9 est un luxe, elle n\u2019est possible que si vous reconnaissez d\u2019abord les obligations de votre nature\u00a0\u00bby. Ce gyn\u00e9c\u00e9e fran\u00e7ais, permissif et assi\u00e9g\u00e9 de partout par le monde des hommes qui le limitait, les femmes l\u2019ont quitt\u00e9 dans les deux ou trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, en refusant de se marier et en briguant malgr\u00e9 les maternit\u00e9s des charges publiques. Port\u00e9e par les sondages populaires, en 2007, une \u00ab\u00a0fille-m\u00e8re\u00a0\u00bb s\u2019est affirm\u00e9e candidate \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique jusqu\u2019au deuxi\u00e8me tour..<\/p>\n<p>Dans ce s\u00e9isme plan\u00e9taire, c\u2019est avec pr\u00e9caution que les Fran\u00e7aises ont \u00e9branl\u00e9 la hi\u00e9rarchie et l\u2019ordre symbolique des sexes. Car elles ont franchi la fronti\u00e8re entre la sc\u00e8ne intime et la sph\u00e8re publique sans toucher aux fondements de la libert\u00e9 fran\u00e7aise qui repose sur la sanctification de la vie priv\u00e9e. En dehors des ragots parisiens et des rumeurs jamais confirm\u00e9es, en effet l\u2019existence personnelle de nos femmes politiques est rest\u00e9e comme celle de nos hommes publics \u00e0 l\u2019abri des confidences salaces et des d\u00e9nonciations publiques, telles que celles qui ont \u00e9branl\u00e9 l\u2019\u00e9tat am\u00e9ricain lors de l\u2019affaire Lewinsky. Lorsqu\u2019elles parlent de leurs fantasmes ou de leurs d\u00e9sirs, c\u2019est \u00e0 l\u2019instar des hommes, par l\u2019interm\u00e9diaire de la litt\u00e9rature. Gr\u00e2ce \u00e0 des m\u00e9dias qui continuent \u00e0 savoir jusqu\u2019o\u00f9 s\u2019arr\u00eater trop loin, la \u00ab\u00a0pipolisation\u00a0\u00bb, tant honnie, a plus \u00e9pargn\u00e9 la Fran\u00e7aise que ses homologues anglo-saxons, bien que le ph\u00e9nom\u00e8ne soit en pleine \u00e9volution.<\/p>\n<p>Le d\u00e9barquement des femmes dans la vie publique pr\u00e9ludait \u00e0 leur lib\u00e9ration. Il a commenc\u00e9 en 1989 avec la comm\u00e9moration du bicentenaire de la R\u00e9volution, lorsque les historiennes fran\u00e7aises se sont avis\u00e9es que cette derni\u00e8re les avait flou\u00e9es en les excluant des droits de l\u2019homme, et plus tard du suffrage universel. Les f\u00e9ministes dites\u00a0\u00ab\u00a0historiques\u00a0\u00bb avaient amorc\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 la r\u00e9volution du priv\u00e9, en r\u00e9conciliant les femmes avec leur corps, avec la sexualit\u00e9 et la maternit\u00e9 choisie. Les deux d\u00e9cennies 90 et 2000 se passeront \u00e0 r\u00e9concilier les femmes avec les valeurs de la R\u00e9publique, afin de leur permettre de prendre leur place dans la sph\u00e8re publique. Dans le m\u00eame temps, leurs hommes se r\u00e9appropriaient la sc\u00e8ne priv\u00e9e o\u00f9 ils avaient jusque l\u00e0 jou\u00e9 les seconds r\u00f4les dans la gestion de la maison et l\u2019\u00e9ducation des enfants. Ainsi se sont red\u00e9finies les valeurs de la R\u00e9publique au service des femmes. <em>Libert\u00e9<\/em> dans la sexualit\u00e9. <em>\u00c9galit\u00e9<\/em> dans la parit\u00e9. Mais <em>Fraternit\u00e9<\/em> brouill\u00e9e par la mixit\u00e9. Mais <em>La\u00efcit\u00e9<\/em> contest\u00e9e par l\u2019extr\u00e9misme religieux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019apparent recul des ann\u00e9es 80, les f\u00e9ministes ont eu fort \u00e0 faire dans ces nouveaux d\u00e9bats. La libert\u00e9 sexuelle a-t-elle des limites\u00a0? Faut-il accepter la prostitution et la r\u00e9glementer, faut-il la condamner et sacrifier, sur l\u2019autel de la nouvelle moralit\u00e9, et la prostitu\u00e9e et le client\u00a0? La parit\u00e9 est-elle conciliable avec le principe d\u2019universalit\u00e9 qui ne reconnait que des individus sans distinction de sexe\u00a0? La f\u00e9minisation des professions doit-elle entra\u00eener la f\u00e9minisation des noms de m\u00e9tier et de grades. La mixit\u00e9 est-elle \u00e9galitaire ou compl\u00e9mentaire\u00a0? La moralit\u00e9 islamique peut-elle int\u00e9grer la libert\u00e9 sexuelle\u00a0? Le port des signes religieux remet-il en question la la\u00efcit\u00e9 \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0? On remarquera que la plupart de ces d\u00e9bats br\u00fblants ont d\u00e9bouch\u00e9 sur une loi. Et que, nouveaut\u00e9 dans un pays o\u00f9 les lois n\u2019\u00e9taient pas toujours appliqu\u00e9es, on a mis en place des strat\u00e9gies d\u2019observation et de suivi de ces lois afin d\u2019en mesurer les r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vous avez dit \u201cf\u00e9ministe\u201d\u2026 Quant \u00e0 moi, je ne suis <em>pas f\u00e9ministe mais<\/em>\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je vous entends. Vous \u00eates fran\u00e7aise, donc une majorit\u00e9 \u00e0 ne pas \u00e0 \u00eatre f\u00e9ministe. En tout cas \u00e0 ne pas vous revendiquer comme telle, car \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb est un gros mot. Trop peur de perdre la prunelle de vos yeux\u00a0: ce doux commerce avec les hommes h\u00e9rit\u00e9 des salons de l\u2019Ancien R\u00e9gime, ces rapports de s\u00e9duction r\u00e9ciproques qui ont toujours fait le charme de la douce France, cet art de faire la cour qu\u2019on nous envie tant ailleurs. Alors faisons un pacte. Sur la d\u00e9finition du mot \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb. Loin des id\u00e9es re\u00e7ues. Etre f\u00e9ministe signifie, dans ce livre comme ailleurs, qu\u2019on s\u2019engage pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre les sexes. Il signifie aussi qu\u2019on s\u2019engage contre la guerre des sexes. Les f\u00e9ministes, dans leur ensemble, quelle que soit leur ob\u00e9dience et leur chapelle, ont plaid\u00e9 pour la paix et la r\u00e9conciliation entre les sexes. (Les exceptions existent mais sont marginales.) Les f\u00e9ministes, dans la m\u00eame proportion que les autres femmes, aiment les hommes, le \u00ab\u00a0doux commerce \u00bb et la s\u00e9duction. A contrario, les lesbiennes, \u00e0 savoir des femmes cens\u00e9es aimer les femmes, ne sont pas n\u00e9cessairement f\u00e9ministes. Quant \u00e0 nos hommes, beaucoup d\u2019entre eux ont brav\u00e9 le machisme ambiant jusqu\u2019\u00e0 entrer dans des mouvements f\u00e9ministes et si je pouvais cr\u00e9er un n\u00e9ologisme barbare pour ces \u00ab\u00a0justes\u00a0\u00bb, je dirais que mon approche, comme celles de la plupart des Fran\u00e7aises est\u00a0\u00ab\u00a0masculiniste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alors est-ce que nous ne sommes pas toutes f\u00e9ministes, comme Monsieur Jourdain, sans le savoir ou plut\u00f4t sans vouloir le reconna\u00eetre\u00a0? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question est non. Tout au moins, pas encore. Parce que les femmes, en France particuli\u00e8rement, ne s\u2019aiment pas assez pour se juger dignes de l\u2019\u00e9galit\u00e9 avec les hommes. Presque pas une seule femme interrog\u00e9e, m\u00eame parmi les f\u00e9ministes les plus convaincues, qui ne se soit laiss\u00e9e aller \u00e0 cette am\u00e8re constatation\u00a0: les pires ennemies des femmes sont les femmes. De la m\u00e8re \u00e0 la coll\u00e8gue de bureau, de la belle fille \u00e0 la belle m\u00e8re. De la rivale en amour \u00e0 la rivale en politique. De la patronne \u00e0 l\u2019\u00e9lue. Certes, toutes parlent d\u2019amiti\u00e9 authentique, avec un petit nombre de copines, choisies souvent depuis l\u2019enfance. Mais de solidarit\u00e9, non. De camaraderie, peu. De complicit\u00e9, parfois. De connivence, passag\u00e8rement. On peut d\u00e9plorer, en simplifiant beaucoup, qu\u2019au pays du doux commerce entre tourtereau et tourterelle, la femme soit une louve pour la femme.<\/p>\n<p>Dans mon premier <em>Regard<\/em>, j\u2019insistai donc sur l\u2019adoration des femmes, cette f\u00e9minol\u00e2trie, si particuli\u00e8re \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et aux hommes fran\u00e7ais. Elle se perp\u00e9tuait \u00e0 condition que les femmes acceptent de se laisser enfermer dans le gyn\u00e9c\u00e9e priv\u00e9 et de se laisser aduler sans descendre de leur pi\u00e9destal pour monter dans les tribunes. Elle est \u00e0 la source de cette mixit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise qui en est un des charmes reconnus. Et bien, la bonne nouvelle, c\u2019est que les Fran\u00e7aises ont rendu aux hommes cet amour qu\u2019ils leur avaient port\u00e9, tant qu\u2019elles se contentaient d\u2019embellir leur foyer et leur lit. Mais la mauvaise nouvelle est qu\u2019\u00e0 leur tour elles ont tant aim\u00e9 leurs hommes, p\u00e8res, fils, fr\u00e8res et amants ou maris, qu\u2019elles en ont n\u00e9glig\u00e9 de s\u2019aimer elles m\u00eames et continuent de porter sur leur propre genre le regard r\u00e9ducteur et condescendant, dont elles ont, chacune, souffert individuellement. Et tentent quand elles peuvent d\u2019emp\u00eacher la voisine de grimper \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du succ\u00e8s. D\u2019o\u00f9, ch\u00e8re Madame, votre <em>je ne suis pas f\u00e9ministe mais<\/em>. D\u2019o\u00f9 la r\u00e9sistance au mot sororit\u00e9, pourtant accept\u00e9 dans les dictionnaires, et qu\u2019a popularis\u00e9 sans rencontrer les m\u00eames r\u00e9sistances, l\u2019anglais <em>sisterhood.<\/em> N\u00e9anmoins le f\u00e9minisme est une approche efficace et universelle qui transcende non seulement les genres puisqu\u2019il y a des hommes f\u00e9ministes et des femmes qui ne le sont pas, mais aussi les clivages politiques, sociaux, religieux et<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019un Regard l\u2019autre\u00a0: 1976-2006 Prologue (partiel) du livre De l\u2019alc\u00f4ve \u00e0 l\u2019ar\u00e8ne (Editions robert Laffont) \u00e9crit en 2007 en pleine campagne \u00e9lectorale. \u00ab\u00a0Sans doute ne na\u00eet-on pas fran\u00e7aise, on le devient\u00a0\u00bb. Cette paraphrase de Simone de Beauvoir ouvrait le premier Regard sur les Fran\u00e7aises, livre con\u00e7u dans le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, publi\u00e9 en janvier [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2285"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2285"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2285\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7775,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2285\/revisions\/7775"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2285"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2285"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2285"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}