{"id":10992,"date":"2019-09-30T15:36:47","date_gmt":"2019-09-30T13:36:47","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10992"},"modified":"2019-10-12T11:31:22","modified_gmt":"2019-10-12T09:31:22","slug":"passerelles-de-limaginaire-sur-manosque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2019\/09\/passerelles-de-limaginaire-sur-manosque\/","title":{"rendered":"Passerelles de l&rsquo;imaginaire sur Manosque"},"content":{"rendered":"<p><strong>Du 25 au 29 Septembre se tenait \u00e0 Manosque, le tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 festival litt\u00e9raire Les Correspondances. <\/strong><strong>Tous ceux qui aiment \u00a0la litt\u00e9rature, les belles rencontres, les surprises et le charme Proven\u00e7al seraient bien inspir\u00e9s d&rsquo;inscrire d\u00e8s maintenant l&rsquo;\u00e9dition 2020 \u00e0 leur agenda.<\/strong><\/p>\n<p>Depuis 1999, au moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 entre-ouvre sa porte aux intermittences de l&rsquo;automne\u00a0 les plus beaux livres de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et \u00e9trang\u00e8re d\u00e9barquent \u00e0 Manosque. La ville aurait-elle le pouvoir de se transformer en port maritime, chaque fois que le festival \u00a0\u00bb Les Correspondances\u00a0\u00bb y jette l&rsquo;ancre ?<\/p>\n<p>A observer le titre des livres de Marie Darrieussecq \u00a0\u00bb La mer \u00e0 l&rsquo;envers\u00a0\u00bb(1) et de Louis-Philippe Dalambert, \u00a0\u00bb Mur M\u00e9diterrann\u00e9e\u00a0\u00bb(2) on pourrait facilement le croire. Qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas, la litt\u00e9rature a ici de profondes racines. Tu comprends me dit Ren\u00e9 Fr\u00e9gni, les soir\u00e9es d&rsquo;hiver sont longues, alors on lit des livres. Une m\u00e9diath\u00e8que, une librairie de pointe\u00a0 et deux excellents bouquinistes en portent t\u00e9moignage. Ici les livres ici ne sont ni une relique, ni un bouche-trou. Ici les livres aident \u00e0 vivre, \u00e0 savoir pourquoi on est sur terre et comment s&rsquo;y comporter. Le m\u00eame Ren\u00e9 Fr\u00e9gni avec la justesse et la simplicit\u00e9\u00a0 qui le caract\u00e9risent confie, au cours d&rsquo;un ap\u00e9ritif litt\u00e9raire, que sa m\u00e8re lui a tellement apport\u00e9 de douceur et de tendresse qu&rsquo;il a voulu que sa fille profite \u00e0 plein de cet h\u00e9ritage. Plusieurs fois par semaine il l&#8217;emmenait \u00e0 la biblioth\u00e8que, ensemble ils choisissaient au moins quatre livres, les d\u00e9voraient, ensemble ils retournaient \u00e0 la biblioth\u00e8que. Il \u00e9tait le p\u00e8re mais aussi un peu la m\u00e8re de son enfant, alors sa fille l&rsquo;appelait Mea-pa. A Manosque, en dehors des \u00e9glises, d&rsquo;ailleurs fort belles, chacun a le loisir d&rsquo;inventer des rituels qui nourrissent autant qu&rsquo;ils font sens. La litt\u00e9rature y occupe une place de choix, elle tisse des liens entre les imaginaires des habitants de la cit\u00e9. Ici, bien au-del\u00e0 du r\u00e9v\u00e9r\u00e9 Jean Giono, on lit comme on respire: naturellement. Les fruits et l\u00e9gumes sont beaux, craquants, les livres \u00e9galement. J&rsquo;avoue sans vergogne venir pour la premi\u00e8re fois aux Correspondances et avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9merveill\u00e9. Pendant cinq jours Manosque devient la grande ville de la litt\u00e9rature et de la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>La proximit\u00e9 entre les lieux de rencontres litt\u00e9raires permet de choisir tout autant que d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9 \u00e0 ce que l&rsquo;on a pas s\u00e9lectionn\u00e9. Ainsi au- del\u00e0 des affinit\u00e9s connues, place est faite \u00e0 la d\u00e9couverte \u00e0 la surprise. La qualit\u00e9 des intervieweurs est \u00e9galement sid\u00e9rante, ils ne sont pas seulement dans leur domaine de pr\u00e9dilection des professionnels accomplis. Ils ont ce quelque chose en plus qui fait\u00a0 que rien de ce qui est complexe ne l&rsquo;est trop, puisque vous, moi et les autres sont consid\u00e9r\u00e9s comme des invit\u00e9s de marque avec qui il est plaisant de converser.<\/p>\n<p>J&rsquo;avoue b\u00eatement m&rsquo;\u00eatre demand\u00e9 si ces tous ceux qui affluaient sur les diff\u00e9rentes places de Manosque\u00a0 \u00e9taient vraiment des amoureux de la litt\u00e9rature. Au bout de trois jours, j&rsquo;ai compris que mon questionnement n&rsquo;avait pas lieu d&rsquo;\u00eatre. A partir du moment o\u00f9 l&rsquo;on est l\u00e0, peu importe les motivations de d\u00e9part, on s&rsquo;expose tout simplement \u00e0 \u00eatre charm\u00e9, interpell\u00e9, surpris. A la proximit\u00e9 g\u00e9ographique s&rsquo;ajoute une forme d&rsquo;hospitalit\u00e9 bienveillante permettant \u00e0 chacun de faire partie d&rsquo;une famille qui a l&rsquo;audace de ne pas vouloir limiter le nombre de ses enfants.<\/p>\n<p>Ici les propositions mettant en avant des auteurs abondent, ainsi on peut, \u00e0 la fois, avoir le sentiment d&rsquo;\u00eatre bien nourri et de rester sur sa faim&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Correspondances\u00a0\u00bb\u00a0 se sont bien s\u00fbr les dialogues, affinit\u00e9s, contradictions entre deux auteurs, j&rsquo;ai ainsi pu appr\u00e9cier les duos entre deux exils, celui de Louis Philippe D&rsquo;alembert et celui de Beata Umubyeyi Mairesse, survivante du g\u00e9nocide Tutsi au Rwanda (3). Amiti\u00e9 \u00e0 la limite de l&rsquo;amour, d\u00e9couverte de soi et du monde, Sylvain Prudhomme(4) et Blandine Rinkel (5) tracent un chemin aussi fort que singulier. Radicalisation, attentats de Novembre 2015, Abel Quentin (6) et Constance Rivi\u00e8re (7) \u00e9coutent la violence et les fragilit\u00e9s d&rsquo;un monde qui vacille. Olivia Rosenthal dans une lecture incarn\u00e9e, encourage les b\u00e2tards de toutes sortes \u00e0 faire de leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 une force novatrice (8). Impossible de citer tous les auteurs mais deux voix de femmes m&rsquo;ont subjugu\u00e9. Natacha Appanah avec un phras\u00e9 d&rsquo;une douceur incandescente (9) et celle ahurissante et charnelle de Claudie Hunzinger (10). Parit\u00e9 oblige je citerai aussi deux voix d&rsquo;hommes celle de Jonathan Coe (11) qui m&rsquo;a fait red\u00e9couvrir \u00e0 quel point la musique d&rsquo;une voix est aussi importante que ce qu&rsquo;elle raconte et in fine je ne bouderai pas le plaisir que j&rsquo;ai eu \u00e0 \u00e9couter les sarcasmes drolatiques d&rsquo;Eric Chevillard (12). Dans cet oc\u00e9an de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 bienveillante, un brin de m\u00e9chancet\u00e9 talentueuse\u00a0 offre un utile contrepoint.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces journ\u00e9es bien pleines, les soir\u00e9es du Th\u00e9\u00e2tre Jean-le-bleu donnaient \u00e0 d&rsquo;excellents com\u00e9diens l&rsquo;opportunit\u00e9\u00a0 de mettre en avant de tr\u00e8s grands textes. En toute partialit\u00e9 assum\u00e9e je citerai Jacques Bonnaf\u00e9 accompagn\u00e9 du musicen Th\u00e9o Hakola\u00a0 pour Dracula de Bram Stocker, Nicolas Bouchaud suscitant effroi et admiration pour Ahmet Altan (13), journaliste et romancier\u00a0 condamn\u00e9 arbitrairement pour son ind\u00e9pendance d&rsquo;esprit par la dictature turque. L&rsquo;immense com\u00e9dien qu&rsquo;est Jean Quentin Ch\u00e2telain nous a donn\u00e9 \u00e0 d\u00e9vorer un texte pantagru\u00e9lique de Jim Harrisson (14). La litt\u00e9rature \u00e9tait encore pr\u00e9sente dans les concerts, ainsi Lescop chantant Arthur Rimbaud. \u00a0\u00bb On n&rsquo;est pas s\u00e9rieux quand on a dix sept ans\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fort heureusement \u00ab\u00a0les Correspondances\u00a0\u00bb nous incitent \u00e0 imaginer qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e2ge pour rire, s&rsquo;\u00e9merveiller et pourquoi pas penser !<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Correspondances\u00a0\u00bb, c&rsquo;est aussi la correspondance, la possibilit\u00e9 ouverte \u00e0 tous \u00e0 travers des \u00e9critoires r\u00e9partis aux quatre coins de la ville d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 la personne de son choix, la poste se chargeant d&rsquo;acheminer gratuitement ces courriers. Les amoureux des images fortes, auront \u00e9galement visit\u00e9 avec bonheur l&rsquo;exposition de Bernard Plossu &#8211; Back and Forth: les deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re Mexicano &#8211; Am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Quand la recherche de l&rsquo;intime aborde de front les trag\u00e9dies du monde contemporain, on se prend \u00e0 r\u00eaver<\/p>\n<p>que la volont\u00e9 d&rsquo;\u00eatre en accord avec soi-m\u00eame, devienne synonyme de solidarit\u00e9 avec tous ceux qui refusent de soumettre \u00e0 une pseudo fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature, la po\u00e9sie qui cultivent les champs \u00e9pars de notre imaginaire nous aident \u00e0 tenir debout comme \u00e0 laisser ouvertes les portes d&rsquo;une autre fa\u00e7on de vivre. Avec talent et g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00ab\u00a0les Correspondances\u00a0\u00bb multiplient les passerelles\u00a0 vers un ailleurs\u00a0 que chacun peut, \u00e0 sa fa\u00e7on, cultiver. Si ce n&rsquo;est pas le bonheur, \u00e7a y ressemble \u00e9trangement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Trois articles critiques \u00e0 venir sur \u00a0\u00bb Mardi \u00e7a fait d\u00e9sordre et sur le club M\u00e9diapart:<\/em><\/strong><\/p>\n<p>-Tous ses enfants dispers\u00e9s de Beata\u00a0 Umubyeyi Mairesse &#8211; en ligne Le 9 \/ 10\/ 2019<\/p>\n<p>&#8211; Eloge des b\u00e2tards d&rsquo;Olivia Rosenthal en ligne le 14\/ 10 \/ 2019<\/p>\n<p>&#8211; Dernier arr\u00eat avant l&rsquo;automne de Ren\u00e9 Fr\u00e9gni.en ligne le 18\/ 10\/ 2019<\/p>\n<p><strong>www. cafaitdesordre.com<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>(1) \u00a0Marie Darrieussecq \u00a0\u00bb La mer \u00e0 l&rsquo;envers\u00a0\u00bb POL 2019<\/p>\n<p>(2)\u00a0 Louis Philippe Dalembert \u00a0\u00bb Mur M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0 Sabine Wespieser 2019<\/p>\n<p>(3) Beata Umubyeyi Mairesse \u00a0\u00bb Tous tes enfants dispers\u00e9s\u00a0\u00bb Autrement 2019<\/p>\n<p>(4) Sylvain Prudhomme \u00a0\u00bb Par les routes\u00a0\u00bb L&rsquo;arbal\u00e8te Gallimard 2019<\/p>\n<p>article: http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2019\/08\/je-vis-pas-ma-vie-je-la-reve-1\/<\/p>\n<p>(5) Blandine Rinkel \u00ab\u00a0Le nom secret des choses\u00a0\u00bb Fayard 2019<\/p>\n<p>(6) Abel Quentin\u00a0 \u00ab\u00a0Soeur\u00a0\u00bb L&rsquo;observatoire 2019<\/p>\n<p>(7) Constance Rivi\u00e8re \u00a0\u00bb Une fille sans histoire\u00a0\u00bb Stock 2019<\/p>\n<p>(8) Olivia Rosenthal \u00a0\u00bb Eloge des B\u00e2tards\u00a0\u00bb Verticales 2019<\/p>\n<p>( 9)Natacha Appanah \u00a0\u00bb Le ciel par dessus le toit\u00a0\u00bb Gallimard 2019<\/p>\n<p>(10) Claudie Hunzinger \u00a0\u00bb Les grands cerfs\u00a0\u00bb Grasset 2019<\/p>\n<p>(11) Jonathan Coe \u00a0\u00bb Le coeur de l&rsquo;Angleterre Gallimard 2019<\/p>\n<p>(12) Eric Chevillard \u00a0\u00bb l&rsquo;explosion de la Tortue\u00a0\u00bb Minuit 2019<\/p>\n<p>(13) Nicolas Bouchaud \u00a0\u00bb je ne reverrais plus le monde\u00a0\u00bb de Ahmet Altan Actes Sud 2019<\/p>\n<p>(14) Jim Harrisson \u00ab\u00a0Un sacr\u00e9 gueuleton: manger, boire, vivre\u00a0\u00bb Flammarion 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 25 au 29 Septembre se tenait \u00e0 Manosque, le tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 festival litt\u00e9raire Les Correspondances. 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