{"id":1851,"date":"2010-03-08T08:56:48","date_gmt":"2010-03-08T07:56:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=1851"},"modified":"2010-03-08T08:56:48","modified_gmt":"2010-03-08T07:56:48","slug":"pourquoi-mardi-episode-n7-par-jean-francois-crance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2010\/03\/pourquoi-mardi-episode-n7-par-jean-francois-crance\/","title":{"rendered":"Pourquoi Mardi ? n\u00b08"},"content":{"rendered":"<p>La petite maison des Tuesday ressemblait \u00e0 une maison de contes de f\u00e9es, avec ses<br \/>\nvolets verts et ses poup\u00e9es joliment dispos\u00e9es sur le canap\u00e9, mais l\u2019on sentait vite,<br \/>\nque les inqui\u00e9tants personnages d\u2019Hitchcock pouvaient s\u2019y \u00eatre donn\u00e9 rendez-vous<br \/>\net, qu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re occasion, ils ne manqueraient pas de nous \u00e9touffer sous un<br \/>\ncoussin en dentelle, ou de nous poignarder au d\u00e9tour du jardinet. La d\u00e9licieuse Miss<br \/>\nTuesday m\u00e8re, par exemple, que j\u2019avais baptis\u00e9 : \u00ab Couine M\u00e2\u00e2&#8230; \u00bb, en raison d\u2019un<br \/>\nchuintement nasal qu\u2019elle \u00e9mettait avec la r\u00e9gularit\u00e9 d\u2019une pendulette ; aurait tr\u00e8s<br \/>\nbien pu bourrer ses app\u00e9tissantes pies de cigu\u00eb du jardin. Tricky, isn\u2019t it ? Je me<br \/>\nsouvenais d\u2019ailleurs de son rictus, \u00e0 chacune de mes bouch\u00e9es ; quelque chose qui<br \/>\npour elle devait vouloir dire : \u00ab Allez, encore un petit effort. Voil\u00e0&#8230; That\u2019s a good<br \/>\nboy&#8230; \u00bb Ma nuit serait courte. J\u2019allais dispara\u00eetre dans d\u2019atroces souffrances. Seul.<br \/>\nLoin des miens. Pourquoi penser \u00e0 des choses si terribles, me dis-je soudain ? Tout<br \/>\nn\u2019\u00e9tais pas sombre \u00e0 ce point, et jamais je ne serais loin d\u2019eux, puisque je n\u2019avais<br \/>\naucune famille. Sinistre \u00e9vidence \u00e0 laquelle j\u2019avais, apparemment, du mal \u00e0 me<br \/>\nsoumettre. Il n\u2019y avait personne dans ma vie, mis \u00e0 part quelques plantes vertes et<br \/>\nun poisson rouge. Quant \u00e0 la belle Ruby, la plus grande m\u00e9fiance s\u2019imposait. N\u2019\u00e9taitelle<br \/>\npas entr\u00e9e dans ma vie par effraction, en piratant ma ligne t\u00e9l\u00e9phonique ? Cette<br \/>\nfille \u00e9tait une tra\u00een\u00e9e, cela se sentait ; mais de poudre. Suffisait-il de l\u2019allumer pour<br \/>\nprofiter du feu d\u2019artifice ? \u00c0 v\u00e9rifier. Pr\u00eate \u00e0 tout. \u00c7a&#8230; c\u2019\u00e9tait s\u00fbr. Mais peut-\u00eatre pas<br \/>\n\u00e0 ce que l\u2019on attendait et j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 bien na\u00eff, de ne m\u2019en r\u00e9f\u00e9rer qu\u2019\u00e0 son look<br \/>\nHippie Vintage, customis\u00e9 Bad Girl, pour la juger. Je la trouvais magnifique, soit. \u00c0<br \/>\nquoi bon se mentir. C\u2019\u00e9tait vrai. Et \u00e0 Hollywood, elle n\u2019aurait pas fait trois m\u00e8tres,<br \/>\nsans qu\u2019un studio l\u2019engage. Bandable aujourd\u2019hui, Bankable demain, comme ils<br \/>\ndisaient l\u00e0-bas. Mais que faisait-elle dans ce trou \u00e0 rats ? Avait-elle un fianc\u00e9 en ville,<br \/>\nplusieurs&#8230; ou z\u00e9ro ? Tout \u00e9tait possible. Je me disais que, comme beaucoup de trop<br \/>\nbelles femmes, peut-\u00eatre avait-elle du mal \u00e0 partager sa beaut\u00e9. Comme elles alors,<br \/>\nsans doute, avait-elle un amant unique, cach\u00e9 derri\u00e8re le miroir de la salle de bain,<br \/>\njamais en retard de compliments, libre et disponible \u00e0 tout moment. Voil\u00e0 \u00e0 quoi je<br \/>\npensais en montant derri\u00e8re elle, comme le client anxieux d\u2019un lupanar de province,<br \/>\ndans l\u2019escalier de ce Bed And Breakfast \u00e0 la Girondine.<br \/>\nDans la maison des Tuesday donc, au 62, rue des fr\u00e8res Barbe, \u00e0 Monts\u00e9gur,<br \/>\nFrance, il faisait un froid glacial. Ruby m\u2019installa au deuxi\u00e8me \u00e9tage, dans une<br \/>\nchambre mansard\u00e9e, envahie de pots de rhubarbe &#8211; invendus, ou livraisons en<br \/>\nsouffrance &#8211; qui s\u2019empilaient jusqu\u2019au plafond. La rhubarbe traversait une crise et,<br \/>\ncomme nous autres, se trouvait dans un \u00e9tat r\u00e9el de d\u00e9confiture. Je frissonnais en<br \/>\nm\u2019asseyant sur le lit, dont les draps de lin beigeasse contenaient, \u00e0 eux seuls, toute<br \/>\nl\u2019humidit\u00e9 du Connemara. Je fis, en y posant mes fesses, d\u00e9guerpir un \u00e9norme chat<br \/>\nqui, choqu\u00e9 par mes ind\u00e9licates mani\u00e8res, me cracha son d\u00e9dain f\u00e9lin \u00e0 la figure.<br \/>\nQuand Ruby le souleva pour le prendre dans ses bras, je compris, au petit effort<br \/>\nqu\u2019elle fit, qu\u2019il devait faire, au moins, ses 10 kilos.<br \/>\n&#8211; \u00ab Bousty-Five, Say hello. Say hello to Freddy&#8230; Ses quatre pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont<br \/>\nsuccomb\u00e9 \u00e0 la richesse du r\u00e9gime alimentaire impos\u00e9 par ma m\u00e8re (Je le savais, elle<br \/>\n\u00e9tait dangereuse) et j\u2019ai bien peur que celui-l\u00e0 ne suive le m\u00eame chemin. Humm&#8230;<br \/>\nBousty ? \u00bb Susurra-t-elle, en grattant du bout de son index, le petit front bomb\u00e9. \u00ab Tu<br \/>\naimes trop la bouffe. Tu n\u2019est pourtant pas fran\u00e7ais comme chat&#8230; ! \u00bb<br \/>\nC\u2019\u00e9tait un british longhair et il arborait la m\u00eame coiffure que Brian Setzer pendant ses<br \/>\nann\u00e9es Stray-Cats. Je le trouvais d\u2019un tr\u00e8s beau noir, silver shaded, comme on<br \/>\ndisait. Sous la caresse, il se mit \u00e0 ronronner, avec la m\u00eame douceur que la Rolls<br \/>\nRoyce du &#8211; presque m\u00eame nom. Assur\u00e9ment, pas : un chat fran\u00e7ais.<br \/>\n&#8211; \u00ab D\u00e9sol\u00e9, le chauffage est encore un concept lointain pour nous. S\u2019excusa Ruby. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab On pourrait chanter Lady Marmalade, pour briser la glace. \u00bb Sugg\u00e9rais-je. No<br \/>\ncomment.<br \/>\n&#8211; \u00ab Je vous laisse ce qu\u2019il reste de la couverture \u00e9cossaise&#8230; \u00bb Fit Ruby en d\u00e9posant<br \/>\nsur la table de chevet un magnum de Lagavulin bien entam\u00e9. \u00ab Single malt, 16 ans,<br \/>\nSpecial Release&#8230; Vous verrez, c\u2019est tr\u00e8s chaud comme laine, le tartan. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Demain, je vous emm\u00e8ne visiter la fabrique, c\u2019est juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Le vieux b\u00e2timent que j\u2019ai vu en arrivant ? Ils font quoi, l\u00e0-dedans&#8230; ? \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Yes&#8230; La cour juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ils fabriquent de l\u2019espoir, vous voyez&#8230; \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Je vois tout \u00e0 fait&#8230; mais, \u00e0 part quelques artisans, je croyais que plus personne<br \/>\nne s\u2019acharnait \u00e0 produire ce genre d\u2019article&#8230; ? \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab On les appelle \u00ab Les souffleurs de r\u00eaves \u00bb. Vous verrez, ce ne sont pas des&#8230;<br \/>\nenfants du coeur, angels, you know&#8230; Ils sont le cauchemar des puissants. Vous<br \/>\ncomprendrez demain&#8230; Je les ai pr\u00e9venus de votre arriv\u00e9e. Avec vous, Lundi a des<br \/>\nchances de perdre la face. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Et moi la vie ? \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab It\u2019s up to you. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Euh&#8230; Je voulais vous demander&#8230; \u00bb Dis-je, en frissonnant comme une feuille de<br \/>\nmenthe fra\u00eeche. \u00ab Il y a peut-\u00eatre un h\u00f4tel&#8230; Je&#8230; je pourrais trouver une chambre. Je<br \/>\nvoudrais pas d\u00e9ranger. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab No vacancies around&#8230; Demon organise ses journ\u00e9es du Lundi. Cette semaine,<br \/>\ntout est plein ! Mais j\u2019ai les cl\u00e9s du magasin de literie, c\u2019est \u00e0 deux rues. J\u2019irai voir<br \/>\ndemain. Ici, quand les h\u00f4tels sont complets, les gens dorment chez L\u00e9vitan. Original,<br \/>\nnon ? \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Oui, tr\u00e8s&#8230; Et&#8230; Demon&#8230; ? \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Monsieur Monday est le maire de Monts\u00e9gure. Monday \/ Daymon \/ Demon. Got<br \/>\nit&#8230; ? \u00bb Conclut-elle dans un clin d\u2019oeil, avant de refermer la porte sur un somptueux :<br \/>\n\u00ab Good night \u00bb.<br \/>\nSon \u00ab Good \u00bb \u00e9tait si bon, si app\u00e9tissant, qu\u2019on aurait volontiers croqu\u00e9 dedans ;<br \/>\ncomme un fruit. Jusqu\u2019\u00e0 en avaler le jus et le noyau m\u00eame, si l\u2019on avait pu. Elle le<br \/>\ndisait comme \u00e7a, nonchalamment&#8230; et une neige parfum\u00e9e tombait de sa bouche,<br \/>\nsans bruit. Ce \u00ab Good \u00bb &#8211; l\u00e0, elle en croquait la fine \u00e9corce avec d\u00e9licatesse, dans le<br \/>\nsouffle et du bout des dents ; on aurait dit qu\u2019elle effleurait un langage divin. Son<br \/>\n\u00ab Night \u00bb abritait, quant \u00e0 lui, une petite pluie. De celles qui chuintaient sous les<br \/>\npneus des voitures la nuit, au point que les langueurs de la trompette de Miles<br \/>\npouvaient s\u2019y refl\u00e9ter, comme des all\u00e9gories. \u00ab Good night \u00bb, juste un mot. Mais<br \/>\ntellement plus. On aurait pu en faire une berceuse aussi (Ruby Tuesday oblige), \u00e0 lui<br \/>\nseul une m\u00e9lodie. J\u2019\u00e9tais pr\u00eat. Au pays des \u00ab Good night \u00bb, je serais bien parti. Je me<br \/>\nserais laiss\u00e9 aller, appareiller, glisser et j\u2019aurais quitt\u00e9, sans regret, les ann\u00e9es<br \/>\nv\u00e9cues jusqu\u2019ici. Quelques rasades de Lagavulin plus tard, je fis taire la lumi\u00e8re qui<br \/>\npendouillait au-dessus du lit. Le noir se fit.<br \/>\nBienvenue au monde des objets. Il poss\u00e8de ses bases dans cette r\u00e9gion de notre<br \/>\naffect, aux confins des souvenirs de l\u2019enfance ; l\u00e0, son territoire s\u2019\u00e9tend \u00e0 perte de<br \/>\nvue. Y retourner nous rappelle cette \u00e9poque, quand rien ni personne n\u2019aurait pu nous<br \/>\nconvaincre, d\u2019une vie offerte aux seuls humains. Depuis toujours, les objets<br \/>\nm\u2019entourent de leur bienveillance. Ce soir, pourtant, dans cette chambre, je suis<br \/>\nl\u2019intrus. Je d\u00e9range. D\u00e9j\u00e0, sur une petite console, un m\u00e9chant cendrier aux formes<br \/>\noctogonales me le fait sentir. Du lit, je l\u2019aper\u00e7ois. Il hausse l\u2019\u00e9paule droite (signe<br \/>\nd\u2019hostilit\u00e9), tandis qu\u2019\u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, un chandelier empire, aux avants bras bronz\u00e9s,<br \/>\ntape du pied, comme s\u2019il lui tardait d\u2019en d\u00e9coudre, sabre au clair. Qui donnera le<br \/>\nsignal ? Sur le dossier d\u2019une chaise, un \u00eatre sarcastique dessine, dans la p\u00e9nombre,<br \/>\nson \u00e9trange profil. C\u2019est un visage mou. Cr\u00e2ne fuyant, nez l\u00e9gumineux en<br \/>\npromontoire, au-dessus d\u2019un menton p\u00e2teux, tomb\u00e9 sur un torse barbare. Enfonc\u00e9<br \/>\ndans les chairs, je devine son regard. Sans rien dire, il m\u2019observe ; je l\u2019entends qui<br \/>\nm\u00e2chonne, sur ses quatre pieds de ch\u00eane, des graines de rancoeur. Parquet,<br \/>\nmoulures, dossier de chaise&#8230; le bois craque et fait \u00e0 mon sujet de grin\u00e7ants<br \/>\ncommentaires. Pourtant proches compagnons, mes habits pos\u00e9s l\u00e0, sont devenus ce<br \/>\ntas, qui ne me conna\u00eet pas. Chaque voiture pass\u00e9e, propulse sa lumi\u00e8re en larges<br \/>\nstries \u00e0 travers les volets ferm\u00e9s et r\u00e9v\u00e8le, au milieu de la tapisserie, d\u2019autres visages<br \/>\nnoy\u00e9s de noir. Elle les anime. Des taches brunes dans mes yeux, tracent leurs<br \/>\nformes obscures ; presque humaines. J\u2019ai les raies des volets, tatou\u00e9es sur la r\u00e9tine<br \/>\net quand mes paupi\u00e8res s\u2019ouvrent, la nuit p\u00e9n\u00e8tre et coule \u00e0 flots dans mon cerveau,<br \/>\ncomme une pluie brillante.<br \/>\nOn frappe, mais ce ne sont pas des coups donn\u00e9s contre la porte, c\u2019est ma cervelle<br \/>\nqui sonne ; un solid beat \u00e0 l\u2019angoisse \u00e9quivoque. Ma peur soliloque. Rien, pourtant.<br \/>\nSeulement le battement de mon sang, tout contre mon tympan, enfoui dans l\u2019oreiller ;<br \/>\nun truc assourdissant. J\u2019ai le coeur dans l\u2019oreille, tout pr\u00eat \u00e0 exploser. Ma gorge aussi<br \/>\nest enfl\u00e9e du m\u00eame bruit. Les sons, mont\u00e9s de la rue, sont devenus stridents. Je<br \/>\nper\u00e7ois le moteur d\u2019une motocyclette, je l\u2019entends changer ses vitesses. En<br \/>\napprochant, le son se fait tranchant ; un moustique, dirait-on, chevauche une scie<br \/>\nsauteuse. Et voil\u00e0 mes pens\u00e9es d\u00e9bit\u00e9es en tranches roses, d\u2019une fadeur<br \/>\n\u00e9coeurante, que vient relever le vert tendre, d\u2019un gros cornichon. Cette nuit, mon<br \/>\nenc\u00e9phale, my dirty friend, is : salami. J\u2019ai peur que mes pens\u00e9es soient vides, leurs<br \/>\ndonn\u00e9es envol\u00e9es, vers d\u2019autres contr\u00e9es plus jolies. Il me vient des \u00e9vocations,<br \/>\nauxquelles je ne parviens pas \u00e0 donner du sens : torrent, fleurs de montagne, le<br \/>\ncapot d\u2019une d\u00e9capotable, quelque vague silhouette animale, partie en lambeaux&#8230; et<br \/>\ntoujours ces stridences, rythm\u00e9es d\u00e9sormais par le tic-tic-tic-tic de ma montre, pos\u00e9e<br \/>\nsur la table de chevet. J\u2019ai peur, de ne jamais plus pouvoir r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 rien, que mon<br \/>\ncirque s\u2019arr\u00eate, faute d\u2019envies, faute de clowns, faute d\u2019applaudissements, faute de<br \/>\nvous. Je me force \u00e0 penser, je n\u2019ose pas dire : r\u00eaver &#8211; ce serait trop beau &#8211; je<br \/>\nconvoque des images et tous leurs d\u00e9riv\u00e9s ; rien ne vient. Ou alors, autre chose.<br \/>\nJ\u2019appelle : femme, train, regard, longs doigts, m\u00e8ches sombres et je vois d\u00e9bouler :<br \/>\ncouteau, crocodile, boue, rire \u00e9dent\u00e9&#8230; Dans ce cloaque sonore, des bribes de<br \/>\nphrases renaissent. Des mots claquent, pas toujours audibles ; puis ils se<br \/>\nd\u00e9sagr\u00e8gent et vont s\u2019\u00e9parpiller en particules brillantes, chaque fois que ma<br \/>\nconscience veut se manifester. Peine perdue. Plus de r\u00eave, plus de concret. Je suis<br \/>\ndans le vide, je flotte confus\u00e9ment. Mon corps ne p\u00e8se rien et ne sait r\u00e9sister \u00e0<br \/>\nl\u2019appel de sa chute. Mes membres s\u2019allongent, mes id\u00e9es se r\u00e9pandent en flaque<br \/>\nnaus\u00e9abonde, mes muscles se distendent, je n\u2019ai plus rien d\u2019une viande, mes os sont<br \/>\ncomme cendre, mes cartilages se cassent, mes organes d\u00e9missionnent et je gis sur<br \/>\nle lit, au n\u00e9ant de cette chambre. Je n\u2019ai plus de pens\u00e9e. Mon \u00e2me est un petit objet<br \/>\ncarbonis\u00e9, au fond d\u2019un m\u00e9chant cendrier. Je suis libre<\/p>\n<p>Jean-Fran\u00e7ois Crance<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La petite maison des Tuesday ressemblait \u00e0 une maison de contes de f\u00e9es, avec ses volets verts et ses poup\u00e9es joliment dispos\u00e9es sur le canap\u00e9, mais l\u2019on sentait vite, que les inqui\u00e9tants personnages d\u2019Hitchcock pouvaient s\u2019y \u00eatre donn\u00e9 rendez-vous et, qu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re occasion, ils ne manqueraient pas de nous \u00e9touffer sous un coussin en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1851"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1851"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1851\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1851"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1851"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1851"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}