{"id":6982,"date":"2014-05-13T19:35:51","date_gmt":"2014-05-13T17:35:51","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=6982"},"modified":"2017-01-10T13:38:38","modified_gmt":"2017-01-10T12:38:38","slug":"le-jardinier-planetaire-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2014\/05\/le-jardinier-planetaire-2\/","title":{"rendered":"Gilles Cl\u00e9ment le Jardinier Plan\u00e9taire"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_6980\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/DSC9482-copie1.jpeg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-6980\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-6980\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/DSC9482-copie1-200x300.jpeg\" alt=\"Photos Arielle Bernheim\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/DSC9482-copie1-200x300.jpeg 200w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/DSC9482-copie1.jpeg 214w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-6980\" class=\"wp-caption-text\">Photos Arielle Bernheim<\/p><\/div>\n<p>Il sillonne la plan\u00e8te, regarde, \u00e9coute, \u00e9change. A travers un brin d\u2019herbe ou une friche il travaille \u00e0 redonner des racines \u00e0 notre libert\u00e9. Pourquoi aller contre la nature, pourquoi laisser la diversit\u00e9 reculer ou vouloir tout ma\u00eetriser, alors que notre folie du \u00abmanagement\u00bb nous conduit au suicide\u00a0?<\/p>\n<p>Quatre livres de Gilles Cl\u00e9ment viennent de para\u00eetre aux \u00e9ditions Sens &amp;Tonka.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019alternative ambiante\u00bb qui trace de nouvelles pistes hors de l\u2019\u00e9cologie radicale et de l\u2019accommodement au syst\u00e8me marchand.<\/p>\n<p>\u00abLe manifeste du tiers paysage\u00bb traite de paysages constituant un refuge salutaire \u00e0 la diversit\u00e9. Un espace hors de la notion de pouvoir.<\/p>\n<p>\u00abTrait\u00e9 succinct de l\u2019art involontaire\u00bb o\u00f9 le hasard organise avec bonheur des situations et des objets qui r\u00e9jouissent l\u2019\u0153il.<\/p>\n<p>\u00abLes impr\u00e9visibles\u00bb quand l\u2019ennui, la monotonie d\u2019une situation impos\u00e9e r\u00e9veille l\u2019inconscient et s\u2019empare alors de votre main et dessine.<\/p>\n<p>Nous avons rencontr\u00e9 Gilles Cl\u00e9ment au mois d\u2019Avril 2014.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Interview<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Bernheim<\/strong><\/p>\n<p><em>Apr\u00e8s avoir voulu ma\u00eetriser la nature, peut-on esp\u00e9rer que s\u2019ouvre une nouvelle p\u00e9riode o\u00f9 on va la respecter ?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Gilles Cl\u00e9ment<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019humanit\u00e9 surtout en occident a organis\u00e9 la vie avec l\u2019id\u00e9e de ma\u00eetrise. Donner un nom \u00e0 la nature va dans le m\u00eame sens. Il y avait chez les grecs le d\u00e9sir d\u2019une analyse objective visant \u00e0 soustraire cette nature au monde de la superstition. Avec les \u00e9tudes scientifiques, la distance s\u2019est accrue.<\/p>\n<p>L\u2019intromission des instruments d\u2019analyse entre l\u2019observateur et cette nature n\u2019a fait que l\u2019accro\u00eetre et donner aussi l\u2019illusion d\u2019une ma\u00eetrise. Avec les guerres mondiales il y a eu quantit\u00e9 de recherches pour tuer les humains avec des produits chimiques et des machines. On a mis au point un arsenal mortif\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 mis au service de la technique agricole d\u00e8s la fin de la 2<sup>\u00e8me<\/sup> guerre mondiale. Ainsi l\u2019homme a servi de banc d\u2019essai \u00e0 des techniques mortif\u00e8res qui ont ensuite \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es \u00e0 la nature. Les premiers d\u00e9foliants, les d\u00e9tergents orange officiellement interdits ont fait \u00e9norm\u00e9ment de d\u00e9g\u00e2ts dans les cultures. Ils ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des produits tout aussi dangereux et polluants qui tuent d\u2019ailleurs lentement mais s\u00fbrement ceux qui les utilisent. Il y a l\u00e0 quelque chose de guerrier, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la ma\u00eetrise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>L\u2019homme en parlant d\u2019environnement se situe-t-il pratiquement en dehors de cette nature\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Le mot nature n\u2019impliquait pas cette mise \u00e0 distance. L\u2019environnement c\u2019est ce qui est autour, ce n\u2019est pas moi. En espagnol on dit\u00a0 \u00abmedio ambiante\u00bb, milieu ambiant. Le mot environnement vient lui de la langue anglaise. On ne regarde plus que de ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e0, c\u2019est \u00e0 dire du c\u00f4t\u00e9 de la langue du management. L\u2019\u00e9conomie actuelle est domin\u00e9e par cette pens\u00e9e de l\u2019efficacit\u00e9. C\u2019est une vision terrible sans aucune esp\u00e8ce de but. On est efficace pour \u00eatre efficace, on fait de l\u2019argent pour faire de l\u2019argent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>L\u2019humanit\u00e9 est en train de se suicider, et en m\u00eame temps \u00e9merge une nouvelle conscience mondiale. O\u00f9 en est-on vraiment\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Dans l\u2019alternative ambiante je dis qu\u2019il a une prise de conscience. Dire que le mal est en nous est tr\u00e8s p\u00e9nible \u00e0 vivre. C\u2019est une vieille histoire jud\u00e9o- chr\u00e9tienne. La mise en p\u00e9ril de l\u2019humanit\u00e9 est due \u00e0 un manque de r\u00e9flexion. Notre esp\u00e8ce est trop jeune, elle ne sait pas se servir de cette plan\u00e8te, elle risque donc de d\u00e9truire son nid, ses sources de vie avant d\u2019avoir atteint l\u2019\u00e2ge adulte. Elle commence \u00e0 r\u00e9agir et cela donne lieu \u00e0 des initiatives qui \u00e9liminent la gouvernance officielle. Ils disent non, cela ne nous permet pas de vivre, cela ne nous rend pas heureux, on cherche autre chose et cela donne des mod\u00e8les de relocalisation de la production et de distribution locale, mais aussi de nouvelle convivialit\u00e9, on a quelque chose \u00e0 se dire. Il y a un d\u00e9placement du mod\u00e8le de convoitise qui ne vise plus l\u2019acquisition d\u2019un bien.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Certaines soci\u00e9t\u00e9s seraient elles d\u00e9j\u00e0 dans une pareille optique\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Au Japon il y a un probl\u00e8me de financement d\u2019une classe \u00e2g\u00e9e que l\u2019\u00e9tat ne peut plus aider. Ils ont trouv\u00e9 un syst\u00e8me qui offre un goutte \u00e0 goutte d\u2019argent. Mais ce n\u2019est pas ce que veulent les gens \u00e2g\u00e9s. Ils veulent des \u00e9changes. Ils ont mis au point une monnaie bas\u00e9e sur des \u00e9changes horaires. Ils pr\u00e9f\u00e8rent avoir une heure de quelqu\u2019un avec qui ils parlent plut\u00f4t que de l\u2019argent. Il y a l\u00e0 un d\u00e9placement des valeurs du mat\u00e9riel vers l\u2019immat\u00e9riel. La convivialit\u00e9, la rupture de la solitude et la chaleur humaine ont de l\u2019importance. Ils refusent l\u2019argent pour aller vers le troc horaire. Ils ont donc mis au point un syst\u00e8me o\u00f9 une heure d\u2019avocat, vaut une heure de jardinier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Tu parles de \u00ab\u00a0d\u00e9laiss\u00e9\u00a0\u00bb ou d\u2019inconstance de la nature, de fa\u00e7on tr\u00e8s positive, contrairement \u00e0 la pens\u00e9e dominante\u00a0? <\/em><\/p>\n<p>Oui mais c\u2019est une vision qui rentre dans le cadre de la ma\u00eetrise, de la r\u00e9ification c\u2019est \u00e0 dire de la volont\u00e9 de transformer ce qui a tendance \u00e0 bouger en un objet fig\u00e9. On voudrait que rien ne bouge, hors tout bouge \u00e0 partir du moment o\u00f9 le vivant est quelque part. La pierre va tr\u00e8s peu bouger, mais c\u2019est quand m\u00eame une illusion de penser qu\u2019elle ne bougera jamais, parce qu\u2019elle contient des bact\u00e9ries qui peuvent d\u00e9truire le min\u00e9ral. Il vaut mieux accepter la vie plut\u00f4t que d\u2019aller contre, d\u2019autant qu\u2019aller contre est dispendieux et dangereux. \u00c7a nous met la plupart du temps en situation de pollution et comme nous d\u00e9pendons de cette diversit\u00e9 dans un espace qui est fini, nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9server la vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>A raison ou \u00e0 tort on est tent\u00e9 d\u2019extrapoler ce que tu \u00e9cris concernant la nature au d\u00e9veloppent humain<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Je pense que les fran\u00e7ais n\u2019ont pas assez voyag\u00e9. Quand on voyage on va trouver d\u2019autres mod\u00e8les culturels. Je dis que lorsque l\u2019on revient chez soi, on sait o\u00f9 l\u2019on habite, sinon on ne le sait jamais, parce que l\u2019on n\u2019est pas all\u00e9 voir comment c\u2019est ailleurs. Comparer c\u2019est se donner la possibilit\u00e9 d\u2019accepter l\u2019autre. C\u2019est plus difficile quand on\u00a0est bloqu\u00e9 dans un mod\u00e8le culturel. Cette probl\u00e9matique n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent chez les oiseaux ou les plantes. Quand ils changent et qu\u2019ils se trouvent confront\u00e9s \u00e0 des biotops qui ne sont pas les m\u00eames que les leurs, ils ont une possibilit\u00e9 d\u2019adaptation, sinon ils vont ailleurs, ils changent de biom ( ensemble de compatibilit\u00e9 de vie sous un climat d\u00e9termin\u00e9). C\u2019est \u00e0 dire qu\u2019une plante de climat m\u00e9diterran\u00e9en aura du mal \u00e0 vivre sous un autre climat, sauf si elle a un potentiel biologique qui la rend cosmopolite, ce qui est assez rare. Les plantes sont donc inf\u00e9od\u00e9es \u00e0 un biom, ce qui d\u00e9j\u00e0 repr\u00e9sente une surface \u00e9norme. Nous les humains nous avons des proth\u00e8ses comme les v\u00eatements qui nous permettent d\u2019accro\u00eetre notre amplitude biologique.<\/p>\n<p><em>Tu parles aussi avec l\u2019ouverture \u00e0 un nouveau paradigme de la fin des r\u00e9gimes s\u00e9curitaires post-crise install\u00e9s partout sur la plan\u00e8te, tu vois cela \u00e0 quelle \u00e9ch\u00e9ance\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Si on accro\u00eet le niveau de connaissances pr\u00e9cis\u00e9ment sur l\u2019environnement, \u00e0 ce moment l\u00e0 chacun peut mieux comprendre o\u00f9 il est et ainsi agir dans une direction avec une d\u00e9pense minimale et se d\u00e9faire de l\u2019appr\u00e9hension du reste. C\u2019est l\u2019accroissement g\u00e9n\u00e9ral de la connaissance qui donne une autonomie d\u2019action, qui elle-m\u00eame est combattue par le pouvoir qui aujourd\u2019hui ne r\u00e9pond qu\u2019\u00e0 un seul mod\u00e8le \u00e9conomique, consommation\/comp\u00e9titivit\u00e9. C\u2019est compl\u00e8tement d\u00e9lirant, c\u2019est une pathologie, ils sont tr\u00e8s malades, nous sommes tr\u00e8s malades.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Y a \u2013t-il des lieux o\u00f9 la science du vivant est enseign\u00e9e \u00e0 un large public\u00a0?\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Pas vraiment. C\u2019est un enseignement qui a \u00e9t\u00e9\u00a0supprim\u00e9 au profit de la biologie plus technique, plus manipulable. Aujourd\u2019hui qui est capable de nommer les plantes et les animaux\u00a0? Il y a des millions d\u2019esp\u00e8ces et on est en sous connaissance par rapport au si\u00e8cle dernier o\u00f9 il y avait encore des formations dans les petites classes o\u00f9 on faisait des herbiers, des sciences naturelles, tout cela a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le SVT o\u00f9 on n\u2019apprend pas grand chose. Tout cela parce que l\u2019on a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il y avait d\u2019autres champs beaucoup plus rentables.<\/p>\n<p>Il existe deux \u00e9coles du jardin plan\u00e9taire. Viry-Chatillon cr\u00e9\u00e9e 2012 et La R\u00e9union depuis f\u00e9vrier dernier, la prochaine sera \u00e0 Melle, ce sera l\u2019\u00e9cole de la reconnaissance de la diversit\u00e9 en vie. Le syst\u00e8me officiel ignore cet enseignement. Il est gratuit et ouvert \u00e0 tout le monde et il y a des listes d\u2019attente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Tu \u00e9cris aussi\u00a0\u00abl\u2019herbe a le m\u00eame pouvoir que l\u2019arbre, il n\u2019y a pas de hi\u00e9rarchie dans les m\u00e9canismes de l\u2019\u00e9conomie circulaire\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les v\u00e9g\u00e9taux sont autotrophes, contrairement \u00e0 nous pr\u00e9dateurs, qui sommes des h\u00e9t\u00e9rotrophes allant chercher la nourriture \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Les autotrophes la fabriquent, ils ont, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9nergie solaire et des sels min\u00e9raux du sol, la capacit\u00e9 \u00e0 fabriquer des sucres qui constituent une biomasse recycl\u00e9e partiellement. Quand l\u2019herbe fane, quand les feuilles de l\u2019arbre tombent, elles cr\u00e9ent une source de nourriture, de mati\u00e8re organique que l\u2019arbre va r\u00e9utiliser. On est alors dans un syst\u00e8me de recyclage, dans une \u00e9conomie circulaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Dans l\u2019alternative ambiante tu dis que la d\u00e9mographie est un sujet tabou, en quoi\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>D\u00e8s que l\u2019on touche \u00e0 la question d\u00e9mographique, on se r\u00e9f\u00e8re au malthusianisme. Les hommes comme tous les \u00eatres ont la pulsion de la reproduction et on fait une erreur terrible quand on leur interdit de faire des enfants, comme Mao en Chine. On cr\u00e9e de la souffrance et un manque, car les humains comptent sur les enfants pour subvenir aux besoins des plus vieux. On ne peut pas dire\u00a0: arr\u00eatez de vous reproduire sans avoir donn\u00e9 des informations sur la finitude plan\u00e9taire, sur l\u2019espace o\u00f9 nous vivons, comment on vit et consommons, quelle est notre histoire, qu\u2019est ce que le jardin plan\u00e9taire. A partir de l\u00e0, les individus prendront ou non une d\u00e9cision de r\u00e9gulation.<\/p>\n<p>Le jardin plan\u00e9taire, c\u2019est la plan\u00e8te consid\u00e9r\u00e9e comme jardin, c\u2019est \u00e0 dire que l\u2019anthropisation ou couverture humaine, elle, est totale ou presque. M\u00eame l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est pas, l\u2019homme exerce une surveillance. Le jardin est aussi le lieu du brassage plan\u00e9taire, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on apporte des biotom parfois les animaux que l\u2019on va \u00e9lever pour pouvoir vivre\u00a0. On pourra retrouver en Nouvelle Z\u00e9lande une plante du Mexique. Enfin la derni\u00e8re raison c\u2019est la d\u00e9finition m\u00eame du mot jardin, qui signifie \u00e0 la fois enclos et paradis, paradis c\u2019est moins s\u00fbr\u2026 L\u2019enclos est ferm\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 prot\u00e9ger ce que l\u2019on estime le plus pr\u00e9cieux. La plan\u00e8te par la finitude spatiale et \u00e9cologique est un enclos. La vie est comprise dedans. On est dans ce jardin l\u00e0.<\/p>\n<p><em>Est-ce qu\u2019il peut y avoir un rapport entre ce que tu appelles les d\u00e9laiss\u00e9s et le l\u00e2cher-prise de certaines religions comme l\u2019hindouisme\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Il y a pour moi, non pas dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la spiritualit\u00e9 qui peut constituer un facteur d\u2019\u00e9panouissement, mais plut\u00f4t dans la religion, quelque chose d\u2019enfermant, le contraire de la spiritualit\u00e9 finalement. La foi lib\u00e8re de la pens\u00e9e. On ne r\u00e9fl\u00e9chit plus puisque l\u2019on croit. Se d\u00e9faire de la foi c\u2019est une lib\u00e9ration de l\u2019esprit. Quand on est dans un espace ma\u00eetris\u00e9 on a une certaine pauvret\u00e9, on fait de la mono culture, du mono \u00e9levage, quand on est en d\u00e9prise on a une richesse qui s\u2019installe aussit\u00f4t. Dans une religion on a une vision, on n\u2019en a pas 36, on croit \u00e0 celle l\u00e0 et la plupart du temps on combat les autres. Si on abandonne sa religion, forc\u00e9ment on s\u2019enrichit en s\u2019ouvrant \u00e0 d\u2019autres visions du monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Comment hisser l\u2019improductivit\u00e9 \u00e0 hauteur d\u2019une politique\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Dans le manifeste du tiers paysage, je dis que celui qui est improductif c\u2019est celui qui ne va pas rajouter une production dont on n\u2019aurait pas besoin. Si au contraire on \u00e9tait en train de valoriser le silence, la m\u00e9ditation, la spiritualit\u00e9, l\u2019art, la musique, on serait dans l\u2019exp\u00e9rimentation du temps, d\u2019une expression de soi-m\u00eame et non dans l\u2019acte de produire. Ce serait un choix politique, pour le moment encore un r\u00eave.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Dans le tiers paysage toujours tu cites l\u2019exemple de Ramallah, l\u00e0 o\u00f9 le conflit peut se transformer en rencontre\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>On a mis entre des populations des no man\u2019s land dans lesquels se d\u00e9veloppent des plantes, des animaux, on a mis deux murs, entre le Mexique et les Etats- Unis, entre la Cor\u00e9e du nord et la Cor\u00e9e du sud, en Bosnie des terrains min\u00e9s. A Ramallah, cela cr\u00e9e des situations extraordinaires issues d\u2019un conflit qui continue. C\u2019est assez douloureux de constater qu\u2019une partie du tiers paysage vient des situations de conflit. Une autre partie vient de l\u2019abandon, de la d\u00e9prise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Parler d\u2019art involontaire est-ce cela veut dire que c\u2019est un art sans intention artistique\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Ce sont des objets qui apparaissent du fait de la rencontre de l\u2019homme avec son territoire. Ils laissent des traces qui peuvent \u00eatre tout \u00e0 fait surprenantes. Quand on voit un balayeur faire des petits tas le long d\u2019un chemin, c\u2019est d\u2019une incroyable beaut\u00e9. Ce n\u2019est pas un artiste, c\u2019est quelqu\u2019un qui nettoie. L\u2019homme est l\u00e0 mais il n\u2019est pas en train de faire une \u0153uvre d\u2019art, sauf qu\u2019il fait de l\u2019art mais ne le sait pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Est-ce que cela met en question l\u2019art reconnu comme tel\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Non. C\u2019est une pulsion, comme l\u2019histoire de l\u2019inconscient. L\u2019art \u00e0 mon sens pose une question.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Dans les populations primitives ce que nous appelons art, n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme de l\u2019art ?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Pour eux c\u2019est un m\u00e9dium de discussion avec l\u2019invisible. Pour moi ce n\u2019est pas un art premier, c\u2019est un art sacr\u00e9 qui s\u2019int\u00e8gre \u00e0 leur cosmogonie, \u00e0 leur fa\u00e7on d\u2019utiliser le monde. Les aborig\u00e8nes vont discuter avec les esprits et cela donne lieu \u00e0 une cartographie, \u00e0 un alphabet qui fait figure de tableau pour nous. On ne peut pas exclure que pour eux ce soit aussi une expression artistique, mais cela n\u2019a pas le m\u00eame sens que celui que l\u2019on attribue aujourd\u2019hui \u00e0 la cr\u00e9ation artistique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Tu parles aussi de peuples qui ont un rapport fusionnel avec la nature. Est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas une certaine ironie \u00e0 penser que des populations animistes qui pour nous sont dans la superstition, ont une pens\u00e9e beaucoup plus \u00e9volu\u00e9e que la n\u00f4tre face \u00e0 la nature\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est s\u00fbr. Il est difficile de savoir si leur superstition est le r\u00e9sultat d\u2019une exp\u00e9rimentation parce que dans leur civilisation ancienne, ils avaient tellement vu qu\u2019il ne fallait pas toucher \u00e0 cet arbre qu\u2019ils en ont fait un dieu et qu\u2019ils vont le consid\u00e9rer comme un \u00eatre humain d\u00e9guis\u00e9 en arbre, lui pr\u00eater une \u00e2me. C\u2019est s\u00fbrement tr\u00e8s important pour leur survie. C\u2019est ce qui se passe en ce moment en Amazonie o\u00f9 l\u2019on d\u00e9truit la possibilit\u00e9 de la vie en \u00e9liminant la for\u00eat. Il y a l\u00e0 quelque chose d\u2019ambigu entre la connaissance et la superstition. Aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9cologie part de la connaissance, pas de la superstition, mais cela aboutit \u00e0 la m\u00eame chose. Faire tr\u00e8s attention, c\u2019est \u00e7a qui est important. Ces peuples l\u00e0 en g\u00e9n\u00e9ral font tr\u00e8s attention.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>A propos de ton livre de dessins les invisibles, est-ce que tu peux me parler du r\u00f4le de la main\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Cela se passe au moment o\u00f9 on a l\u2019esprit en vacance ou que l\u2019on s\u2019emmerde dans une r\u00e9union. La main fait quelque chose, elle marque la date, le nom des intervenants, mais apr\u00e8s elle fait quoi\u00a0? Elle commence \u00e0 dessiner, c\u2019est quasi irr\u00e9pressible, \u00e7a commence inconsciemment, le d\u00e9but est toujours tr\u00e8s myst\u00e9rieux et au final je dessine toujours des personnages. Il peut arriver que j\u2019arrive \u00e0 dessiner le visage de quelqu\u2019un que j\u2019ai vu il y a des ann\u00e9es ou il y a deux heures, et que je reconnais. Une seule fois il est arriv\u00e9 que cette personne soit l\u00e0, mais je ne la regardais pas. Elle \u00e9tait dans mon inconscient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Peux-tu donner quelques exemples d\u2019art involontaire\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0C<\/em>\u2019est compl\u00e8tement stup\u00e9fiant. L\u2019art involontaire est tr\u00e8s \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. J\u2019arrive dans la Cit\u00e9 Interdite \u00e0 P\u00e9kin il y a plus de 10 ans et je vois arriver une femme dont le manteau ocre \u00e9tait exactement de la couleur du mur.Beaucoup plus r\u00e9cemment dans un Tgv avec des fauteuils \u00e0 rayures gris et blancs arrive un homme v\u00eatu d\u2019une chemise dont les rayures \u00e9taient exactement comme celles du si\u00e8ge. Quand je vois \u00e7a, j\u2019adore, c\u2019est tr\u00e8s amusant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il sillonne la plan\u00e8te, regarde, \u00e9coute, \u00e9change. A travers un brin d\u2019herbe ou une friche il travaille \u00e0 redonner des racines \u00e0 notre libert\u00e9. Pourquoi aller contre la nature, pourquoi laisser la diversit\u00e9 reculer ou vouloir tout ma\u00eetriser, alors que notre folie du \u00abmanagement\u00bb nous conduit au suicide\u00a0? 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