{"id":8359,"date":"2015-04-02T17:53:01","date_gmt":"2015-04-02T15:53:01","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=8359"},"modified":"2017-01-10T13:55:53","modified_gmt":"2017-01-10T12:55:53","slug":"anxiete-puissance-4","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2015\/04\/anxiete-puissance-4\/","title":{"rendered":"Anxi\u00e9t\u00e9 puissance 4"},"content":{"rendered":"<p><strong>Aucun doute Jean Philippe Carlot est po\u00e8te, quelqu\u2019un qui sait se mettre en danger pour donner \u00e0 voir et \u00e0 entendre la musique qu\u2019il a en lui. A suivre.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Anxi\u00e9t\u00e9 d\u2019amour &#8211; 1<\/span><\/strong><\/p>\n<p>,<\/p>\n<p>Ici je suis chez moi. J\u2019ai des amis.<\/p>\n<p>Hier on m\u2019a attach\u00e9 au chauffage central avec des menottes. J\u2019ai hauss\u00e9 les \u00e9paules\u00a0: si vous voulez, je pensais.<\/p>\n<p>Je pense souvent \u00e0 toi.<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric ne parle jamais. Jamais avec sa bouche. Mais ses yeux disent tout le temps la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Quelquefois on nous fait sortir dans le jardin. Moi, je ne peux pas. A cause de l\u2019herbe. Elle me rend triste. Elle est comme nous, tu sais, elle s\u2019arr\u00eate aux grilles et au portail. Apr\u00e8s c\u2019est le monde. Ils l\u2019ont enferm\u00e9e. Je l\u2019entends le dire, et le Vergnes aussi. Vergnes, \u00e7a fait quatre ans qu\u2019il est l\u00e0. Lui aussi l\u2019entend, m\u00eame la nuit, quand on n\u2019entend que les souffles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mon m\u00e9decin porte une grosse barbe remplie d\u2019insectes qu\u2019il ne voit pas. Il m\u2019a encourag\u00e9 \u00e0 croire \u00e0 la Volont\u00e9. Je respecte ses id\u00e9es, mais souvent il refuse de comprendre, avec ent\u00eatement. Un jour il m\u2019a m\u00eame dit qu\u2019il ne sert \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Je ne lui parle pas de toi\u00a0: je ne veux pas qu\u2019il t\u2019influence.<\/p>\n<p>Il sait seulement que tu m\u2019attends. Moi il m\u2019influence beaucoup. Il m\u2019a dit de jouer du saxophone dans l\u2019orchestre, mais je ne peux pas. J\u2019aime le silence et je n\u2019ai pas de silence pour souffler. Il m\u2019a dit que j\u2019ai peur. C\u2019est pas vrai. C\u2019est rapport \u00e0 gu\u00e9rir\u00a0: ici, il y a <em>gu\u00e9rir<\/em>, mais quand il pleut on n\u2019a pas le droit de sortir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On m\u2019a attach\u00e9 hier, parce que je voulais me doucher dans le jardin. J\u2019ai cass\u00e9 une arcade sourcili\u00e8re sur la porte d\u2019entr\u00e9e quand ils m\u2019ont forc\u00e9. Alors ils ne m\u2019ont plus cru. Je voulais simplement que la pluie me b\u00e9nisse, me gu\u00e9risse, un peu.<\/p>\n<p>Enfin, pour une fois que je voulais sortir.<\/p>\n<p>J\u2019ai regard\u00e9 la pluie tomber sur les haies de tro\u00e8ne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ta lettre, si on lit que les majuscules, tu as fait\u00a0: LANUIDDOR. C\u2019est beau\u00a0! Merci. L\u2019as-tu fait pour moi\u00a0?<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait ouverte, merci encore, les vents des routes sont entr\u00e9s dans l\u2019enveloppe. Et il y a de la chance dans les nuages\u00a0: je suis s\u00fbr que lorsque tu viendras la Volont\u00e9 deviendra visible et qu\u2019un rayon aussi visible nous unira.<\/p>\n<p>Mais alors \u00e7a le m\u00e9decin ne veut pas croire pour le rayon. Je ne comprends pas pourquoi il h\u00e9site \u00e0 croire. D\u2019ailleurs il n\u2019h\u00e9site pas, il ne croit pas.<\/p>\n<p>Regarde, il y a un homme qui parle peu et qui s\u2019appelle Platon, comme le philosophe. Monsieur Platon, tout le monde l\u2019appelle. Son rayon \u00e0 lui peut couper.<\/p>\n<p>Une femme est venue lui cracher sur les pieds. J\u2019ai vu son rayon sortir par sa gorge. La femme a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e violemment en arri\u00e8re, sa t\u00eate a heurt\u00e9 le plancher, et elle ne pouvait plus se relever.<\/p>\n<p>Platon immobile ne faisait que la regarder droit. Elle ne pouvait plus se relever car le rayon la fixait \u00e0 terre. Je crois qu\u2019il ne faisait pas vraiment expr\u00e8s, car son regard n\u2019avait pas chang\u00e9.<\/p>\n<p>Un infirmier est venu la relever. Il n\u2019a pas vu le rayon, qui a disparu d\u00e8s qu\u2019il est entr\u00e9. Alors la femme s\u2019est relev\u00e9e sans aide et c\u2019est elle que l\u2019infirmier a d\u00fb calmer car cette force l\u2019avait vex\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est vrai que j\u2019ai des amis ici. Monsieur Platon par exemple. Fr\u00e9d\u00e9ric, aussi. Et aussi des ennemis.<\/p>\n<p>Quand des visiteurs viennent ils sont tr\u00e8s agit\u00e9s, tr\u00e8s souvent. Je ne saurais pas quoi lui dire s\u2019il en venait un pour moi. Ils sont tr\u00e8s effrayants. On ne parle pas tellement la m\u00eame langue.<\/p>\n<p>Je crois que toi tu ne seras pas comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Si je dois t\u2019avouer quelque chose c\u2019est j\u2019ai un peu peur que tu viennes, mais viens.<\/p>\n<p>Tu me laisseras parler.<br \/>\nPeut-\u00eatre qu\u2019on n\u2019aura pas le droit de se toucher.<\/p>\n<p>Hier une ambulance a ramen\u00e9 un ami parti depuis des ann\u00e9es. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s content quand j\u2019ai vu que c\u2019\u00e9tait lui qui descendait du taxi.<\/p>\n<p>Lui aussi a pleur\u00e9 en me revoyant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je pense souvent \u00e0 toi.<\/p>\n<p>Il faut que tu penses \u00e0 moi tr\u00e8s souvent\u00a0: toi aussi tu peux faire descendre le Signe. Tu comprends\u00a0: le Signe est donn\u00e9 mais il faut changer pour le recevoir car on ne peut pas l\u2019appeler m\u00eame par les pri\u00e8res. C\u2019est lui qui d\u00e9cide. Peut-\u00eatre qu\u2019il revient dans la Volont\u00e9 aussi.<\/p>\n<p>Je pense souvent \u00e0 toi.<\/p>\n<p>Les ambulances arr\u00eatent de klaxonner pour entrer chez nous\u00a0: c\u2019est vous qu\u2019elles ennuient.<\/p>\n<p>J\u2019en ai parl\u00e9 au m\u00e9decin. Je suis trac\u00e9 mais vrai la Volont\u00e9 nous r\u00e9unira. Il faut que tu penses \u00e0 moi tr\u00e8s souvent, et je ne pleurerai peut-\u00eatre pas en te revoyant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Anxi\u00e9t\u00e9 d\u2019amour &#8211; 2<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il essayait de cliquer, mais la souris ne reposait sur aucun espace.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait attach\u00e9 par des menottes \u00e0 ce radiateur, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, elle s\u2019approchait sans pouvoir le toucher.<\/p>\n<p>Si on avait pu m\u00ealer les \u00e9chelles du temps \u00e0 celles de l\u2019espace pour inventer une mesure, il aurait pu lui dire que cette fen\u00eatre mesurait un si\u00e8cle, que ce si\u00e8cle les s\u00e9parait autant qu\u2019il les unissait.<\/p>\n<p>Elle avan\u00e7ait.<\/p>\n<p>Plus elle avan\u00e7ait, plus il la voyait s\u2019\u00e9loigner de lui.<\/p>\n<p>Plus il pensait \u00e0 se lib\u00e9rer, plus chacun de ses pas vers lui l\u2019\u00e9loignait un peu plus, et aucune cl\u00e9 ne pouvait ouvrir les menottes qu\u2019on lui avait pass\u00e9es.<\/p>\n<p>Il lui dit que l\u2019intelligence n\u2019est pas la seule lumi\u00e8re, qu\u2019autre chose pouvait lui servir de passerelle vers cette libert\u00e9 que lui \u00f4taient les menottes.<\/p>\n<p>Il ne savait pas si elle entendait.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment esp\u00e9rer\u00a0?\u00a0\u00bb lui demanda-t-il.<\/p>\n<p>Il ne pouvait pas savoir qu\u2019elle l\u2019entendait, prisonnier de ce si\u00e8cle qui les s\u00e9parait. Par lequel il se <em>croyait <\/em>s\u00e9par\u00e9 d\u2019elle. Car elle, le voyait, l\u2019entendait. Elle comprenait cette question qui lui parvenait. De quelle fa\u00e7on esp\u00e9rer sortir de ces verrous\u00a0?<\/p>\n<p>Seul lui ne la voyait pas.<\/p>\n<p>Il ne la voyait que les yeux ferm\u00e9s.<br \/>\nA peine ouverts, il retrouvait les menottes et la prairie \u00e0 perte de vue de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Et rien d\u2019autre que cette obnubilation de l\u2019espace et du temps.<\/p>\n<p>Il lui fallait fermer les yeux pour qu\u2019elle apparaisse et qu\u2019il l\u2019entende. Mais alors il dormait \u00e0 nouveau et c\u2019\u00e9tait comme si l\u2019espace mesurait un r\u00eave, comme si l\u2019unit\u00e9 de mesure \u00e9tait le r\u00eave.<\/p>\n<p>Il lui disait : \u00ab\u00a0tu es \u00e0 trois r\u00eaves de moi\u00a0\u00bb et il voyait trois r\u00eaves \u00e0 franchir pour l\u2019atteindre<\/p>\n<p>Et ces trois r\u00eaves \u00e9taient contenus dans l\u2019embrasure de la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Et pour la franchir il fallait passer les r\u00eaves.<\/p>\n<p>Elle lui disait \u00ab\u00a0viens\u00a0\u00bb, il r\u00e9pondait par une douleur.<\/p>\n<p>Non, pas lui\u00a0: lui ne r\u00e9pondait pas. Une douleur r\u00e9pondait \u00e0 sa place. Comme un clou. Elle lui disait \u00ab\u00a0viens\u00a0\u00bb, et un clou s\u2019\u00e9veillait en lui.<\/p>\n<p>Et le clou r\u00e9pondait \u00ab\u00a0non je ne peux rien \u00eatre d\u2019autre que ce clou, tu ne peux m\u2019approcher\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il ouvrait les yeux et \u00e0 nouveau elle avait disparu. Il aurait voulu lui confier autre chose que cette douleur, mais d\u00e9j\u00e0 elle l\u2019avait emport\u00e9e, et il avait mal de ce pr\u00e9sent qu\u2019elle lui avait \u00f4t\u00e9, mal pour ce cadeau inhumain fait \u00e0 celle qui venait le sauver.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle ne venait sauver personne. \u00ab\u00a0Personne ne sauve. Personne\u00a0\u00bb, lui disait-elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A nouveau, il essaya de cliquer mais aucun espace ne supportait la souris, et surtout, ses mains menott\u00e9es \u00e9taient recouvertes de couches de r\u00eaves.<\/p>\n<p>Comment les franchir, comment d\u00e9senchev\u00eatrer ces couches de voix qui emp\u00eachaient les doigts de toucher la bouche, de parler. Voil\u00e0 aussi ce qui les s\u00e9parait\u00a0: des \u00e9paisseurs de voix \u00e0 traverser. Pour la rejoindre, il fallait aussi traverser vingt \u00e9paisseurs de voix.<\/p>\n<p>Elle, se d\u00e9battait dans l\u2019intelligence qui ne lui laissait aucun espace. Toute la lumi\u00e8re venait d\u2019elle. Tout \u00e9tait nu sous cette lumi\u00e8re directe.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne peux pas te rejoindre\u00a0\u00bb lui disait cette intelligence. Comme elle aurait dit \u00ab\u00a0On ne peut pas marcher sur l\u2019eau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant elle avan\u00e7ait, et le regardait, attach\u00e9 \u00e0 ce radiateur de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, dans l\u2019appartement. Elle le voyait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre et le regrettait.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On ne parle pas \u00e0 celui qu\u2019on a d\u00e9truit\u00a0\u00bb lui disait cette intelligence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette fois c\u2019est elle qui cliqua. Alors la fen\u00eatre disparut, lui avec bien s\u00fbr et elle se retrouva seule avec les r\u00eaves qu\u2019il lui avait laiss\u00e9 franchir, qu\u2019il lui fallait franchir. R\u00eaves enchev\u00eatr\u00e9s avec l\u2019\u00e9paisseur des voix.<\/p>\n<p>Aucune souffrance suppl\u00e9mentaire n\u2019\u00e9tait venue s\u2019ajouter. \u00ab\u00a0Qui parle de souffrance\u00a0? \u00bb lui dit une des voix dissimul\u00e9e dans les r\u00eaves. \u00ab\u00a0Aucune souffrance ne doit \u00eatre \u00e9voqu\u00e9e ici. Ici n\u2019est pas le lieu. Ici est le lieu o\u00f9 la fen\u00eatre a disparu. Point. Maintenant, va. Continue d\u2019aller comme tu allais\u00a0\u00bb, lui disait cette voix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rien n\u2019a chang\u00e9 ni ne change, surtout ne change rien\u00a0\u00bb lui disait maintenant sa propre voix, comme si elle le lui avait toujours dit.<\/p>\n<p>Elle pensa\u00a0: \u00ab\u00a0Maintenant je r\u00eave et quelqu\u2019un s\u2019est \u00e9vanoui\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais lorsque la fen\u00eatre a disparu, elle l\u2019a emport\u00e9e.<\/p>\n<p>Maintenant le paysage lui manque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maintenant, toutes les couches de r\u00eave se sont dissip\u00e9es\u00a0: ne lui restent que les parois de sa seule voix.<\/p>\n<p>Il sait que le si\u00e8cle qui les s\u00e9pare bat comme le temps est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le passage des aiguilles d\u2019horloge.<\/p>\n<p>Personne ne peut \u00eatre appel\u00e9.<\/p>\n<p>Seuls viendront ceux qui viendront. S\u2019ils viennent.<\/p>\n<p>De ce c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, il y a son intelligence qui \u00e9claire les murs de l\u2019habitation. S\u2019il y avait des menottes elles ont disparu. Leurs traces aussi. Et aussi la pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre, reste la certitude qu\u2019elle est pass\u00e9e par l\u00e0, qu\u2019elle est entr\u00e9e dans la pi\u00e8ce et qu\u2019au moment o\u00f9 il a ouvert les yeux, la prairie a disparu.<\/p>\n<p>Personne ne peut \u00eatre appel\u00e9.<\/p>\n<p>(Elle a pu marcher sur l\u2019eau.)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Anxi\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9criture 3<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a cinq minutes j\u2019\u00e9tais vivant. La bu\u00e9e de mon souffle troublait la vitre. Tes yeux p\u00e9n\u00e9traient les miens.<\/p>\n<p>Il y a cinq minutes le pr\u00e9sent s\u2019est retir\u00e9 derri\u00e8re une page blanche.<\/p>\n<p>Il y a cinq minutes, je me suis retir\u00e9 comme la bu\u00e9e de la vitre, pour te laisser \u00e9crire.<\/p>\n<p>Tu as ferm\u00e9 les yeux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019aimerais que tu me lises ce que je t\u2019ai demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire. J\u2019\u00e9coute, j\u2019attends que crisse la feuille.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mes yeux p\u00e9n\u00e8trent-ils encore les tiens\u00a0? On avait parl\u00e9 de la peur. Je sais que le blanc de cette page, pas plus que le blanc des murs, ne te fait pas peur. Tu sais ce que je t\u2019ai demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire. Et ce n\u2019est pas \u00e0 toi que le souffle manque, d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>Ecris, maintenant que mes yeux ne te barrent plus le chemin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je t\u2019ai demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire, et tu restes immobile, \u00e0 inspecter l\u2019absence.<\/p>\n<p>Maintenant, je ne peux pas revenir.<\/p>\n<p>Maintenant que je ne peux pas revenir, vas-tu \u00e9crire\u00a0?<\/p>\n<p>Fais ces premiers pas dans le futur. Cesse d\u2019\u00e9couter l\u2019histoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Qui est cach\u00e9\u00a0dans le blanc de cette page ? Qui s\u2019abstient, qui sommeille, qui d\u00e9sire\u00a0? Voil\u00e0\u00a0: des questions. Moi qui t\u2019ai demand\u00e9 de n\u2019\u00e9crire aucune question. Moi qui t\u2019ai demand\u00e9 d\u2019affirmer, avec la m\u00eame assurance que la pluie, de maintenir, de te prononcer, de t\u00e9moigner, de te faire entendre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sans doute parce que cinq minutes ne suffisent pas \u00e0 trahir, tu ne r\u00e9ussis pas \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>Tu trahis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a cinq minutes tu \u00e9tais vivant.<\/p>\n<p>La bu\u00e9e de ton souffle troublait la vitre.<\/p>\n<p>Tes yeux troublaient les miens.<\/p>\n<p>Tu ne peux pas revenir pour \u00e9crire \u00e0 ma place.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il ne subsiste donc rien de ta pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>Comment peux-tu te taire ainsi\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Anxi\u00e9t\u00e9 de voyage 4<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Il a boucl\u00e9 sa valise, il a ferm\u00e9 le gaz, il a ferm\u00e9 ses fen\u00eatres, puis sa porte, et le portail d\u2019entr\u00e9e. Il a tout ferm\u00e9<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019il entre dans l\u2019ouvert, il franchira bient\u00f4t des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Le trottoir, les couleurs, et m\u00eame ses pas ont un peu chang\u00e9, dans la rue o\u00f9 il attend maintenant le taxi.<br \/>\nSon regard aussi, pour le voisin amical venu le saluer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le voyage l\u2019attend.<\/p>\n<p>Il s\u2019est all\u00e9g\u00e9\u00a0: de son trousseau il a retir\u00e9 quelques cl\u00e9s, toutes ses possessions tiennent dans une valise.<\/p>\n<p>Du trop il passe au peu, pour habiter le plus grand.<\/p>\n<p>Les pens\u00e9es assidues ne p\u00e8seront plus. Les yeux verront \u00e0 nouveau. Il \u00e9coutera le chant de la vo\u00fbte.<\/p>\n<p>Il fraternisera m\u00eame avec quelques-uns. D\u2019ailleurs, d\u00e9j\u00e0 le voisin et lui restent ensemble pour attendre le taxi. Comme si devant le portail ferm\u00e9 l\u2019air des fronti\u00e8res les baignait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Entre eux peu de mots, les pens\u00e9es vagabondent, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une toute br\u00e8ve le traverse m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0mes chaussures\u00a0! \u00bb. Un coup d\u2019\u0153il le rassure\u00a0: \u00ab\u00a0non je n\u2019ai les pas oubli\u00e9es les chaussures, la bosse, l\u00e0 sur le dessus de la valise, c\u2019est elles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alors l\u2019inventaire se prolonge\u00a0: billet d\u2019avion, passeport, argent, lampe pour les nuits, et bien s\u00fbr cette valise, l\u00e0\u00a0: oui, tout est l\u00e0, pendant que le taxi tarde.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Comme pour oublier cette minute inqui\u00e8te, ils jouent \u00e0 s\u2019\u00e9changer les mots li\u00e9s au voyage, chemin, passage, odyss\u00e9e, \u00e9tendue, dur\u00e9e, lenteur, espace.<\/p>\n<p>Enfin, au bout de la rue ils aper\u00e7oivent le taxi qui approche. Le v\u00e9hicule grandit lentement, vient \u00e0 eux, puis s\u2019arr\u00eate. La porte avant s\u2019ouvre, le chauffeur descend. Salut bref aux deux comp\u00e8res matinaux. Il va emporter l\u2019un, pendant que l\u2019autre regagnera ses murs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le chauffeur ouvre le coffre, prend la valise, et la d\u00e9pose dans l\u2019espace large et sombre. Il y a de l\u2019inconnu dans ce coffre, comme si le voyage y commen\u00e7ait. Une patience.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et ce trottoir est un quai\u00a0: il regarde ses derni\u00e8res amarres,\u00a0et le quotidien enferm\u00e9 derri\u00e8re les volets clos. Il range ses cl\u00e9s. Le chauffeur se redresse et ferme ce coffre qui sent la promesse de l\u2019inexplor\u00e9. Une autre face de lui entre dans le taxi, avec la lumi\u00e8re de cet inventaire qui continue de d\u00e9rouler ses verbes\u00a0: ouvrir, parcourir, suivre, aller, se rendre, croiser, partir.<\/p>\n<p>Il se demande bien qui lui succ\u00e8dera \u00e0 son retour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Assis sur le si\u00e8ge arri\u00e8re, il oublie presque le voisin \u00e0 qui il fait un dernier signe, et entonne\u00a0: \u00ab\u00a0Roissy Terminal 1\u00a0\u00bb. L\u2019avenir d\u00e9borde imperceptiblement sur le pr\u00e9sent, il tire comme tire l\u2019eau des navigations\u00a0: le voyage a commenc\u00e9.<\/p>\n<p>Son corps lui rapporte les paroles d\u2019une vieille chanson grecque\u00a0: <em>\u00ab\u00a0avec pour seul maison le chemin\u00a0\u00bb.\u00a0 <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le taxi s\u2019\u00e9loigne. Le voisin le regarde dispara\u00eetre au bout de la rue. Demain il apportera le ferry, le vent, l\u2019horizon, le monde, \u00e0 ce voyageur qui s\u2019\u00e9loigne, et qu\u2019il remercie, car aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9ternit\u00e9 fuit moins le quotidien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il rouvre la porte de cette maison qui le prot\u00e8ge.<\/p>\n<p>En la refermant, un morceau d\u2019inventaire lui revient\u00a0: ouvrir, passer, quitter, savoir, se taire, retrouver.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lou\u00e9e soit l\u2019heure o\u00f9 les murs s\u2019\u00e9loignent, pensent-ils ensemble, le voyageur et le voisin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aucun doute Jean Philippe Carlot est po\u00e8te, quelqu\u2019un qui sait se mettre en danger pour donner \u00e0 voir et \u00e0 entendre la musique qu\u2019il a en lui. A suivre. \u00a0 \u00a0 Anxi\u00e9t\u00e9 d\u2019amour &#8211; 1 , Ici je suis chez moi. J\u2019ai des amis. 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