{"id":10196,"date":"2017-09-25T18:03:15","date_gmt":"2017-09-25T16:03:15","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10196"},"modified":"2017-11-24T17:25:34","modified_gmt":"2017-11-24T16:25:34","slug":"la-mediterranee-ou-lart-de-raconter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2017\/09\/la-mediterranee-ou-lart-de-raconter\/","title":{"rendered":"La M\u00e9diterran\u00e9e ou l&rsquo;art de raconter"},"content":{"rendered":"<p><strong>Confidence \u00e0 mille voix\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p><strong>Un article de Kenza S\u00e9frioui<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><em>Dans ce kal\u00e9idoscope d\u2019histoires, Fran\u00e7ois Beaune touche un aspect \u00ab\u00a0brut et essentiel\u00a0\u00bb de la M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0: l\u2019art de raconter.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Hom\u00e8re, elle avait \u00ab\u00a0<em>un sourire innombrable<\/em>\u00a0\u00bb. Pour Fran\u00e7ois Beaune, la M\u00e9diterran\u00e9e a mille et un visages, comme autant de masques, de personnalit\u00e9s, de tons, que r\u00e9v\u00e8lent mille et une voix. C\u2019est \u00e0 la recherche du bruissement incessant de toutes ces facettes qu\u2019est parti l\u2019auteur d\u2019<em>Un homme louche<\/em> et d\u2019<em>Un ange noir<\/em> (Verticales). Pendant deux ans, de d\u00e9cembre 2011 \u00e0 avril 2013, l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais a sillonn\u00e9 la France, l\u2019Espagne, le Maroc, l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie, l\u2019Italie, la Gr\u00e8ce, la Turquie, le Liban, la Palestine, Isra\u00ebl et l\u2019Egypte, \u00e0 la recherche d\u2019hommes et de femmes, de tous \u00e2ges, de toutes conditions, parlant toutes les langues, et qui voudraient bien lui raconter une histoire vraie. Une dr\u00f4le, une grave, une \u00e9trange, une bien racont\u00e9e, une grossi\u00e8rement esquiss\u00e9e, une qui tombe \u00e0 plat, une qui s\u2019arr\u00eate abruptement, une qui pourrait sortir d\u2019un roman, une qui a \u00e9t\u00e9 dans le journal. Des histoires qu\u2019on s\u2019est pass\u00e9 et repass\u00e9, r\u00e9appropri\u00e9es, y ajoutant qui son grain de sel, qui son argot, qui sa sagesse. Des histoires intimes, ou de guerre, d\u2019amour, de mort, de joie, d\u2019arnaque\u2026 Des histoires \u00e0 une voix, \u00e0 deux voix, \u00e0 mille voix\u2026 R\u00e9sultat\u00a0: \u00ab\u00a0<em>un po\u00e8me \u00e9pique, l\u2019\u00e9pop\u00e9e ordinaire des m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>\u00a0\u00bb, du berceau au tombeau, class\u00e9es chronologiquement, par tranche d\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p>Pour ce projet, pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre de Marseille capitale europ\u00e9enne de la culture en 2013, Fran\u00e7ois Beaune s\u2019est inspir\u00e9 de l\u2019appel de Paul Auster aux auditeurs d\u2019une radio am\u00e9ricaine, leur demandant une histoire vraie qu\u2019il lirait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ces histoires doivent \u00eatre vraies, doivent \u00eatre br\u00e8ves, mais il n\u2019y a aucune restriction quant aux sujets ou au style. Ce qui m\u2019int\u00e9resse le plus, c\u2019est des histoires non conformes \u00e0 ce que nous attendons de l\u2019existence, des anecdotes r\u00e9v\u00e9latrices des forces myst\u00e9rieuses et ignor\u00e9es qui agissent dans nos vies, dans nos histoires de famille, dans nos esprits et nos corps, dans nos \u00e2mes. En d\u2019autres termes, des histoires aux allures de fiction<\/em>\u00a0\u00bb. L\u2019id\u00e9e \u00e9tant de recueillir, dans la nasse, les petites p\u00e9pites qui ressemblent \u00ab\u00a0<em>\u00e0 ce que l\u2019on pourrait appeler Litt\u00e9rature<\/em>\u00a0\u00bb, ce petit \u00ab\u00a0<em>quelque chose de brut et d\u2019essentiel<\/em>\u00a0\u00bb. Pour Fran\u00e7ois Beaune, est histoire vraie toute histoire \u00e0 laquelle croit celui ou celle qui la raconte\u00a0: des histoires tir\u00e9es de l\u2019Histoire, des histoires de <em>jnoun<\/em>, m\u00eame des spams, art consomm\u00e9 de \u00ab\u00a0<em>raconter des histoires vraies incroyables<\/em>\u00a0\u00bb auxquelles une personne sur un million peut croire. \u00ab\u00a0<em>Pour moi, <\/em>me dit Yacine,<em> les plus belles histoires vraies ce sont les r\u00eaves<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Histoires sans auteur<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans cette collecte, Fran\u00e7ois Beaune gomme le r\u00f4le de l\u2019\u00e9crivain\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai enlev\u00e9 les <\/em>peut-\u00eatre\u00a0\u00bb. Il s\u2019efface en tant qu\u2019inventeur d\u2019histoires, campant des h\u00e9ros et des intrigues, car \u00ab\u00a0<em>les h\u00e9ros n\u2019existent pas<\/em>\u00a0\u00bb. Et de phagocyter ces histoires, de s\u2019en approprier la moelle\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mes pens\u00e9es sont des phrases qui cherchent quelqu\u2019un capable de les dire, des voix dans mon vide int\u00e9rieur, des apparitions qui attendent qu\u2019un corps veuille bien se les tra\u00eener un moment, les chausser \u00e0 ma place. <\/em>[\u2026] <em>Les voix de ce livre ne sont ni des pens\u00e9es, ni des spectres. Elles n\u2019ont pas besoin de moi, elles ont d\u00e9j\u00e0 leurs personnages<\/em>\u00a0\u00bb. Pour conclure\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ceux qui parlent dans ce livre sont moi<\/em>\u00a0\u00bb. Cette attitude singuli\u00e8re s\u2019inscrit dans le prolongement de sa qu\u00eate sur les masques, sur ce qu\u2019on d\u00e9couvre au del\u00e0 d\u2019une fa\u00e7ade. Ici, l\u2019accumulation cr\u00e9e un camouflage, et dans la multiplicit\u00e9 des r\u00e9cits se tapit la confidence. L\u2019histoire personnelle, lov\u00e9e dans les m\u00e9andres du dit collectif, pointe son nez par petites touches. Les histoires de la M\u00e9diterran\u00e9e, un pr\u00e9texte \u00e0 faire son autobiographie\u00a0? Pourquoi pas, mais ce qui ressort de ce livre, c\u2019est une sinc\u00e8re fascination pour les histoires et un vrai amour des gens. <em>La lune dans le puits <\/em>est la premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019un projet plus vaste\u00a0: une base de donn\u00e9es aliment\u00e9e collectivement en histoires (<a href=\"http:\/\/www.histoiresvraies.net\">www.histoiresvraies.net<\/a>), une biblioth\u00e8que de sujets aux \u00e9crivains, aux cin\u00e9astes, ou tout simplement aux curieux qui ont envie de renouer avec les trois sources de la culture m\u00e9diterran\u00e9enne\u00a0: le calcul, la m\u00e9ditation, et le plaisir. Dont celui de raconter et d\u2019entendre des histoires\u2026<\/p>\n<p>Kenza Sefrioui<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La lune dans le puits<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Beaune<\/strong><\/p>\n<p><strong>Verticales, 512 p., 260 DH<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Dans le texte<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au fond, la v\u00e9rit\u00e9\u2026<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Leonardo Sciascia \u00e9crit que <\/em>la v\u00e9rit\u00e9 est au fond d\u2019un puits. Vous regardez dans un puits\u00a0: vous y voyez le soleil ou la lune, mais si vous vous jetez dans le puits il n\u2019y a plus ni soleil ni lune\u00a0; il y a la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><em>Ce qui m\u2019int\u00e9resse, dans ces <\/em>histoires vraies, <em>ce n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9 nue mais le soleil ou la lune qui se refl\u00e8te sur l\u2019eau \u00e9teinte au fond du puits. Il s\u2019agit d\u2019abord de raconter l\u2019histoire, d\u2019\u00e9couter.<\/em><\/p>\n<p><em>Leonardo a raison\u00a0: la v\u00e9rit\u00e9 est au fond d\u2019un puits. Faisons bien attention \u00e0 la laisser o\u00f9 elle est, tout au fond, pour son bien.<\/em><\/p>\n<p><em>Car la belle invisible, dans le fond, nage libre. Elle sort du puits quand elle veut, brandissant un miroir, pour nous aveugler ou nous rendre lucides. Le reste du temps elle se fait oublier. Quand le monde en surface devient irrespirable, on se jette pour mourir et rena\u00eetre aupr\u00e8s d\u2019elle.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Confidence \u00e0 mille voix\u00a0 Un article de Kenza S\u00e9frioui &nbsp; \u00a0Dans ce kal\u00e9idoscope d\u2019histoires, Fran\u00e7ois Beaune touche un aspect \u00ab\u00a0brut et essentiel\u00a0\u00bb de la M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0: l\u2019art de raconter. &nbsp; Pour Hom\u00e8re, elle avait \u00ab\u00a0un sourire innombrable\u00a0\u00bb. Pour Fran\u00e7ois Beaune, la M\u00e9diterran\u00e9e a mille et un visages, comme autant de masques, de personnalit\u00e9s, de tons, que [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10219,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[705,718,698],"tags":[1388,577,1389,1381],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10196"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10196"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10196\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10198,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10196\/revisions\/10198"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10219"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10196"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10196"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10196"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}