{"id":6429,"date":"2014-04-03T16:37:30","date_gmt":"2014-04-03T14:37:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=6429"},"modified":"2014-05-15T15:35:54","modified_gmt":"2014-05-15T13:35:54","slug":"la-machine-a-coudre-les-reves","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2014\/04\/la-machine-a-coudre-les-reves\/","title":{"rendered":"La machine \u00e0 coudre les r\u00eaves"},"content":{"rendered":"<p><strong>Alber Pezzoni donne au mus\u00e9e\u00a0de l\u2019histoire de l\u2019immigration toute la fortune de sa m\u00e8re : une machine \u00e0 coudre\u00a0 Singer des ann\u00e9es 20. Emotion et dignit\u00e9 sont au rendez vous.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ce mus\u00e9e\u00a0 vient d\u2019ouvrir un nouvel espace de 450m2 consacr\u00e9 \u00e0 la galerie des dons. Chaque donateur, enfant ou petit enfant d\u2019immigr\u00e9 a offert au mus\u00e9e un objet illustrant un parcours de vie, accompagn\u00e9 d\u2019un t\u00e9moignage. A travers diff\u00e9rents documents et objets, l\u2019immigration cesse d\u2019\u00eatre abstraite pour devenir sensible, proche de chacun de nous. Loin de la m\u00e9fiance et du d\u00e9nigrement cynique \u00e9manant de courants politiques confondant identit\u00e9 et exclusion,cette exposition r\u00e9v\u00e8le la beaut\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>d\u2019individus qui se sont attach\u00e9s \u00e0 leur pays d\u2019accueil et qui lui ont donn\u00e9 le meilleur d\u2019eux m\u00eame. Visite indispensable \u00e0 qui veut conna\u00eetre la vraie vie dans sa diversit\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p><strong>Le don d&rsquo;albert Pezzoni<\/strong><\/p>\n<p>Au moment de l\u2019ouverture au public de la Cit\u00e9 nationale de l\u2019histoire de l\u2019immigration, Albert Pezzoni visite le mus\u00e9e. Quelques jours apr\u00e8s, il adresse au mus\u00e9e la proposition de don suivante\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"MsoListParagraph\" style=\"mso-margin-top-alt: auto; mso-margin-bottom-alt: auto; mso-add-space: auto;\"><span style=\"font-size: 14.0pt; font-family: Calibri; mso-ascii-theme-font: major-latin; mso-hansi-theme-font: major-latin; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';\">\u201c<em>Je poss\u00e8de une machine \u00e0 coudre Singer, avec son pied en fonte, datant des ann\u00e9es vingt. Cette machine appartenait \u00e0 ma m\u00e8re, qui a immigr\u00e9 de sa V\u00e9n\u00e9tie natale au d\u00e9but des ann\u00e9es trente pour s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Suresnes, o\u00f9 je demeure toujours.Cette machine repr\u00e9sentait toute sa fortune, tous ses espoirs. J\u2019imagine la difficult\u00e9 pour elle de la faire venir, par train, de son petit village. Elle esp\u00e9rait sans doute, avec cette machine et ses quelques connaissances en couture, \u2018faire son trou\u2019 en France [\u2026]. Cette machine n\u2019est certainement pas un objet digne d\u2019un mus\u00e9e, mais son histoire \u00e9mouvante et embl\u00e9matiqu de la vie des immigr\u00e9s justifie certainement ma proposition.<\/em>\u201d<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><span style=\"font-size: 14.0pt; font-family: Calibri; mso-ascii-theme-font: major-latin; mso-hansi-theme-font: major-latin;\">L\u2019histoire d\u2019Antonia Giuseppa<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14.0pt; font-family: Calibri; mso-ascii-theme-font: major-latin; mso-hansi-theme-font: major-latin;\">Par son fils, Albert Pezzoni<\/span><\/p>\n<p>\u00ab Je ne voudrais pas faire un r\u00e9cit mis\u00e9rabiliste, mais c\u2019\u00e9tait la vie de ma famille, sans doute bien banale parmi les immigr\u00e9s de ces ann\u00e9es-l\u00e0. Pour mes parents, il s\u2019agissait d\u2019une migration \u00e9conomique, ni mon p\u00e8re ni ma m\u00e8re n\u2019ayant de perspectives d\u2019avenir. Ma m\u00e8re, Antonia Giuseppa, est n\u00e9e en 1898, \u00e0 Primolano en Italie, \u00e0 cinq kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re autrichienne de l\u2019\u00e9poque. Mais au moment de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, ma famille, comme l\u2019ensemble du village se situant dans la zone des combats, a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e \u00e0 Benevento, pr\u00e8s de Naples. Apr\u00e8s la guerre, retour \u00e0 Primolano. Antonio, le p\u00e8re de ma m\u00e8re, y tenait une boutique d\u2019articles d\u2019\u00e9criture. Je devrais plut\u00f4t dire une vitrine, tant cela devait \u00eatre peu important. Je me souviens avoir jou\u00e9 enfant avec les derniers pains de cire \u00e0 cacheter. Il s\u2019occupait aussi de l\u2019importation, dans le village et ses alentours, de machines \u00e0 coudre Singer, qu\u2019il associait \u00e0 des cours de couture. Sur une photographie de 1927 qui montre la place du village, on le voit, ainsi que ma m\u00e8re assise devant la machine qu\u2019elle am\u00e8nera plus tard en France. Dans le fond, sur le mur, on distingue une photo du Duce. Je me souviens que mon grand-p\u00e8re m\u2019avait dit que les nervis de Mussolini l\u2019avaient forc\u00e9 \u00e0 boire de l\u2019huile de ricin, simplement parce qu\u2019il ne voulait pas adh\u00e9rer au r\u00e9gime. \u00ab \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1920, ma m\u00e8re prend la d\u00e9cision d\u2019\u00e9migrer, avec l\u2019id\u00e9e de vivre de la couture dans un autre pays. Elle s\u2019installe \u00e0 Suresnes o\u00f9 elle rejoint son fr\u00e8re qui avait tent\u00e9 sa chance en France. L\u00e0, elle rencontre Angelo Pezzoni, un immigr\u00e9 du m\u00eame village qu\u2019elle. Mes parents se marient et traversent non sans difficult\u00e9s les ann\u00e9es 1930 et 1940 avec la crainte de ne pas trouver d\u2019emploi et la peur que leur permis de s\u00e9jour ne soit pas renouvel\u00e9. Ils vivent aussi l\u2019antipathie, pour ne pas dire plus, de certains lorsque l\u2019Italie ne s\u2019est pas retrouv\u00e9e dans le bon camp pendant la guerre. \u00ab En juillet 1945, mon p\u00e8re, qui n\u2019avait pas vu son pays sans doute depuis qu\u2019il avait immigr\u00e9 en France, projette d\u2019aller en Italie avec moi, alors \u00e2g\u00e9 de sept ans. Contraintes administratives de l\u2019\u00e9poque, ignorance ou n\u00e9gligence de la part de mon p\u00e8re, je ne sais pas, mais toujours est-il que nous n\u2019avions pas de passeports pour passer la fronti\u00e8re. Nous sommes rest\u00e9s environ quinze jours \u00e0 Nice avant que mon p\u00e8re trouve le moyen d\u2019entrer en Italie. D\u2019apr\u00e8s mes souvenirs, ce passage s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 de mani\u00e8re \u00e9trange. Mon p\u00e8re et moi nous sommes m\u00eal\u00e9s \u00e0 un groupe de civils transport\u00e9s depuis Nice dans un convoi de camions militaires. Pour traverser la fronti\u00e8re, on m\u2019avait cach\u00e9 sous une banquette du camion. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la guerre, le premier voyage d\u2019Albert sur la terre d\u2019origine de ses parents constitue un souvenir \u00e9trange. Enfant de deux parents immigr\u00e9s italiens, ce sont des parcelles de la m\u00e9moire familiale qu\u2019il a retiss\u00e9es \u00e0 partir de photographies \u00e9parses et gr\u00e2ce \u00e0 la machine \u00e0 coudre de sa m\u00e8re, afin de comprendre ce qui compose ses origines italiennes.<\/p>\n<p><em><span style=\"font-family: Cambria; mso-ascii-theme-font: minor-latin; mso-hansi-theme-font: minor-latin;\">Fabrice Grognet<\/span><\/em> \u00ab Les m\u00e9tamorphoses de la machine \u00e0 coudre de la famille Pezzoni\u00a0\u00bb <em><span style=\"font-family: Cambria; mso-ascii-theme-font: minor-latin; mso-hansi-theme-font: minor-latin;\">Revue Hommes et migrations<\/span><\/em>.<\/p>\n<p><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><span style=\"font-size: 14.0pt; font-family: Calibri; mso-ascii-theme-font: major-latin; mso-hansi-theme-font: major-latin;\">L\u2019immigration \u00e9conomique italienne<\/span><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Italie, devenue nation \u00e0 part enti\u00e8re en 1860, conna\u00eet de grandes difficult\u00e9s \u00e9conomiques et sociales qui engendrent une \u00e9migration de masse, soutenue par les besoins en main-d\u2019oeuvre de pays plus riches. Jusque dans les ann\u00e9es 1880, les flux migratoires se concentrent en Europe, essentiellement en France, et particuli\u00e8rement dans les r\u00e9gions limitrophes de l\u2019Italie. Les \u00c9tats-Unis,l\u2019Argentine et le Br\u00e9sil sont d\u2019autres destinations des migrants italiens. En 1915, au moment o\u00f9 l\u2019Italie s\u2019engage dans la Premi\u00e8re Guerre mondiale, 13,5 millions d\u2019Italiens ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9migr\u00e9 pour des raisons \u00e9conomiques. Ils repr\u00e9sentent alors la plus importante communaut\u00e9 immigr\u00e9e aussi bien en France qu\u2019aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>( L\u2019ensemble des <span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0<\/span>textes relatifs aux dons faits au mus\u00e9e de l\u2019histoire de l\u2019immigration <span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0<\/span>peuvent \u00eatre consult\u00e9s sur son site )<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-6431\" title=\"\u00a9Lorenzo-le don d'Albert Pezzoni-la machine \u00e0 coudre de sa m\u00e8re\" src=\"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/\u00a9Lorenzo-le-don-dAlbert-Pezzoni-la-machine-\u00e0-coudre-de-sa-m\u00e8re1-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"300\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alber Pezzoni donne au mus\u00e9e\u00a0de l\u2019histoire de l\u2019immigration toute la fortune de sa m\u00e8re : une machine \u00e0 coudre\u00a0 Singer des ann\u00e9es 20. 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