{"id":9334,"date":"2017-04-24T21:12:46","date_gmt":"2017-04-24T19:12:46","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=9334"},"modified":"2018-01-03T00:09:10","modified_gmt":"2018-01-02T23:09:10","slug":"marseille-la-ville-a-abattre-reportage-francois-bernheim","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2017\/04\/marseille-la-ville-a-abattre-reportage-francois-bernheim\/","title":{"rendered":"MARSEILLE  la ville \u00e0 abattre.reportage fran\u00e7ois bernheim"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9302\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/th-6-300x225.jpg\" alt=\"th-6\" width=\"300\" height=\"225\" \/> \u00ab\u00a0Marseille n\u2019est pas une ville pour touristes. Il n\u2019y a rien \u00e0 voir. Sa beaut\u00e9 ne se photographie pas. Elle se partage. Ici il faut prendre parti. Se passionner. Etre pour, \u00eatre contre. Etre violemment. Alors seulement ce qui est \u00e0 voir se donne \u00e0 voir. Et l\u00e0, trop tard, on est en plein drame. Un drame antique o\u00f9 le h\u00e9ros c\u2019est la mort. \u00c0 Marseille, m\u00eame pour perdre il faut savoir se battre\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Jean Claude Izzo, Total Kh\u00e9ops <sup>(2)<\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u2026 Le lieu d\u2019une parole ouverte o\u00f9 l\u2019on pouvait avancer l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019autre soit consid\u00e9r\u00e9 comme une richesse avant de repr\u00e9senter une menace\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Denis Gheerbrant,<\/p>\n<p>La R\u00e9publique Marseille, suite cin\u00e9matographique <sup>(3)<\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comme le disait un mec de mon quartier\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La France, elle fait ses plans, sans nous\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Younes Amrani &#8211; St\u00e9phane Beaud, Pays de malheur <sup>(4)<\/sup>.<\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Tant que les lapins n\u2019auront pas d\u2019historien, l\u2019histoire sera racont\u00e9e par les chasseurs\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Howard Zinn <sup>(5)<\/sup>.<\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Un reportage de fran\u00e7ois bernheim<\/span><\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Ce que je sais de Marseille\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Un \u00e9blouissement, une catastrophe, un tremblement.<\/p>\n<p>Je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr de ne pas savoir ce que je ne sais pas.<\/p>\n<p>Sous les br\u00fblures du soleil et les grimaces de la nuit, la vieille peau se d\u00e9tache.<\/p>\n<p>Je sais quelques notes de musique, deux ou trois mots balbuti\u00e9s, l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u00e9sordonn\u00e9e d\u2019un peuple du monde aussi fier, g\u00e9n\u00e9reux, fou que d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Venant de Boulogne-Billancourt, j\u2019ai pendant 15 jours rencontr\u00e9 des \u00eatres aussi beaux et lucides que la M\u00e9diterran\u00e9e, aussi tendres que la pierre est ici dure. J\u2019ai enregistr\u00e9 leurs paroles, d\u00e9vor\u00e9 leurs livres, documents, \u0153uvres. Relu et relu Izzo. Dire l\u2019ivresse, la po\u00e9sie, est indispensable mais insuffisant face \u00e0 la guerre qui est ici men\u00e9e contre les peuples du sud.<\/p>\n<p>La beaut\u00e9 n\u2019a pas vocation \u00e0 servir de cache-sexe au m\u00e9pris. Elle nous oblige \u00e0 ne jamais trahir ceux que les puissants condamnent \u00e0 la rel\u00e9gation ; les soi-disant \u00ab\u00a0classes dangereuses\u00a0\u00bb. Notre avenir, notre humanit\u00e9 en d\u00e9pendent. Merci \u00e0 Marseille, \u00e0 celles et ceux avec qui j\u2019ai pu dialoguer avec bonheur <sup>(1)<\/sup>. Leur densit\u00e9, leur amour de la vie, leur ouverture me comblent. Je ne sais toujours pas parler de Marseille.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Pastis, en guise d\u2019ap\u00e9ritif<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>O\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre que laisser tanguer les mots, les id\u00e9es, n\u2019est pas plus idiot que vouloir les forcer \u00e0 entrer dans des tiroirs \u00e9tanches, inaptes \u00e0 la danse comme au maniement des contradictions en terrain min\u00e9.<\/p>\n<p>Alors, dans le d\u00e9sordre\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Peuple<\/strong><\/p>\n<p>A Marseille comme dans beaucoup d\u2019autres villes, les dirigeants ne sont pas contents du peuple. Pour aller de l\u2019avant, il faudrait \u00e0 l\u2019\u00e9vidence changer de peuple.<\/p>\n<p>Ainsi, d&rsquo;apr\u00e8s Claude Valette, adjoint au maire <sup>(6)<\/sup>, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019urbanisme, <em>\u00ab\u00a0On a besoin de gens qui cr\u00e9ent de la richesse. Il faut nous d\u00e9barrasser de la moiti\u00e9 des habitants de la ville. Le c\u0153ur de la ville m\u00e9rite autre chose\u00a0\u00bb<\/em>, cit\u00e9 par Eric Zemmour (Le Figaro 18 novembre 2003)\u2026<\/p>\n<p>En 1929, Claude McKay \u00e9crit \u00ab\u00a0Banjo\u00a0\u00bb <sup>(7)<\/sup>. Le h\u00e9ros, un musicien de jazz noir, d\u00e9crit ainsi Marseille vu des quais : \u00ab\u00a0L\u00e0, chaque jour, il pouvait rencontrer un prol\u00e9tariat pittoresque venu des eaux lointaines dont les noms enflammaient son esprit d\u2019aventure\u00a0: mer des Cara\u00efbes, golfe de Guin\u00e9e, golfe Persique, golfe du Bengale, mer de Chine, archipel indien&#8230; Dans l\u2019entassement des caisses, des sacs, des tonneaux \u2013 dont certains laissaient \u00e9chapper une partie de leur contenu \u2013 reposait, dans la senteur chaude de leurs parfums g\u00e9n\u00e9reux, la moisson splendide de tous les pays du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Historiens du peuple de Marseille<\/strong><\/p>\n<p>La ville a la chance d\u2019avoir en son sein des historiens populaires de haut niveau, fiers de leur ville. Le monde entier les a consacr\u00e9s. La ville s\u2019est bien gard\u00e9e de les encourager, car la culture hip-hop que v\u00e9hiculent des groupes comme\u00a0IAM, la Fonky Family, Massilia Sound System, B.vice et bien d\u2019autres est celle de la jeunesse.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Jusqu\u2019alors on a comme maire Gaston Defferre, qui maintient la ville sous une chape de plomb. Les jeunes n\u2019ont pas droit de cit\u00e9\u2026 C\u2019\u00e9taient vraiment des ann\u00e9es sombres\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Jali, futur membre de Massilia Sound System<\/p>\n<p>dans Mars de Julien Valnet <sup>(8)<\/sup>.<\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><strong>Salet\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le peuple est sale, Marseille \u00e9galement.<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise Gaumet, adjointe municipale \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne, dans la revue V Marseille\u00a02013, s\u2019exprime ainsi\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0On estime qu\u2019il y a un rat par habitant, ce sont des commensaux de l\u2019homme\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>Le rat est utile, il enl\u00e8ve un quart de nos d\u00e9chets. S\u2019il n\u2019y avait pas de rats, il faudrait plus d\u2019\u00e9boueurs. L\u2019avantage, c\u2019est qu\u2019eux ne font pas gr\u00e8ve\u00a0\u00bb<\/em> <sup>(9)<\/sup><\/p>\n<p>\u2026 Sur une affiche municipale, un slogan prometteur : <em>\u00ab\u00a0Marseillais, il est temps de respecter notre ville\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Selon l\u2019\u00e9crivain journaliste Bruno Le Dantec, <em>\u00ab\u00a0La mairie oublie qu\u2019elle n\u2019a introduit les conteneurs \u00e0 ordures qu\u2019en 2000 et que le tri s\u00e9lectif n\u2019en est qu\u2019\u00e0 sa phase virtuelle\u00a0\u00bb <\/em><sup>(6)<\/sup>.<\/p>\n<p>Sans doute l\u2019exemple vient-il d\u2019en haut, mais \u00e0 Marseille l\u2019incivisme semble la chose du monde la mieux partag\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sidences priv\u00e9es dans les quartiers Nord<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u00c7a donne un truc un peu cr\u00e9pi, rose, bleu atroce, un m\u00e9lange Dallas- Marrakech-Salon de Provence, avec digicodes et des gens qui restent chez eux. Ce genre de r\u00e9sidences a essaim\u00e9 partout, souvent au pied des tours. De plus en plus, des murs de s\u00e9paration se construisent, \u00e0 tel point qu\u2019\u00e0 Kalliste, une tr\u00e8s grande cit\u00e9, tout le monde surnomme l\u2019immense r\u00e9sidence ferm\u00e9e qui s\u2019est construite au pied des tours\u00a0\u00ab\u00a0Gaza \u00bb\u00a0: c\u2019est de cette fa\u00e7on qu\u2019on lit le mur\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Yohanne Lamoul\u00e8re <sup>(10)<\/sup><\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><strong>Le prix d\u2019un homme<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0On n\u2019est pas s\u00e9rieux quand on a 17 ans\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Arthur Rimbaud<\/p>\n<p><u>\u00a018 Octobre 1980<\/u><\/p>\n<p>Lahouri Ben Mohamed, 17 ans, habite avec sa famille la cit\u00e9 de la Busserine. Il est assis \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une voiture conduite par un de ses camarades. Une patrouille de CRS les contr\u00f4le. Tout est en r\u00e8gle. Aucune menace \u00e0 l\u2019horizon. Un des CRS tirera \u00e0 deux reprises sur lui \u00e0 bout portant. Au bout de 7 ans de proc\u00e9dures judiciaires, le CRS est condamn\u00e9 pour homicide involontaire \u00e0 10 mois de prison dont 4 avec sursis. Hassan Ben Mohamed, le fr\u00e8re de la victime, a voulu comprendre. Il s\u2019est engag\u00e9 dans la police, il a enqu\u00eat\u00e9. Trente ans plus tard, \u00e0 la m\u00e9moire de son fr\u00e8re, il \u00e9crit \u00ab\u00a0 La g\u00e2chette facile\u00a0\u00bb <sup>(11)<\/sup>. Sa m\u00e8re lui r\u00e9v\u00e8le alors qu\u2019apr\u00e8s le meurtre, des hommes ont propos\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re de faire la peau du policier en prison. il a cat\u00e9goriquement refus\u00e9. \u00ab\u00a0N\u2019oublie jamais, mon fils\u00a0: qui tue un homme tue l\u2019humanit\u00e9\u00a0; mais qui sauve un homme sauve l\u2019humanit\u00e9 toute enti\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><u>21 f\u00e9vrier 1995<\/u><\/p>\n<p>Ibrahim Ali, 17 ans, d\u2019origine comorienne, rentrait chez lui avec ses camarades musiciens. Des colleurs d\u2019affiches du Front National ont voulu l\u2019attraper. Ils lui ont tir\u00e9 dessus et l\u2019ont assassin\u00e9. Le meurtrier a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 15 ans de r\u00e9clusion criminelle. Le jury n\u2019a pas suivi Bruno M\u00e9gret, qui, \u00e0 la barre, est venu justifier ce crime. C\u2019est le m\u00eame Front National qui a failli gagner la r\u00e9gion PACA en d\u00e9cembre 2015 avec 45,22 % des voix au second tour. Tous les 21 f\u00e9vrier, Mba\u00e9 Soly Mohamed, qui \u00e9tait le compositeur du groupe B.vice, accompagn\u00e9 des habitants de la Savine et d\u2019autres citoyens, rend hommage \u00e0 son ami <sup>(12)<\/sup>.<\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><strong>L\u2019O.M. b\u00e9ni des dieux<\/strong><\/p>\n<p>2005 &#8211; L\u2019O.M. bat le PSG \u00e0 domicile. Dieu, toujours du c\u00f4t\u00e9 de L\u2019O.M., demande au cur\u00e9 de l\u2019\u00e9glise Notre-Dame du Mont de c\u00e9l\u00e9brer dignement l\u2019\u00e9v\u00e9nement. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 la sortie du match les cloches se mirent \u00e0 sonner\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Marseille Capitale europ\u00e9enne de la culture 2013<\/strong><\/p>\n<p>La ville, pendant plusieurs mois, a \u00e9t\u00e9 sous le feu des projecteurs m\u00e9diatiques, non au titre de crimes et d\u00e9lits crapuleux, mais pour un \u00e9v\u00e9nement <em>a priori<\/em> rassembleur et ayant trait, selon son intitul\u00e9, \u00e0 la culture.<\/p>\n<p>Par ailleurs, de nouveaux mus\u00e9es ont vu le jour, sans doute pas dans le cadre de l\u2019\u00e9v\u00e9nement mais vraisemblablement stimul\u00e9s par lui.<\/p>\n<p>Le vieux port est redevenu accessible au public, le quartier de la Joliette a \u00e9t\u00e9 r\u00e9am\u00e9nag\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Vraisemblablement, Marseille, \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, a r\u00e9ussi \u00e0 am\u00e9liorer son image de marque. Les opposants au projet ne nient pas de telles avanc\u00e9es, mais pour eux l\u2019objectif de l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait plus publicitaire que culturel. Le film de Nicolas Burlaud \u00ab\u00a0La f\u00eate est<br \/>\nfinie\u00a0\u00bb <sup>(13)<\/sup> a clairement identifi\u00e9 l\u2019objectif poursuivi\u00a0: acc\u00e9l\u00e9rer le processus de \u00ab\u00a0gentrification\u00a0\u00bb en cours afin d\u2019ouvrir la ville \u00e0 de nouvelles couches de population disposant de plus de moyens et plus conformes \u00e0 l\u2019image st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e que ceux qui d\u00e9tiennent les r\u00eanes se font de l\u2019\u00e9lite.<\/p>\n<p>Ainsi Marseille capitale culturelle europ\u00e9enne 2013 ne serait ni plus ni moins que le cheval de Troie du grand capital ayant besoin d\u2019un alibi pour mener une op\u00e9ration urbanistique visant \u00e0 pousser dehors les couches populaires. A l\u2019appui de cette th\u00e8se on notera\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; que l\u2019op\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 t\u00e9l\u00e9guid\u00e9e d\u2019en haut, ni l\u2019Etat, principal investisseur avec l\u2019\u00e9tablissement public Euromed, ni la mairie n\u2019ayant daign\u00e9 cr\u00e9er de d\u00e9bat et faire appel aux propositions de ceux d\u2019en bas ;<\/p>\n<p>&#8211; que dans une ville o\u00f9 le jacobinisme parisien est v\u00e9cu comme une offense, les \u00e9quipes conduisant le projet ont laiss\u00e9 une part pr\u00e9pond\u00e9rante aux experts parisiens parachut\u00e9s sur place ;<\/p>\n<p>&#8211; que, <em>a contrario<\/em>, un petit nombre d\u2019artistes authentiques a particip\u00e9 aux \u00ab\u00a0 quartiers cr\u00e9atifs\u00a0\u00bb <sup>(14) <\/sup>;<\/p>\n<p>&#8211; mais que les quartiers nord, notamment la Busserine, ont refus\u00e9 de participer \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un jardin \u00e9ph\u00e9m\u00e8re &#8211; alors que les quartiers manquent de tout, on leur propose de consacrer 420 000 \u20ac \u00e0 un jardin qui, apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration, serait recouvert du bitume de l\u2019autoroute L2 en cours de construction.<\/p>\n<p>Par ailleurs, bon nombre d\u2019associations culturelles ont vu leurs subventions diminu\u00e9es ou supprim\u00e9es.<\/p>\n<p>Quelle a \u00e9t\u00e9 l\u2019implication de la jeunesse, des troupes de th\u00e9\u00e2tre, des groupes de musiciens marseillais\u00a0?&#8230; On peut dire quasi nulle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bar de la Marine<\/strong><\/p>\n<p>Marcel Pagnol a sans doute largement contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9difier un mythe autour de Marseille. Il n&rsquo;en est que plus savoureux de savoir que le Bar de la Marine avait \u00e9t\u00e9 construit en studio lors du tournage de sa trilogie,\u00a0jusqu\u2019\u00e0 ce que, le succ\u00e8s du film aidant, un bar \u00e0 ce nom ouvre sur le Vieux-Port, reproduisant \u00ab\u00a0en vrai\u00a0\u00bb le d\u00e9cor du film\u00a0!\u00a0<sup>(15)<\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019Estaque<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai visit\u00e9 l\u2019Estaque en compagnie de Julie Demuer, de l\u2019association H\u00f4tel du Nord. En \u00e9t\u00e9, la plage de Corbi\u00e8re est le lieu de rendez-vous des familles habitant les cit\u00e9s. C\u2019est sans doute un des endroits les plus beaux du monde. La nature, \u00e0 l\u2019inverse des hommes, ne prend jamais de posture. Avec une simplicit\u00e9 radicale, elle dit que la beaut\u00e9 est encore plus belle quand elle est partag\u00e9e. Ici, les sentiments, les \u00e9motions s\u2019expriment les yeux et le c\u0153ur grands ouverts. Mais L\u2019Estaque est h\u00e9las un lieu pollu\u00e9 par une usine chimique aujourd\u2019hui en d\u00e9su\u00e9tude.<\/p>\n<p>La d\u00e9pollution prendra encore des ann\u00e9es. Les ouvriers de l\u2019usine \u00e9taient log\u00e9s sur place avec une vue imprenable sur la mer. Aujourd\u2019hui ils sont \u00e0 la retraite et habitent toujours les m\u00eames petites maisons, car aucune op\u00e9ration immobili\u00e8re d\u2019envergure ne peut \u00eatre lanc\u00e9e tant qu\u2019il y aura des traces de pollution.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Petites histoires de Marseille<\/strong><\/p>\n<p>Gilles Del Pappas, auteur de romans policiers, raconte\u00a0:<\/p>\n<p>Dans le Panier, trois voitures se suivent\u00a0: la premi\u00e8re s\u2019arr\u00eate au milieu de la route devant un bar. Le conducteur descend et s\u2019assied tranquillement pour prendre son caf\u00e9. Les automobilistes bloqu\u00e9s sont furieux, ils klaxonnent \u00e0 tue-t\u00eate. L\u2019un apostrophe le g\u00eaneur\u00a0: \u00ab Je travaille, moi\u00a0! \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019autre, laconique, r\u00e9pond\u00a0: \u00ab C\u2019est bien fait\u00a0! \u00bb<\/p>\n<p>\u2026.<\/p>\n<p>Dans une rue du Panier, il y a d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es, un gamin tire avec un fusil \u00e0 pompe sur les pigeons. Passe une petite vieille avec son cabas. Sa r\u00e9flexion a \u00e9t\u00e9 : \u00ab\u00a0Oh petit, fais attention de ne pas te faire mal\u00a0! \u00bb<\/p>\n<p>Gilles del Pappas me signale \u00e9galement qu\u2019\u00e0 Marseille vivent au moins quarante auteurs de romans policiers. \u00c0 Bordeaux il pourrait y en avoir\u2026 un.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pastis, encore<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Le pastaga <\/em><sup>(16)<\/sup><em> est la boisson la plus populaire de Marseille et peut-\u00eatre de France. M\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019eau qui le coupe, le pastis que l\u2019on boit indique bien quelque chose de trouble, un d\u00e9sordre, une confusion. \u00catre en plein pastis, c\u2019est se trouver fort embarrass\u00e9\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9316\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/thumb_Ciste-cotonneux-en-fleurs-au-bord-des-falaises-Soubeyranes2C-face-a-la-baie-de-Cassis-et-aux-calanques-1-300x199.jpg\" alt=\"thumb_Ciste-cotonneux-en-fleurs-au-bord-des-falaises-Soubeyranes2C-face-a-la-baie-de-Cassis-et-aux-calanques\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/thumb_Ciste-cotonneux-en-fleurs-au-bord-des-falaises-Soubeyranes2C-face-a-la-baie-de-Cassis-et-aux-calanques-1-300x199.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/thumb_Ciste-cotonneux-en-fleurs-au-bord-des-falaises-Soubeyranes2C-face-a-la-baie-de-Cassis-et-aux-calanques-1.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Police, vos papiers !<\/strong><\/span><\/p>\n<p><em>(Source INSEE)<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Marseille<\/strong><\/p>\n<p>Chef-lieu des Bouches-du-Rh\u00f4ne et de la r\u00e9gion Provence-Alpes-C\u00f4te d\u2019Azur (PACA).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Population<\/strong><\/p>\n<p>852 516 habitants (2012).<\/p>\n<p>491161 en 1901 \u2013 914 264 en 1936 \u2013 636 264 en 1946 \u2013 908 600 en 1975 \u2013 800 550 en 1990 \u2013 839 043 en 2006.<\/p>\n<p>382 811 m\u00e9nages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Territoire <\/strong><\/p>\n<p>240,6 km<sup>2<\/sup>, soit 2,5 fois plus grand que Paris, 5 fois plus grand que Lyon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Densit\u00e9<\/strong> `<\/p>\n<p>3 543 habitants \/ km<sup>2<\/sup> (Lyon\u00a0: 10 118. Paris\u00a0: 21 229. Toulouse\u00a0: 3 735).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Immigr\u00e9s et \u00e9trangers dans les grandes villes fran\u00e7aises<\/strong><\/p>\n<p>(recensement 2010)<\/p>\n<p>Paris\u00a0: 20,3 % et 14,9 %<\/p>\n<p>Lyon\u00a0: 12,0 % et 8,3 %<\/p>\n<p>Toulouse :13,4 % et 9,0 %<\/p>\n<p>Seine-Saint-Denis : 27,7 % et 21,2 %<\/p>\n<p>Aix en Provence : 10,2 % et 6,3 %<\/p>\n<p>Marseille : 12,9 % et 7,8 %<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Familles mono-parentales<\/strong><\/p>\n<p>Entre 25 % et 31 % dans les 1<sup>er<\/sup>, 2<sup>\u00e8me<\/sup>, 3<sup>\u00e8me<\/sup>,14<sup>\u00e8me<\/sup>,15<sup>\u00e8me<\/sup><\/p>\n<p>Entre 15 % et 23 % dans les 8<sup>\u00e8me<\/sup>, 9<sup>\u00e8me<\/sup>, 10<sup>\u00e8me<\/sup> et 13<sup>\u00e8me<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Revenus<\/strong><\/p>\n<p>7 365 \u20ac par uc <sup>(17)<\/sup> pour le 3<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement<\/p>\n<p>24 940 par uc pour le 8<sup>\u00e8me<\/sup><\/p>\n<p><u>De 9 000 \u20ac \u00e0 15 000 \u20ac :<\/u> 2<sup>\u00e8me<\/sup>, 1<sup>er<\/sup>, 14<sup>\u00e8me<\/sup>, 13<sup>\u00e8me<\/sup>, 15<sup>\u00e8me<\/sup>, 16<sup>\u00e8me<\/sup><\/p>\n<p><u>De 16 000 \u00e0 20 000 \u20ac\u00a0:<\/u> 4<sup>\u00e8me<\/sup>, 5<sup>\u00e8me<\/sup> et 6<sup>\u00e8me<\/sup><\/p>\n<p><u>Plus de 20 000 \u20ac\u00a0:<\/u> 9<sup>\u00e8me<\/sup>, 12<sup>\u00e8me<\/sup>, 7<sup>\u00e8me<\/sup>, 8<sup>\u00e8me<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Logement<\/strong><\/p>\n<p>Nombre total de logements\u00a0: 423 315<\/p>\n<p>R\u00e9sidences principales\u00a0: 90,4 %<\/p>\n<p>Vacants : 7,3 %<\/p>\n<p>Propri\u00e9taires de r\u00e9sidences principales\u00a0: 44,1 %<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Cr\u00e8ches<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Patrick Lacoste, de l\u2019association \u00ab\u00a0Un centre ville pour tous\u00a0\u00bb, dans le 8<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement, il y a une place disponible pour 3 candidats possibles.<\/p>\n<p>Dans le 15<sup>\u00e8me<\/sup>, il y a une place pour 8 candidats.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Emplois<\/strong><\/p>\n<p>341 824, dont 87,9 % salari\u00e9s<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>84 229 \u00e9tablissements actifs<\/p>\n<p>Agriculture\u00a0: 0,2 %<\/p>\n<p>Industrie : 3,8 %<\/p>\n<p>Construction\u00a0: 9,6 %<\/p>\n<p>Administration publique\u00a0: 17,7 %<\/p>\n<p>Commerce, transport, services\u00a0: 68,9 %<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ch\u00f4mage<\/strong><\/p>\n<p>Moyenne ville\u00a0: 17,28%<\/p>\n<p>3<sup>\u00e8me<\/sup> arr.\u00a0: 29,78 %. 2<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0: 29,48 %. 1<sup>er<\/sup>\u00a0: 26,98 %. 15<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0: 26,81 %. 14<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0: 25,91 %. 8<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0: 9,66 %<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Criminalit\u00e9 <\/strong>(2010)<\/p>\n<p>Saint-Denis\u00a0: 166,50 \/ 1 000 habitants<\/p>\n<p>Avignon\u00a0: 122,94<\/p>\n<p>Nice : 114,32<\/p>\n<p>Marseille : 114,04<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Sous le mythe, le d\u00e9clin<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Marseille, ville cosmopolite \u00e0 la crois\u00e9e de tous les continents, Marseille, porte d\u2019entr\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e\u2026 Cela fait encore r\u00eaver, mais c\u2019est fini. Avec la d\u00e9colonisation, l\u2019industrie peu \u00e9labor\u00e9e qui \u00e9tait celle de la ville, soit a mis la clef sous la porte, soit s\u2019est transport\u00e9e ailleurs. La ville compte entre 8 % et 11 % d\u2019\u00e9trangers, moins que Paris (15 %) <sup>(15)<\/sup>.<\/p>\n<p>La culture de la ville est donc avant tout une culture de l\u2019\u00e9change, une culture commerciale.<\/p>\n<p>Que ce soient des commerces tenus par des Maghr\u00e9bins ou des foires et march\u00e9s qui t\u00e9moignent aujourd\u2019hui de la vitalit\u00e9 commerciale de la cit\u00e9, cela ne fait pas plaisir \u00e0 tout le monde. La r\u00e9novation \u00e0 venir de la place Jean Jaur\u00e8s, o\u00f9 se tient le march\u00e9 de la Plaine, pourrait bien avoir comme objectif de se d\u00e9barrasser d\u2019un bon nombre de forains \u00e0 qui on reproche de vendre (comme tout le monde) des produits de basse qualit\u00e9 en provenance d\u2019Asie.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire, une des industries les plus performantes de la ville a \u00e9t\u00e9 celle de la transformation de l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Les chimistes de Marseille \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme les meilleurs du monde. Il a fallu que le pr\u00e9sident Nixon \u00e9crive au pr\u00e9sident Pompidou pour que le gouvernement se d\u00e9cide en 1993 \u00e0 \u00e9radiquer la \u00ab French Connection\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Je vous abjure d\u2019entreprendre une lutte vigoureuse contre la fili\u00e8re fran\u00e7aise de l\u2019h\u00e9ro\u00efne qui, \u00e0 partir de Marseille, diffuse l\u2019h\u00e9ro\u00efne sur notre territoire. Nous savons que 80 % de l\u2019h\u00e9ro\u00efne consomm\u00e9e aux Etats- Unis provient de France. Cette drogue tue six mille Am\u00e9ricains par an\u00a0\u00bb <sup>(18)<\/sup>.<\/p>\n<p>On murmure que les services de s\u00e9curit\u00e9 fran\u00e7ais ne souhaitaient pas entraver une activit\u00e9 aussi r\u00e9mun\u00e9ratrice tant qu\u2019elle n\u2019exer\u00e7ait ses ravages qu\u2019\u00e0 l\u2019exportation&#8230;<\/p>\n<p>Ici, la bourgeoisie est plut\u00f4t frileuse. D\u00e9j\u00e0 en 1924, la mairie refusait de c\u00e9der des terrains \u00e0 l\u2019usine Hotchkiss. Raison inavouable\u00a0: faisant travailler des salari\u00e9s tr\u00e8s qualifi\u00e9s, elle aurait pu encourager des revendications salariales inopportunes.<\/p>\n<p>Marseille ville populaire, Marseille ville rouge. Voil\u00e0 qui \u00e9tait inacceptable. Tout ce qui pouvait emp\u00eacher le parti communiste de prendre localement le pouvoir a \u00e9t\u00e9 fait. Gaston Defferre, maire socialiste, a \u00e9t\u00e9 l\u2019initiateur de cette politique, mais Jean-Claude Gaudin, certes de droite, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme son fils spirituel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1954, les ouvriers constituent \u00e0 Marseille 42 % de la population active. Ils ne sont plus que 9,5 % en 2010 <sup>(15)<\/sup>.<\/p>\n<p>Les patrons de l\u2019industrie et du commerce, qui sont 13,7 % de la population active en 1954, ne sont plus que 2,8 % en 2010.<\/p>\n<p>Que reste-t-il quand on \u00e9radique par le haut et par le bas\u00a0? Le milieu et les pauvres. Ici, l\u2019emploi public est leader et les couches populaires les moins qualifi\u00e9es connaissent un ch\u00f4mage massif.<\/p>\n<p>26 % de la population est en dessous du seuil de pauvret\u00e9 en 2010, contre 16 % pour Paris, 15 % pour Lyon, 19 % pour Toulouse, 36 % pour la Seine-Saint-Denis,14 % pour Aix-en-Provence.<\/p>\n<p>Tout est en place pour que les \u00e9diles municipaux soient ceux de la m\u00e9diocrit\u00e9. En 1986, \u00e0 la mort de Gaston Defferre, une sorte d\u2019accident historique s\u2019est produit. Pour assurer l\u2019int\u00e9rim, Robert Vigouroux a \u00e9t\u00e9 choisi. Il ne devait, en principe, faire de tort \u00e0 personne. Erreur, l\u2019homme avait des id\u00e9es et m\u00eame des projets. Il a entre autres donn\u00e9 carte blanche \u00e0 Christian Poitevin (po\u00e8te connu sous le nom de Julien Blaine), qui a mis en place une politique culturelle remarquable. Il est convaincu que la culture est le meilleur moyen de relancer l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique en limitant la d\u00e9gradation sociale. De nouveaux lieux voient le jour\u00a0: la Friche de la Belle de Mai, le mus\u00e9e d\u2019art contemporain, le centre international de po\u00e9sie, etc. Christian Poitevin s\u2019entoure des meilleurs et surtout r\u00e9ussit \u00e0 insuffler un nouvel \u00e9tat d\u2019esprit o\u00f9 l\u2019audace cr\u00e9ative s\u2019appuie sur un professionnalisme rigoureux. R. Vigouroux a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en 1989 contre la volont\u00e9 de l\u2019appareil socialiste. A ce sujet, Jean Viard, sociologue et vice-pr\u00e9sident de Marseille-Provence-M\u00e9tropole, a fait remarquer que certes l\u2019\u00e9dile avait mis fin au client\u00e9lisme, mais que, gouvernant par projets, il s\u2019\u00e9tait coup\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 humaine locale\u2026 Ainsi Jean-Claude Gaudin a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu maire en 1995 et il l\u2019est encore aujourd\u2019hui.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9314\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/thumb_Canoes_dans_la_calanque_d_En_Vau-300x199.jpg\" alt=\"thumb_Canoes_dans_la_calanque_d_En_Vau\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/thumb_Canoes_dans_la_calanque_d_En_Vau-300x199.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/thumb_Canoes_dans_la_calanque_d_En_Vau.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, le client\u00e9lisme n\u2019est pas propre aux pays du sud. Balkany, Dassault r\u00e8gnent sur des communes de la r\u00e9gion parisienne. Si, dans leurs discours publics, beaucoup de responsables politiques d\u00e9noncent l\u2019abstentionnisme, de fait ils s\u2019en accommodent. Ils auront ainsi moins de clients \u00e0 satisfaire pour gagner les \u00e9lections.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Vous avez un projet b\u00e9ton pour la ville\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Jean-Claude Gaudin (\u00e9lu avec moins de 20% des voix) pourrait r\u00e9pondre\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Oui, b\u00e2tir un nouveau Marseille, en encourageant les b\u00e2tisseurs d\u2019envergure, en changeant le visage de la population, en assurant sa s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>En clair, le b\u00e9ton est devenu le nouveau s\u00e9same de la ville.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des quartiers comme ceux des 7<sup>\u00e8me<\/sup>,\u00a08<sup>\u00e8me<\/sup> et 10<sup>\u00e8me<\/sup> sont tr\u00e8s fortement densifi\u00e9s. Le choix d\u2019architectes quasi labellis\u00e9s entra\u00eene celui de promoteurs assez professionnels pour r\u00e9pondre avec efficacit\u00e9 au cahier des charges requis. La p\u00e9rennit\u00e9 du b\u00e2ti est loin d\u2019\u00eatre le crit\u00e8re recherch\u00e9. Une cit\u00e9 comme celle des Flamands va de r\u00e9novation en r\u00e9novation. Le co\u00fbt au m<sup>2<\/sup> y serait de 10 000 \u20ac, pour un appartement bourgeois dans les beaux quartiers. Pour Jean-Fran\u00e7ois Poupelin, du journal Le Ravi,\u00a0\u00ab\u00a0Jean-Claude Gaudin n\u2019a jamais eu de projet pour Marseille. Euromed, c\u2019est l\u2019Etat, c\u2019est l\u2019Etat qui rebooste la fa\u00e7ade maritime. JCG a persill\u00e9 les quartiers nord de r\u00e9sidences priv\u00e9es, il a donn\u00e9 les clefs de la ville aux promoteurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Certains s\u2019\u00e9tonnent qu\u2019\u00e0 Marseille bon nombre de rues soient toujours en travaux. Pour soutenir l\u2019activit\u00e9, on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9foncer la chauss\u00e9e, creuser des trous, les boucher, les recreuser quelques mois plus tard. La b\u00e9tonisation de la ville rend les nouveau immeubles ou les anciens r\u00e9nov\u00e9s hors de port\u00e9e d\u2019une client\u00e8le populaire.<\/p>\n<p>Mais que faire quand les habitants sont encore dans les lieux\u00a0?<\/p>\n<p>Philippe Pujol, journaliste \u00e0 La Marseillaise, quotidien communiste de la ville, a enqu\u00eat\u00e9 pendant 10 ans. Dans son livre \u00ab\u00a0La fabrique du monstre\u00a0\u00bb <sup>(14)<\/sup>, on apprend que des gamins ramassent des cafards pour gagner quelques centimes. On retrouvera les bestioles dans des appartements de personnes ayant un contrat de location en bonne et due forme. Par mesure de salubrit\u00e9 publique, ils seront aussit\u00f4t expuls\u00e9s. D\u2019autres m\u00e9thodes, dont la m\u00e9thode forte, peuvent \u00eatre employ\u00e9es. L\u2019exemple de la rue de la R\u00e9publique est tout \u00e0 fait significatif. Il s\u2019agissait de requalifier un p\u00e9rim\u00e8tre englobant la rue de la R\u00e9publique\u00a0: logements, fa\u00e7ades, commerces, parking, tramway. Dans le cadre \u00ab\u00a0d\u2019Eurom\u00e9diterran\u00e9e \u00bb, l\u2019Etat et la ville d\u00e9cident d\u2019investir 1 milliard d\u2019euros. L\u2019objectif,\u00a0selon l\u2019association \u00ab\u00a0Un Centre ville pour tous\u00a0\u00bb, est le suivant\u00a0<sup>(20)<\/sup> : \u00ab Enfin dans une rue en d\u00e9sh\u00e9rence, on aurait du neuf, le vieux r\u00eave municipal d\u2019une rue requalifi\u00e9e attirant des couches ais\u00e9es votant \u00e0 droite et cherchant \u00e0 payer moins d\u2019imp\u00f4ts. Seul petit probl\u00e8me : environ mille personnes, locataires, habitent la rue. En 2004, un fond de pension am\u00e9ricain, Lone Star, propose d\u2019acqu\u00e9rir 50 % du patrimoine du pr\u00e9c\u00e9dent propri\u00e9taire, \u00ab\u00a0de chasser les habitants et de r\u00e9nover et de vendre \u00e0 la d\u00e9coupe\u00a0\u00bb. Rentabilit\u00e9 esp\u00e9r\u00e9e du capital : 18% par an. En 4 ans, l\u2019affaire doit \u00eatre boucl\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Ao\u00fbt 2014. Six cent familles re\u00e7oivent un avis de fin de bail, les habitants sont harcel\u00e9s, les d\u00e9molisseurs saccagent les appartements. Bilan provisoire, onze ans plus tard : le nombre de logements, apr\u00e8s d\u00e9coupage, est pass\u00e9 de 2 850 \u00e0 3 497.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un quart des immeubles est \u00e0 l\u2019abandon ou en travaux. Un tiers du parc priv\u00e9 r\u00e9nov\u00e9 n\u2019est pas lou\u00e9. Deux tiers des 205 locaux d\u2019activit\u00e9 en rez-de-chauss\u00e9e sont \u00e0 l\u2019abandon. Seul le parc de pr\u00e8s de cinq cents logements sociaux est enti\u00e8rement r\u00e9nov\u00e9\u00a0\u00bb. La crise financi\u00e8re de 2008 est pass\u00e9e par l\u00e0 et les acheteurs ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les quartiers r\u00e9sidentiels de la ville.<\/p>\n<p>M\u00e9pris suppl\u00e9mentaire : pour cacher les commerces ferm\u00e9s, des affiches de commerces en activit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 placard\u00e9es sur les fa\u00e7ades. Aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de la rue de la R\u00e9publique, des centres commerciaux gigantesques ont vu le jour : \u00ab\u00a0Les Terrasses du Port\u00a0\u00bb d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de l\u2019autre \u00ab\u00a0Le Centre Bourse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>L\u2019esprit d\u2019entreprise ou la gangr\u00e8ne\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 examiner au plus pr\u00e8s les pratiques des gens en place, on s\u2019aper\u00e7oit tr\u00e8s vite que l\u2019on plonge dans un enchev\u00eatrement relationnel o\u00f9 membres du Parti socialiste, R\u00e9publicains (ex UMP), hommes d\u2019affaires, grands bandits, truands ordinaires, associations \u00e9crans et bidons sont les oblig\u00e9s les uns des autres. Ici, ce qui peut sauver au quotidien le petit peuple, \u00ab\u00a0 la d\u00e9brouille\u00a0\u00bb, devient tr\u00e8s vite la magouille, d\u00e8s qu\u2019une once de pouvoir, et\/ou une possibilit\u00e9 de profit facile est en vue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quel r\u00f4le joue le trafic de drogue dans une telle spirale\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Entre les emplois de trafiquant, vendeur, guetteur, l\u2019\u00e9conomie de la drogue repr\u00e9sente \u00e0 Marseille un chiffre d\u2019affaires quotidien tr\u00e8s important. Soit 20 000 \u20ac par jour, 600 000 \u20ac par mois pour une seule cit\u00e9.<\/p>\n<p>La consommation de haschich peut s\u2019av\u00e9rer extr\u00eamement toxique. La r\u00e9sine \u00e9tant m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 du goudron, du caoutchouc de pneu et \u00e0 des anxiolytiques. Mais l\u2019\u00e9conomie de la drogue a \u00e9galement un rapport avec la paix sociale. En 2005, alors que la r\u00e9gion parisienne s\u2019enflammait, les cit\u00e9s de Marseille sont rest\u00e9es calmes. De l\u00e0 \u00e0 dire que les dealers fonctionnent aussi comme une sorte de police parall\u00e8le, il n\u2019y a qu\u2019un pas. Le trafic de drogue jouerait-il \u00e9galement un r\u00f4le de r\u00e9gulateur par le vide\u00a0? \u00ab\u00a0Tant qu\u2019ils se tuent entre eux\u00a0\u00bb, aurait dit le maire en place \u00e0 propos des r\u00e8glements de compte entre truands et dealers.<\/p>\n<p>La drogue et tout ce qui tourne autour d\u2019elle contribuent \u00e9galement renforcer le clivage existant entre les quartiers Nord et Est et le sud de la ville.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9conomie du chantage \u00e0 l\u2019emploi<\/strong><\/p>\n<p>Le virus des activit\u00e9s douteuses contamine toute la soci\u00e9t\u00e9. Un r\u00e9cent article du Monde, \u00ab\u00a0Du goudron et des thunes\u00a0\u00bb <sup>(20)<\/sup>, d\u00e9crit une nouvelle forme de d\u00e9linquance. Une nuit de l\u2019hiver dernier, la plus grosse perceuse d\u2019Europe explose sur le chantier de la L2 \u00e0 proximit\u00e9 de la cit\u00e9 de la Busserine. Le message est clair. Si Bouygues veut mener \u00e0 bien son chantier, il lui faudra embaucher directement une \u00e9quipe de jeunes du coin sans passer par L\u2019ANPE. Sans \u00eatre, disent-ils, raciste, ils ne comprennent pas que soient embauch\u00e9s des Portugais, des Polonais. Ces derniers sont form\u00e9s, mais eux, depuis le temps, pourquoi ne leur a-t-on pas propos\u00e9 une formation\u00a0?<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, apr\u00e8s ces incidents, des offres de gardiennage, prise en compte de la s\u00e9curit\u00e9, sont faites par de nouvelles soci\u00e9t\u00e9s tr\u00e8s persuasives. De ce fait, en 2015, les entreprises des BTP dans les Bouches-du-Rh\u00f4ne auraient eu \u00e0 faire face \u00e0 un surco\u00fbt de 120 millions d\u2019euros. L\u2019article met \u00e9galement en \u00e9vidence la concurrence existant entre cette \u00e9conomie du chantage et celle de la drogue. Un guetteur gagne environ 60 \u20ac par jour, un vendeur 200 \u20ac, un man\u0153uvre sur le chantier 1 200 \u20ac par mois\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Un syst\u00e8me de tontons flingueurs rentiers<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 la mise en sommeil de l\u2019industrie locale et la perte d\u2019influence du port, l\u2019\u00e9conomie de la ville est devenue celle de la rente. Marseille produit de la pauvret\u00e9 collective et l\u2019enrichissement d\u2019un petit nombre de personnes. L\u2019activit\u00e9 touristique, qui emploie une main-d\u2019\u0153uvre ponctuelle, donc peu revendicative, a la faveur des responsables politiques. L\u2019insertion r\u00e9cente de la ville dans une m\u00e9tropole plus dynamique peut faciliter un r\u00e9\u00e9quilibrage, mais le tout ne tient pas lieu de projet. Ainsi que le souligne Dominique Manotti, historienne et auteure de romans policiers\u00a0: <em>\u00ab\u00a0\u00c0 la fin de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, les fortunes marseillaises n\u2019investissent plus. La 3<sup>\u00e8me<\/sup> g\u00e9n\u00e9ration a choisi la rente, elle ach\u00e8te des immeubles. Les m\u00e9tiers choisis seront ceux d\u2019avocat, notaire, profession lib\u00e9rale, m\u00e9decin\u00a0\u00bb<\/em> <sup>(21)<\/sup>.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0La fabrique du monstre\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9monstration faite par Philippe Pujol dans son livre est h\u00e9las implacable. Marseille a \u00e9t\u00e9 le berceau politique de Jean-Marie Le Pen. Cette ville, pendant les ann\u00e9es 30 et sous l\u2019occupation, a connu des mouvements d\u2019extr\u00eame-droite virulents. Aux derni\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gionales de d\u00e9cembre 2015, Le Front National n\u2019\u00e9tait pas loin de l\u2019emporter. Alors que les classes populaires connaissent des conditions de vie extr\u00eames, qu\u2019ils vivent chaque jour une nouvelle catastrophe, leur dire que la prise de pouvoir par le Front National sera une catastrophe n\u2019a pas de sens.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0J\u2019aurais aim\u00e9 \u00eatre fils de profs, aller dans un lyc\u00e9e de bourges, fr\u00e9quenter les salles de concert et les bars branch\u00e9s et voter socialiste ou Vert, pour me donner bonne conscience\u2026 Mais non, je suis fils d\u2019esclaves ayant grandi dans la merde, entour\u00e9 de personnes sans espoir, ni volont\u00e9 (ou plut\u00f4t possibilit\u00e9) de r\u00e9ussir\u2026 je terminerai par cette affirmation\u00a0:\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>RIEN n\u2019est fait pour nous\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Younes Amrani, St\u00e9phane Beaud &#8211; Pays de malheur <sup>(4)<\/sup><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-9315\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/th-5.jpg\" alt=\"th-5\" width=\"160\" height=\"120\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>T\u00e9moignage de Karima Berriche, militante associative<\/strong><\/p>\n<p>Elle est n\u00e9e le 5 mars 1961 aux Pennes Mirabeau, la campagne de Marseille. Son p\u00e8re, paysan analphab\u00e8te, est venu d\u2019Alg\u00e9rie \u00ab\u00a0reconstruire\u00a0\u00bb la France en 1947. Il a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 comme man\u0153uvre. Il mangeait un jour sur deux. Militant du FLN, il \u00e9coutait Radio Londres, Radio le Caire, il \u00e9tait au fait de la situation mondiale et des mouvements \u00e9mergents. C\u2019est de lui que Karima a re\u00e7u sa premi\u00e8re formation politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Choc<\/strong><\/p>\n<p>Karima a la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. L\u2019Alg\u00e9rie devenant ind\u00e9pendante, son p\u00e8re prend la nationalit\u00e9 alg\u00e9rienne, tout comme ses enfants, dont Karima. La famille vit dans l\u2019espoir du retour en Alg\u00e9rie. Karima doit faire des \u00e9tudes pour \u00ab\u00a0d\u00e9confisquer\u00a0\u00bb la r\u00e9volution. Karima fait son premier s\u00e9jour en Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 24 ans. Le choc est terrible. L\u00e0-bas, elle s\u2019est sentie fran\u00e7aise. Six mois plus tard, elle demande la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Rencontres<\/strong><\/p>\n<p>Elle ne cessera de faire des rencontres importantes : professeur de fran\u00e7ais, professeur d\u2019\u00e9conomie\u2026 Inscrite \u00e0 la fac de socio en 80, elle habite la cit\u00e9 des Gazelles, l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9sident les jeunes politis\u00e9s du tiers- monde.<\/p>\n<p>Les d\u00e9bats sont permanents. Plus tard, elle suivra l\u2019enseignement du sociologue Michel Anselme, le p\u00e8re de la politique de la ville, passionn\u00e9 par l\u2019\u00e9tude du terrain et fin observateur des mutations en cours. L\u2019homme est sensible, joyeux et amoureux de l\u2019O.M.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Imposer la concertation<\/strong><\/p>\n<p>Karima habite la ZUP n\u00b01 de Marseille, le quartier du Grand Saint Barth\u00e9lemy.<\/p>\n<p>L\u2019effervescence associative est tr\u00e8s forte au milieu des ann\u00e9es 70. Les principaux acteurs peuvent \u00eatre d\u2019anciens r\u00e9sistants, des militants du PC, de la jeunesse catholique et de l\u2019extr\u00eame-gauche. Le nouveau cheval de bataille de ces mouvements sera l\u2019am\u00e9lioration du cadre de vie. L\u2019organisation scolaire propos\u00e9e mettra le feu aux poudres. Les classes sont modul\u00e9es en fonction des normes nationales sans tenir compte de la d\u00e9mographie locale. Pour faire face \u00e0 cette surpopulation, certains enfants iront en classe le matin et d\u2019autres l\u2019apr\u00e8s-midi. A la faveur de cette mobilisation, les habitants vont imposer la concertation concernant leur cadre de vie. Il exigent des \u00e9quipement socio-culturels et sportifs. A l\u2019\u00e9poque, dit Karima, il \u00e9tait courant que les partis de gauche veuillent faire le bonheur des gens sans leur demander leur avis.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019av\u00e8nement du transitoire durable<\/strong><\/p>\n<p>Fin des ann\u00e9es 70, changement de population dans les cit\u00e9s, la classe moyenne acc\u00e8de \u00e0 la copropri\u00e9t\u00e9, les bailleurs sociaux ouvrent leur parc \u00e0 des familles alg\u00e9riennes venant du bidonville du Grand Saint Barth\u00e9lemy, \u00e0 des rapatri\u00e9s d\u2019Alg\u00e9rie et aux mal log\u00e9s du centre ville. On a jug\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque que les Alg\u00e9riens devaient passer par des cit\u00e9s de transit avant d\u2019acc\u00e9der aux HLM. Ainsi des familles de sept personnes ou plus furent log\u00e9es dans des appartements pr\u00e9vus pour deux personnes. Construits avec de mauvais mat\u00e9riaux, ces logements \u00e9taient pr\u00e9vus pour cinq ans. La plupart des familles y rest\u00e8rent quinze \u00e0 vingt-cinq ans. Il fallait sans doute \u00e9viter que les Alg\u00e9riens rencontrent les pieds-noirs\u00a0!<\/p>\n<p>C\u2019est ici que toute une g\u00e9n\u00e9ration a fait l\u2019exp\u00e9rience intime de ce qu\u2019\u00e9tait la discrimination, la rel\u00e9gation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>En prime, le ch\u00f4mage et les drogues dures<\/strong><\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 80 sont des ann\u00e9es noires. Le ch\u00f4mage touche durement les enfants des immigr\u00e9s et les drogues dures font leur apparition dans les quartiers. Overdoses, Sida, suicides ravagent une g\u00e9n\u00e9ration. Toutes les familles sont touch\u00e9es. Karima aura un cousin trafiquant qui succombera \u00e0 un r\u00e8glement de comptes. Son fr\u00e8re, consommateur d\u2019h\u00e9ro\u00efne et d\u00e9pressif, se suicidera \u00e0 23 ans.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les rendez-vous manqu\u00e9s de la gauche \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>En 1983, la jeunesse des quartiers est mobilis\u00e9e, c\u2019est la grande marche pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 et contre le racisme. Fran\u00e7ois Mitterrand anticipe-t-il un soul\u00e8vement possible des quartiers ? Il sort de son chapeau SOS Racisme, une r\u00e9ponse morale \u00e0 un mouvement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique, sociale. Mais le succ\u00e8s est au rendez-vous. Les jeunes s\u2019entassent dans des cars qui les emm\u00e8nent \u00e0 des concerts gratuits de Bruce Springsteen et autres pointures. Les moyens et la couverture m\u00e9diatique sont \u00e9normes, mais apr\u00e8s\u00a0? Pendant vingt ans de promesses non tenues, la mont\u00e9e du Front National servira d\u2019\u00e9pouvantail. Aujourd\u2019hui, cela ne fonctionne plus. Le Front a pris une mairie de secteur avec 18 % des inscrits. La situation des jeunes s\u2019est tellement d\u00e9grad\u00e9e qu\u2019ils ne voient pas comment cela pourrait aller plus mal avec le Front au pouvoir. Le pire, ils croient d\u00e9j\u00e0 le vivre. Autre ph\u00e9nom\u00e8ne pr\u00e9occupant\u00a0: des jeunes ne vont pas voter parce que l\u2019Islam le leur interdit. Quelle est cette d\u00e9mocratie qui fonctionne de fa\u00e7on si in\u00e9gale\u00a0? Les attentats de janvier 2015 \u00e0 Paris ont \u00e9t\u00e9 une horreur, mais qui a manifest\u00e9 sa solidarit\u00e9 avec les d\u00e9mocrates alg\u00e9riens pers\u00e9cut\u00e9s, massacr\u00e9s lors de la d\u00e9cennie noire\u00a0?<\/p>\n<p>En 2003, les jeunes, en majorit\u00e9 de classe moyenne, manifestaient pour un monde meilleur sur le Plateau du Larzac. Combien ont manifest\u00e9 leur solidarit\u00e9 avec les \u00e9meutiers de banlieue en 2005\u00a0? C\u2019est \u00e0 croire que la gauche fran\u00e7aise a int\u00e9gr\u00e9 tous les clich\u00e9s de la classe dominante vis-\u00e0-vis de la jeunesse issue de la p\u00e9riode post-coloniale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Un d\u00e9sert symbolique<\/strong><\/p>\n<p>Karima Berriche conna\u00eet l\u2019importance du symbolisme. Sous Mitterrand, il y avait au moins la figure tut\u00e9laire de Robert Badinter et sa loi contre la peine de mort. Aujourd\u2019hui, rien. Pas de figure charismatique suscitant admiration, \u00e9motion, enthousiasme. Aucune mesure, aucune loi laissant supposer \u00e0 une jeunesse en d\u00e9rive que son existence n\u2019est pas totalement ni\u00e9e. Le projet de loi socialiste sur le vote des \u00e9trangers aux \u00e9lections locales aurait pu aller dans ce sens. Il a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 autant de fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 mis en avant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>C\u2019est la guerre<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Jour apr\u00e8s jour, une op\u00e9ration gigantesque de nettoyage \u00e0 sec des esprits et des c\u0153urs se met en place. Ne nous y m\u00e9prenons pas : il faut beaucoup d\u2019intelligence et un sens de l\u2019organisation sans pareil pour ab\u00eatir le monde. Les strat\u00e8ges du monde libre, aid\u00e9s par des intellectuels recycl\u00e9s, des m\u00e9dias surpuissants, ont compris que c\u2019\u00e9tait dans la culture qu\u2019il fallait investir.<\/p>\n<p>Dans son dernier roman, \u00ab\u00a0Solea\u00a0\u00bb, paru en 1998, Jean-Claude Izzo <sup>(2)<\/sup> faisait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un ouvrage de Sandra George et Fabrizio Sabelli,\u00a0\u00ab\u00a0Cr\u00e9dits sans fronti\u00e8res, la religion s\u00e9culaire de la Banque mondiale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026Il y est expliqu\u00e9 simplement que, avec la fin de la guerre froide et le souci de l\u2019occident d\u2019int\u00e9grer le bloc de l\u2019Est, en grande partie au d\u00e9triment du tiers-monde, le mythe revisit\u00e9 des classes dangereuses est r\u00e9percut\u00e9 vers le sud, et sur les migrants du sud vers le nord.<\/p>\n<p>\u2026 Nous allons payer cher cette nouvelle repr\u00e9sentation du monde\u2026 Tous ceux qui n\u2019ont plus de travail, ceux qui sont proches de la mis\u00e8re, et tous les gamins des quartiers Nord, des quartiers populaires qu\u2019on voit tra\u00eener en ville\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Oui, Marseille est une ville dangereuse<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas par hasard que Marseille a si mauvaise r\u00e9putation. Les grands bandits, truands, d\u00e9linquants, dealers pourraient bien occuper le devant de la sc\u00e8ne pour cacher autre chose. Cette mise en sc\u00e8ne permet \u00e0 des gens \u00e0 fa\u00e7ade respectable de pratiquer en toute impunit\u00e9 des activit\u00e9s illicites \u00e0 haut profit, mais l\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0.<\/p>\n<p>Plus qu\u2019aucune autre ville, Marseille est \u00e0 la crois\u00e9e des routes du monde. son pouls vibre de tous les accidents, trag\u00e9dies qui secouent la plan\u00e8te. Certes elle n\u2019est plus la ville cosmopolite qu\u2019elle \u00e9tait avant la d\u00e9colonisation, mais ici en Provence, comme \u00e0 Paris, Marseille fait peur. L\u2019intelligence carr\u00e9e et fran\u00e7aise ne s\u2019y retrouve pas. La ville n\u2019avance pas en s\u00e9parant ce qui est de l\u2019ordre de la pens\u00e9e, du sentiment et des \u00e9motions.<\/p>\n<p>Pire, elle semble dire que toutes ces choses qui sont du domaine du contingent stimulent les neurones de tous, comme si \u00ab\u00a0les moins que rien\u00a0\u00bb avaient, autant que les puissants de la plan\u00e8te, vocation \u00e0 refaire le monde. Simplement en cumulant, en \u00e9changeant exp\u00e9riences de terrain, succ\u00e8s, \u00e9checs, projets chim\u00e9riques et pourquoi pas leurs r\u00eaves\u00a0? Ainsi, \u00ab\u00a0la cit\u00e9 des gueux\u00a0\u00bb pourrait devenir le laboratoire exp\u00e9rimental du monde de demain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Quel scandale\u00a0!<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Scandale d\u2019une ville d\u2019ici qui cultive \u00e0 ce point l\u2019ailleurs<\/strong><\/p>\n<p>Ici, l\u2019autre est pr\u00e9sent depuis au moins 600 ans avant J\u00e9sus-Christ. Ici, au moins une personne sur deux a eu des parents ou des grands-parents \u00e9trangers. Cette ville, tant que l\u2019on n\u2019aura pas chass\u00e9 toute sa population, sera en perp\u00e9tuel d\u00e9bat avec elle-m\u00eame. Elle est une somme de villages r\u00e9unifi\u00e9s, une ville monde, un genre de sous-pr\u00e9fecture born\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de ceux qui la gouvernent. Elle offre en permanence la possibilit\u00e9 de tomber comme de se redresser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Scandale d\u2019une ville insaisissable<\/strong><\/p>\n<p>Marseille, tu l\u2019aimes et tu la d\u00e9testes au moins une fois par jour, dit le populaire. Existe-t-il au monde une ville aussi sale, aussi lumineuse\u00a0? Une cit\u00e9 aussi minable, aussi sublime\u00a0?<\/p>\n<p>Ici, d\u00e8s que tu affirmes quelque chose, le contraire de ce que tu viens de dire te saute \u00e0 la figure. Ici, on pourrait presque croire que la contradiction est au c\u0153ur de la condition humaine.<\/p>\n<p>Le secret de Marseille tient peut-\u00eatre \u00e0 sa lumi\u00e8re tr\u00e8s crue, violente. L\u00e0 o\u00f9 il y a le feu, il y a l\u2019ombre. L\u2019ombre y est plus fonc\u00e9e qu\u2019ailleurs. Suzanne Hertzel, artiste plasticienne allemande<sup>(22)<\/sup>, a habit\u00e9 Marseille pendant plus de 20 ans. Elle y revient plusieurs fois par semaine, consciente qu\u2019elle a retrouv\u00e9 l\u00e0 \u00ab\u00a0 sa part d\u2019ombre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019ombre accept\u00e9e, voire revendiqu\u00e9e, donne \u00e0 la ville une toute autre dimension.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Scandale d\u2019une ville o\u00f9 le peuple existe encore<\/strong><\/p>\n<p>Pour r\u00e9aliser son unit\u00e9, la nation fran\u00e7aise ou plut\u00f4t le jacobinisme dominant a cru bon d\u2019\u00e9radiquer toute culture r\u00e9gionale, ici l\u2019Occitanie. Comme si les humains n\u2019\u00e9taient pas susceptibles de s\u2019enrichir par la pluralit\u00e9 de leurs appartenances.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a une intelligence incroyable chez ce peuple\u00a0\u00bb, dit Gilles Del Pappas, grec par son p\u00e8re, italien par sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Ici, le peuple est encore au centre de la ville, il a l\u2019audace d\u2019afficher sans fausse honte sa mis\u00e8re \u00e0 la face de tous. Comme le souligne Julien Valnet, \u00ab\u00a0on n\u2019a pas \u00e0 amener la culture aux gens, elle est l\u00e0 dans les quartiers populaires\u00a0\u00bb. La culture est une arme redoutable, contre l\u2019ab\u00eatissement et la soumission ; elle est donc dangereuse. Alors, un processus de d\u00e9culturation est mis en place. A Marseille c\u2019est bien le peuple des bas-fonds qui a, dans les ann\u00e9es 20, r\u00e9invent\u00e9 le jazz. Ainsi que le d\u00e9crivent Michel Samson et Gilles Suzanne\u00a0: \u00ab\u00a0Il arrive \u00e0 fond de cale\u2026 dans une ville-monde ouverte aux migrations\u2026 Le jazz d\u00e9barque comme le tango naissant, ou le musette chant\u00e9 par des accord\u00e9ons lombards. Il envahit le music-hall, de haute tradition marseillaise, et chemine presque invisible dans les milieux ouvriers noirs\u2026 Les musiciens et amateurs locaux puisent dans ce moment de gr\u00e2ce une \u00e9nergie qui les aidera longtemps \u00e0 populariser leur musique, celle d\u2019une jeunesse rebelle\u00a0\u00bb <sup>(23)<\/sup>.<\/p>\n<p>Quelques d\u00e9cennies plus tard, \u00e0 l\u2019instar de la jeunesse de New York, celle de Marseille a, sous l\u2019impulsion de groupes mythiques, invent\u00e9 un hip-hop hexagonal appr\u00e9ci\u00e9 par le monde entier, \u00e0 l\u2019exception des \u00e9diles marseillais qui ont laiss\u00e9 les m\u00e9dias chanter ses m\u00e9rites, en \u00e9vitant de le subventionner, ou de lui allouer des lieux l\u2019autorisant \u00e0 faire tache d\u2019huile.<\/p>\n<p>Et pourtant, qui mieux que ces groupes a su raconter sa ville\u00a0?<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ainsi IAM\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>\u2026 La monnaie est une belle femme qui n\u2019\u00e9pouse pas les pauvres<\/p>\n<p>certains naissent dans les choux, d\u2019autres dans la merde<\/p>\n<p>Ils ferment les usines, graves de b\u00e9n\u00e9fices<\/p>\n<p>Et s&rsquo;en fichent de faire crever les gens<\/p>\n<p>Braquent la diligence, visent le pactole<\/p>\n<p>Farandole de corde pour un bout d&rsquo;sol<\/p>\n<p>Combien lui font all\u00e9geance?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ainsi Massilia Sound System<\/strong><\/p>\n<p>Ma ville tremble, ma ville est malade<br \/>\nDe Bonneveine jusqu&rsquo;aux Aygalades<br \/>\nLa grande ville, o\u00f9 je suis n\u00e9<br \/>\nAppel\u00e9e Marseille par les Fran\u00e7ais<br \/>\nPorte de l&rsquo;Afrique d\u00e8s l&rsquo;antiquit\u00e9<br \/>\nElle fut construite par des immigr\u00e9s<br \/>\nDepuis bien longtemps elle vit en paix<br \/>\nDans le respect de toutes les communaut\u00e9s<br \/>\nMais depuis dix ans, dans la t\u00eate des gens<br \/>\nDe dr\u00f4les d&rsquo;id\u00e9es commencent \u00e0 germer<br \/>\nIl y a des Arm\u00e9niens, il y a des Alg\u00e9riens<br \/>\nIl y a des Tunisiens, il y a des Italiens<br \/>\nIl y a des Marocains, il y a des Comoriens<br \/>\nIci se trouve rassembl\u00e9 presque tout le genre humain<br \/>\nLa cit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie gr\u00e2ce \u00e0 ces millions de mains<br \/>\nTout le monde vit sa vie et beaucoup s&rsquo;y trouvent bien<br \/>\nLa culture de ce pays qu&rsquo;on appelle Occitanie<br \/>\nA toujours su int\u00e9grer les gens de tous les pays<br \/>\nVous n&rsquo;\u00eates pas oblig\u00e9s de croire tout ce que je dis<br \/>\nMais je reprends mon argument, je d\u00e9veloppe, je poursuis<br \/>\nLes gens venus de partout qu&rsquo;on appelle immigrants<br \/>\nNous en avons pour voisins, certains sont nos grands-parents<br \/>\nIls font leur bout de chemin et un jour ont des enfants<br \/>\nD&rsquo;adorables ch\u00e9rubins avec leurs jolies mamans<br \/>\nMais vous savez, les enfants \u00e7a va toujours grandissant<br \/>\nEt voil\u00e0 qu&rsquo;un beau matin le bambin f\u00eate ses trois ans<br \/>\nIl va nous parler enfin, toute la famille attend<br \/>\nIl m\u00e9nage son effet, en fait il prend tout son temps<br \/>\nIl ouvre la bouche et dit, \u00ab\u00a0 maman j&rsquo;ai faim\u00a0\u00bb avec l&rsquo;accent<br \/>\nEt pourtant\u2026<br \/>\nTous les samedis au Stade V\u00e9lodrome<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9313\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/th-9-300x200.jpg\" alt=\"th-9\" width=\"300\" height=\"200\" \/><br \/>\nTous les supporters s&rsquo;\u00e9crient comme un seul homme<br \/>\n\u00ab\u00a0Allez l&rsquo;O.M. ! On est tous avec toi<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Allez l&rsquo;O.M. ! Les Marseillais seront toujours l\u00e0 !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Marseille, ville debout<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Marseille est une ville o\u00f9 le corps existe. Celui des individus, comme celui de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00e9nergie de la ville est celle de son peuple occult\u00e9e par les m\u00e9dias, les groupes de pression et une majorit\u00e9 de responsables politiques. Il y a l\u00e0 une effervescence, une capacit\u00e9 de r\u00e9sistance peu communes. Face \u00e0 l\u2019abandon d\u2019en haut, les associations, les collectifs, les travailleurs sociaux, les responsables culturels, les habitants se battent. Une nature exceptionnelle est leur alli\u00e9e. Dans cette cit\u00e9 multiculturelle depuis des si\u00e8cles et bien trop plurielle pour croire \u00e0 une histoire o\u00f9 il y aurait les bons d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les m\u00e9chants de l\u2019autre, il semble bien qu\u2019un avenir autre que celui des pr\u00e9dateurs puisse voir le jour. Quand, comment\u00a0? On ne le sait pas. Ce que l\u2019on sait, et l\u2019on peut s\u2019en r\u00e9jouir, c\u2019est que les forces sont l\u00e0. Elles ont des bosses, des trous, des aveuglements, des crispations, des \u00e9clairs de lumi\u00e8re, elles avancent, font avancer la ville et bien au-del\u00e0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Lutter pour habiter<\/strong><\/span><\/p>\n<p>L\u2019immobilier, secteur cl\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie marseillaise, est aussi ici la t\u00eate de pont de l\u2019exclusion sociale et mentale. Papet, le chanteur de Massilia Sound System, l\u2019affirme avec la plus grande simplicit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on vit mal dans son logement, on vit mal dans sa t\u00eate\u00a0\u00bb. D\u00e9cider du sort des habitants sans tenir le moins du monde compte de leurs avis, int\u00e9r\u00eats, d\u00e9sirs est l\u2019un des fers de lance d\u2019une d\u00e9marche o\u00f9, au-del\u00e0 du logement, l\u2019expulsion est aussi mentale que physique. La lutte pour le logement est le premier maillon d\u2019une bataille contre l\u2019acculturation.<\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0Attention \u00e0 la fermeture des portes\u00a0\u00bb <sup>(24<\/sup><sup>)<\/sup>, l\u2019ouvrage collectif des \u00e9ditions Commune, consacr\u00e9 \u00e0 la mobilisation citoyenne autour de la rue de la R\u00e9publique, le t\u00e9moignage d\u2019un marseillais qui aime sa ville r\u00e9sume ainsi la situation\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je pense qu\u2019Eurom\u00e9diterran\u00e9e est un bon projet pour embellir la ville, mais tous ces gens qui vivent dans le quartier de la Joliette, du Panier, du centre ville, o\u00f9 va-t-on les mettre\u00a0?\u2026 Dans les quartiers nord ? Ne pensez-vous pas que c\u2019est assez la merde la-bas ? Il ne faut pas que Marseille devienne comme Paris avec un beau centre ville et une banlieue cram\u00e9e. Il faudrait laisser les Marseillais parler et s\u2019investir au lieu d\u2019ouvrir les bras \u00e0 tous ces Parisiens pleins de fric qui s\u2019installent dans notre ville et \u00e0 notre place. Marseille a toujours \u00e9t\u00e9 une ville d\u2019ouvriers, et \u00e7a il ne faut pas l\u2019oublier\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Les Marseillais et leurs associations se sont battus pour que les pouvoirs publics, les promoteurs, la mairie et son bras arm\u00e9 \u00ab\u00a0Marseille r\u00e9publique\u00a0\u00bb soient oblig\u00e9s de faire avec les habitants plut\u00f4t que sans eux et contre eux.<\/p>\n<p>L\u2019association \u00ab\u00a0Un Centre ville pour tous\u00a0\u00bb a fait b\u00e9n\u00e9ficier de son expertise l\u2019ensemble des habitants. Elle a inform\u00e9, mobilis\u00e9, exig\u00e9 d\u2019avoir un droit de regard sur les plans d\u2019urbanisme, obtenu que des instances de concertation soient mises en place et \u00e9galement saisi la justice au profit des habitants. Depuis 2004, de nombreux proc\u00e8s contre Marseille R\u00e9publique et les marchands de sommeil ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9s. Des indemnit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9es et des habitants relog\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on d\u00e9cente. L\u2019op\u00e9ration de gentrification du quartier a largement \u00e9chou\u00e9. Un des deux propri\u00e9taires, ANF\/Eurazeo, a propos\u00e9 des renouvellements de bail avec des augmentations allant jusqu\u2019\u00e0 300 %. Certes le quartier s\u2019est embelli, les appartements ont \u00e9t\u00e9 mis aux normes\u2026 gr\u00e2ce \u00e0 un financement public cons\u00e9quent\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Se respecter<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ils disent\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La culture, c\u2019est pas pour nous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La honte de soi, le sentiment d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 se portent bien chez les pauvres, les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s. Non seulement on les saigne, mais en plus on les culpabilise pour qu\u2019ils s\u2019enfoncent chaque jour un peu plus dans la n\u00e9gation de soi. La bonne volont\u00e9 ne suffit pas pour enrayer ce processus.<\/p>\n<p>Alors comment faire\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le th\u00e9\u00e2tre du Merlan<\/strong><\/p>\n<p>Sc\u00e8ne nationale, il est situ\u00e9 dans le quartier de Saint Barth\u00e9lemy (14<sup>\u00e8me<\/sup>).<\/p>\n<p>La population de ce quartier est de plus de 18 000 habitants. Le revenu annuel par habitant est de 16 300\u20ac. Plus de 60 % des logements sont des cit\u00e9s HLM. Francesca Poloniato dirige ce th\u00e9\u00e2tre depuis moins d\u2019un an. Avant d\u2019assumer des responsabilit\u00e9s culturelles, elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9ducatrice sp\u00e9cialis\u00e9e. Depuis qu\u2019elle dirige le Merlan, elle a pris le temps de rencontrer tous ses voisins au th\u00e9\u00e2tre comme chez eux. Elle conna\u00eet les difficult\u00e9s de chacun et de tous,\u00a0qui veulent s\u2019en sortir et ne s\u2019en sortent pas toujours. Elle sait aussi que beaucoup d\u2019enfants ne vont pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole. A quoi bon\u00a0? Malgr\u00e9 tout, l\u2019\u00e9nergie est l\u00e0, une formidable capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des tr\u00e9sors de d\u00e9brouillardise, d\u2019intelligence pour rester debout. Avant m\u00eame de pr\u00e9tendre en faire des spectateurs, elle les traite en individus qui, \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec bien d\u2019autres, m\u00e9ritent sa consid\u00e9ration. Au printemps 2014, un membre de son \u00e9quipe lui demande de recevoir sans tarder un homme qui veut absolument la voir. Malgr\u00e9 un emploi du temps charg\u00e9, elle accepte.<\/p>\n<p>Il se nomme Hassan Ben Mohamed, il a une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, il est policier et surtout le fr\u00e8re de Lahouri Ben Mohamed, assassin\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 17 ans par un policier qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 10 mois de prison, dont 4 avec sursis.<\/p>\n<p>Hassan a men\u00e9 sa propre enqu\u00eate, en hommage \u00e0 son fr\u00e8re. Il en a tir\u00e9 un livre, \u00ab\u00a0 la g\u00e2chette facile\u00a0\u00bb <sup>(11)<\/sup>, et souhaiterait louer une salle du th\u00e9\u00e2tre pour le pr\u00e9senter. De fait, le th\u00e9\u00e2tre prendra part \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, une pi\u00e8ce sera jou\u00e9e, des d\u00e9bats organis\u00e9s. Le 18 octobre 2014, pour la premi\u00e8re fois depuis 30 ans, une prise de parole publique viendra rendre justice \u00e0 l\u2019adolescent assassin\u00e9 et \u00e0 sa famille. Les jeunes des cit\u00e9s et leurs familles ne sont pas pr\u00e8s de l\u2019oublier. Ils sont bien chez eux dans cette maison qui reconna\u00eet leur humanit\u00e9. Trois mots, pr\u00e9sence, ouverture, partage, sont le credo de Francesca Poloniato. Sans complexe, elle entend que les r\u00e8gles de son \u00e9tablissement soient respect\u00e9es. Les jeunes peuvent jouer dans des pi\u00e8ces, suivre des ateliers ; en \u00e9change, elle leur demande d\u2019assister au spectacle. Il est important pour elle de savoir \u00ab\u00a0dealer\u00a0\u00bb la relation. Les jeunes vivent la chose moins comme une obligation que comme une marque de consid\u00e9ration. \u00ab\u00a0Attention, si je ne viens pas, elle me tue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les T\u00eates de l\u2019art et la t\u00e9l\u00e9vision participative du 3<sup>\u00e8me<\/sup><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019association de m\u00e9diation artistique dirig\u00e9e par Sam Khebizi existe depuis 1996 dans le quartier de la Belle de Mai. Elle vise \u00e0 encourager, aider par l\u2019accompagnement, les conseils et le mat\u00e9riel, l\u2019\u00e9mergence de projets collectifs, notamment dans le cadre de la politique de la ville. Elle contribue \u00e0 la mise sur pied de classes artistiques hors les murs, s\u00e9jours de vacances dans le cadre du tourisme social.<\/p>\n<p>En 2015, elle a particip\u00e9 au projet international de Stockholm \u00ab\u00a0la ville est \u00e0 nous\u00a0\u00bb. 50 jeunes d\u2019Europe et des pays de la M\u00e9diterran\u00e9e ont d\u00e9velopp\u00e9 50 id\u00e9es de contribution \u00e0 la ville de demain.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les T\u00eates de l\u2019art \u00bb\u00a0sont \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation de la t\u00e9l\u00e9vision participative du 3<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement, un m\u00e9dia visant \u00e0 apprendre aux habitants \u00e0 se servir des outils audiovisuels, \u00e0 les accompagner dans leur d\u00e9marche en leurs apportant les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires au niveau du sc\u00e9nario et de la r\u00e9alisation. Ce faisant, les difficult\u00e9s v\u00e9cues au quotidien et qui non seulement empoisonnent la vie mais aussi nuisent \u00e0 la r\u00e9putation d\u2019un immeuble et d\u2019un quartier, sont affront\u00e9es ensemble, avec l\u2019espoir de trouver une solution. Plusieurs petits films ont ainsi \u00e9t\u00e9 con\u00e7us et r\u00e9alis\u00e9s par les habitants de la tour Bel Horizon <sup>(25)<\/sup> entre janvier et juin 2015. Dans l\u2019un, notamment, on voit une famille arriver dans la tour. L\u2019ascenseur est comme d\u2019habitude en panne et personne ne s\u2019en offusque. Des jeunes les aideront \u00e0 transporter leurs affaires au 14<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9tage. La m\u00e8re de famille, en marchant en bas de la tour, sera sid\u00e9r\u00e9e de recevoir des l\u00e9gumes, sans doute un peu pass\u00e9s, jet\u00e9s depuis les \u00e9tages. Elle m\u00e8ne son enqu\u00eate, ce qui lui permet moins de d\u00e9couvrir le pot aux roses que de faire la connaissance des diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations d\u2019habitants. L\u2019immeuble est bien s\u00fbr \u00e9quip\u00e9 de cam\u00e9ras de surveillance, mais cette femme comprendra tr\u00e8s vite que la solution n\u2019est pas de nature polici\u00e8re mais plut\u00f4t dans le renforcement du lien. Aussi proposera-t-elle de mettre sur pied une grande f\u00eate o\u00f9 chacun apportera ses l\u00e9gumes pour faire une gigantesque ratatouille et de belles salades. Malgr\u00e9 quelques r\u00e9ticences, la f\u00eate sera un succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Autre film visible sur le net : \u00ab\u00a0 Les femmes ont des ailes\u00a0\u00bb <sup>(26)<\/sup>. Elles viennent de diff\u00e9rents continents, elles sont jeunes, \u00e2g\u00e9es, certaines sont seules pour \u00e9lever des enfants, battues, dans d\u2019immenses difficult\u00e9s \u00e9conomiques. La prise de conscience de leur fragilit\u00e9 individuelle les am\u00e8ne \u00e0 se r\u00e9unir autour d\u2019une activit\u00e9 de d\u00e9coration-bricolage. Alors elles se mettent \u00e0 parler, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir ensemble, elles organisent des sorties et petit \u00e0 petit prennent conscience de leur force collective. L\u2019une d\u2019elles dit : \u00ab\u00a0Entre nous, il y a la solidarit\u00e9, la libert\u00e9 d\u2019expression, un respect mutuel\u00a0\u00bb. Les films qui retracent ces aventures ont eu plusieurs formes de diffusion, mais surtout ils ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9s sur un \u00e9cran g\u00e9ant en bas des immeubles.<\/p>\n<p>Surpris, voire \u00e9merveill\u00e9s, de pouvoir exister aux yeux des autres, les habitants de Bel Horizon se sont enfin sentis fiers d\u2019habiter l\u00e0 et sans doute pr\u00eats \u00e0 relever de nouveaux d\u00e9fis. \u00ab\u00a0Tout est possible \u00e0 Bel Horizon\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00a0<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9302\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/th-6-300x225.jpg\" alt=\"th-6\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Renouer le fil de son histoire<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Pour avoir une chance de construire un avenir, il faut savoir d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. Les individus et les peuples que les soubresauts de l\u2019histoire ont forc\u00e9s \u00e0 l\u2019exil vivent souvent dans une sorte d\u2019entre-deux aussi inconfortable que priv\u00e9 de sens. Cette difficult\u00e9 n\u2019est pas une fatalit\u00e9. Dans une ville comme Marseille, les passeurs ne manquent pas. Ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Monsieur Tir, marchand de biens <\/strong><sup>(27)<\/sup><\/p>\n<p>En novembre 2003, le comit\u00e9 Mam\u2019 Ega, association qui travaille sur le triptyque<strong> M\u00e9moires, identit\u00e9s, territoires<\/strong>\u00a0pour promouvoir une vraie citoyennet\u00e9, favoriser une meilleure int\u00e9gration des habitants du quartier au sein de la soci\u00e9t\u00e9 et favoriser les \u00e9changes entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s, a souhait\u00e9, avec la collaboration de Karima Berriche et les t\u00e9moignages des habitants du quartier, rendre hommage \u00e0 une figure du quartier du Grand Saint Barth\u00e9lemy\u00a0: Mahboubi Tir (en arabe : Oiseau bien-aim\u00e9). N\u00e9 en 1915 dans l\u2019Aur\u00e8s alg\u00e9rien chez les Chou\u00efa, une tribu de cultivateurs, monsieur Tir est le fils d\u2019un notable \u00ab\u00a0cadi\u00a0\u00bb (juge de paix) respect\u00e9,\u00a0qui a eu 11 enfants. Il arrive \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50 dans le quartier du Grand Saint Barth\u00e9lemy et ouvre sa premi\u00e8re \u00e9picerie \u00e0 proximit\u00e9 du bidonville. Au fur et \u00e0 mesure des transformations du quartier qui deviendra celui de \u00ab\u00a0la ZUP n\u00b01\u00a0\u00bb, son commerce sera plusieurs fois d\u00e9plac\u00e9. Au d\u00e9but, d\u2019autres boutiques se trouvent \u00e0 proximit\u00e9 de la sienne : celles de Francette la boulang\u00e8re, de monsieur Charbit le \u00ab\u00a0juif \u00e9gyptien\u00a0\u00bb, de Jean-Louis l\u2019Arm\u00e9nien, de Martin le boucher. Au fil des ann\u00e9es, ils s\u2019en iront tous, sauf monsieur Tir. Certes, il offrait des friandises aux enfants et des boissons aux parents, mais cela ne suffit pas \u00e0 expliquer sa popularit\u00e9. Monsieur Tir savait \u00e9couter, il savait trouver les mots qui permettent \u00e0 chaque interlocuteur de saisir la port\u00e9e pour l\u2019autre de ce qu\u2019il venait de dire. Il avait une autorit\u00e9 naturelle qui lui permettait de conseiller, voire d\u2019arbitrer en cas de litige. Au sein d\u2019une population de migrants, Monsieur Tir, le petit \u00e9picier, a \u00e9t\u00e9 un grand homme, un passeur faisant sans cesse le lien entre deux cultures, le lien entre la nostalgie du pays o\u00f9 on est de moins en moins s\u00fbr que l\u2019on reviendra et les difficult\u00e9s pr\u00e9sentes d\u2019une int\u00e9gration dans une soci\u00e9t\u00e9 peu accueillante, une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9, comme le souligne l\u2019historien Emile Temine, \u00ab\u00a0on n\u2019est plus toujours dans le transitoire, mais on est constamment dans le pr\u00e9caire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Monsieur Tir est revenu au pays dans son cercueil en 1995. Marchand de biens du commerce, il est devenu aux yeux de tous un marchand de bien, parce qu\u2019il a su \u00eatre\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019\u00e9picentre des relations sociales de son quartier\u00a0\u00bb, le lieu o\u00f9 les uns et les autres pouvaient exister. Selon Yassine Cha\u00efb,\u00a0 \u00ab\u00a0il exer\u00e7ait un m\u00e9tier rare qui consistait \u00e0 semer des dits et des paroles de vie chez les personnes qu\u2019il croisait\u00a0\u00bb. Une rue du quartier a \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9e rue Mahoubi Tir.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019artiste plasticienne Muriel Modr<\/strong>, avec la participation des femmes de l\u2019association Contacts de Gardanne et du centre Agora du quartier de la Busserine,\u00a0\u00a0 a con\u00e7u un projet artistique, \u00ab\u00a0 Diwan des mots voyag\u00e9s\u00a0\u00bb <sup>(28)<\/sup>. A travers une s\u00e9rie de rencontres, conversations \u00e0 br\u00fble-pourpoint, rituels du quotidien, les femmes venant du Maghreb, d\u2019Andalousie, du Moyen-Orient, de M\u00e9sopotamie, de Perse, d\u2019Arabie, d\u2019Inde, retrouvent la trace d\u2019un pass\u00e9 qu\u2019elles croyaient enfoui \u00e0 jamais. Un mot en appelle un autre. Ricochets, chass\u00e9s-crois\u00e9s dans un contexte bienveillant, r\u00e9activent une m\u00e9moire seulement mise entre parenth\u00e8ses. Le jeu fait sourire, rire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 Depuis artichaut jusqu&rsquo;\u00e0 chardon, le mot entra\u00eene le projet de cuisiner ensemble un plat coutumier pour f\u00eater le printemps\u2026 Artichaut, du lombard <em>articiocco<\/em>, lui-m\u00eame issu de l\u2019arabe <em>Ardi chouki<\/em>, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9pineux terrestre\u00a0\u00bb, par l\u2019espagnol <em>alcachofa<\/em> et l\u2019italien <em>carciofo<\/em>\u00a0\u00bb&#8230; Elles ne sont ni des linguistes chevronn\u00e9es ni des acad\u00e9miciennes, mais d\u00e9couvrent qu\u2019elles savent beaucoup plus de choses qu\u2019elles ne pensaient. Ces mots qui ont tant voyag\u00e9 sont cartographi\u00e9s, dessin\u00e9s. Ils v\u00e9hiculent la vie vivante, celle qui fait qu\u2019au bout du compte, on peut avec ravissement d\u00e9couvrir qu\u2019il n\u2019y a pas de meilleur expert de sa propre existence que soi-m\u00eame naviguant entre les mailles d\u2019un tissu ami. Diwan, au seizi\u00e8me si\u00e8cle, est en persan un \u00e9crivain, un po\u00e8te ; plus tard en Turquie un bureau administratif, un conseil gouvernemental. A partir du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, le diwan est le si\u00e8ge allong\u00e9 se trouvant dans la salle. Ici, l\u2019artiste ne fait pas du social, mais c\u2019est plut\u00f4t la soci\u00e9t\u00e9, quel que soit son bagage acad\u00e9mique qui devient esth\u00e8te. Comme le dit Nad\u00e8ge dans l\u2019ouvrage qui met en avant cette exp\u00e9rience, \u00ab\u00a0 Parler une langue de complicit\u00e9 et d\u2019histoire, se retrouver dans une langue, ne veut pas dire que l\u2019on s\u2019est perdu dans une autre\u00a0\u00bb. L\u2019aventure du Diwan continue.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Jacques Vialle et l\u2019\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire Estaque Gare <\/strong><\/p>\n<p>Depuis 5 ans, Jacques Vialle <sup>(29<\/sup><sup>)<\/sup>, professeur et directeur de l\u2019\u00e9cole Estaque Gare, m\u00e8ne avec ses \u00e9l\u00e8ves de CM2 une enqu\u00eate sur le patrimoine industriel de la ville et du bassin de S\u00e9on. Il s\u2019agit de comprendre comment un village de p\u00eacheurs et d\u2019agriculteurs s\u2019est petit \u00e0 petit transform\u00e9 en un faubourg industriel et ouvrier. Plut\u00f4t que de vouloir \u00ab\u00a0enseigner \u00bb,\u00a0 assigner un quelconque savoir, J. Vialle et l\u2019\u00e9quipe de sp\u00e9cialistes qui l\u2019appuyaient ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 transformer les \u00e9l\u00e8ves en chercheurs, d\u00e9tectives <sup>(19)<\/sup>. Cela a commenc\u00e9 par des balades sur des chemins peu balis\u00e9s o\u00f9 les \u00e9l\u00e8ves se sont amus\u00e9s \u00e0 d\u00e9couvrir sur le terrain des traces d\u2019objets correspondant aux images qu\u2019on leur avait montr\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment. C\u2019est ainsi qu\u2019ils ont trouv\u00e9 des tessons de tuile en nombre tel qu\u2019une fabrique aurait bien pu s\u2019\u00eatre \u00e9tablie sur ce p\u00e9rim\u00e8tre au si\u00e8cle dernier, alors qu\u2019aucun vestige immobilier ne le laisserait supposer. A l\u2019examen, ces tessons portaient des inscriptions, des symboles\u00a0: Joseph Fenouil, Pierre Sacoman. Cela correspondait \u00e0 des noms de rues. Pour aller plus loin, ils demand\u00e8rent \u00e0 leurs parents de t\u00e9moigner. Ainsi ils apprirent que derri\u00e8re l\u2019\u00e9cole se tenait un bidonville. \u00ab\u00a0Les \u00e9l\u00e8ves ont pu construire, \u00e0 partir de l\u00e0, un sc\u00e9nario historique dans lequel ils pouvaient inscrire leur propre histoire, celle de leurs parents et de leurs grands-parents, inclure ce sc\u00e9nario dans une histoire plus vaste, celle de leur quartier et de leur pays. Ils en ont tir\u00e9 une vision positive de l\u2019immigration, alors qu\u2019ils doivent faire face, pour certains, \u00e0 un discours social qui la stigmatise. Ils ont pris conscience que l\u2019immigration est inscrite dans un processus de longue dur\u00e9e ; qu\u2019il y a diff\u00e9rentes sources de migrants (Italie, Espagne, Alg\u00e9rie, Tunisie, Gr\u00e8ce, etc.) et diff\u00e9rentes vagues d\u2019immigration qui expliquent la diversit\u00e9 d\u2019origine des habitants de leur quartier, presque tous devenus Fran\u00e7ais. Ils ont surtout compris que leur pays s\u2019est construit et modernis\u00e9 en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 ces travailleurs venus de l\u2019\u00e9tranger qui ont d\u00fb affronter des conditions de vie difficiles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eate, v\u00e9cue au d\u00e9part comme un jeu, comme une \u00e9nigme \u00e0 r\u00e9soudre, a non seulement mobilis\u00e9 les \u00e9l\u00e8ves, mais aussi leur environnement imm\u00e9diat. Ainsi, ils apprennent \u00e0 devenir acteurs de leur propre vie en s\u2019associant, en se confrontant avec les autres. Les \u00e9l\u00e8ves sont aussi devenus reporters et ont pu faire part de leurs d\u00e9couvertes \u00e0 l\u2019ensemble de la population par l\u2019interm\u00e9diaire du journal local.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0L\u2019association H\u00f4tel du Nord et les r\u00e9cits d\u2019hospitalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 80, Christine Breton, nomm\u00e9e conservatrice du Patrimoine \u00e0 Marseille, s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019aucun site ou monument, ni aucune r\u00e9f\u00e9rence culturelle des quartiers Nord ne figure au patrimoine de la cit\u00e9. Tout se passe donc comme si les vainqueurs de l\u2019histoire, qui constituent la bourgeoisie dominante, avaient voulu effacer les victimes venant de tous les pays du monde, pour qu\u2019elles restent \u00e0 jamais muettes. Alors la conservatrice se met en marche. Elle a l\u2019intuition que ce sont les corps en mouvement sur le terrain qui peuvent redonner du sens.<\/p>\n<p>A son propos, Martine Derain \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Christine Breton m\u2019apprend depuis les quartiers Nord \u00e0 chercher l\u2019histoire du peuple dans \u00ab\u00a0les poubelles des vainqueurs\u00a0\u00bb \u00bb <sup>(14)<\/sup>.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Il est temps pour l\u2019invisible\u2026 Alors se met \u00e0 briller, dans le lointain, tout ce qui fut exclu du grand r\u00e9cit national\u2026 Commence \u00e0 scintiller tout ce qui n\u2019est pas r\u00e9f\u00e9renc\u00e9, mus\u00e9ifi\u00e9 ou partie de la Nation. Apparaissent les disparus de la nuit stellaire, les fant\u00f4mes errant loin de notre roman collectif, ceux qu\u2019avait si bien su aimer Walter Benjamin en marchant dans les rues de Berlin ou de Marseille. Alors, le temps se retourne et la r\u00e9f\u00e9rence se d\u00e9cale vers le tiers exclu\u00a0\u00bb <sup>(14)<\/sup>.<\/p>\n<p>En 2005, le Conseil de l\u2019Europe, suite aux conflits et drames qui ont d\u00e9chir\u00e9 le continent, notamment en Yougoslavie, adopte La convention du Faro.\u00a0\u00ab\u00a0Cette Convention part de l\u2019id\u00e9e que la connaissance et la pratique du patrimoine rel\u00e8vent du droit du citoyen de participer \u00e0 la vie culturelle tel que d\u00e9fini dans la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme. Ce texte pr\u00e9sente le patrimoine culturel comme une ressource servant aussi bien au d\u00e9veloppement humain, \u00e0 la valorisation des diversit\u00e9s culturelles et \u00e0 la promotion du dialogue interculturel, qu\u2019\u00e0 un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9conomique suivant les principes d\u2019usage durable des ressources\u00a0\u00bb. H\u00f4tel du Nord pourra prendre appui sur cette convention pour poursuivre sa d\u00e9marche. Seront propos\u00e9s aux visiteurs des chambres chez l\u2019habitant, des balades d\u00e9couverte, des visites d\u2019artisans, artistes ou usines, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des textes. Une collection de petits livres de r\u00e9cits d\u2019hospitalit\u00e9, m\u00e9moires vivantes de diff\u00e9rents parcours dans les quartiers Nord verra le jour, \u00e9dit\u00e9e par Martine Derain aux \u00e9ditions Commune. Dans \u00ab La ville perch\u00e9e \u00bb, n\u00b02 de la collection <sup>(30)<\/sup>, \u00e0 propos de la cit\u00e9 du Plan d\u2019Aou, Martine Derain et Dalila Mahdjoub \u00e9crivent : \u00ab\u00a0On avait imagin\u00e9 un geste symbolique\u00a0: l\u2019installation d\u2019une porte d\u2019immeuble d\u00e9moli devant un mur construit au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 par les habitants du lotissement voisin du pas des Tours pour se s\u00e9parer du Plan d\u2019Aou \u00bb.<\/p>\n<p>Le mur (9,85 m\u00e8tres de long, 3,70 m\u00e8tres de haut barbel\u00e9s compris) coupait la route reliant la cit\u00e9 au reste de la ville\u00a0; quatre autres murs, \u00e9galement \u00e9lev\u00e9s sans permis de construire et pourtant tol\u00e9r\u00e9s, achevaient de \u00ab\u00a0l\u2019enclaver\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, plus de 10 000 \u00ab\u00a0 passeurs\u00a0\u00bb ont \u00e9largi le cercle de l\u2019hospitalit\u00e9. L\u2019association con\u00e7oit \u00e9galement des d\u00e9marches adapt\u00e9es aux h\u00f4pitaux, entreprises, universit\u00e9s. Les r\u00e9cits \u00e9labor\u00e9s pas \u00e0 pas \u00e0 la recherche de \u00ab\u00a0l\u2019autre\u00a0\u00bb sont l\u2019esquisse d\u2019une histoire plurielle, telle que la d\u00e9finit l\u2019historien Patrick Boucheron, \u00ab\u00a0une histoire qui ne cherche pas \u00e0 opposer des r\u00e9cits mais \u00e0 donner un autre sens \u00e0 notre histoire, dessinant un Nous plus large et g\u00e9n\u00e9reux\u00a0\u00bb <sup>(31)<\/sup>.<\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><sup>\u00a0<\/sup><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Partager<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Ne pas seulement faire pour, mais avec les habitants<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La baguette magique<\/strong><\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un magazine \u00e0 la Cast\u00e9 <sup>(32)<\/sup>, con\u00e7u et r\u00e9alis\u00e9 par un groupe de femmes qui habitent La Castellane.<\/p>\n<p>La cit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 construite \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, sur un terrain vague en surplomb de l\u2019Estaque \u00e0 Notre-Dame de la Garde. Soit 7 000 habitants repr\u00e9sentant 20 communaut\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019association 3-2-1 est porteuse d\u2019un projet d\u2019\u00e9ducation populaire favorisant les relations interculturelles et interg\u00e9n\u00e9rationnelles dans le partage de comp\u00e9tences et d\u2019exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>C\u2019est seulement apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d\u2019\u00e9change que les femmes de la cit\u00e9 qui avaient rejoint l\u2019association en collaboration avec le centre social ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9laborer \u00ab\u00a0La baguette magique \u00bb. Les lectrices du magazine ne parlant pas toutes fran\u00e7ais, il semblait impossible d\u2019utiliser en priorit\u00e9 l\u2019\u00e9crit pour s\u2019adresser \u00e0 elles. l\u2019\u00e9quipe a transform\u00e9 ce frein en un atout donnant la priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019image sous toutes ses formes\u00a0: collage, peinture, images d\u2019archive, rep\u00e9rage photographique, dessin sur photos, pictogrammes, gravure artisanale. \u00ab La baguette magique \u00bb est un magazine populaire de haute tenue graphique o\u00f9 la priorit\u00e9 est donn\u00e9e au sens et aux sujets qui interpellent. Ainsi, dans le N\u00b02 sont abord\u00e9s\u00a0: les luttes des femmes, toutes les informations n\u00e9cessaires pour comprendre ce qu\u2019est un PRU, Plan de R\u00e9novation Urbaine, et les obligations l\u00e9gales de concertation qu\u2019il implique et qui semblent ici tr\u00e8s peu obligatoires. Un architecte sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire des cit\u00e9s marseillaises explique pourquoi, malgr\u00e9 les traumatismes des habitants, les responsables pr\u00e9f\u00e8rent d\u00e9molir plut\u00f4t qu\u2019am\u00e9nager. Inaptes \u00e0 faire de la ville, ils effacent ainsi leur \u00e9chec. Ici la mer est proche et les habitants ne peuvent pas profiter d\u2019une vue formidable.<\/p>\n<p>Un jeu de l\u2019oie entre r\u00eave et cauchemar a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Un nouveau bus t\u2019emm\u00e8ne au centre ville en 30 mn.<\/p>\n<p>&#8211; Tu as trouv\u00e9 du travail\u00a0! Tu pourras programmer un voyage au bled. Avance \u00e0 la case 13.<\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Une moto te renverse\u00a0! Recule \u00e0 la case 11.<\/p>\n<p>&#8211; Aujourd\u2019hui tu restes chez toi. Tu n\u2019as pas envie de sortir et de rencontrer du monde. Tu n\u2019as pas le moral. Tu perds un tour\u2026 etc.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9312\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/a5c014_43a237b065ed4e40bf75b802e524c1ef-217x300.jpg\" alt=\"a5c014_43a237b065ed4e40bf75b802e524c1ef\" width=\"217\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/a5c014_43a237b065ed4e40bf75b802e524c1ef-217x300.jpg 217w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/a5c014_43a237b065ed4e40bf75b802e524c1ef.jpg 310w\" sizes=\"(max-width: 217px) 100vw, 217px\" \/><\/p>\n<p>Dans le N\u00b03 de \u00ab La Baguette magique \u00bb, encore plus beau, plus \u00e9clat\u00e9, une femme de la cit\u00e9 prend la parole :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0 Je suis n\u00e9e sur ces collines, au nord de Marseille, j\u2019ai grandi ici.<\/em><\/p>\n<p><em>Mon p\u00e8re, quand nous \u00e9tions petits, le dimanche, nous amenait promener au Marinier, \u00e0 la Nerthe, \u00e0 Verduron\u2026 Avec nos copains, on venait jouer ici\u2026 Aujourd\u2019hui, mes enfants m\u2019appellent maman GPS\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>En allant de Corbi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 Saint-Antoine, nous avons une richesse incroyable qui est \u00e0 notre port\u00e9e, d\u2019o\u00f9 l\u2019on se rend de nos portes d\u2019entr\u00e9e. Profitez\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>Allez vous enrichir avec tout ce qui nous cache notre environnement le plus proche\u00a0! Faites-vous conduire par la sagesse de ses habitants qui en connaissent les secrets, l\u2019histoire, les chemins\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Hayette Rachef<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La Gare Franche, maison d\u2019artistes, th\u00e9\u00e2tre et curiosit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Elle a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 2001, par le metteur en sc\u00e8ne, artiste polonais Wladyslaw Znorko et sa compagnie le th\u00e9\u00e2tre Cosmos Kolej (chemin de fer du Cosmos). Le lieu est compos\u00e9 d\u2019une ancienne bastide et d\u2019une usine d\u00e9saffect\u00e9e, situ\u00e9es entre la cit\u00e9 du Plan d\u2019Aou et le noyau villageois de Saint-Antoine qui int\u00e8gre \u00ab\u00a0les campagnes marseillaises\u00a0\u00bb ou r\u00e9sidences secondaires. La Gare Franche est un lieu o\u00f9 les spectacles se cr\u00e9ent pour \u00eatre ensuite diffus\u00e9s ailleurs. Les artistes invit\u00e9s y sont en r\u00e9sidence pour un minimum de 2 semaines. Gaby Farage, un des premiers artistes invit\u00e9s, a beaucoup \u00e9chang\u00e9 avec les habitants de la cit\u00e9 entr\u00e9s en r\u00e9sistance contre le manque de concertation. Ces derniers d\u00e9sirant fleurir leurs balcons, il a aid\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une p\u00e9pini\u00e8re permettant aux habitants de satisfaire leur demande. De fil en aiguille, des habitants ont remarqu\u00e9 que la Gare Franche ne tirait pas le meilleur parti de son jardin. En \u00e9change de leur savoir-faire, des parcelles leur ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es et, le succ\u00e8s aidant, de nouveaux terrains ont \u00e9t\u00e9 allou\u00e9s par la ville. La Gare Franche a alors ouvert au maximum ses abords \u00e0 tous ces voisins qui pouvaient ainsi traverser l\u2019endroit pour se rendre plus facilement chez eux. Lieu de spectacle vivant, la Gare Franche pratique un th\u00e9\u00e2tre dit d\u2019image. A partir de textes le plus souvent litt\u00e9raires, la cr\u00e9ation donne une tr\u00e8s grande importance \u00e0 la sc\u00e9nographie, aux acteurs qui peuvent parler des langues diff\u00e9rentes, ainsi qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re et au son. Les voisins, jardiniers ou non, le public, les artistes sont en contact et \u00e9changent en permanence. Il se croisent, peuvent manger ensemble, participent \u00e0 des ateliers et sont appel\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 tester les cr\u00e9ations en cours. Pratiquement tous les gamins du quartier sont venus au moins une fois \u00e0 la Gare Franche. Wlad disait qu\u2019entre culture et agriculture il n\u2019y avait qu\u2019une syllabe de diff\u00e9rence. Cette boutade exprime bien l\u2019esprit d\u2019un lieu portant autant d\u2019attention \u00e0 la convivialit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9change qu\u2019\u00e0 la cr\u00e9ation. Cette vision pluraliste de la culture, non seulement l\u00e9gitime l\u2019apport populaire, mais il le situe \u00e0 une hauteur artistique qui pourrait bien d\u00e9ranger la conception pseudo \u00e9litiste en vogue dans ce pays. Wladyslaw Znorko est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2013.<\/p>\n<p>Sa compagne Catherine Verrier, entour\u00e9e du reste de l\u2019\u00e9quipe, poursuit de plus belle l\u2019aventure. Les r\u00e9sidences \u00e9tant de courte dur\u00e9e, afin d\u2019assurer une continuit\u00e9, l\u2019\u00e9quipe a invent\u00e9 la notion d\u2019artiste \u00e0 l\u2019a(e)ncre ; ce dernier est invit\u00e9 \u00e0 investir le lieu pour une dur\u00e9e de 3 ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Des centres sociaux pour partager la mis\u00e8re des quartiers Nord\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pas seulement. Le centre est un lien permanent avec une population dont une des caract\u00e9ristiques fortes est justement l\u2019amenuisement de ses liens avec le monde hors de la cit\u00e9. Il est une aide pratique concernant les d\u00e9marches administratives toujours trop compliqu\u00e9es. Mais aussi un lieu de formation permanente, d\u2019\u00e9veil \u00e0 la culture, \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 l\u2019art, un lieu de libert\u00e9 o\u00f9 l\u2019on se garde bien de stigmatiser qui que ce soit. Ici on cherche plut\u00f4t \u00e0 comprendre, \u00e0 se battre contre la fatalit\u00e9 ou le d\u00e9sespoir qu\u2019entra\u00eenent pr\u00e9carit\u00e9 et pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous, la France multiculturelle, \u00e7a fait tr\u00e8s longtemps qu\u2019on la pratique et qu\u2019on l\u2019appr\u00e9cie&#8230; Ce quartier est dur, Les familles d\u00e9ploient une \u00e9nergie incroyable\u2026 Le seul but, c\u2019est que cela se passe bien \u00bb.<\/p>\n<p>Un centre social, c\u2019est un lieu avec des valeurs, un lieu politique, parce que ces valeurs on les met en application au quotidien pour tenter de r\u00e9duire l\u2019immense dette envers une population exploit\u00e9e mat\u00e9riellement et ni\u00e9e dans son pass\u00e9, par les silences, les omissions d\u2019une histoire coloniale musel\u00e9e. Face \u00e0 la guerre qui est faite aux pauvres, face aux nouveaux boucs \u00e9missaires que sont les Arabes, un centre social, c\u2019est aussi une col\u00e8re, un refus joyeux de d\u00e9sesp\u00e9rer. Baisser les bras serait encore plus dramatique, donc impossible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Regarder ailleurs<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>On dit que dans les quartiers Nord, les enfants auraient 3 possibilit\u00e9s de carri\u00e8re\u00a0: soit devenir agent de s\u00e9curit\u00e9 pour Grand Littoral, le prestigieux centre commercial, soit devenir \u00e9ducateur, soit dealer. Les m\u00e8res constatent avec effroi que leurs enfants ne veulent plus sortir de chez eux. Est-ce bien la peine de vouloir sortir quand il n\u2019y a pas d\u2019issue\u00a0?<\/p>\n<p>Le pi\u00e8ge est l\u00e0 et il ne concerne pas que les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s. Il va amener tout un chacun, honte \u00e0 l\u2019appui, \u00e0 surench\u00e9rir sur ce qui lui est impos\u00e9. Alors, est-il possible de r\u00e9sister \u00e0 cette entreprise d\u2019an\u00e9antissement, est-il possible de se situer ailleurs et autrement\u00a0?<\/p>\n<p>Aussi modeste soit-elle, la prise de distance est une victoire. Francesca, de La Baguette Magique, sort r\u00e9guli\u00e8rement de la Castellane pour aller au si\u00e8ge de son association au centre de Marseille ; elle y rencontre des membres d\u2019autres associations. Papet, de Massilia Sound System, parcourt le monde, prend en compte, les innovations des uns et des autres. Christine Breton, d\u2019H\u00f4tel du Nord, fait appel au Conseil de l\u2019Europe pour porter un autre regard sur sa ville. Les rencontres \u00ab\u00a0 Films femmes M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0\u00bb se tiennent \u00e0 Marseille et dans les communes limitrophes depuis 10 ans <sup>(23)<\/sup>. La M\u00e9diterran\u00e9e est devenue la sc\u00e8ne de tous les enjeux d\u2019une trag\u00e9die mondiale, o\u00f9 les femmes payent le prix fort\u2026 Ce sont des histoires dures mais pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, histoires de femmes et d\u2019hommes qui ne renoncent pas\u00a0; la vie est la plus forte\u2026 Plus fort que le rejet de l\u2019autre : le d\u00e9sir de fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Et puis il y a les abeilles\u2026 Les quartiers Nord \u00e9taient des terres agricoles et il en reste encore quelque chose. Ainsi, les apiculteurs du coin font un miel d\u00e9licieux sur des terres adoss\u00e9es \u00e0 la montagne. Quand Julie Demuer part en promenade avec les enfants des cit\u00e9s qui, la plupart du temps, ne sortent pas de leur bloc, elle se r\u00e9f\u00e8re au parcours de l\u2019abeille qui a une zone de collecte d\u2019environ 4 km pour \u00e9voquer la situation des enfants qui habitent des cit\u00e9s distantes les unes des autres de plusieurs kilom\u00e8tres et qui se trouvent r\u00e9unis dans un seul coll\u00e8ge. \u00ab\u00a0L\u2019abeille relie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comment faire marcher une classe, demandent des enseignants, face \u00e0 des gamins en proie au d\u00e9crochage scolaire ? Pas concern\u00e9s, ils s\u2019emmerdent.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La mer est un horizon avec lequel ils vivent tout le temps. Il y a une putain de vue sur mer sur la plupart des cit\u00e9s. Il y a un appel du large que l\u2019on ressent tous, une \u00e9motion physique forte. C\u2019est peut-\u00eatre la seule raison pour certains de prendre le bus pour aller \u00e0 la plage de Corbi\u00e8re. Ils font un effort qui leur donne un peu d\u2019autonomie\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans la petite culture, \u2028cette culture du peu, \u2028je vois l\u2019extr\u00eame raffinement \u2028de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dalila Ladjal et St\u00e9phane Brisset sont deux artistes botanistes. Safi, l\u2019association qu\u2019ils ont cr\u00e9\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, est un outil collectif au service de leurs exp\u00e9rimentations. Il s\u2019agit pour eux de trouver un lien sensible, intelligent, politique, entre humains et territoire <sup>(33)<\/sup>. Venue de la r\u00e9gion parisienne, \u00e0 Vitry, Dalila a \u00e9t\u00e9 en permanence confront\u00e9e \u00e0 un m\u00e9lange de cultures tr\u00e8s enrichissant\u00a0: Parti communiste, jardins ouvriers, vaudou qui fait que l\u2019on donne \u00e0 manger \u00e0 un arbre parce qu\u2019il incarne une divinit\u00e9.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s \u00e0 Marseille, ils n\u2019ont de cesse de sortir de leur atelier pour d\u00e9couvrir les plantes sauvages que la nature s\u00e8me avec bonheur aux quatre coins de la cit\u00e9. Ils d\u00e9couvrent, partagent leurs d\u00e9couvertes et sont persuad\u00e9s que c\u2019est le questionnement des autres qui les fait avancer. Les plantes, les graines sont un trait d\u2019union sensible entre les humains. A travers elles, les cultures kurde, turque, comorienne, maghr\u00e9bine, alg\u00e9rienne se rencontrent. Ainsi se d\u00e9veloppe un art d\u2019\u00eatre ensemble qui navigue entre le quotidien, la sensualit\u00e9 et les questionnements contemporains. Ainsi s\u2019impose l\u2019id\u00e9e que l\u2019humain n\u2019est pas le centre du monde. On commence \u00e0 parler de graines, on se prom\u00e8ne, on regarde, on confronte les informations venant d\u2019univers diff\u00e9rents. Il y a l\u00e0 les pr\u00e9misses d\u2019un laboratoire d\u2019avant-garde aussi modeste et populaire qu\u2019inventif. Comment habite-t-on un territoire\u00a0? Comment la ville des hommes cohabite-t-elle avec le monde d\u2019autres esp\u00e8ces, v\u00e9g\u00e9tales, animales. Ce monde diff\u00e9rent permet de prendre de la distance.<\/p>\n<p>Le paysage, c\u2019est aussi l\u2019oreille qui le d\u00e9couvre. La ville o\u00f9 r\u00e8gne la surdit\u00e9 a la capacit\u00e9 de s\u2019entendre. On apprend \u00e0 s\u2019\u00e9couter. On se met en marche, en relation avec les autres, on a besoin de cette hospitalit\u00e9. La qualit\u00e9 de ce que l\u2019on mange, des go\u00fbts que l\u2019on savoure, d\u00e9couvre, nourrit aussi notre imaginaire. En retour, il faut se poser la question\u00a0: qu\u2019est-ce que l\u2019on donne \u00e0 manger \u00e0 la terre\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9interroger nos cr\u00e9ations au cours d\u2019un processus collectif, c\u2019est remettre la vie au c\u0153ur du projet\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parler d\u2019une plante, d\u2019une graine, d\u2019une fleur, c\u2019est, au-del\u00e0 de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 quelque chose de particulier, la possibilit\u00e9 d\u2019ouvrir la porte de l\u2019autre en douceur, de se trouver ensemble dans un m\u00eame lieu pour, peut-\u00eatre, \u00e0 terme d\u00e9velopper un imaginaire commun et, pourquoi pas, le sentiment que l\u2019on vit mieux r\u00e9unis que dispers\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Innover<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alima El Bajnouni<\/strong> est juriste. Elle est persuad\u00e9e que l\u2019on peut agir sur le droit pour acc\u00e9der \u00e0 nos besoins, d\u00e9fendre nos luttes. Le droit peut \u00eatre un outil d\u2019\u00e9mancipation. Apr\u00e8s avoir milit\u00e9 dans plusieurs associations, elle est aujourd\u2019hui l\u2019une des responsables de l\u2019association La Plateforme <sup>(34)<\/sup>, cr\u00e9\u00e9e en 2007. Ce collectif a pour objet d\u2019explorer, valoriser les richesses issues de l\u2019intelligence relationnelle dans les organisations collectives. Toi et moi avons des prises de position politiques, culturelles, disons g\u00e9n\u00e9reuses, altruistes, nous luttons au sein d\u2019organisations affinitaires pour les d\u00e9fendre, nous d\u00e9non\u00e7ons la c\u00e9cit\u00e9, l\u2019\u00e9go\u00efsme, l\u2019\u00e9gotisme de nos adversaires, certains diraient de nos ennemis, et sommes tr\u00e8s fiers de nous, de nos engagements\u2026<\/p>\n<p>Nous tournons en rond ou, pire, nous nous d\u00e9chirons, nous \u00e9miettons, comme si nous \u00e9tions les acteurs d\u2019un march\u00e9 o\u00f9 chacun des concurrents d\u00e9ployait toute son \u00e9nergie pour maximiser son profit. A vrai dire, et c\u2019est bien l\u2019objet de la r\u00e9flexion d\u2019Alima et de l\u2019association, nous avons oubli\u00e9 quelques v\u00e9rit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires\u00a0:<\/p>\n<p>S\u2019approprier une identit\u00e9 comme v\u00e9rit\u00e9 unique am\u00e8ne \u00e0 exclure plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 converger. L\u2019identit\u00e9 peut \u00eatre composite et \u00e9volutive dans le temps.<\/p>\n<p>Agresser l\u2019autre, celui avec lequel on n\u2019est pas d\u2019accord, tient souvent moins \u00e0 des divergences de fond qu\u2019\u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 o\u00f9 se trouve chacun. Pour rassurer chacun comme tous, laisser les couteaux au vestiaire, il est important d\u2019avoir une m\u00e9thode, celle de la communication non violente par exemple. Avant le consensus, il faut construire le conflit. Ainsi, en \u00e9voluant sur un terrain connu, o\u00f9 personne ne menace personne, on peut \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de fa\u00e7on bienveillante.<\/p>\n<p>Alima El Bajnouni, pour aller dans ce sens, a cr\u00e9\u00e9 avec le collectif de La Plateforme un premier \u00e9v\u00e9nement : la plate-forme des initiatives citoyennes en 2014, suivi de Marseille en communs en 2015. Pourquoi ce retour des communs? Est-ce un hasard si la pr\u00e9occupation autour des communs est de retour dans un monde disloqu\u00e9 qui semble avoir programm\u00e9 son obsolescence ?<\/p>\n<p>\u2026.<\/p>\n<p>En 2000, \u00e0 Cochabamba (Bolivie), la Coordinadora, alliance citoyenne compos\u00e9e de paysans, de citadins, de syndicats miniers&#8230; r\u00e9ussit \u00e0 emp\u00eacher la privatisation des ressources en eau, et \u00e0 s&rsquo;imposer dans la gestion de ce bien commun <sup>(35)<\/sup>.<\/p>\n<p>En 2011, en Italie, suite \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum, 26 millions de personnes se prononcent pour que la gestion de l&rsquo;eau ne soit pas privatis\u00e9e et soumise aux lois du march\u00e9.<\/p>\n<p>A Bologne, \u00e0 travers la r\u00e9glementation pour la pr\u00e9servation des communs urbains, la ville aide les habitants \u00e0 r\u00e9aliser des propositions pour am\u00e9liorer leurs quartiers. Elle encourage ainsi l&rsquo;implication des habitants, les consid\u00e9rant comme forces de propositions plut\u00f4t que comme auditoire pour des concertations descendantes.<\/p>\n<p>L&rsquo;eau, les zones de p\u00eaches, l&rsquo;\u00e9nergie, le climat, l&rsquo;espace public, les savoirs&#8230; : autant de ressources fondamentales qui posent la question de leur gestion et de leur acc\u00e8s. Finalement, que recouvrent les communs ? Quels enjeux y sont associ\u00e9s ? Qu&rsquo;est-ce qui les caract\u00e9rise et \u00e0 quoi s&rsquo;opposent-ils ? A Marseille, quelles sont les ressources et les espaces dont la pr\u00e9servation et l&rsquo;accessibilit\u00e9 nous semblent fondamentales ? Quels sont les ingr\u00e9dients n\u00e9cessaires \u00e0 une gestion, et donc \u00e0 une action collective ?<\/p>\n<p>P<span style=\"color: #000000;\">roduire une parole commune est moins que facile. Il faut accepter de t\u00e2tonner, d&rsquo;avancer, de reculer, de confronter son v\u00e9cu \u00e0 d\u2019autres exp\u00e9rimentations pour prendre conscience que l\u2019\u00e9nergie humaine n\u2019\u00e9tant pas un bien in\u00e9puisable, il convient de la traiter avec la plus grande bienveillance. Certains outils existent d\u00e9j\u00e0. Ainsi, la permaculture forme des individus \u00e0 une <a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89thique\">\u00e9thique<\/a> et \u00e0 un ensemble de principes, l&rsquo;objectif \u00e9tant de permettre \u00e0 ces individus de concevoir leur propre <a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Environnement\">environnement<\/a>, et de cr\u00e9er des habitats humains plus <a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Autonomes\">autonomes<\/a>, <a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Durabilit%C3%A9\">durables<\/a> et <a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9silience_%28%C3%A9cologie%29\">r\u00e9silients<\/a>, et donc une soci\u00e9t\u00e9 moins d\u00e9pendante des syst\u00e8mes industriels de production et de distribution.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>B\u00e2tir une autre information<\/strong><\/p>\n<p>Contre vents et mar\u00e9es et surtout p\u00e9nurie d\u2019argent, mais surtout avec beaucoup d\u2019\u00e9nergie d\u2019obstination, une autre information de grande qualit\u00e9 est produite \u00e0 Marseille. D\u2019orientations politiques diff\u00e9rentes, les mensuels CQFD et le Ravi ont tous deux une version papier disponible en kiosque et un site internet.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>CQFD <sup>(36)<\/sup><\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mensuel critique et d\u2019exp\u00e9rimentations sociales\u00a0\u00bb, CQFD est d\u2019abord un multilocal couvrant le mouvement social tant au niveau de la production\u00a0: coop\u00e9ratives, soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 participation ouvri\u00e8re, que des avanc\u00e9es d\u00e9mocratiques, par exemple le municipalisme en Espagne ou la vie de quartier, la chasse aux pauvres dont Marseille n\u2019a pas l\u2019exclusivit\u00e9. Un des journalistes rencontr\u00e9s, Bruno le Dantec, a v\u00e9cu plus de 15 ans en Am\u00e9rique Latine et en Espagne. Le mensuel r\u00e9alise de vrais dossiers terrain sur la Turquie, la Syrie, etc. Disons que l\u2019ambition est de faire un aller-retour permanent entre les strat\u00e9gies de ceux qui gouvernent et la soci\u00e9t\u00e9. Le marquage \u00e0 gauche de CQFD ne l\u2019emp\u00eache aucunement d\u2019exercer son esprit critique face \u00e0 une autosatisfaction qui fait que sans vigilance vis-\u00e0-vis de soi-m\u00eame on ne chercherait \u00e0 convaincre\u2026 que ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 convaincus. Ainsi, ce p\u00e9riodique a l\u2019avantage de traiter Marseille comme une ville appartenant au monde. Place est faite au regard po\u00e9tique d\u2019une \u00e9quipe de jeunes de la Castellane qui ont document\u00e9 les \u00e9motions de leur quartier pendant un an, aid\u00e9s par un photographe et son association. Leurs photos ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es dans une galerie au centre de la ville.<\/p>\n<p>Le mensuel, \u00e0 la faveur d\u2019un rapport sans complaisance de la Chambre r\u00e9gionale des comptes, revient sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement Marseille, capitale europ\u00e9enne de la culture. 28 structures institutionnelles sur 31 ont \u00e9t\u00e9 financ\u00e9es \u00e0 hauteur de 200 000 \u20ac chacune. 5 % du budget ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s aux quartiers d\u00e9laiss\u00e9s o\u00f9 vit 50 % de la population. \u00a0\u00ab\u00a0Toutes des reines\u00a0\u00bb, pi\u00e8ce jou\u00e9e par des habitantes du quartier au Th\u00e9\u00e2tre du Merlan, affirme la libert\u00e9, hors magazines de mode, des femmes : \u00ab\u00a0Nous sommes toutes\u00a0 des dingues, nous sommes toutes\u00a0 des libertines\u2026 des sorci\u00e8res\u2026 des hommes&#8230; des guerri\u00e8res\u2026 des esclaves. Nous sommes toute des reines\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le Ravi <sup>(37)<\/sup><\/strong><\/p>\n<p>Le mensuel a un champ d\u2019action pr\u00e9cis\u00a0: La r\u00e9gion PACA. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il passe au crible de la satire les politiques de tous bords, sans pour autant dissimuler son ancrage \u00e0 gauche. L\u00e0 o\u00f9 le Ravi ne ressemble \u00e0 aucun p\u00e9riodique r\u00e9gional fran\u00e7ais, c\u2019est par la part pr\u00e9pond\u00e9rante qu\u2019il donne au dessin de presse. Ainsi, toute prise de position politique peut \u00eatre d\u00e9crypt\u00e9e dans son absurdit\u00e9, mensonge et mauvaise foi. L\u2019humour noir est de bon ton, chaque fois qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9zinguer les d\u00e9cisions, les partis pris iniques. Mais le Ravi fait aussi \u0153uvre de p\u00e9dagogie. Il compare par exemple les prises de position du FN au nord, plut\u00f4t Jaur\u00e8s, par rapport au sud, plut\u00f4t Maurras. Il travaille avec d\u2019autres m\u00e9dias, ainsi Mediapart sur le client\u00e9lisme local, \u00e9change r\u00e9guli\u00e8rement des articles avec le site Mars Actu. Il m\u00e8ne r\u00e9guli\u00e8rement des enqu\u00eates\u00a0; par exemple sur la r\u00e9sistance \u00e0 la b\u00e9tonisation de la r\u00e9gion, sur les enjeux de la m\u00e9tropolisation Aix-Marseille-Provence. Les uns veulent imposer une gestion quasi administrative de l\u2019entit\u00e9, d\u2019autres \u00e0 gauche (pas forc\u00e9ment majoritaires dans leur camp) voudraient en profiter pour d\u00e9velopper de nouvelles formes d\u00e9mocratiques de participation. Comment la m\u00e9tropole pourrait-elle fonctionner avec des responsables politiques qui, au mieux, avancent \u00e0 reculons et, au pire, ne pensent qu\u2019\u00e0 torpiller l\u2019entreprise\u00a0? En plein \u00e9tat d\u2019urgence, le Ravi m\u00e8ne l\u2019enqu\u00eate sur l\u2019urgence sociale des sans-abri. Le journal ne manque pas de donner la parole aux jeunes des quartiers.<\/p>\n<p>Pendant trois mois, des habitants du quartier des Flamands ont r\u00e9fl\u00e9chi, propos\u00e9 des solutions concernant une formation des jeunes innovante ouverte \u00e0 la culture, l\u2019incitation \u00e0 l\u2019embauche, le revenu universel pour les jeunes y compris les migrants. Le Ravi teste chaque mois un conseil municipal en r\u00e9gion PACA pour surveiller le fonctionnement de la d\u00e9mocratie locale. Pendant un an, le p\u00e9riodique a fait une enqu\u00eate de la \u00ab\u00a0presse pas pareille \u00bb en M\u00e9diterran\u00e9e. 85 m\u00e9dias ont \u00e9t\u00e9 auscult\u00e9s dans 12 pays diff\u00e9rents. Une carte interactive est consultable sur le site <sup>(38)<\/sup>.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9335\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/th-2-1-300x171.jpg\" alt=\"th-2\" width=\"300\" height=\"171\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Ce que Marseille sait de nous<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Ici, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, les corps ont une t\u00eate et les t\u00eates un corps, ici les bruits du monde sont \u00e9normes. Marseille navigue \u00e0 travers la complexit\u00e9, la trag\u00e9die humaine, en n\u2019oubliant jamais que l\u2019amour, la haine, la m\u00e9diocrit\u00e9 et le sublime sont pr\u00e9sents \u00e0 travers chaque individu. Marseille est une ville dangereuse parce qu\u2019elle dit, avec une brutalit\u00e9 salutaire, que nous sommes s\u00e9par\u00e9s. S\u00e9par\u00e9s du peuple parce que nous l\u2019avons abandonn\u00e9, s\u00e9par\u00e9s de la compr\u00e9hension du monde parce nous avons oubli\u00e9 que nous \u00e9tions pluriels, b\u00e2tards, vivants.<\/p>\n<p>La souffrance du peuple est arriv\u00e9e \u00e0 un point de non retour. Dire ne sert \u00e0 rien si nous ne sommes pas capables de fouler la m\u00eame terre, de prendre l\u2019autre dans nos bras, de reconna\u00eetre la dignit\u00e9 de ceux qui ne savent plus ce que les humains ont en commun, hors la souffrance. Il faut sans complaisance avouer que nous en sommes au point z\u00e9ro, que nous ne sommes ni d\u00e9mocrates ni sociaux, mais assez b\u00eates pour ne pas avoir pris conscience que nous sommes aussi s\u00e9par\u00e9s de nous-m\u00eames et que ce confort, cet immobilisme que nous privil\u00e9gions, nous en sommes aussi les victimes en nous privant de l\u2019infinie richesse de la diversit\u00e9 humaine. Marseille est la jeunesse du monde et aussi son d\u00e9potoir.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Marseille est un point de bascule, h\u00e9sitant entre le meilleur et le pire. Un autre syst\u00e8me peut remplacer l\u2019ancien aujourd\u2019hui obsol\u00e8te car n\u2019ayant plus les moyens d\u2019acheter la paix sociale. La ville est sur un fil, pouvant basculer dans un autre syst\u00e8me rance de repli et de rejet\u00a0; ou peut voir \u00e9clore un r\u00e9veil citoyen, une m\u00e9tamorphose de la ville semblable \u00e0 celle de sa s\u0153ur latine Barcelone il y a deux d\u00e9cennies\u00a0<strong>\u00bb. S\u00e9bastien Barles, animateur du collectif les Gabians.<\/strong><\/p>\n<p>Alors, soyons plut\u00f4t lucides, charnels, l\u00e9gers, pr\u00eats \u00e0 danser \u00a0que \u00ab\u00a0je bats ma coulpe\u00a0\u00bb et larmoyants, soyons pr\u00e9sents au monde, pas seulement par exigence morale mais aussi et surtout pour le plaisir. Partager le plaisir d\u2019\u00eatre vivants est ce qu\u2019il y a de moins suspect au monde. Nous n\u2019avons nul besoin de rel\u00e9guer, de transformer le monde en une prison \u00e0 ciel ouvert, pour exister, m\u00eame si beaucoup d\u2019entre nous pensent qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9lite sans esclaves pour la servir. Bien au contraire c\u2019est ainsi que nous sommes asservis, que nous sommes petits. Marseille conna\u00eet une foule de bonnes recettes pour faire grandir les petits. Toutes les belles personnes que j\u2019ai rencontr\u00e9es ici ont beaucoup en commun\u00a0: la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la modestie, une forte pr\u00e9sence au monde et la solidarit\u00e9 chevill\u00e9e au corps. Pourtant, dans le d\u00e9sert pr\u00e9cipice qui nous tient lieu de politique, toutes les questions que nous pouvons nous poser restent b\u00e9antes\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi, contrairement \u00e0 d\u2019autres pays europ\u00e9ens, avons-nous eu besoin d\u2019\u00e9craser les cultures r\u00e9gionales\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Sur quelles forces de transformation pouvons-nous nous appuyer, dans une soci\u00e9t\u00e9 post-industrielle, pour aller vers plus d\u2019\u00e9galit\u00e9, de solidarit\u00e9, de respect et de cr\u00e9ation\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi vivons-nous de fait dans une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle sans \u00eatre capables de reconna\u00eetre ses diff\u00e9rentes composantes\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Comment casser le monopole de repr\u00e9sentation des \u00e9lites en place ? Sont en cause la repr\u00e9sentativit\u00e9 institutionnelle mais aussi et surtout l\u2019occultation syst\u00e9matique des discours autres que ceux qui pr\u00e9servent le statu quo politique et social. Comment est-il possible de d\u00e9l\u00e9gitimer les uns et de l\u00e9gitimer les autres\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211; Comment pourrait-on aujourd\u2019hui \u00eatre de gauche sans se remettre en question, sans sortir de son club bien-pensant et inventer un nouveau mod\u00e8le politique et \u00e9conomique\u00a0?<\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9sert pr\u00e9cipice, toutes ces personnes et associations <sup>(<\/sup><sup>39<\/sup><sup>)<\/sup> ont pris conscience de l\u2019\u00e9tat des lieux. Dans le combat qu\u2019elles m\u00e8nent, elles ont su mettre en place des m\u00e9diations, c\u2019est-\u00e0-dire des points de rencontre o\u00f9 on est ensemble pour parler des choses simples\u00a0: des graines, des plantes, des tuiles, de la musique, de la marche, du spectacle, des v\u00eatements, de la nourriture, du logement, mais aussi, et c\u2019est plus compliqu\u00e9, de la difficult\u00e9 que toi, moi, lui, eux, ont \u00e0 fabriquer du nous. Mais alors, quel est le projet politique\u00a0? Impossible de r\u00e9pondre. Sauf qu\u2019ici, \u00e0 Marseille, on travaille d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ne pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9s, avec la complicit\u00e9 de la mer M\u00e9diterran\u00e9e, de la terre, de la pierre, du soleil et de l\u2019ombre. Certains trouveront la r\u00e9ponse modeste. Elle l\u2019est. C\u2019est en cela qu\u2019elle a des chances de devenir grande et belle. Ici, \u00e0 Marseille, le peuple existe encore. Il est une chance \u00e0 ne pas laisser passer. Ce que Marseille sait de nous est \u00e9norme.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>Vos commentaires, critiques, compl\u00e9ments d&rsquo;information sont les bienvenus et seront publi\u00e9s sur le blog. Ecrire \u00e0 francoisbernheim32@gmail.com<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Merci de tout c\u0153ur \u00e0 toutes les belles personnes rencontr\u00e9es \u00a0:<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Andr\u00e9e Antolini, Alima El Bajnouni, Karima Berriche, Alain Castan, Julie Demuer, Antoine Gallardo, Bruno le Dantec, Gilles Del Pappas, Martine Derain, Nelly Flecher, Suzanne Hetzel,Patrick Lacoste, Dalila Ladjal, Dominique Manotti, Mba\u00e9 Soly Mohamed, Myriam Merlant, Muriel Modr, Aur\u00e9lie Moulin, Marit\u00e9 Nadal, Papet, Christian Poitevin, Jean-Fran\u00e7ois Popelin, Francesca Riva, Jean-Claude Serin, C\u00e9cile Silvestri, Gilles Suzanne, Odile Thiery, Julien Valnet, Jacques Vialle, Timoth\u00e9e Vignal, Catherine Verret. Merci pour l\u2019information, les conseils, l\u2019accueil \u00e0\u00a0: Ren\u00e9 Fregni, Serge Haguenauer, Philippe Merlant, Claire Seban, Kenza S\u00e9froui, Marion Staub, Edith Midini Sani\u00e8res, Fleur Trokenbrock.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>Jean-Claude Izzo\u00a0: Total Kh\u00e9ops 1995, Chourmo 1996, Sol\u00e9a 1998, S\u00e9rie noire Gallimard, r\u00e9\u00e9dit\u00e9s en 1 volume sous le titre Fabio Montale, \u00c9ditions Folio 2015<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li>La R\u00e9publique Marseille, 7 films de Denis Gheerbrant sur l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent du peuple et du monde. 2 DVD, \u00c9ditions Montparnasse<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li>Youn\u00e8s Amrani, St\u00e9phane Beaud\u00a0: Pays de malheur, \u00c9ditions de la d\u00e9couverte<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li>Howard Zinn\u00a0: Une histoire populaire des Etats-Unis. De 1492 \u00e0 nos jours<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li>Bruno le Dantec\u00a0: Marseille dans la bouche de ceux qui l\u2019assassinent, \u00c9ditions Le chien rouge<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"7\">\n<li>Banjo de Claude McKay &#8211; 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition 1929 Harper&amp;Brothers &#8211; Juin 2015, \u00c9ditions de l\u2019Olivier<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"8\">\n<li>Julien Valnet\u00a0: Mars histoires et l\u00e9gendes du Hip-Hop marseillais, \u00c9ditions Wildproject 2012<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"9\">\n<li>Pierre Godard Andr\u00e9 Donzel\u00a0: \u00c9boueurs de Marseille &#8211; Entre luttes syndicales et pratiques municipales, \u00c9ditions Syllepse, septembre 2014<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"10\">\n<li>Yohanne Lamoul\u00e8re\u00a0&#8211; Marseille quartiers Nord capitale de la jeunesse &#8211; L\u2019impossible n\u00b010 de Michel Butel, f\u00e9vrier 2013<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"11\">\n<li>Hassan Ben Mohamed\u00a0: La G\u00e2chette facile, \u00c9ditions Max Milo, septembre 2015<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"12\">\n<li>Mba\u00e9 Soly Mohamed Th\u00e9rapo\u00e9sie M\u00e9moire d\u2019Ibrahim Ali, \u00c9ditions Coelacanthe, juin2015<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"13\">\n<li>La f\u00eate est finie. Site\u00a0: lafeteestfinie.primitivi.org &#8211; documentaire disponible sur Amazon. Extraits sur You tube<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"14\">\n<li>\u00ab\u00a0Prolong\u00e9 d\u2019un rien\u00a0\u00bb &#8211; Journal de bord d\u2019un quartier cr\u00e9atif de Marseille-Provence 2013 Capitale europ\u00e9enne de la culture &#8211; Martine Derain, Rapha\u00eblle Paupert \u2013 Borne &#8211; Cie Ex Nihilo \u2013 Jean-Fran\u00e7ois Neplaz &#8211; Mohamed Boucherit \u2013 Film flamme \u2013 Suzanne Hetzel \u2013 Marianne Dautrey &#8211; Guiseppe Secci, \u00c9ditions Commune 2014<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"15\">\n<li>Michel Peraldi &#8211; Claire Duport &#8211; Michel Samson : Sociologie de Marseille, \u00c9ditions de la D\u00e9couverte, avril 2015<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"16\">\n<li>Robert Bouvier : Le parler marseillais &#8211; pour \u00e9viter de para\u00eetre trop \u00ab\u00a0ensuqu\u00e9\u00a0\u00bb ou de faire \u00ab\u00a0de beaux gats\u00a0\u00bb (complications) ou d\u2019appara\u00eetre comme un \u00ab\u00a0mafalou\u00a0\u00bb ( individu aux allures douteuses), \u00c9ditions Jeanne Laffite, 1986<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"17\">\n<li>uc\u00a0: L\u2019unit\u00e9 de consommation, d\u2019apr\u00e8s l\u2019INSEE, est un syst\u00e8me de pond\u00e9ration attribuant un coefficient \u00e0 chaque membre du m\u00e9nage et permettant de comparer les <a href=\"http:\/\/www.insee.fr\/fr\/methodes\/default.asp?page=definitions\/niveau-de-vie.htm\">niveaux de vie<\/a> de m\u00e9nages de tailles ou de compositions diff\u00e9rentes. Avec cette pond\u00e9ration, le nombre de personnes est ramen\u00e9 \u00e0 un nombre d&rsquo;unit\u00e9s de consommation<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"18\">\n<li>Fran\u00e7ois Missen : Marseille Connection, \u00c9ditions l\u2019Archipel, mars 2013<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"19\">\n<li>Philippe Pujol : La fabrique du monstre, \u00c9ditions Les Ar\u00e8nes, janvier 2016<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"20\">\n<li>\u00ab\u00a0Du goudron et des thunes\u00a0\u00bb, article du Monde du 24 Octobre 2015 cit\u00e9 par Philippe Pujol<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"21\">\n<li>Dominique Manotti &#8211; dernier ouvrage publi\u00e9\u00a0: Or noir &#8211; ou l\u2019ascension des nouveaux requins du p\u00e9trole face au d\u00e9clin des ca\u00efds historiques, dans le Marseille des ann\u00e9es 70, S\u00e9rie noire &#8211; Gallimard<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"22\">\n<li>Suzanne Hetzel vient de publier \u00ab\u00a0 Sept saisons en Camargue\u00a0\u00bb, \u00c9ditions Analogues<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"23\">\n<li>Michel Samson, Gilles Suzanne : A fond de cale \u2013 1917 &#8211; 2011 Un si\u00e8cle de jazz \u00e0 Marseille, \u00c9ditions Wild Project 2015<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"24\">\n<li>\u00ab\u00a0Attention \u00e0 la fermeture des portes &#8211; Citoyens et habitants au c\u0153ur des transformations urbaines\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019exp\u00e9rience de la rue de la R\u00e9publique \u00e0 Marseille, de Jean-St\u00e9phane Borja, Martine Derain, V\u00e9ronique Manry &#8211; cr\u00e9ation sonore Caroline Galmot, \u00c9ditions Commune 2010 http:\/\/www.editionscommune.org\/article-attention-a-la-fermeture-des-portes-44415192.html<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"25\">\n<li>Bel Horizon \u2013 <a href=\"http:\/\/www.teleparticipative.org\/les\">www.teleparticipative.org\/les<\/a> films\/page\/2<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"26\">\n<li>Les femmes ont des ailes \u2013 <a href=\"http:\/\/www.teleparticipative.org\/\">www.teleparticipative.org\/<\/a> lesfilms<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"27\">\n<li>Edit\u00e9 par le comit\u00e9 Mam\u2019 Ega( <a href=\"http:\/\/www.vivreensemble.org\">www.vivreensemble.org<\/a>) Monsieur Tir, marchand de bien &#8211; textes BERRICHE Karima -Photos PAUVAREL Fr\u00e9d\u00e9ric ; RIBET Bernard &#8211; 2003<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"28\">\n<li>Diwan des mots voyag\u00e9s Ecrits et oralit\u00e9s &#8211; Muriel Modr avec la participation des femmes de l\u2019association Contacts de Gardanne et du centre Agora de Marseille &#8211; \u00e9ditions La Courte \u00e9chelle\/ Transit\u00a0&#8211; 45 bd de la Lib\u00e9ration 13001Marseille<\/li>\n<li>L\u2019usage des vestiges Jacques Vialle, Antonella Fiori www.cameleo.com<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"30\">\n<li>Christine Breton, Martine Derain &amp; Zohra Adda-Attou : La ville perch\u00e9e \u2013<\/li>\n<\/ol>\n<p>H\u00f4tel du Nord\/ r\u00e9cits d\u2019hospitalit\u00e9 N\u00b02 mai 2011,<\/p>\n<p>\u00c9ditions Communehttp:\/\/www.editionscommune.org\/article-recits-d-hospitalite-1-60902441.html<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"31\">\n<li>Patrick Boucheron. Le\u00e7on inaugurale au coll\u00e8ge de France, 17 d\u00e9cembre 2015<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"32\">\n<li>La Baguette magique \u2013 \u00ab\u00a0Un magazine \u00e0 la Cast\u00e9 &#8211; con\u00e7u et r\u00e9alis\u00e9 par un groupe des femmes qui habitent \u00e0 la Castellane\u00a0\u00bb www.awanak.org<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"33\">\n<li>Marseille ville sauvage &#8211; essai d\u2019\u00e9cologie urbaine. Baptiste Lanaspeze, Georges Mathieu, \u00c9ditions Actes Sud, avril 2012<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"34\">\n<li>La Plateforme www.laplateforme.org<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"35\">\n<li>Alima Badjnouni\u00a0: Marseille en communs du 9 au 22 novembre 2015, Blog Mediapart<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"36\">\n<li>CQFD \u2013 www.cqfd-journal.org<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"37\">\n<li>Le Ravi \u2013 www.leravi.org<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"38\">\n<li>Autres tribunes d\u2019information\u00a0: Mars Actu, Made in Marseille, Zibeline, Le Canard sauvage, Contre-faits, radio Gal\u00e8re, radio Grenouille, etc.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"39\">\n<li>Le vivier associatif marseillais est extraordinaire. Il faut aussi mentionner\u00a0: Couleurs Cactus, Mille babords, Pensons le Matin, Approche cultures-territoire, R\u00e9seau 13,Yes we camp, etc.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autres ouvrages consult\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Gouverner Marseille \u2013 Michel P\u00e9raldi et Michel Samson, \u00c9ditions de la D\u00e9couverte 2006 &#8211; 2012<\/p>\n<p>&#8211; Marseille ou la mauvaise r\u00e9putation &#8211; Olivier Boura, \u00c9ditions Arl\u00e9a2005<\/p>\n<p>&#8211; Petits fronts de la guerre sociale &#8211; Christine Breton\/ Vous qui marchez &#8211;<\/p>\n<p>H\u00f4tel du Nord\/r\u00e9cits d\u2019hospitalit\u00e9 n\u00b07, \u00c9ditions Commune 2014<\/p>\n<p>&#8211; Zone arri\u00e8re portuaire &#8211; Christine Breton\/ Dalila Mahdjoub &#8211;<\/p>\n<p>H\u00f4tel du Nord\/r\u00e9cits d\u2019hospitalit\u00e9 n\u00b06, \u00c9ditions Commune 2012<\/p>\n<p>&#8211; Marseille, le r\u00e9veil violent d\u2019une ville impossible &#8211; Jean Viard, \u00c9ditions de l\u2019Aube 2014<\/p>\n<p>&#8211; \u00c9crits sans papiers &#8211; Pour la route entre Marrakech et Marseille, \u00c9ditions la boucherie litt\u00e9raire 2015<\/p>\n<p>&#8211; Petite arch\u00e9ologie contemporaine (si on creuse dans les fouilles on trouve des tr\u00e9sors)<\/p>\n<p>&#8211; La courte \u00e9chelle, \u00c9ditions Transit<\/p>\n<p><em>\u00a0<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9336\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/th-1-1-300x120.jpg\" alt=\"th-1\" width=\"300\" height=\"120\" \/><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00a0 \u00ab\u00a0Marseille n\u2019est pas une ville pour touristes. Il n\u2019y a rien \u00e0 voir. Sa beaut\u00e9 ne se photographie pas. Elle se partage. Ici il faut prendre parti. Se passionner. Etre pour, \u00eatre contre. Etre violemment. Alors seulement ce qui est \u00e0 voir se donne \u00e0 voir. 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