{"id":978,"date":"2009-12-07T08:55:25","date_gmt":"2009-12-07T07:55:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=978"},"modified":"2009-12-07T08:55:25","modified_gmt":"2009-12-07T07:55:25","slug":"ian-bintner-actionnaire-de-vie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2009\/12\/ian-bintner-actionnaire-de-vie\/","title":{"rendered":"Ian Bintner actionnaire de la vie"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"Ian Bintner\" src=\"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Ian-Bintner.jpg\" alt=\"Ian Bintner\" width=\"480\" height=\"626\" \/>Ian Bintner na\u00eet en 1955. Sa  m\u00e8re Helen est irlandaise, son p\u00e8re John, luxembourgeois. Couple  fusionnel, ils sont aussi des parents aimants mais peu loquaces. Est-ce  parce qu\u2019ils n\u2019ont jamais v\u00e9cu dans le pays dont ils ont la nationalit\u00e9  qu\u2019ils ont du mal \u00e0 r\u00e9pondre aux questions de leurs enfants soucieux de  reconstituer le fil de leur histoire ? Leur fils, Ian, ne trainera pas  le pass\u00e9 comme un boulet, il courra plut\u00f4t apr\u00e8s son absence\u2026 Enfant :  Ian a sa chambre au rez-de chauss\u00e9e de la maison. Il sait que c\u2019est l\u00e0  que les voleurs se rendent en priorit\u00e9, alors chaque soir au moment  d\u2019aller se coucher, il a peur.Un jour en vacances en Espagne avec ses  parents, il assiste \u00e0 une procession de la Santa Semana. Les moines  encagoul\u00e9s porteurs de croix l\u2019impressionnent terriblement et continuent  de le visiter la nuit encore aujourd\u2019hui.<br \/>\nOn dit que l\u2019angoisse et la peur p\u00e9trifient ceux qu\u2019elles habitent. Lui  au contraire, ces \u00e9motions le mettent en mouvement, l\u2019emp\u00eachent de  s\u2019endormir. Quand il provoque les autres, c\u2019est d\u2019abord lui qu\u2019il  interpelle.<br \/>\nIan est banquier comme d\u2019autres jouent \u00e0 la roulette russe. Il n\u2019officie  pas derri\u00e8re un guichet mais plut\u00f4t en coulisse des grandes op\u00e9rations  financi\u00e8res comme les OPA. C\u2019est un m\u00e9tier o\u00f9 on n\u2019a pas le droit de se  rater. Le matin il part \u00e0 la guerre et en revient fort tard, souvent  dans la nuit. Ses proches savent que ce travail le ronge. Ils n\u2019  imaginent pas qu\u2019il puisse aussi en jouir. Lui sait qu\u2019il ne serait pas  moins stress\u00e9 s\u2019il rangeait des caddies dans un supermarch\u00e9. Alors  quitte \u00e0 avoir un sommeil difficile, autant que l\u2019histoire soit intense.<br \/>\nFranchise d\u00e9sarmante du regard, ventre l\u00e9g\u00e8rement rebondi qui donne  toute sa place aux \u00e9motions, Ian explore la plan\u00e8te de l\u2019intranquillit\u00e9,  un territoire immense dont il ne fait pas semblant d\u2019avoir la cl\u00e9.  Vis-\u00e0-vis de ses clients comme de ses enfants il joue \u00e0 celui qui a  parfaitement confiance en lui mais n\u2019aime pas pour autant le mensonge.  Il d\u00e9teste les individus qui ne prennent pas le risque de vivre leur vie  et qui clament qu\u2019ils ont la plus belle femme, la plus belle voiture,  la plus belle situation et le dieu cul b\u00e9ni qui va avec. Ian Bintner  prend l\u2019existence \u00e0 bras le corps quitte \u00e0 se taper la t\u00eate contre les  murs.<br \/>\nQuand sa compagne, lui apprend qu\u2019elle est enceinte, mais qu\u2019elle ne  veut pas \u00e9lever un enfant dont le p\u00e8re est aux abonn\u00e9s absents, ce  jour-l\u00e0, il r\u00e9fl\u00e9chit tr\u00e8s vite. Donner tout son temps \u00e0 son travail est  un non sens, mais il n\u2019a pas encore les moyens d\u2019arr\u00eater cette course  folle.<br \/>\nIan lui demande s\u2019il serait acceptable que l\u2019enfant \u00e0 venir &#8211; une fille &#8211;  ait un p\u00e8re capable de s\u2019occuper d\u2019elle quand elle aura 12 ans. Il sera  alors en mesure de rendre \u00e0 sa femme et \u00e0 ses enfants le temps qu\u2019il  leur a vol\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019accumuler le d\u00e9range. Il pr\u00e9f\u00e8re jouer avec l\u2019argent en  accommodant ses ressources \u00e0 ses d\u00e9penses. il pr\u00e9voit qu\u2019en 2000, il  aura les moyens de voir venir pendant deux ou trois ans et envisage  faire le tour du monde avec sa famille. Ils partiront deux ans avant la  date pr\u00e9vue. Ian et sa femme ont eu Nina n\u00e9e en 1988, Wendy n\u00e9e en 1993  et Jean n\u00e9 en 1995. Manque \u00e0 l\u2019appel Lucas n\u00e9 en 1991 noy\u00e9 dans une  piscine, trois mois apr\u00e8s la naissance de Wendy. Faire leur deuil sur  place n\u2019\u00e9tait pas possible. Ils ne pouvaient pas continuer \u00e0 regarder  leurs enfants comme si le pire pouvait \u00e0 chaque seconde leur tomber  dessus. Ils mettent en vente toutes leurs affaires, sur le trottoir  devant leur maison, pas cher, juste \u00e0 la t\u00eate du client, pour rire.<br \/>\nD\u00e9barrass\u00e9 des couches superflues, il se sent libre, propre, presque  tranquille. Tous, \u00e0 part les vrais amis lui ont d\u00e9conseill\u00e9 ce d\u00e9part  qui ressemble \u00e0 une fuite en avant \u00ab tu n\u2019as pas le droit \u00bb. Raison de  plus pour larguer les amarres. Il dit \u00e0 sa compagne \u00ab tu m\u2019aimeras  encore, quand on n\u2019aura plus rien ? \u00bb Elle lui r\u00e9pond \u00ab pauvres \u00e0 deux,  c\u2019est encore tr\u00e8s bien ! \u00bb<br \/>\nPendant un an, ils voyagent et apprendront le monde \u00e0 leurs enfants puis  se poseront deux ans \u00e0 Madagascar. Ian appr\u00e9cie de moins en moins de  rester allong\u00e9 dans son hamac, dont les mailles lui laissent des traces  dans le dos. On propose un nouveau job \u00e0 Paris. Ils d\u00e9cident de rentrer.  Il va repartir \u00e0 la guerre.<br \/>\nL\u2019ann\u00e9e 2007 sera pour lui, d\u2019une violence extr\u00eame. Le p\u00e8re de Ian  meurt. Sa femme le quitte, et son boss lui dit qu\u2019il n\u2019a plus d\u2019avenir  dans la bo\u00eete. Malgr\u00e9 sa souffrance, il ne sent pas apte \u00e0 jouer les  victimes. Il r\u00e9pond que ce licenciement n\u2019est pas si grave pour lui\u2026  Comme s\u2019il savait qu\u2019il allait rebondir, comme s\u2019il savait que l\u2019amour &#8211;  la meilleure antidote \u00e0 la peur &#8211; allait \u00e0 nouveau \u00e9clairer son chemin.  Il a d\u2019ailleurs l\u2019impression que la vie devient plus lisible, quand sa  courbe conna\u00eet de tr\u00e8s fortes amplitudes.<\/p>\n<p>Saura-t-il avec l\u2019\u00e2ge mieux ma\u00eetriser ses angoisses ? Rien n\u2019est  moins s\u00fbr. Il n\u2019a pas trouv\u00e9 le syst\u00e8me qui lui permette d\u2019apprivoiser  la mort. Sa seule arme et elle n\u2019est pas n\u00e9gligeable est d\u2019\u00eatre en  mouvement. Son tour du monde a \u00e9t\u00e9 un choc culturel o\u00f9 il a appris  qu\u2019ils sont nombreux \u00e0 ne pas vivre comme lui, \u00e0 ne pas penser comme lui  et il s\u2019en est r\u00e9joui.<br \/>\nLui qui courrait apr\u00e8s un pass\u00e9 d\u00e9faillant, se sent d\u00e9sormais libre  d\u2019inventer son propre destin. Aujourd\u2019hui, il r\u00e9fl\u00e9chit, \u00e9coute, s\u2019ouvre  \u00e0 la vie, \u00e0 ses enfants.<br \/>\nIan s\u2019occupe \u00e0 Lyon d\u2019une association qui met \u00e0 la disposition d\u2019enfants  aveugles des chiens dress\u00e9s pour les guider. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, il d\u00e9couvre  que toucher est un plaisir et aussi un langage.<br \/>\nUne conversation amoureuse forte se noue avec une femme plus jeune que  lui. Face \u00e0 ses craintes d\u2019homme de plus de 50 ans, elle lui fait  comprendre que l\u2019individu est plus int\u00e9ressant que son \u00e2ge et lui  demande de faire un peu attention \u00e0 lui. Il l\u2019entend.<\/p>\n<p>Photo : Arielle Bernheim<br \/>\nTextes : Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ian Bintner na\u00eet en 1955. Sa m\u00e8re Helen est irlandaise, son p\u00e8re John, luxembourgeois. Couple fusionnel, ils sont aussi des parents aimants mais peu loquaces. 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