{"id":7903,"date":"2014-10-27T22:11:56","date_gmt":"2014-10-27T21:11:56","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=7903"},"modified":"2016-11-28T13:24:02","modified_gmt":"2016-11-28T12:24:02","slug":"la-petite-dame-dargenteuil","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2014\/10\/la-petite-dame-dargenteuil\/","title":{"rendered":"La petite dame d\u2019Argenteuil"},"content":{"rendered":"<p><strong>Un Conte de No\u00ebl\u00a0 du po\u00e8te, chanteur et slameur Michel Dr\u00e9ano. Avec lui la banlieue des sentiments est au coeur de la vie<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La petite dame d\u2019Argenteuil, octog\u00e9naire bon pied bon \u0153il, \u00e9coute pousser la ville autour de son pavillon en meuli\u00e8re. Cern\u00e9 par les chats de goutti\u00e8re. Le mercredi, elle fait du th\u00e9 pour accueillir le jeune Habib. Un petit garnement de 15 ans, assez fier d\u2019\u00eatre arabisant, qui veut apprendre \u00e0 d\u00e9chiffrer l\u2019alphabet h\u00e9bra\u00efque car il aime la calligraphie comme les graffeurs de sa t\u00e9ci. Habib s\u2019ennuie chez ses parents. Il n\u2019a ni livres ni \u00e9crans alors il se rend chez Esther, la petite dame d\u2019Argenteuil, qui sent si bon le ch\u00e8vrefeuille et parle trois langues couramment.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Si les copains de son quartier parfois le traitent de bouffon, Habib s\u2019en fout. C\u2019est des petits cons qui ne ma\u00eetrisent que le verlan et parlent de se rendre au Pakistan pour le Djihad \u00e9videmment. Lui il est plus intelligent. M\u00eame s\u2019il v\u00e9n\u00e8re le Coran, Habib lit <em>Le Monde Diplomatique<\/em> en sirotant son Liptonic. Esther pr\u00e9f\u00e8rerait autant qu\u2019il r\u00e9pare enfin son auvent mais il la presse de questions puis s\u2019endort d\u2019un sommeil profond\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La petite dame d\u2019Argenteuil le r\u00e9veille avec des kneidler, des quenelles \u00e0 la polonaise, que le gar\u00e7on s\u2019est jur\u00e9 d\u2019apprendre \u00e0 faire pour un jour \u00e9pater sa m\u00e8re. Esther revient avec un lourd recueil de nouvelles juives d\u2019un auteur qui porte un nom de machine \u00e0 coudre. Habib appr\u00e9cie quand elle en lit une sp\u00e9cialement pour lui\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La petite dame d\u2019Argenteuil grignote comme un \u00e9cureuil les noix et aussi les noisettes de Marcel, le cantonnier en retraite. Lequel les lui rapporte en automne du jardin qu\u2019il entretient avec amour tel un jeune homme.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Esther et Marcel adorent tailler une bavette en picolant\u2026 le Picolo d\u2019Argenteuil. Mais quand Habib, un peu jaloux, trouve que cela a assez dur\u00e9 de parler du temps pass\u00e9, il les interrompt et se lance dans la d\u00e9clamation de ses propres po\u00e8mes. Fa\u00e7on slam ou bien NTM. Tout en \u00e9pluchant les reinettes pour le strudel aux raisins secs, austro-hongrois, slovaque ou tch\u00e8que\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La petite dame d\u2019Argenteuil (qui chante <em>o\u00ef o\u00ef pitchi po\u00ef),<\/em> n\u2019aime pas trop que son prot\u00e9g\u00e9, encore pour la \u00e9ni\u00e8me fois, lui demande de raconter comment un matin de juillet, en 42, elle s\u2019est taill\u00e9e du traquenard du V\u00e9l d\u2019Hiv\u2019 sous les yeux d\u2019un gendarme ivre. Elle veut lui parler de Michel, le fils qu\u2019elle a \u00e9lev\u00e9e seule et qui refait sa vie en Am\u00e9rique dans le p\u00e9trole et les derricks. Le garnement insiste cependant pour qu\u2019elle parle de Paris pendant l\u2019occupation nazie. Tiens\u00a0! Justement, sur le bureau, tr\u00f4nent quelques ouvrages de Modiano\u2026 <em>Rue des boutiques obscures, Les boulevards de ceinture, La Place de l\u2019Etoile<\/em>\u2026 Autant de titres qui l\u2019attirent, lui Habib, vers la litt\u00e9rature. La prochaine fois, se dit Esther,\u00a0: \u00ab\u00a0Je lui dirai les ateliers et le Sentier\/L\u2019apprentissage du m\u00e9tier\/ Des schmatt\u00e8s \u00e0 la haute couture\/Et les cousins qui surv\u00e9curent\u00a0\u00bb\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La petite dame d\u2019Argenteuil est seule \u00e0 pr\u00e9sent sur le seuil. Elle regarde le jeune Habib s\u2019\u00e9loigner vers sa cit\u00e9. Un vide l\u2019envahit soudain dans ce d\u00e9cor contemporain de tours, de barres et de grues. Vers Courbevoie bouchant la vue. Elle a le pressentiment que rien ne sera d\u00e9sormais plus comme avant. Ca lui fait vraiment mal au c\u0153ur que tous les pavillons Loucheur soient pollu\u00e9s par les canettes et les plastiques des sup\u00e9rettes qui envahissent les jardins o\u00f9 pousse encore le romarin. Un vent frisquet la d\u00e9sar\u00e7onne. Et voil\u00e0 soudain qu\u2019elle frissonne. Elle replace son ch\u00e2le sur ses \u00e9paules qu\u2019elle a fr\u00eales. Elle referme sa porte \u00e0 double tour -il y a des r\u00f4deurs aux alentours- apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 rentrer deux ou trois matous du carrefour, qu\u2019elle gavera de mou de veau tout en \u00e9coutant la radio. En maudissant seule dans sa chambre le froid sinistre de novembre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La petite dame d\u2019Argenteuil ce soir ne dort que d\u2019un \u0153il. Vers minuit une sourde angoisse la cueille. Mais elle se console en pensant \u00e0 son petit invit\u00e9 du mercredi. Et elle se rappelle qu\u2019en arabe, Habibi \u00e7a signifie \u00ab\u00a0mon ch\u00e9ri\u00a0\u00bb\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un Conte de No\u00ebl\u00a0 du po\u00e8te, chanteur et slameur Michel Dr\u00e9ano. Avec lui la banlieue des sentiments est au coeur de la vie &nbsp; La petite dame d\u2019Argenteuil, octog\u00e9naire bon pied bon \u0153il, \u00e9coute pousser la ville autour de son pavillon en meuli\u00e8re. Cern\u00e9 par les chats de goutti\u00e8re. 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