{"id":9615,"date":"2016-06-16T17:49:02","date_gmt":"2016-06-16T15:49:02","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=9615"},"modified":"2016-11-28T12:33:04","modified_gmt":"2016-11-28T11:33:04","slug":"opera-entre-merterre-et-vie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2016\/06\/opera-entre-merterre-et-vie\/","title":{"rendered":"Op\u00e9ra entre mer,terre et vie"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un bon livre\u00a0?<\/p>\n<p>Au secours, comment peut-on encore poser une telle question\u00a0?<\/p>\n<p>Pour un lecteur de Delly ou de Max du Veuzit (1) Proust ou Duras ne sont pas forc\u00e9ment des auteurs recommandables. Certes, mais au del\u00e0 du ph\u00e9nom\u00e8ne de pr\u00e9f\u00e9rence clanique, on admettra qu\u2019un auteur mu par une forme de n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure et capable de prendre le risque d\u2019inventer, donc de se fracasser, fr\u00f4le de plus pr\u00e8s la litt\u00e9rature qu\u2019un monsieur ou une dame qui se contente d\u2019exploiter les recettes sommaires du marketing \u00e9ditorial. Jetons nous tout de suite \u00e0 l\u2019eau\u00a0: Claude Sylvie Ulrik avec \u00ab\u00a0La rampe rouge Rondes vient d\u2019\u00e9crire un bon livre.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un bon livre\u00a0?<\/p>\n<p>Je crois savoir, pour en avoir fait l\u2019exp\u00e9rience, qu\u2019un bon livre c\u2019est aussi un ouvrage co-\u00e9crit par un bon lecteur. Et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 paradoxalement commence la difficult\u00e9. Au del\u00e0 du bagage culturel de chacun, notre aptitude \u00e0 appr\u00e9hender la beaut\u00e9, la force d\u2019un texte sont variables. Il existe une m\u00e9t\u00e9o des \u00e9motions, de la fatigue, des angoisses qui r\u00e9duit ou augmente notre ouverture \u00e0 l\u2019\u0153uvre de fa\u00e7on al\u00e9atoire. Sans doute les amateurs de musique, les r\u00eaveurs capables de se laisser porter par les humeurs de l\u2019oc\u00e9an, entreront \u2013ils plus facilement que d\u2019autres dans la Rampe rouge Rondes.<\/p>\n<p>Un homme, Etienne, meurt. Astrid sa m\u00e8re avait confi\u00e9 \u00e0 un carnet rouge les \u00e9l\u00e9ments br\u00fblants de sa vie. Etienne savait qu\u2019il fallait raconter mais n\u2019en a pas eu la possibilit\u00e9 .Sa femme comprend alors que c\u2019est \u00e0 elle de prendre la parole. Elle lit, \u00e9crit, d\u00e9couvre petit \u00e0 petit les abimes dans lesquels a plong\u00e9 la m\u00e8re d\u2019Etienne, Astrid et la m\u00e8re de celle-ci, Sarah W, rescap\u00e9e des camps mais aussi an\u00e9antie par un traumatisme d\u2019enfance. L\u2019histoire racont\u00e9e n\u2019est pas seulement celle du malheur \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, l\u2019histoire de la cruaut\u00e9 humaine. Le secret n\u2019a rien d\u2019abstrait, mais ce que dit l\u2019\u00e9criture de Claude Sylvie Ulrik, c\u2019est d\u2019abord l\u2019\u00e9clatement de nos vies. Des morceaux d\u2019humanit\u00e9 en rencontrent d\u2019autres, comme ils fr\u00f4lent l\u2019eau, la pierre, les arbres et leurs racines. la vie est s\u00e9paration mais aussi fusion, confusion, lumi\u00e8res, brouillard. Il faut \u00e0 la fois vouloir avancer et aussi se laisser aller. Raconter les petites gens, ce n\u2019est pas faire du social, c\u2019est pr\u00e9server notre capacit\u00e9 \u00e0 prendre en compte toutes les facettes de la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est ouvrir la porte \u00e0 la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Une histoire aussi forte est d\u2019abord un rythme, celui d\u2019une recherche panique, d\u2019une ouverture aux myst\u00e8res t des existences entrem\u00eal\u00e9es. Alors avec quel bagage voyage un individu\u00a0?<\/p>\n<p>On ne le sait pas tr\u00e8s bien, mais l\u2019important est sans doute de ne pas laisser le pass\u00e9 mourir sans l\u2019avoir revisit\u00e9 dans sa multiplicit\u00e9. Quand, gr\u00e2ce \u00e0 deux t\u00e9moins, la narratrice r\u00e9ussit \u00e0 assembler les \u00e9l\u00e9ments du puzzle, la symphonie devient plus paisible, plus lin\u00e9aire. Claude Sylvie Ulrik a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9crire un pr\u00e9cis de d\u00e9composition et recomposition humaine. Elle a cr\u00e9\u00e9 un espace de vie d\u2019autant plus intense que les morts et les survivants parviennent \u00e0 entretenir le dialogue, en prenant le risque de plonger dans la folie. Le pire \u00e9tant de vivre une vie sans vie, sans douleur, sans histoire, sans sel, poivre et autres condiments.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Claude Sylvie Ulrik<\/strong><\/p>\n<p><strong>La Rampe rouge Rondes<\/strong><\/p>\n<p><strong>Editions Unicit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>( 1) Ces deux auteurs ne sont plus tr\u00e8s lus. Mettre en avant des fabricants de livre plus actuels n\u2019aurait pos\u00e9 aucune difficult\u00e9, sauf que l\u2019opposition entre les bons auteurs d\u2019aujourd\u2019hui et les autres n\u2019est pas forc\u00e9ment vierge de toute arrogance \u00e9litiste. A contrario citer des auteurs pass\u00e9s de mode ne soul\u00e8vera pas de pol\u00e9mique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Qu\u2019est-ce qu\u2019un bon livre\u00a0? Au secours, comment peut-on encore poser une telle question\u00a0? 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