{"id":9466,"date":"2016-05-02T10:51:03","date_gmt":"2016-05-02T08:51:03","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=9466"},"modified":"2016-11-28T12:27:48","modified_gmt":"2016-11-28T11:27:48","slug":"lappel-du-11-mai-2016","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2016\/05\/lappel-du-11-mai-2016\/","title":{"rendered":"Juliette Thi\u00e9rr\u00e9e au coeur de Niki de Saint Phalle"},"content":{"rendered":"<p><strong>le 11 Mai \u00e0 21h au Th\u00e9\u00e2tre Berthelot de Montreuil repr\u00e9sentation de\u00abNiki de Saint Phalle ou la femme aux mille questions\u00bb de Juliette Thi\u00e9rr\u00e9e, auteur, metteur en sc\u00e8ne, com\u00e9dienne, ou comment une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre peut nous faire revivre, l\u2019\u00e9motion fulgurante et drolatique que nous ont apport\u00e9 les peintures et sculptures d&rsquo;une immense artiste. Le propos est ahurissant, joyeux et tragique. Eblouissement et plaisir intense garantis.\u00a0 La joie, la simplicit\u00e9 et la beaut\u00e9 d\u2019un spectacle total se partagent sans probl\u00e8me. Venez nombreux.<\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9477\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/photo-1-200x300.png\" alt=\"photo\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/photo-1-200x300.png 200w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/photo-1.png 336w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<p><strong>Interview de Juliette Thi\u00e9rr\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><strong><u>\u00a0<\/u>Pour commencer trois mots: n\u00e9cessit\u00e9, sens, chemin, lequel \u00e9merge en premier\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Juliette\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Sens, parce que pour moi la grande affaire de Niki de Saint Phalle \u00e9tait de donner un autre sens au traumatisme. Elle dit qu\u2019elle aurait pu \u00eatre une terroriste si elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 une artiste. Elle a donn\u00e9 du sens, mis sa rage dans son \u0153uvre. J\u2019aime bien aussi le mot chemin. Niki est une femme qui a trac\u00e9 son chemin \u00e0 travers la psychiatrie, ses premiers dessins, ses rencontres. Elle essaie d\u2019aller bien tout en se posant plein de questions. La derni\u00e8re grande exposition qui lui a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e au Grand Palais \u00e0 Paris met d\u2019abord en avant le c\u00f4t\u00e9 sombre de son \u0153uvre \u00ab\u00a0les tirs\u00a0\u00bb dans ann\u00e9es 6O, puis il y a la rencontre avec Tinguely et les Nanas. Son oeuvre devient alors lumineuse. Dans un premier temps, elle cr\u00e9e en partant de ses obsessions\u00a0: le sort r\u00e9serv\u00e9 aux femmes, femmes mari\u00e9es, prostitu\u00e9es. Ne pas oublier qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e par son p\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 11 ans. Son \u0153uvre est un combat pour d\u00e9passer ce traumatisme. Le compte \u00e0 r\u00e9gler avec son p\u00e8re est un moteur tr\u00e8s puissant. Elle arrive dans un second temps \u00e0 exprimer quelque chose de tr\u00e8s joyeux avec ces femmes \u00e9normes, pleines de vie et tr\u00e8s sensuelles. Ces femmes ne subissent plus, elles sont libres. Alors qu\u2019elle a v\u00e9cu une enfance avec une m\u00e8re tr\u00e8s dominatrice et un p\u00e8re qui pour \u00e9chapper \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e0 la prison maternelle\u00a0\u00bb c\u2019est elle qui l\u2019\u00e9crit, commet l\u2019inceste. A la mort de son p\u00e8re, elle cr\u00e9e une oeuvre o\u00f9 l\u2019on voit sa m\u00e8re d\u00e9vorer son p\u00e8re.Niki a symboliquement flingu\u00e9 son p\u00e8re. Dans les derni\u00e8re ann\u00e9es, elle s\u2019est consacr\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation du Jardin des tarots en Toscane, \u0153uvre lumineuse immense, le pendant du Cyclope de Tinguely. Elle veut montrer \u00e0 l\u2019homme dont elle est follement amoureuse et \u00e9galement \u00e0 son p\u00e8re, que la femme est aussi puissante que l\u2019homme.<\/p>\n<p><strong>N\u00e9cessit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, elle \u00e9tait dans la n\u00e9cessit\u00e9 de travailler tout le temps, m\u00eame malade, elle devait travailler et encore travailler pour \u00e9viter de penser, de souffrir, car elle \u00e9tait tr\u00e8s angoiss\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>\u00a0Funambule, po\u00e9sie, \u00e9blouissement\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Juliette<\/strong>\u00a0: \u00e9blouissement. A l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle \u00e9tait mari\u00e9e avec Henry Mattews, deux \u0153uvres majeures lui ont permis de trouver sa voie. D\u2019abord le travail de Gaudi et ensuite le palais du Facteur Cheval. Deux \u00e9blouissements.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Distraction, folie, art\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Niki dit et r\u00e9p\u00e8te qu\u2019elle n\u2019a pas de distraction. Si elle se distrait elle devient folle. Elle m\u00e8ne une vie quasi monacale, travaille tout le temps. L\u2019art pour ne pas devenir folle. Mais elle n\u2019a pu \u00e9chapper \u00e0 une folie qui l\u2019\u00e9puise et qui, elle en est consciente, \u00e9puise aussi les autres. Au final, beaucoup de solitude.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Enfance, complexit\u00e9, intensit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Son enfance a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s complexe, tr\u00e8s intense. Complexe parce qu\u2019elle est franco- am\u00e9ricaine. Elle vit \u00e0 New York et passe toutes ses vacances en France, dans la Ni\u00e8vre. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 avec son p\u00e8re, l\u2019aristocratie fran\u00e7aise, de l\u2019autre la folie des grandeurs avec une m\u00e8re am\u00e9ricaine. Le Jardin des tarots lui a demand\u00e9 vingt ans de travail. Sa vie a \u00e9t\u00e9 intense artistiquement, sentimentalement. Elle a aussi eu une grande histoire d\u2019amour avec une femme. C\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un de tr\u00e8s sexuel.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>De Juliette \u00e0 Niki\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Avant elle, je voulais d\u00e9j\u00e0 faire un spectacle o\u00f9 une femme aurait \u00e9t\u00e9 seule en sc\u00e8ne. Et je suis tomb\u00e9e presque par hasard sur une lettre que Niki avait \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re, apr\u00e8s la mort de cette derni\u00e8re. Je ne la connaissais pas plus que cela. Elle \u00e9prouvait un grand amour pour sa m\u00e8re et aussi beaucoup de haine. Elle la remerciait de ne pas l\u2019avoir encourag\u00e9e dans son art. Ainsi s\u2019est forg\u00e9e sa libert\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019avais trouv\u00e9 cela fantastique.\u00a0C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 son histoire rencontre la mienne. J\u2019avais envie de raconter comment on peut se construire envers et contre tous. Contre une famille mortif\u00e8re, qui peut devenir la source de votre propre libert\u00e9. L\u00e0 \u00e9tait le lien extraordinaire autorisant \u00e0 parler de tout. Elle a \u00e9t\u00e9 pour moi un exemple, une rencontre que je n\u2019attendais pas. C\u2019\u00e9tait une pure autodidacte qui avait tout appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la vie. La cr\u00e9ation est quelque chose de simple. La technique vient apr\u00e8s. Je me sens en affinit\u00e9 avec cette d\u00e9marche.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai lu cette lettre je ne connaissais que La mari\u00e9e expos\u00e9e \u00e0 Beaubourg et la fontaine Stravinsky. Je savais vaguement qu\u2019elle avait subi un viol. Puis il y a eu toutes une s\u00e9rie de circonstances. D\u2019abord Arielle Bernheim qui m\u2019a dit apr\u00e8s avoir vu l\u2019exposition du Grand Palais, \u00ab\u00a0c\u2019est fou comme tu as des faux airs de Niki de Saint Phalle\u00bb! Moi, non sans narcissisme je suis partie voir l\u2019expo. L\u00e0 j\u2019ai comme une esp\u00e8ce de r\u00e9v\u00e9lation. Ensuite j\u2019ai achet\u00e9 ses trois livres,\u00a0\u00abTraces\u00bb sur son enfance, \u00abHarry et moi\u00a0\u00bb et \u00abMon secret\u00bb. Elle vivait dans l\u2019opulence mais \u00e9tait tr\u00e8s sensible \u00e0 la pauvret\u00e9. J\u2019ai pris conscience de ma ressemblance avec elle comme si j\u2019avais tout \u00e0 coup une grande s\u0153ur. Pour moi, cela devenait une n\u00e9cessit\u00e9 absolue de m\u2019emparer d\u2019elle, de sa vie.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9crit la pi\u00e8ce tr\u00e8s vite et dans la foul\u00e9e, le sc\u00e9nario. Par ailleurs, j\u2019avais lu dans Paris Match une interview de Bloum sa petite fille qui avait une relation tr\u00e8s \u00e9troite avec sa grand-m\u00e8re, c\u2019est elle qui devait \u00eatre son ex\u00e9cuteur testamentaire. Je venais de perdre ma grand-m\u00e8re et la relation de Bloum avec Niki m\u2019a beaucoup touch\u00e9e. Tout cela a cr\u00e9\u00e9 chez moi une n\u00e9cessit\u00e9 de transmission.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quelle relation entre les \u00e9crits ant\u00e9rieurs de Juliette Thi\u00e9rr\u00e9e et la pi\u00e8ce\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des passerelles. J\u2019\u00e9tais com\u00e9dienne, j\u2019ai fait des mises en sc\u00e8ne. Niki a \u00e9t\u00e9 mannequin, com\u00e9dienne, elle a pris des cours de th\u00e9\u00e2tre. Elle \u00e9tait sans doute trop am\u00e9ricaine pour le syst\u00e8me fran\u00e7ais. Elle a voulu \u00eatre metteur en sc\u00e8ne \u00e0 la t\u00eate d\u2019une petite troupe. Moi j\u2019ai ressenti tr\u00e8s vite mes limites en \u00e9tant seulement com\u00e9dienne. J\u2019ai \u00e9crit un sc\u00e9nario, r\u00e9alis\u00e9 par le p\u00e8re de mes enfants sur la vie de Van Gogh et de nombreuses chansons pour moi et d\u2019autres interpr\u00e8tes. Mes textes sont \u00e0 la fois dr\u00f4les et sulfureux, assez port\u00e9s sur la provocation. Je me retrouve en Niki qui \u00e9tait \u00e0 la fois tr\u00e8s joyeuse et tourment\u00e9e. Il y a \u00e9norm\u00e9ment d\u2019humour dans les Nanas. J\u2019ai \u00e9crit un spectacle de chansons o\u00f9 je racontais des choses tragiques sur un mode assez burlesque. J\u2019ai toujours \u00e9crit.\u00a0 \u00abVoyage en m\u00e8re avec ma fille\u00a0\u00bb est un projet de documentaire sur ma m\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1993. On n\u2019a alors plus jamais parl\u00e9 d\u2019elle pendant vingt ans jusqu\u2019\u00e0 la mort de ma grand-m\u00e8re. J\u2019ai alors r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 un \u00e9norme carton de photos de ma m\u00e8re qui m\u2019\u00e9taient inconnues. Deuxi\u00e8me \u00e9v\u00e9nement, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je me suis retrouv\u00e9e place Saint Sulpice, o\u00f9 se tenait le march\u00e9 de la po\u00e9sie. J\u2019ai revu Jean-Michel Place qui \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de cette manifestation. J\u2019ai revu les \u00e9diteurs de ma m\u00e8re. Je me suis alors rendu compte que je ne connaissais pas ma m\u00e8re, j\u2019avais alors 25 ans. Le lien de la transmission avait \u00e9t\u00e9 rompu. Je voulais donc faire ce documentaire avec ma fille en interviewant des gens qui ont connu ma m\u00e8re. Niki parle aussi \u00e9norm\u00e9ment de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00abNiki de St Phalle ou la femme aux mille questions\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Pour tous les illumin\u00e9s et innocents qui aiment l\u2019art, la po\u00e9sie, la vie port\u00e9e \u00e0 son plus haut point d\u2019incandescence, joyeuse et sublime.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Th\u00e9\u00e2tre Berthelot, 6 rue Marcellin Berthelot, Montreuil. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mercredi 11 mai \u00e0 21h00. <\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9servation\u00a0: 0141721035<\/strong><\/p>\n<p><strong>M\u00e9tro\u00a0: Croix de Chavaux, ligne 9.<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en F\u00e9vrier 2016 \u00e0 Gentilly sur la sc\u00e8ne du Plateau 31.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Photos Arielle Bernheim<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>le 11 Mai \u00e0 21h au Th\u00e9\u00e2tre Berthelot de Montreuil repr\u00e9sentation de\u00abNiki de Saint Phalle ou la femme aux mille questions\u00bb de Juliette Thi\u00e9rr\u00e9e, auteur, metteur en sc\u00e8ne, com\u00e9dienne, ou comment une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre peut nous faire revivre, l\u2019\u00e9motion fulgurante et drolatique que nous ont apport\u00e9 les peintures et sculptures d&rsquo;une immense artiste. Le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9476,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[705,718,700],"tags":[707,1200,1199,1202,1198,1201],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9466"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9466"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9466\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9480,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9466\/revisions\/9480"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9476"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9466"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9466"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9466"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}