{"id":8515,"date":"2015-06-12T18:13:22","date_gmt":"2015-06-12T16:13:22","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=8515"},"modified":"2017-08-01T10:53:56","modified_gmt":"2017-08-01T08:53:56","slug":"dominique-vidal-sur-le-kibboutz-gan-shmuel-aout-2000","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2015\/06\/dominique-vidal-sur-le-kibboutz-gan-shmuel-aout-2000\/","title":{"rendered":"Dominique Vidal sur le kibboutz Gan Shmuel &#8211; Ao\u00fbt 2000"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;article n\u00b05 a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Dominique Vidal. Il est paru en Aout 2000 dans le Monde Diplomatique \u00a0\u00bbLe 6\u00e8me article \u00a0\u00bb Axionov, roman avec cocos\u00a0\u00bb de\u00a0 Bernard Cohen est paru en Avril 1995 dans Lib\u00e9ration -Il sera en ligne sur le blog le Mardi 16 Juin. La nouvelle rubrique \u00ab\u00a0Le journalisme qui r\u00e9siste au temps\u00a0\u00bb\u00a0 est ouverte \u00e0 tous ceux qui continuent \u00e0 croire qu\u2019\u00e9crire dans les m\u00e9dias peut avoir un sens.<\/p>\n<p>Contact : francoisbernheim32@gmail.com<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<\/p>\n<p>Bilan de vie pour les pionniers d\u2019Isra\u00ebl<\/p>\n<p><strong>Regain d\u2019id\u00e9al au kibboutz Gan Shmuel<\/strong><\/p>\n<p><strong>Yael, Gertrud, Naomy, Alexandre, Myriam, Zeev Membres du kibboutz Gan Shmuel en Isra\u00ebl,tous ont 70, 80, 90\u00a0ans. Le g\u00e9nocide les a pouss\u00e9s jusqu\u2019ici &#8211; les uns fuyaient, les autres, miracul\u00e9s,esp\u00e9raient revivre. Voil\u00e0 des d\u00e9cennies qu\u2019ils sont arriv\u00e9s. Mais que reste-t-il de leur id\u00e9al, bafou\u00e9 par l\u2019injustice commise \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Palestiniens, secou\u00e9 par les crises internes\u00a0? Pourrait-il rena\u00eetre comme une alternative \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne\u00a0? Certes, Gan Shmuel n\u2019est pas repr\u00e9sentatif\u00a0: sa richesse, relative, lui \u00e9pargne le marasme dans lequel vivotent nombre de kibboutz. D\u2019o\u00f9 une r\u00e9flexion plus sereine, qui fait de cette communaut\u00e9 le laboratoire d\u2019un autre mod\u00e8le social.<\/strong><\/p>\n<p>AO\u00dbT 2000, par\u00a0DOMINIQUE\u00a0VIDAL<\/p>\n<p>Soudain, l\u2019\u00e9motion la submerge et, la voix bris\u00e9e, elle murmure\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Notre id\u00e9al se meurt, ils ont cass\u00e9 notre pays.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Yael Paggy sait de quoi elle parle. Arriv\u00e9e en Palestine le 1er\u00a0avril 1941, cette juive viennoise se retrouva, apr\u00e8s un court s\u00e9jour dans les ge\u00f4les britanniques d\u2019Atlit, au kibboutz Gan Shmuel. A soixante-quinze ans, elle y fait ses comptes. Son amertume, bien des anciens la partagent, dans cette communaut\u00e9 pourtant \u00e9pargn\u00e9e par la crise qui frappe nombre de ses homologues\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb1\">1<\/a>). Pas au point, n\u00e9anmoins, d\u2019\u00e9teindre la flamme qui porta ces hommes et ces femmes, alors adolescents. La vie, il est vrai, n\u2019a jamais tant de prix que lorsqu\u2019on a failli la perdre &#8211; comme des millions d\u2019autres &#8211; au cours du g\u00e9nocide nazi.<\/p>\n<p>De la route, on croirait un centre commercial, avec sa station-service, son supermarch\u00e9, ses boutiques et&#8230; l\u2019in\u00e9vitable McDonald\u2019s. Erreur\u00a0: derri\u00e8re cette fa\u00e7ade, c\u2019est un kibboutz de quelque 800\u00a0habitants que l\u2019on d\u00e9couvre. D\u2019abord l\u2019usine de jus d\u2019agrumes, puis l\u2019immense r\u00e9fectoire et, plus loin, la ferme, l\u2019\u00e9levage et les cultures. Autour, des dizaines de petits pavillons comme pos\u00e9s sur le gazon, bord\u00e9s d\u2019arbres verts et \u00e9gay\u00e9s de fleurs multicolores. Avec la complicit\u00e9 du soleil printanier, le calme, \u00e0 peine troubl\u00e9 par les cris des enfants, \u00e9veille un sentiment de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Rien d\u2019\u00e9tonnant si, \u00e0 Gan Shmuel, ce bastion des kibboutz Haartzi\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb2\">2<\/a>), les plus \u00e0 gauche, m\u00eame ceux qui ont \u00e9chapp\u00e9 de justesse \u00e0 l\u2019enfer portent all\u00e8grement la septantaine, l\u2019octantaine, voire la nonantaine. L\u2019unique centenaire s\u2019en est all\u00e9e en 1999.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Hitler a fait de moi un sioniste\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s 1935, \u00e0 quinze ans, Gertrud Pelleg a quitt\u00e9 Wertheim (dans le Bade-Wurtemberg) pour Berlin, afin de se pr\u00e9parer, dans un camp des environs, pour la Palestine. Une exp\u00e9rience joyeuse, mais rude, pour cette fille qui venait\u00a0<em>\u00ab\u00a0d\u2019une maison confortable, avec domestiques et chauffeur. Mes parents,\u00a0<\/em>raconte-t-elle,<em>m\u2019avaient tout donn\u00e9. Avec la vicmueltoire des nazis, moi, la seule juive de la classe, je fus chass\u00e9e soudain de l\u2019\u00e9cole. Mes meilleures amies me disaient\u00a0: \u201cTu es si blonde. Dommage que tu ne sois pas aryenne\u00a0!\u201d Avec sa croix de guerre d\u2019argent de 14-18, mon p\u00e8re jurait qu\u2019il ne nous arriverait rien. Illusion\u00a0: le 9\u00a0novembre 1938, durant la Nuit de cristal, il fut arr\u00eat\u00e9. Rel\u00e2ch\u00e9, il emmena ma m\u00e8re en France, o\u00f9, en 1940, on les interna pendant un an dans le sinistre camp de Gurs&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Quatre ans auparavant, Gertrud, elle, avait navigu\u00e9 de Trieste \u00e0 Ha\u00effa \u00e0 bord du\u00a0<em>J\u00e9rusalem<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait le 14\u00a0mai 1942. Les Allemands avaient convoqu\u00e9 tous les juifs du schtetl<\/em>[petite ville]\u00a0<em>devant l\u2019\u00e9glise, sous pr\u00e9texte de v\u00e9rifier les certificats de travail. L\u2019Einsatzgruppe<\/em>\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb3\">3<\/a>)\u00a0<em>a tu\u00e9 tout le monde. Sauf moi\u00a0: j\u2019avais sept ans et je m\u2019\u00e9tais cach\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Clandestine jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre, Myriam Raz sera recueillie par un orphelinat. De l\u00e0, en 1946, elle se rendra de Pologne en Allemagne, o\u00f9 elle s\u00e9journera dans un camp de personnes d\u00e9plac\u00e9es\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb4\">4<\/a>). En train, puis \u00e0 bord du<em>Champollion<\/em>, elle parviendra en Palestine.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Sous la pression des Am\u00e9ricains, les Britanniques avaient conc\u00e9d\u00e9 mille certificats d\u2019immigration\u00a0: j\u2019\u00e9tais le num\u00e9ro 1000\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Trois d\u00e9cennies plus tard, Myriam est retourn\u00e9e \u00e0 Wereszczyn. Soulag\u00e9 qu\u2019elle n\u2019exige\u00e2t pas la restitution des biens de sa famille, le maire tiqua en apprenant qu\u2019elle \u00e9difierait un petit monument aux victimes.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Regardez,\u00a0<\/em>s\u2019\u00e9crie-t-elle, tendant une photographie du m\u00e9morial prudemment entour\u00e9 d\u2019une grille.<em>Apr\u00e8s ma mort, qui veillera sur lui\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Sara Kain aussi arrive en 1946. Mais, entre sa ville natale de Kosice, en Slovaquie, et Gan Shmuel, elle a connu Auschwitz de 1943 \u00e0 1945, y compris la \u00ab\u00a0marche de la mort\u00a0\u00bb, \u00e0 laquelle la moiti\u00e9 des rares rescap\u00e9s n\u2019ont pas surv\u00e9cu.\u00a0<em>\u00ab\u00a0A ma lib\u00e9ration, je pesais 37\u00a0kilos.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0De cette \u00e9preuve, c\u2019est tout ce qu\u2019elle confiera. A-t-elle choisi la Palestine par conviction sioniste\u00a0? Haussement d\u2019\u00e9paules\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0O\u00f9 vouliez-vous que j\u2019aille\u00a0? J\u2019\u00e9tais seule. Il ne me restait pour seule famille qu\u2019un fr\u00e8re et une s\u0153ur d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s ici avant guerre.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>D\u00e9part d\u2019Autriche en novembre 1939, arriv\u00e9e en Palestine pour la P\u00e2que 1941\u00a0: \u00e0 soixante-quinze ans r\u00e9volus, Joseph Kohn se souvient de l\u2019odyss\u00e9e du<em>\u00ab\u00a0transport de Kladovo\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Parvenu dans cette ville yougoslave, le groupe p\u00e9n\u00e9tra en Bulgarie pour rejoindre la mer Noire\u00a0: pas de navire\u00a0! Retour \u00e0 Kladovo, puis \u00e0 Sabac, pour quinze interminables mois d\u2019attente. En mars 1941, munis des pr\u00e9cieux certificats, les enfants pourront enfin s\u2019embarquer pour la Palestine.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Il \u00e9tait temps\u00a0: \u00e0 l\u2019automne 1941, puis au printemps 1942, nos parents p\u00e9rissaient dans des camions \u00e0 gaz&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u2019\u00e2ge, l\u2019origine, l\u2019attente en Yougoslavie, l\u2019arriv\u00e9e au printemps 1941\u00a0: tout rapproche Yael Paggy de Joseph Kohn. Mais elle, ses souvenirs les plus traumatisants datent d\u2019avant le voyage.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s l\u2019Anschluss, en 1938, les juifs furent contraints de nettoyer, agenouill\u00e9s, les rues de Vienne. \u201cUne horreur pareille ne pourrait pas se passer chez nous\u201d, l\u00e2cha m\u00eame une tante juive allemande de passage\u00a0! En Autriche, la r\u00e9pression antis\u00e9mite a d\u00e9ferl\u00e9 beaucoup trop vite pour laisser place \u00e0 de telles illusions.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Responsable du mouvement de jeunesse sioniste socialiste Hachomer Hatza\u00efr, le fr\u00e8re de Yael, Joseph, doit rencontrer r\u00e9guli\u00e8rement Adolf Eichmann &#8211; qui pousse les juifs \u00e0 l\u2019\u00e9migration avant d\u2019organiser leur d\u00e9portation. Vient la Nuit de cristal\u00a0: synagogues br\u00fbl\u00e9es, magasins d\u00e9truits, arrestations &#8211; dont le fr\u00e8re, qui passera six mois \u00e0 Dachau&#8230; La guerre d\u00e9clar\u00e9e, Joseph retrouvera enfin Yael, un temps cach\u00e9e chez des paysans, pour partir vers la \u00ab\u00a0Terre promise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comment oublier de tels parcours\u00a0? L\u2019\u00e2ge n\u2019a rien \u00e9mouss\u00e9 de la cruaut\u00e9 du pass\u00e9. Mais rejaillit aussi, enivrante comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cette joie qui gonflait les poitrines des pionniers d\u00e9barquant ici pour donner vie \u00e0 l\u2019id\u00e9al dont Gan Shmuel, depuis sa fondation en 1921, se voulait un des fleurons.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0C\u2019est Hitler qui a fait de moi un sioniste,<\/em>\u00a0reconna\u00eet honn\u00eatement Joseph Kohn.<em>N\u00e9 dans une famille assimil\u00e9e, fils d\u2019un militant socialiste engag\u00e9 dans la lutte clandestine contre l\u2019austro-fascisme, je n\u2019avais jamais pens\u00e9 \u00e0 la Palestine. Jusqu\u2019en 1938.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Son cas n\u2019a rien d\u2019exceptionnel\u00a0: en 1933, la Palestine compte moins de 200\u00a0000\u00a0juifs\u00a0; en 1939, 430\u00a0000\u00a0; et en 1947, 600\u00a0000. D\u00e9non\u00e7ant les partisans arabes de Roger Garaudy, l\u2019intellectuel am\u00e9ricano-palestinien Edward Sa\u00efd s\u2019en prendra un jour \u00e0\u00a0<em>\u00ab\u00a0la vision simpliste d\u2019intellectuels \u201cbien-pensants\u201d qui refusent de voir le lien qui existe entre l\u2019Holocauste et Isra\u00ebl<\/em>\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb5\">5<\/a>)\u00a0<em>\u00a0\u00bb.<\/em>Indiscutablement, le g\u00e9nocide a transform\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019Etat juif, longtemps marginale, en solution aux probl\u00e8mes de centaines de milliers de survivants. Et lui a conf\u00e9r\u00e9, malgr\u00e9 son injustice \u00e0 l\u2019endroit des Arabes palestiniens, une l\u00e9gitimit\u00e9 qui ralliera au plan de partage une majorit\u00e9 d\u2019Etats membres de la jeune Organisation des Nations unies\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb6\">6<\/a>).<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Qui veut &#8211; et qui peut\u00a0? &#8211; garantir que ce qui nous est arriv\u00e9 en Europe ne se reproduira pas\u00a0? La conscience humaine<\/em>\u00a0(&#8230;)<em>\u00a0peut-elle se lib\u00e9rer de toute responsabilit\u00e9 dans cette catastrophe\u00a0? Il n\u2019y a qu\u2019une sauvegarde\u00a0: une patrie, un Etat<\/em>\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb7\">7<\/a>)\u00a0<em>\u00a0\u00bb<\/em>, argumentait David Ben Gourion, alors chef de l\u2019Agence juive, devant la commission d\u2019enqu\u00eate de l\u2019ONU. De la propagande, sans doute, mais fond\u00e9e sur une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019incarnent les anciens de Gan Shmuel. Lorsque toutes les fronti\u00e8res se fermaient\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb8\">8<\/a>), o\u00f9 pouvaient-ils se r\u00e9fugier\u00a0? O\u00f9 auraient-ils d\u00fb reconstruire leur vie\u00a0?<\/p>\n<p>Comme Sara Kain, Myriam Raz l\u2019avoue sans ambages\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Le kibboutz, c\u2019\u00e9tait ma premi\u00e8re maison apr\u00e8s sept ann\u00e9es d\u2019angoisse et de mis\u00e8re.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>A leur image, la grande majorit\u00e9 des immigrants d\u2019alors &#8211; et beaucoup des suivants &#8211; consid\u00e8rent l\u2019Etat juif d\u2019abord comme un refuge, et ensuite seulement comme le lieu o\u00f9 r\u00e9aliser le \u00ab\u00a0sionisme socialiste\u00a0\u00bb. D\u2019ailleurs, si presque tous &#8211; ici &#8211; se r\u00e9clament de ce dernier, chacun nuance, insistant qui sur le sionisme, qui sur le socialisme.<\/p>\n<p>Fille de la bourgeoisie, Gertrud Pelleg voulait\u00a0<em>\u00ab\u00a0la Palestine, pas le communisme\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Enfant de militants ouvriers, Joseph Kohn r\u00eavait\u00a0<em>\u00ab\u00a0de socialisme, et non de sionisme. D\u2019une patrie pour les juifs, mais dans un cadre socialiste inspir\u00e9 de l\u2019Union sovi\u00e9tique, avec le kibboutz comme laboratoire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le travail, l\u2019\u00e9ducation et bien s\u00fbr l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0M\u00eame radicalit\u00e9 chez Alexandre Altyzer, un Suisse d\u2019origine ukrainienne venu directement en 1948, \u00e0 dix-huit ans\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Mon id\u00e9al \u00e9tait socialiste, pas juif. Je voulais vivre autrement, une vie collective, de travail et de partage.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je ne me sentais pas en harmonie avec l\u2019Hachomer Hatza\u00efr, que je trouvais stalinien. Mais mon mari en \u00e9tait, et je l\u2019ai suivi&#8230;\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0avoue Lamima Eshed, une Sabra\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb9\">9<\/a>) d\u2019origine russe n\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem. Yael Paggy, elle, a choisi\u00a0: \u00e0 l\u2019instar de son fr\u00e8re, elle d\u00e9sirait\u00a0<em>\u00ab\u00a0changer le monde&#8230; et les juifs. Apr\u00e8s des si\u00e8cles de discriminations, la structure sociale juive formait une pyramide invers\u00e9e que l\u2019activit\u00e9 agricole devait remettre \u00e0 l\u2019endroit\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Plus prosa\u00efquement, Naomi L\u00e9vy, premi\u00e8re fille n\u00e9e au kibboutz, se souvient avoir grandi dans une atmosph\u00e8re de groupe,\u00a0<em>\u00ab\u00a0o\u00f9 les enfants disaient \u201cnous\u201d et pas \u201cje\u201d\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Chez le Tch\u00e8que Zeev Hadar, arriv\u00e9 en 1936, sionisme ne rime pas avec communisme.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Les Sovi\u00e9tiques pr\u00e9tendaient que leur r\u00e9volution r\u00e9soudrait le probl\u00e8me juif\u00a0: nul besoin d\u2019Etat en Palestine. Moi, je n\u2019y ai jamais cru. Face aux menaces hitl\u00e9rienne et stalinienne, seul un mouvement juif sp\u00e9cifique pouvait arracher notre peuple \u00e0 son destin tragique et lui permettre de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer dans son Etat. Le kibboutz a nourri Isra\u00ebl, mais il nous a aussi appris \u00e0 vivre ensemble du travail productif et \u00e0 en partager les fruits.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0A l\u2019inverse, Ha\u00efm Margalit et sa femme Shoshana, tous deux sabras, avaient\u00a0<em>\u00ab\u00a0le sentiment de construire une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e des tares du capitalisme. Et l\u2019espoir de donner naissance \u00e0 un homme nouveau\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Expression typ\u00e9e\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nous suivions l\u2019exemple de l\u2019Union sovi\u00e9tique, o\u00f9 Staline r\u00e9alisait nos r\u00eaves.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Commentaire de son \u00e9pouse\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Tout \u00e9tait si clair. Nous pensions par slogans. Nous avions une mission sup\u00e9rieure.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il est au moins un ancien de Gan Shmuel que ce discours n\u2019impressionne absolument pas. Sur place, nul d\u2019ailleurs ne mentionne son nom. Et pour cause\u00a0! D\u00e9j\u00e0 influenc\u00e9 par l\u2019extr\u00eame gauche \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, Ilan Halevi est all\u00e9 au bout de ses convictions\u00a0: il travaille, depuis plus de vingt ans, \u00e0 la direction de l\u2019Organisation de lib\u00e9ration de la Palestine (OLP). Rencontr\u00e9 \u00e0 Paris, il r\u00e9sume\u00a0:<em>\u00ab\u00a0Le kibboutz\u00a0? Un phalanst\u00e8re colonial, fond\u00e9 sur un mensonge constitutif.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>D\u2019ordinaire loquaces, les anciens n\u2019aiment gu\u00e8re aborder la \u00ab\u00a0question arabe\u00a0\u00bb. Sur le plan th\u00e9orique, passe encore\u00a0: appartenance \u00e0 l\u2019Hachomer Hatza\u00efr oblige, tous avaient un jour pr\u00f4n\u00e9 une Palestine binationale o\u00f9 juifs et Arabes coexisteraient. Mais cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9e, s\u2019\u00e9vanouit totalement avec la guerre de 1948. Si les combats \u00e9pargn\u00e8rent Gan Shmuel, ce ne fut pas le cas du village contigu de Tcherkass. Selon l\u2019historien Benny Morris\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb10\">10<\/a>), confirm\u00e9 par plusieurs t\u00e9moignages, le kibboutz aida l\u2019arm\u00e9e clandestine juive, la Haganah, \u00e0 chasser ceux des habitants arabes qui n\u2019avaient pas fui, puis confisqua les terres et, trois ans plus tard, d\u00e9truisit les maisons restantes au bulldozer&#8230;<\/p>\n<p>Qui s\u2019en souvient\u00a0? Yael Paggy affirme\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Les Arabes sont partis, nous ne les avons pas chass\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0D\u2019accord, Naomi L\u00e9vy ajoute que la restitution des terres \u00e9tait impossible, car celles-ci\u00a0<em>\u00ab\u00a0ne leur appartenaient pas. De toute fa\u00e7on, \u00e7a aurait pos\u00e9 trop de probl\u00e8mes\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0En revanche, Gertrud Pelleg retrouve un<em>\u00ab\u00a0sentiment d\u00e9sagr\u00e9able\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0devant ce d\u00e9part qui\u00a0<em>\u00ab\u00a0lui rappelait la d\u00e9portation des juifs\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Pas d\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me chez Joseph Kohn\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Celui qui tire le premier coup de feu doit en supporter les cons\u00e9quences.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Seul \u00e0 se souvenir de tous les d\u00e9tails, Ha\u00efm Margalit d\u00e9fend&#8230; la th\u00e8se du d\u00e9part volontaire, avec une v\u00e9h\u00e9mence suspecte.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Ils nient, mais ils savent\u00a0\u00bb<\/em>, confie un des responsables du kibboutz, Rafi Ashkenazi.<\/p>\n<p>1963\u00a0: un jeune couple souhaite devenir membre de Gan Shmuel. Mais Silvia est juive, et Rashid arabe, de surcro\u00eet originaire&#8230; du village \u00ab\u00a0oubli\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Au terme de plusieurs mois d\u2019\u00e2pres d\u00e9bats,\u00a0<\/em>raconte le sociologue\u00a0<em>\u00ab\u00a0bourdieusien\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Reuven Shapira,\u00a0<em>la majorit\u00e9 refusa, et notamment cette vieille g\u00e9n\u00e9ration dont le projet soi-disant binational excluait en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019autre peuple de Palestine. Pis\u00a0: les leaders du Mapam, qui n\u2019avaient que la fraternit\u00e9 des peuples \u00e0 la bouche, pes\u00e8rent de tout leur poids contre l\u2019acceptation.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>La coexistence trahie des juifs et des arabes<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement aux \u00e9v\u00e9nements de 1948, ce traumatisme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 enfoui au plus profond des inconscients\u00a0: il \u00e9chauffe encore les passions. Si la grande majorit\u00e9 regrette la d\u00e9cision prise &#8211; pour Rafi Ashkenazi comme pour nombre de jeunes qui avaient alors vingt ans,\u00a0<em>\u00ab\u00a0Gan Shmuel a trahi ce jour-l\u00e0 son id\u00e9al de coexistence entre juifs et Arabes&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0-, certains n\u2019en d\u00e9mordent pas. Ha\u00efm Margalit minimise toutefois son refus, motiv\u00e9 par des consid\u00e9rations strictement \u00ab\u00a0personnelles\u00a0\u00bb, Rashid ne lui \u00e9tant\u00a0<em>\u00ab\u00a0pas sympathique\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0Shoshana l\u2019interrompt\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas personnel, mais id\u00e9ologique. Rejeter Rashid, c\u2019\u00e9tait c\u00e9der \u00e0 la parano\u00efa de gens pr\u00eats \u00e0 tout sous pr\u00e9texte de survie du peuple juif.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0A preuve, la position de Sara Kain, qui mart\u00e8le\u00a0:<em>\u00a0\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais contre et je reste contre, par peur du pr\u00e9c\u00e9dent.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Curieusement, elle se r\u00e9jouit de la r\u00e9ussite des couples mixtes form\u00e9s avec les volontaires goys (non juifs) mais&#8230; scandinaves\u00a0!<\/p>\n<p>En 1972, Udi Adiv, fils d\u2019un des fondateurs du kibboutz, est arr\u00eat\u00e9 au retour de Damas et condamn\u00e9 pour \u00ab\u00a0espionnage au profit de la Syrie\u00a0\u00bb \u00e0 dix-sept ans de prison &#8211; il en fera douze et demi.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Pour moi comme pour beaucoup de jeunes, la guerre de 1967 et ses suites avaient repr\u00e9sent\u00e9 un v\u00e9ritable choc. J\u2019avais d\u00e9couvert l\u2019hypocrisie du Mapam, son nationalisme, son refus de toute solidarit\u00e9 avec les Palestiniens. Etudiant, j\u2019ai voulu donc entrer directement en contact avec ces derniers. Et c\u2019est ainsi que, de rencontre secr\u00e8te en r\u00e9union clandestine, je me suis retrouv\u00e9 &#8211; b\u00eatement &#8211; \u00e0 Damas. Il va sans dire que je n\u2019ai pas fourni le moindre renseignement aux Syriens.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Avec le recul, il d\u00e9plore son amateurisme et sa na\u00efvet\u00e9, mais pas son engagement\u00a0: le dialogue isra\u00e9lo-palestinien n\u2019a-t-il pas d\u00e9bouch\u00e9, en 1993, sur les accords d\u2019Oslo\u00a0? Certains, ici, comparent encore sa\u00a0<em>\u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>\u00e0 l\u2019<em>\u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efsme\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0d\u2019Uri Ilan, un fils du kibboutz qui, tomb\u00e9 entre les mains des Syriens en 1954, pr\u00e9f\u00e9ra se suicider plut\u00f4t que de parler&#8230; Mais, d\u00e9sormais, la majorit\u00e9 des membres du kibboutz accueillent<em>\u00ab\u00a0amicalement ou poliment\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0l\u2019ex-pestif\u00e9r\u00e9, devenu&#8230; pr\u00e9curseur.<\/p>\n<p>Pav\u00e9e de scandales, l\u2019histoire de Gan Shmuel l\u2019est c\u00f4t\u00e9 sioniste, mais aussi c\u00f4t\u00e9 socialiste. 1952\u00a0: parmi les accus\u00e9s du proc\u00e8s Slansky, \u00e0 Prague, figure Mordecha\u00ef Oren, un dirigeant de l\u2019Hachomer Hatza\u00efr qui a coordonn\u00e9 avec les dirigeants tch\u00e8ques, durant la guerre de 1948, l\u2019aide militaire massive du camp communiste aux forces juives. Au sein du kibboutz, \u00e9cartel\u00e9,\u00a0<em>\u00ab\u00a0les uns, aveugl\u00e9ment prosovi\u00e9tiques, voulaient croire qu\u2019Oren \u00e9tait vraiment un espion, les autres, sionistes avant tout, ne pouvaient avaler cette couleuvre\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0se souvient Yael Paggy. Selon Shoshana Margalit, ce choc engage &#8211; quatre ans avant le XXe congr\u00e8s du PC sovi\u00e9tique &#8211; la\u00a0<em>\u00ab\u00a0d\u00e9stalinisation\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0des pionniers, au prix d\u2019une<em>\u00ab\u00a0terrible humiliation de gens d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 leur cause\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0De cet amour immod\u00e9r\u00e9 pour l\u2019URSS, une r\u00e9v\u00e9lation r\u00e9cente du quotidien\u00a0<em>Haaretz<\/em>\u00a0(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nb11\">11<\/a>) donne la mesure\u00a0: la d\u00e9couverte des lettres qu\u2019en 1951 l\u2019instituteur Binyamin Greenboim, v\u00e9ritable id\u00e9ologue du kibboutz, avait demand\u00e9 \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves d\u2019\u00e9crire aux jeunes d\u2019un village sovi\u00e9tique rendu c\u00e9l\u00e8bre par le p\u00e9dagogue Anton Makarenko&#8230;\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nous sommes un des plus vieux kibboutz en Isra\u00ebl<\/em>, \u00e9crivait par exemple Nadav Mermelstein.<em>Nous suivons la Russie sur presque tous les points, mais notre gouvernement veut suivre l\u2019Am\u00e9rique.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Nouvelle crise en 1955\u00a0: aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, le Parti communiste recueille six voix \u00e0 Gan Shmuel.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Un tremblement de terre\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0se rappelle Ha\u00efm Margalit. A la f\u00e9d\u00e9ration des kibboutz Haartzi, c\u2019est le branle-bas de combat\u00a0: le \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb, Yacov Hazan, se d\u00e9place pour excommunier les coupables et arrache, apr\u00e8s un d\u00e9bat houleux, deux exclusions.\u00a0<em>\u00ab\u00a0A l\u2019\u00e9poque, je n\u2019\u00e9tais pas communiste, mais proche de Moshe Sneh, qui rejoindra plus tard le PC,\u00a0<\/em>explique une des \u00ab\u00a0victimes\u00a0\u00bb, Matityahou Mintz, devenu un ethnologue de renom de l\u2019universit\u00e9 de Tel-Aviv.\u00a0<em>Et j\u2019influen\u00e7ais une douzaine de membres du kibboutz.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Pour expliquer l\u2019agressivit\u00e9 des responsables, le professeur invoque<em>\u00ab\u00a0l\u2019anticommunisme sp\u00e9cifique du Mapam, qui se consid\u00e9rait comme un parti r\u00e9volutionnaire et redoutait toute concurrence sur sa gauche\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Les six voix de 1955,\u00a0<\/em>confirme Yael Paggy,\u00a0<em>firent l\u2019effet d\u2019un \u201cchiffon rouge\u201d aux anciens qui avaient un complexe \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mouvement communiste, en plein d\u00e9veloppement \u201cill\u00e9gal\u201d dans le kibboutz.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Une pause, puis\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Maintenant, on en rit, mais je ne puis oublier que mon mari et mes amis ont vot\u00e9 les exclusions.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Emport\u00e9s par l\u2019ivresse de 1967<\/strong><\/p>\n<p>Eprouv\u00e9, entach\u00e9, \u00e9branl\u00e9, l\u2019id\u00e9al des anciens de Gan Shmuel leur reste n\u00e9anmoins riv\u00e9 au c\u0153ur. C\u2019est \u00e0 son aune qu\u2019ils jugent la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne contemporaine. Sans la moindre complaisance. A ce tableau noir, que ne renieraient pas de virulents antisionistes, chacun, aux critiques communes, ajoute sa propre touche.<\/p>\n<p>Dans cet\u00a0<em>\u00ab\u00a0Etat compl\u00e8tement fou\u00a0\u00bb<\/em>, Yael Paggy ne retrouve plus rien de la vie modeste, mais solidaire et chaleureuse, des premi\u00e8res ann\u00e9es. Elle d\u00e9plore la disparition des\u00a0<em>\u00ab\u00a0relations humaines, de l\u2019entraide, de l\u2019accueil des immigrants\u00a0\u00bb.\u00a0<\/em>Sara Kain se plaint particuli\u00e8rement de la violence\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0On se croirait \u00e0 Chicago tant il y a de meurtres et de vols.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Curieusement, \u00e0 ce chapitre, elle non plus ne mentionnera pas l\u2019assassinat d\u2019Itzhak Rabin&#8230; Gertrud Pelleg, qui rend r\u00e9guli\u00e8rement visite \u00e0 sa s\u0153ur aux Etats-Unis, est surtout frapp\u00e9e par l\u2019<em>\u00ab\u00a0am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>qu\u2019elle caract\u00e9rise par la\u00a0<em>\u00ab\u00a0mont\u00e9e d\u2019un individualisme insupportable dans une soci\u00e9t\u00e9 qui se voulait fond\u00e9e sur l\u2019int\u00e9r\u00eat commun\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Mat\u00e9rialisme contre id\u00e9ologie. Voil\u00e0 la cl\u00e9, selon Myriam Raz\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Autrefois, nous formions une soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9lective d\u2019hommes et de femmes qui partageaient un m\u00eame r\u00eave, ne rechignaient pas au sacrifice et tenaient plus \u00e0 la dignit\u00e9 de la vie qu\u2019\u00e0 son confort.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Si bien que la petite \u00ab\u00a0miracul\u00e9e\u00a0\u00bb du shtetl se sent parfois<em>\u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0dans cet Isra\u00ebl\u00a0<em>\u00ab\u00a0o\u00f9 seule compte la recherche de la richesse\u00a0\u00bb.<\/em>Zeev Hadar non plus ne comprend pas cette logique.\u00a0<em>\u00ab\u00a0La v\u00e9ritable richesse ne r\u00e9side pas dans l\u2019argent, mais dans la litt\u00e9rature, la musique, le th\u00e9\u00e2tre, et donc l\u2019\u00e9ducation, qui sont, h\u00e9las, victimes de la course au fric.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Au palmar\u00e8s des tares, l\u2019explosion des in\u00e9galit\u00e9s arrive au premier rang. Tous les anciens, sans exception, la d\u00e9noncent, tel Alexandre Altyzer, qui met en garde contre les statistiques officielles\u00a0:<em>\u00a0\u00ab\u00a0Quand on vous parle de salaire moyen, sachez qu\u2019il inclut la r\u00e9mun\u00e9ration du directeur, qui gagne 100\u00a0000 shekels<\/em>(170\u00a0000\u00a0F)<em>\u00a0par mois, et de ses ouvriers ou employ\u00e9s, qui en touchent 2\u00a0000<\/em>(3\u00a0400\u00a0F).\u00a0<em>Sans oublier l\u2019argent de poche vers\u00e9 aux immigrants non juifs, souvent 20\u00a0shekels\u00a0<\/em>(34\u00a0F)\u00a0<em>par mois&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Contraire \u00e0 l\u2019\u00e9thique m\u00eame d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 traditionnellement \u00e9galitaire, cette polarisation entre riches et pauvres alimente une autre dimension, unanimement d\u00e9plor\u00e9e, de l\u2019\u00e9volution isra\u00e9lienne\u00a0: ses divisions croissantes. Signe des temps, le conflit le plus cit\u00e9 oppose la\u00efques et religieux.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est plus Isra\u00ebl, mais l\u2019Iran\u00a0\u00bb<\/em>, lance Ha\u00efm Margalit, qui voit dans le rabbin Ovadia Yosef un ayatollah Khomeiny\u00a0<em>bis.<\/em>\u00a0Et accuse son parti, le Shass, d\u2019un des trois crimes qui, dans la tradition juive, m\u00e9ritent la mort\u00a0: le paganisme.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Comment, sinon, qualifier le recours syst\u00e9matique aux m\u00e9dailles et aux amulettes\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Mais cette ascension des ultra-orthodoxes s\u00e9pharades, l\u2019ex-journaliste l\u2019explique avant tout par les ravages du\u00a0<em>\u00ab\u00a0capitalisme cruel\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(George Soros) parmi les juifs arabes. Ce th\u00e8me, \u00e0 Gan Shmuel, ne fait gu\u00e8re flor\u00e8s. Lorsqu\u2019ils \u00e9voquent les discriminations frappant les juifs orientaux, les anciens pr\u00e9cisent souvent\u00a0<em>\u00ab\u00a0pr\u00e9tendues\u00a0\u00bb &#8211;<\/em>\u00a0il est vrai qu\u2019ils proviennent d\u2019Allemagne, d\u2019Autriche et de Tch\u00e9coslovaquie&#8230;<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Supercapitalisme\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: tel est le diagnostic de Joseph Kohn, qui y discerne une menace mortelle pour Isra\u00ebl. Elisha Eshed qualifie de\u00a0<em>\u00ab\u00a0glace chaude\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0le projet sioniste lui-m\u00eame, qui pr\u00e9tendait m\u00e9langer harmonieusement socialisme et capitalisme. Le tournant, Naomi L\u00e9vy le situe en 1967. La guerre de six jours, explique-t-elle,\u00a0<em>\u00ab\u00a0nous a enivr\u00e9s. M\u00eame le mouvement kibboutzique s\u2019est convaincu que tout \u00e9tait d\u00e9sormais possible. Arabes et juifs allaient coexister\u00a0: aux premiers le travail, aux seconds l\u2019argent facile. De fait, les juifs se sont enrichis sur le dos de cette main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9, mais aussi gr\u00e2ce au flot des capitaux am\u00e9ricains. Isra\u00ebl devint ainsi un \u201cmiracle\u201d accompli pour nous par Dieu, preuve de nos droits sur cette terre. Impensable avant, le Grand Isra\u00ebl justifia notre refus de restituer les territoires. Mais l\u2019occupation a un prix pour l\u2019occupant\u00a0: elle le corrompt.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Parfois, m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 pousser ses interlocuteurs dans leurs ultimes retranchements, le journaliste h\u00e9site. Questionner les anciens d\u2019un kibboutz sur l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne revient \u00e0 les confronter \u00e0 l\u2019\u00e9chec de leur propre vie. La crise m\u00eame des kibboutz les atteint personnellement. Certes, la prosp\u00e9rit\u00e9 de Gan Shmuel met ses membres \u00e0 l\u2019abri de la mis\u00e8re dans laquelle v\u00e9g\u00e8tent d\u2019autres collectivit\u00e9s et autorise une r\u00e9flexion plus sereine. Mais nul, m\u00eame ici, ne peut exclure l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une disparition de ces forteresses \u00ab\u00a0sionistes socialistes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les 83 kibboutz Haartzi et les 160 du mouvement pro-travailliste Takam ont accumul\u00e9<\/em>, r\u00e9sume Ofer Kol, porte-parole des premiers,\u00a0<em>quelque 5\u00a0milliards de francs de dettes, dont une bonne partie suite aux op\u00e9rations sp\u00e9culatives des ann\u00e9es 80. Mais ils regroupent encore 300\u00a0000\u00a0membres et associ\u00e9s, soit 5\u00a0% de la population du pays, fournissent 50\u00a0% de la production agricole et&#8230; une grosse proportion des officiers de l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est dire l\u2019enjeu du d\u00e9bat.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Des pilules am\u00e8res, les anciens en ont d\u00e9j\u00e0 aval\u00e9\u00a0: le d\u00e9veloppement des activit\u00e9s industrielles a entra\u00een\u00e9 le recours \u00e0 une main-d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re, l\u2019irruption de l\u2019individu dans le collectif s\u2019est traduite par le retour des enfants chez leurs parents et par l\u2019arriv\u00e9e de la voiture comme de la t\u00e9l\u00e9vision.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Cette fois, chaque kibboutz sait que de ses d\u00e9cisions d\u00e9pendra sa survie. Les uns s\u2019accrochent aux r\u00e8gles collectivistes. Les autres envisagent d\u2019y renoncer compl\u00e8tement. Certains s\u2019arr\u00eatent \u00e0 mi-chemin, refusant par exemple \u00e0 leurs membres le droit de travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, mais introduisant les salaires \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Nul besoin d\u2019\u00eatre grand clerc pour deviner vers quelle solution penche Gavril Bar Guil, le pr\u00e9sident des kibboutz Haartzi. Interview\u00e9, via son portable, dans sa voiture de fonction, il manie avec aisance la langue de bois\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Placer l\u2019individu au centre tout en pr\u00e9servant nos valeurs collectives, maintenir l\u2019\u00e9galit\u00e9 mais lier le salaire au travail\u00a0\u00bb<\/em>, bref\u00a0<em>\u00ab\u00a0demeurer un kibboutz en s\u2019int\u00e9grant cependant au \u201cvillage global\u201d\u00a0\u00bb&#8230;\u00a0<\/em>A Gan Shmuel, les anciens pensent autrement. Qu\u2019on ne puisse, sous peine de mort, fermer les yeux sur les changements intervenus en Isra\u00ebl et dans le monde, ils l\u2019admettent. Mais ils entendent pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 fondamentale du kibboutz.<\/p>\n<p>Autre objectif, autre m\u00e9thode. La plupart des communaut\u00e9s en difficult\u00e9 se sont assur\u00e9 les services de conseillers \u00e9conomiques, qui leur ont \u00e9videmment sugg\u00e9r\u00e9 de privatiser les biens du kibboutz, de supprimer des services rendus gratuitement aux membres, d\u2019introduire des salaires et de les hi\u00e9rarchiser, etc. Pour accompagner les membres de Gan Shmuel dans leur introspection, Rafi Ashkenazi, lui, a fait appel \u00e0 un&#8230; philosophe, Assa Kasher.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0<\/em>, explique ce dernier,\u00a0<em>pour leur dire ce qu\u2019il convenait de faire, mais pour les aider \u00e0 trouver un \u00e9quilibre entre continuit\u00e9 et changement, afin que leur mod\u00e8le reste attractif pour leurs petits-enfants. Gr\u00e2ce au questionnaire et aux entretiens que nous avons r\u00e9alis\u00e9s, une nouvelle approche se d\u00e9gage, autour de trois domaines\u00a0: n\u00e9cessit\u00e9, responsabilit\u00e9, libert\u00e9. Au premier appartient la base \u00e9conomique. Mais le bien-\u00eatre des gens \u00e2g\u00e9s, l\u2019\u00e9ducation, la prise en charge des besoins des jeunes doivent-ils relever de la collectivit\u00e9 ou de chacun\u00a0? Et jusqu\u2019o\u00f9 doit aller la libert\u00e9 des membres\u00a0? D\u2019o\u00f9 la perspective d\u2019adopter une charte des droits des membres, mais aussi de rendre la gestion du kibboutz plus transparente, plus consensuelle. Bref, l\u2019avenir passe non par la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, mais par la libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>A supposer que les kibboutz aient un avenir. A l\u2019or\u00e9e du XXIe\u00a0si\u00e8cle, peut-on &#8211; doit-on &#8211; pr\u00e9server ces\u00a0<em>\u00ab\u00a0\u00eelots de socialisme dans l\u2019oc\u00e9an capitaliste\u00a0\u00bb<\/em>qu\u2019\u00e9voquait Yacov Hazan, dans les ann\u00e9es\u00a050\u00a0?\u00a0<em>\u00ab\u00a0Si vous croyez que le capitalisme, parce qu\u2019h\u00e9g\u00e9monique, va \u00e9liminer le kibboutz, vous vous trompez,<\/em>r\u00e9pond Assa Kasher.\u00a0<em>Une soci\u00e9t\u00e9 comme la n\u00f4tre s\u00e9cr\u00e8te tant d\u2019injustices qu\u2019elle pousse ses victimes \u00e0 se battre pour la justice.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>Un vivier pour demain.<em>\u00ab\u00a0Pourquoi capituler\u00a0? Le kibboutz constitue plus que jamais une alternative cr\u00e9dible, s\u2019il se r\u00e9nove dans la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses principes. Une \u00eele\u00a0? Plut\u00f4t une fontaine de valeurs pour les combats \u00e0 venir.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Ne pas abandonner les gens \u00e0 leur sort<\/strong><\/p>\n<p>Cette bataille, Rafi Ashkenazi la juge bien engag\u00e9e \u00e0 Gan Shmuel.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Je suis peut-\u00eatre le dernier responsable au monde \u00e0 penser que les \u00eatres humains ne sont pas mauvais et qu\u2019ils peuvent donc encore vivre ensemble et \u00e0 \u00e9galit\u00e9,<\/em>\u00a0assure-t-il, mi-blagueur, mi-s\u00e9rieux.\u00a0<em>Pour le capitalisme, l\u2019\u00e9ducation, la culture, la sant\u00e9, la retraite repr\u00e9sentent de l\u2019argent perdu\u00a0: \u00e0 chacun d\u2019assumer ces charges, et tant pis pour lui s\u2019il n\u2019en a pas les moyens. Nous, nous refusons d\u2019abandonner les gens \u00e0 leur sort. Archa\u00efque\u00a0? Au contraire, la soci\u00e9t\u00e9 que nous d\u00e9fendons ici, \u00e0 notre mani\u00e8re, est celle de l\u2019avenir.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ici et, qui sait\u00a0?, ailleurs. Car bien des yeux, en Isra\u00ebl, sont braqu\u00e9s sur cette version locale du village d\u2019Ast\u00e9rix. Reste \u00e0 savoir s\u2019il est vraiment possible, comme le sugg\u00e9rait Joseph Kohn, le \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb, de\u00a0<em>\u00ab\u00a0couper le kibboutz du pays pour lui \u00e9viter de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer comme lui\u00a0\u00bb&#8230;<\/em><\/p>\n<p>NOTES<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/auteur1599.html\">Dominique Vidal<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Journaliste et historien, coauteur avec Alain Gresh de l\u2019ouvrage\u00a0<em>Les 100\u00a0Cl\u00e9s du Proche-Orient,<\/em>\u00a0Fayard, Paris, 2011.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh1\">1<\/a>)\u00a0 Lire Amnon Kapeliouk, \u00ab\u00a0La d\u00e9cadence des kibboutz isra\u00e9liens\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Le Monde diplomatique,<\/em>\u00a0ao\u00fbt 1995.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh2\">2<\/a>)\u00a0 Fond\u00e9s par le mouvement de jeunesse sioniste socialiste Hachomer Hatza\u00efr (Le Jeune Gardien), les kibboutz Haartzi ont \u00e9t\u00e9 li\u00e9s d\u2019abord au parti Mapam, cr\u00e9\u00e9 en 1948, qui a fusionn\u00e9 en 1992 avec deux autres formations de gauche pour donner naissance au parti Meretz.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh3\">3<\/a>)\u00a0 Charg\u00e9s, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 1941, des massacres de civils dans les territoires occup\u00e9s par la Wehrmacht, les \u00ab\u00a0groupes d\u2019intervention\u00a0\u00bb ont tu\u00e9 plus de un million de juifs.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh4\">4<\/a>)\u00a0 Ouverts dans les zones occidentales de l\u2019Allemagne et en Autriche, ces camps rassemblaient en 1946 plus de 250\u00a0000\u00a0juifs qui ne pouvaient &#8211; ou ne voulaient &#8211; pas rentrer dans leur pays.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh5\">5<\/a>)\u00a0 Edward W. Sa\u00efd, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article3925.html\">Isra\u00ebl-Palestine, une troisi\u00e8me voie<\/a>\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Le Monde diplomatique<\/em>, ao\u00fbt 1998.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh6\">6<\/a>)\u00a0 Le 29\u00a0novembre 1947, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU d\u00e9cide, par 33\u00a0voix contre 13 et 10 abstentions, de cr\u00e9er un Etat juif, un Etat arabe et une zone internationale pour J\u00e9rusalem et les Lieux saints.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh7\">7<\/a>)\u00a0 Unscop,\u00a0<em>Report to the General Assembly<\/em>, vol.\u00a0III, Annex\u00a0A, UN Lake Success, 1947, p.\u00a021.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh8\">8<\/a>)\u00a0 De 1940 \u00e0 1948, les Etats-Unis n\u2019accord\u00e8rent que 57\u00a0000\u00a0visas \u00e0 des juifs europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh9\">9<\/a>)\u00a0 Ce terme, surnom des isra\u00e9liens n\u00e9s en Isra\u00ebl, d\u00e9signe en h\u00e9breu le fruit du cactus\u00a0: piquant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et doux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&#8230;<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh10\">10<\/a>)\u00a0 Lire Benny Morris,\u00a0<em>The Birth of the Palestinian Refugee Problem<\/em>, Cambridge University Press, Cambridge, 1987.<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/archives.mondediplo.com\/article1939.html#nh11\">11<\/a>)\u00a0 Tel-Aviv, 25\u00a0avril 2000.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;article n\u00b05 a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Dominique Vidal. Il est paru en Aout 2000 dans le Monde Diplomatique \u00a0\u00bbLe 6\u00e8me article \u00a0\u00bb Axionov, roman avec cocos\u00a0\u00bb de\u00a0 Bernard Cohen est paru en Avril 1995 dans Lib\u00e9ration -Il sera en ligne sur le blog le Mardi 16 Juin. La nouvelle rubrique \u00ab\u00a0Le journalisme qui r\u00e9siste au [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8516,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[718,698],"tags":[909,208,890,910,911,633,913,912],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8515"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8515"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8515\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8517,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8515\/revisions\/8517"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8516"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8515"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8515"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8515"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}