{"id":8999,"date":"2015-10-24T00:04:17","date_gmt":"2015-10-23T22:04:17","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=8999"},"modified":"2016-12-14T11:32:36","modified_gmt":"2016-12-14T10:32:36","slug":"jouer-a-la-borde-dhenry-cachia","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2015\/10\/jouer-a-la-borde-dhenry-cachia\/","title":{"rendered":"Jouer \u00e0 la Borde d&rsquo;Henri Cachia"},"content":{"rendered":"<p>Qui malade mental, toi, moi, nous\u00a0? Soigner est-ce obligatoirement incarc\u00e9rer, traiter en assist\u00e9 l&rsquo;\u00eatre qui n\u2019a pas les moyens de se d\u00e9fendre\u00a0?<\/p>\n<p>Une alternative est elle possible\u00a0?<\/p>\n<p>Comment vivre sa vie sans la mettre en jeu\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Jouer \u00e0 La Borde d\u2019Henri Cachia<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9face de Yannick Oury- Pulliero. Dessins de Ren\u00e9 Caussanel<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les Editions libertaires<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jouer \u00e0 la Borde\u00a0\u00bb raconte la vie quotidienne \u00e0 la clinique de La Borde, cr\u00e9\u00e9e par Jean Oury en 1953. En opposition aux structures existantes qui enferment les malades mentaux dans des lieux et des sch\u00e9mas de pens\u00e9e concentrationnaires, Jean Oury inspir\u00e9 par la pratique de Fran\u00e7ois Tosquelles va exp\u00e9rimenter une nouvelle forme de th\u00e9rapie\u00a0: la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, qui doit autant \u00e0 Freud ,Lacan, qu\u2019\u00e0 Marx. Le travail entrepris prend tr\u00e8s largement en compte la fonction ali\u00e9nante de la soci\u00e9t\u00e9 et entend lui opposer une libert\u00e9 humaine quotidiennement et concr\u00e8tement r\u00e9affirm\u00e9e.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 un livre aussi grand qu\u2019il est petit ( 158 pages \u2013 11 sur 17 cm ) un livre qui chemine en douceur \u00e0 travers les \u00eatres et les lieux\u00a0; les uns allant sans cesse \u00e0 la rencontre des autres dans un mouvement habit\u00e9 par chacun. \u00ab\u00a0 Jouer \u00e0 La Borde\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Henri Cachia acteur de th\u00e9\u00e2tre qui a d\u00e9couvert La Borde et son atelier th\u00e9\u00e2tre \u00e0 travers le film de Nicolas Philibert \u00ab\u00a0 la moindre des choses ( 1996)<\/p>\n<p>Ici la vie semble \u00eatre \u00ab\u00a0 normale\u00a0\u00bb sans \u00eatre norm\u00e9e, v\u00e9cue comme une exp\u00e9rience quotidienne d\u2019une utopie r\u00e9activ\u00e9e, mise en question en permanence. Les malades sont invit\u00e9s \u00e0 s\u2019assumer, les taches sont partag\u00e9es et les d\u00e9cisions se prennent en collectif. Bien s\u00fbr personne n\u2019entre \u00e0 la Borde sans \u00eatre en proie \u00e0 ses d\u00e9mons. Mais ici la souffrance qui peut aussi se vivre dans le conflit ouvert, a vocation \u00e0 \u00eatre prise en compte dans la bienveillance et la fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Cuisine, m\u00e9nage, comptabilit\u00e9, Halte-garderie, caisse de solidarit\u00e9 ne sont jamais mises au rang de t\u00e2ches subalternes. Bien au contraire c\u2019est en donnant du sens \u00e0 la moindre petite chose que Jean Oury , rejoint en 1955 par F\u00e9lix Guattari, va permettre \u00e0 chacun de d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 soi m\u00eame et ouvert aux autres. Accepter d\u2019apprendre un texte, d\u2019\u00eatre en repr\u00e9sentation c\u2019est \u00eatre capable de prendre la distance n\u00e9cessaire avec ses angoisses sans rien nier de sa d\u00e9tresse. L\u2019acteur est un homme comme tous les hommes. Par solidarit\u00e9 avec ses semblables, il accepte d\u2019\u00eatre, le temps de la repr\u00e9sentation, aux avant \u2013postes d\u2019\u00e9motions et de sentiments que chacun pourra ensuite faire siens.<\/p>\n<p>Jean Oury n\u00e9 le 5 Mars 1924 est mort le 15 Mai 2014. De nombreux et m\u00e9rit\u00e9s hommages lui ont \u00e9t\u00e9 rendus. Le r\u00e9cit d\u2019Henri Cachia est d\u2019autant plus \u00e9mouvant et fort qu\u2019il s\u2019\u00e9loigne de toute esp\u00e8ce d\u2019hagiographie en ne prenant en compte que les actions, exp\u00e9riences men\u00e9es au service des vivants que l\u2019on appelle aussi malades mentaux. Ainsi l\u2019intelligence, la bienveillance, la douceur d\u2019un homme, au service d\u2019une volont\u00e9 de transformation, deviennent une r\u00e9alit\u00e9 collective dont chacun se sent responsable. Un \u00eatre humain n\u2019est pas seulement une enveloppe charnelle mais aussi l\u2019ensemble des relations, liens qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 tisser avec ses semblables, un \u00eatre humain est aussi pour le meilleur ,une volont\u00e9 inali\u00e9nable de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression, \u00e0 tout ce qui peut s\u00e9parer, diviser dans l\u2019espoir de faire r\u00e9gner l\u2019ordre. Jean Oury a men\u00e9 ce combat l\u00e0 en y associant g\u00e9n\u00e9reusement tous ceux qui souhaitaient le rejoindre .<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le moindre m\u00e9rite du livre d\u2019Henri Cachia de nous le rappeler. Aujourd\u2019hui sa fille Yannick Oury- Pulliero a repris le flambeau. Avec l\u2019aimable autorisation des \u00e9ditions Libertaires nous reproduisons aujourd\u2019hui sa pr\u00e9face.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/jean-oury2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-9000\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/jean-oury2-300x201.jpg\" alt=\"jean oury2\" width=\"300\" height=\"201\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/jean-oury2-300x201.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/jean-oury2.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de pratique, las de r\u00e9pondre \u00e0 la question\u00a0: qu\u2019est-ce que la psychoth\u00e9rapie institutionnelle\u00a0? Jean Oury avait r\u00e9torqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la moindre des choses\u00a0\u00bb. Nicolas Philibert reprend cette phrase et en fait le titre de son film sur la Borde il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Un des aspects qui caract\u00e9rise la clinique de la Borde, c\u2019est l\u2019importance donn\u00e9e \u00e0 la vie quotidienne. Ce qui s\u2019y passe ne peut pas se d\u00e9chiffrer sans y avoir s\u00e9journ\u00e9 un certain temps, que ce soit comme patient ou comme soignant. \u00ab\u00a0Pour vivre il faut de l\u2019air, de l\u2019eau et quelques aliments et ce n\u2019est pas du luxe non plus d\u2019avoir un certain espace o\u00f9 poser les pieds et un lieu pour dormir. Il en est de m\u00eame pour les images, les sons et les significations. L\u2019important est que tout \u00e7a se pr\u00e9sente, mat\u00e9rialis\u00e9 dans ce qu\u2019on peut appeler une ambiance.\u00a0\u00bb (Jean Oury, <em>Pr\u00e9faces<\/em>, Le Pli, 2004, p 143).<\/p>\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment, comment cr\u00e9er et maintenir cette ambiance, condition de l\u2019accueil de personnes \u00e0 la d\u00e9rive. A la Borde, l\u2019accueil n\u2019est pas une formalit\u00e9, mais une fonction partag\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u0153uvre 24h\/24.<\/p>\n<p>Comment apr\u00e8s une catastrophe existentielle le sujet peut-il reconstruire et se reconstruire\u00a0? C\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 pour le patient apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de son monde, de trouver les moyens d\u2019un rassemblement. La psychoth\u00e9rapie institutionnelle, c\u2019est soutenir le processus de reconstruction, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019implication de chacun, soignant et soign\u00e9 dans la vie quotidienne. Cette organisation repose sur le principe de la libert\u00e9 de circulation qui doit pouvoir s\u2019exercer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement qui lui-m\u00eame reste ouvert sur l\u2019ext\u00e9rieur. Cette libert\u00e9 constitue les conditions d\u2019\u00e9changes et de rencontres, rendues impossibles dans la majorit\u00e9 des structures psychiatriques ferm\u00e9es, o\u00f9 les d\u00e9placements tr\u00e8s limit\u00e9s appauvrissent l\u2019ambiance, cr\u00e9ant un univers st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 qui peut vite devenir concentrationnaire.<\/p>\n<p>L\u2019autre grand principe de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle est la mise en place du club th\u00e9rapeutique dont la fonction est de g\u00e9rer les activit\u00e9s, les ateliers et les sorties. Son organisation est confi\u00e9e aux patients aid\u00e9s par les soignants.<\/p>\n<p>A travers l\u2019atelier th\u00e9\u00e2tre, l\u2019ouvrage d\u2019Henri Cachia \u00e9claire parfaitement ces diff\u00e9rentes dimensions de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle. C\u2019est un travail tr\u00e8s pr\u00e9cieux qui a su restituer avec une grande finesse cette fameuse ambiance si particuli\u00e8re \u00e0 la Borde.<\/p>\n<p>Ces courts chapitres, comparables \u00e0 des tableaux, des sc\u00e8nes o\u00f9 l\u2019auteur circule de fa\u00e7on singuli\u00e8re, nous permettent d\u2019admirer la couleur d\u2019un petit matin, de se glisser dans la ti\u00e8de atmosph\u00e8re d\u2019une soir\u00e9e. S\u2019il y a beaucoup de monde \u00e0 la Borde, on constate que l\u2019on peut aussi s\u2019isoler si on le d\u00e9sire, ce qu\u2019Henri d\u00e9cide de faire quand il \u00e9prouve le besoin de r\u00e9p\u00e9ter tranquillement son r\u00f4le sans \u00eatre d\u00e9rang\u00e9. Etre seul sans \u00eatre exil\u00e9, \u00eatre en compagnie des autres sans y \u00eatre contraint, passer d\u2019un espace \u00e0 l\u2019autre sans en \u00eatre emp\u00each\u00e9, retrouver son propre rythme vital, c\u2019est ce que permet un endroit comme la Borde. L\u2019auteur nous livre dans son texte bien des aspects de ce cheminement toujours singulier. L\u2019atelier th\u00e9\u00e2tre, comme tout autre atelier \u00e0 la Borde n\u2019est au fond qu\u2019un pr\u00e9texte permettant \u00e0 chaque participant de remonter sur la sc\u00e8ne de la vie. Et cet \u00e9lan vital, Henri Cachia nous en offre un tableau exemplaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Yannick OURY-PULLIERO<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui malade mental, toi, moi, nous\u00a0? Soigner est-ce obligatoirement incarc\u00e9rer, traiter en assist\u00e9 l&rsquo;\u00eatre qui n\u2019a pas les moyens de se d\u00e9fendre\u00a0? Une alternative est elle possible\u00a0? Comment vivre sa vie sans la mettre en jeu\u00a0? &nbsp; Jouer \u00e0 La Borde d\u2019Henri Cachia Pr\u00e9face de Yannick Oury- Pulliero. Dessins de Ren\u00e9 Caussanel Les Editions libertaires [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9001,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[705,718,698,702],"tags":[1008,1012,1013,1010,1014,1005,1015,1009,1016,1011,1006,1007],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8999"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8999"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8999\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9096,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8999\/revisions\/9096"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9001"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8999"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8999"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8999"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}