{"id":10389,"date":"2018-01-03T16:47:53","date_gmt":"2018-01-03T15:47:53","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10389"},"modified":"2018-03-07T17:07:58","modified_gmt":"2018-03-07T16:07:58","slug":"samir-toumi-lecriture-contre-loubli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2018\/01\/samir-toumi-lecriture-contre-loubli\/","title":{"rendered":"Samir Toumi : l\u2019\u00e9criture contre l\u2019oubli"},"content":{"rendered":"<div class=\"wrapper\"><\/div>\n<div class=\"wrapper\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"content\">\n<div class=\"blog-listing\">\n<article>\n<div class=\"left-side\"><a href=\"http:\/\/www.etlettres.com\/samir-toumi-lecriture-contre-loubli\/\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"attachment-150x300 size-150x300 wp-post-image\" src=\"http:\/\/www.etlettres.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Samir-Toumi-e1514381548283.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"81\" \/><\/a><\/div>\n<div class=\"right-side\">\n<h3>Par Kenza Sefrioui<\/h3>\n<p>J\u2019ai fait la connaissance du romancier alg\u00e9rien Samir Toumi lors du colloque organis\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lyon II Lumi\u00e8re et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Grenoble Alpes par Touriya Fili-Tullon et Reda Boula\u00e2bi, du 5 au 8 d\u00e9cembre derniers, sur le th\u00e8me de \u00ab\u00a0Cr\u00e9er, publier et \u00e9diter en fran\u00e7ais depuis le Maghreb\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4><strong>Fils de<\/strong><\/h4>\n<h4>Le second roman de Samir Toumi raconte de fa\u00e7on saisissante le poids de la g\u00e9n\u00e9ration des anciens combattants sur la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/h4>\n<p>Un an apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re, le Commandant Hac\u00e8ne, \u00ab\u00a0<em>glorieux moudjahid de l\u2019Arm\u00e9e de lib\u00e9ration nationale<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>valeureux b\u00e2tisseur de l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante<\/em>\u00a0\u00bb, son fils cadet se rend compte qu\u2019il est sujet \u00e0 d\u2019\u00e9tranges effacements\u00a0: le miroir ne lui renvoie plus son reflet. Le psychiatre qu\u2019il consulte lui apprend que ce \u00ab\u00a0<em>syndrome de l\u2019effacement\u00a0<\/em>\u00bb ne touche que des hommes d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es n\u00e9s apr\u00e8s l\u2019Ind\u00e9pendance. Tous des fils de h\u00e9ros de la lib\u00e9ration de l\u2019Alg\u00e9rie. La psychanalyse qu\u2019il entame pour freiner la r\u00e9p\u00e9tition du f\u00e2cheux ph\u00e9nom\u00e8ne est une plong\u00e9e dans l\u2019histoire de ce pays prisonnier de sa m\u00e9moire.<\/p>\n<p><em>Figures envahissantes<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 44 ans, le narrateur est un homme falot et ind\u00e9cis. Il habite chez sa m\u00e8re, dans la villa que son p\u00e8re a construite. Il a gravi tranquillement les \u00e9chelons de la Soci\u00e9t\u00e9 national des p\u00e9troles et gaz alg\u00e9riens (SONAGPA) o\u00f9 il est entr\u00e9 sur coup de t\u00e9l\u00e9phone de son p\u00e8re. Il fr\u00e9quente sans conviction Djaouida, la fille d\u2019un compagnon d\u2019armes de son p\u00e8re. Il est hant\u00e9 par son p\u00e8re, sans pouvoir se rendre compte si cet \u00e9tat est un effet du deuil ou s\u2019il est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un trouble de la personnalit\u00e9. Tout dans le r\u00e9cit renvoie \u00e0 l\u2019opposition radicale entre le p\u00e8re et le fils. Le premier, brillant, jouisseur, sociable, s\u00e9ducteur. Le second totalement effac\u00e9, contemplatif, ne retrouvant, aussi loin qu\u2019il remonte dans ses souvenirs, qu\u2019une image de lui-m\u00eame en train de regarder les autres, les conqu\u00eates de son p\u00e8re, de son fr\u00e8re Fay\u00e7al. Et de se conformer \u00ab\u00a0<em>\u00e0 l\u2019image qu\u2019on se fait du fils de Si Hac\u00e8ne, Commandant de la Wilaya 1<\/em>\u00a0\u00bb. Une carte postale, en quelque sorte, et pas une vie. Lors d\u2019une tentative de fuir l\u2019inqui\u00e9tant sympt\u00f4me, le narrateur part quelques jours \u00e0 Oran o\u00f9 il est atteint significativement par une faim insatiable et une soif d\u2019\u00e9motions de toutes sortes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le poignant<em> A<a href=\"http:\/\/www.editions-barzakh.com\/catalogue\/alger-le-cri\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">lger, le cri <\/a><\/em>(Barzakh, 2013), Samir Toumi livre un second roman tr\u00e8s fort, sur le phagocytage d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration par ses a\u00een\u00e9s. Et tout en finesse, gr\u00e2ce aux ressources du fantastique, il brosse une virulente critique de cette caste pour qui b\u00e2tir son pays signifiait se construire un patrimoine, un r\u00e9seau de relations, des villas \u00e0 louer aux ambassades et des pieds-\u00e0-terre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et qui n\u2019a laiss\u00e9 \u00e0 ses enfants, \u00e0 d\u00e9faut de projet d\u2019avenir, que le r\u00f4le de v\u00e9n\u00e9rer leur \u00e9crasante image.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.etlettres.com\/auteurs\/sefrioui\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Kenza Sefrioui<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.editions-barzakh.com\/catalogue\/leffacement\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong><em>L\u2019effacement<\/em> |<em>\u00a0<\/em><\/strong><strong>Samir Toumi |\u00a0<\/strong><strong>Barzakh | 216 p. | 12 \u20ac<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extrait:\u00a0<\/strong><strong>Le deuil du p\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>L\u2019\u00e9vocation du d\u00e9c\u00e8s de mon p\u00e8re a fait monter en moi une irr\u00e9pressible m\u00e9lancolie, et le silence du Docteur B. n\u2019a fait que l\u2019amplifier. Le rayon de soleil qui filtrait des persiennes avait lui aussi disparu et toute la pi\u00e8ce baignait dans une lumi\u00e8re lugubre. Je prenais peu \u00e0 peu conscience de ce sentiment de manque, de cette<\/em> amputation.<em> \u00c9tait-ce mon p\u00e8re qui me manquait, ou simplement son envahissante pr\u00e9sence au quotidien\u00a0? Au fond, je le connaissais peu, car je ne partageais jamais rien avec lui, ni conversations, ni activit\u00e9s. Pourtant, pendant toutes ces ann\u00e9es, j\u2019\u00e9tais <\/em>plein<em> de lui. Mon p\u00e8re vivait intens\u00e9ment et bruyamment autour de moi, si bien qu\u2019il \u00e9tait constamment avec moi, voire<\/em> en moi.<em> Tout s\u2019est pass\u00e9 comme si, durant toutes ces ann\u00e9es, il avait recouvert ma peau, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 mon cerveau et m\u00eame empli mon estomac. Puis, sans crier gare, il est sorti de moi, ou plut\u00f4t, je me suis vid\u00e9 de lui. Il est parti, me laissant seul, dans une vie qui ne se d\u00e9ployait qu\u2019en fonction de lui, qu\u2019\u00e0 partir de lui. Il est parti et je dois vivre avec un corps et des organes que je dois faire fonctionner tout seul, sans lui. Alors que ma m\u00e8re survivait en statue p\u00e9trifi\u00e9e sur un canap\u00e9, je suivais quant \u00e0 moi le cours de mon existence, en marionnette d\u00e9sarticul\u00e9e, sans envies, et depuis peu, sans reflet.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/article>\n<p>cet article a \u00e9t\u00e9 mis en ligne sur le tr\u00e8s beau site litt\u00e9raire \u00ab\u00a0En toutes lettres\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Kenza Sefrioui J\u2019ai fait la connaissance du romancier alg\u00e9rien Samir Toumi lors du colloque organis\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lyon II Lumi\u00e8re et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Grenoble Alpes par Touriya Fili-Tullon et Reda Boula\u00e2bi, du 5 au 8 d\u00e9cembre derniers, sur le th\u00e8me de \u00ab\u00a0Cr\u00e9er, publier et \u00e9diter en fran\u00e7ais depuis le Maghreb\u00a0\u00bb. 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