{"id":6266,"date":"2014-02-17T11:45:33","date_gmt":"2014-02-17T10:45:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=6266"},"modified":"2014-11-12T15:17:22","modified_gmt":"2014-11-12T14:17:22","slug":"pour-mieux-faire-entendre-le-silence-3","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2014\/02\/pour-mieux-faire-entendre-le-silence-3\/","title":{"rendered":"Pour mieux faire entendre le silence"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_6276\" style=\"width: 209px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-6276\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-6276\" title=\"_DSC9299\" src=\"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/DSC92995-199x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"300\" \/><p id=\"caption-attachment-6276\" class=\"wp-caption-text\">Photo Arielle bernheim<\/p><\/div>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph; line-height: 26.0pt; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none; text-autospace: none;\">Apr\u00e8s Le merveilleux \u00ab\u00a0 Assommons les pauvres\u00a0\u00bb son deuxi\u00e8me roman, Shumona Sinha publie \u00ab\u00a0Calcutta\u00a0\u00bb aux \u00e9ditions de l\u2019Olivier. Les livres\u00a0 de cette\u00a0 indienne sont un enchantement. Mardi\u00a0 \u00e7a fait d\u00e9sordre vous parle aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0Calcutta\u00a0\u00bb\u00a0 et vous propose de rencontrer son auteure. Lecteurs,vous avez beaucoup de chance.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph; line-height: 26.0pt; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none; text-autospace: none;\">\u00ab\u00a0Les livres sont des glaciers o\u00f9 nos r\u00eaves insens\u00e9s se trouvent pi\u00e9g\u00e9s et fossilis\u00e9s et nous rodons autour\u00a0\u00bb Calcutta le dernier livre \u00e9crit par Shumona Sinha, contrairement aux opuscules qui cat\u00e9chisent la plan\u00e8te, br\u00fble d\u2019une passion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Il raconte le retour en Inde, apr\u00e8s un s\u00e9jour en France qui l\u2019a men\u00e9 au bord du pr\u00e9cipice, d\u2019une jeune femme \u00ab\u00a0 Trisha\u00a0\u00bb Son p\u00e8re militant communiste, dans un Bengale,\u00a0 longtemps administr\u00e9 par la gauche, vient de mourir. Trisha revient donc pour assister \u00e0 son incin\u00e9ration. Quel est donc ce pays ou le gouvernement central et de la province massacre les militants et les journalistes qui font leur m\u00e9tier ? Un pays en proie au fanatisme religieux, o\u00f9 les luttes sauvages entre les fanatismes hindouistes et musulmans puent l\u2019archa\u00efsme et la mort. En adh\u00e9rant au parti, son p\u00e8re comme ses camarades\u00a0\u00ab\u00a0croyaient probablement que l\u2019id\u00e9alisme rouge les prot\u00e9geait du nationalisme religieux et du fondamentalisme. Ils croyaient \u00eatre sauv\u00e9s du d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb H\u00e9las non. L\u2019illusion apr\u00e8s des ann\u00e9es de militantisme sinc\u00e8re ne tient plus qu\u2019\u00e0 un fil ou plut\u00f4t \u00e0 des signes ext\u00e9rieurs des plus primaires. Ainsi son p\u00e8re recevant un camarade constate que celui ci porte un jean\u2026\u00a0 comme les imp\u00e9rialistes am\u00e9ricains. Pour beaucoup de camarades Bengali , la premi\u00e8re tentative de fuite aux USA de la gymnase Nadia Comaneci sera le d\u00e9but de la fin. Ici, l\u2019enfermement des hommes se pare des atours fallacieux de la lutte pour le pouvoir. Celui des femmes est encore plus sombre. Urmilla la m\u00e8re de Trisha souffre d\u2019une maladie mentale. Selon sa belle m\u00e8re \u00ab\u00a0c\u2019\u00e9tait un caprice de citadins \u00e9duqu\u00e9s, \u00eatre m\u00e9lancolique, une ruse pour \u00eatre indisponible, s\u2019\u00e9loigner, s\u2019isoler, se calfeutrer\u00a0\u00bb Que dire du sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la belle Ashanti putain amoureuse qui n\u2019a le droit de vivre\u00a0 sa passion amoureuse, la nuit dans le secret de son lit\u00a0! Quel est donc ce monde o\u00f9 tristesse, violences, d\u00e9sespoir font si bon m\u00e9nage\u00a0? Une prison qui ouvre r\u00e9guli\u00e8rement ses portes sur d\u2019autres prisons\u00a0!\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0Il se fait tard, personne ne va nulle part, personne ne revient de nulle part. Alors \u00e0 quoi cela peut-il servir d\u2019\u00e9crire\u00a0?\u00a0 T\u00e9moigner d\u2019une absence\u00a0? d\u2019un monde o\u00f9 les particularismes sont les reliques du \u00ab\u00a0pass\u00e9 face \u00e0 une entreprise moderne et gigantesque de d\u00e9shumanisation\u00a0? l\u2019\u00e9crivaine Shumona Sinha situe ses r\u00e9cits au c\u0153ur d\u2019un r\u00e9seau de contraintes et d\u2019emp\u00eachements qui nient la possibilit\u00e9 de tout progr\u00e8s humain. Mais elle en plongeant dans la noirceur du monde en ressort des p\u00e9pites \u00e0 la main. Voleuse de feu, au prix du vertige et du d\u00e9sespoir, elle invente une \u00e9criture po\u00e9tique qui r\u00e9-enchante le monde. \u00ab\u00a0Tous les d\u00e9buts sont vrais. Insens\u00e9es sont les fins\u00a0\u00bb\u00a0 Le paradoxe de cette vie est que le monde peut aussi \u00eatre sublime.\u00a0 Shumona Sinha, au prix que l\u2019on imagine r\u00e9v\u00e8le la face cach\u00e9e d\u2019une aventure o\u00f9 l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9motions, la v\u00e9rit\u00e9 de la d\u00e9marche autorise \u00e0\u00a0 mettre un pied devant l\u2019autre \u00e0 passer d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 ,pourquoi pas, demain. Humble lecteur que peux tu faire quand tu n\u2019as pas la chance d\u2019avoir entre les mains un livre d\u2019une telle beaut\u00e9\u00a0?\u2026 Tout simplement inventer ton propre chemin. Que Shumona Sinha , ses s\u0153urs et ses fr\u00e8res t\u2019accompagnent.<\/p>\n<p><strong>Sauv\u00e9e par la po\u00e9sie<\/strong><br \/>\nInterview de Shumona Sinha<br \/>\nmars 2014<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<br \/>\n<em>Par quel chemin \u00eates vous arriv\u00e9e \u00e0 la langue fran\u00e7aise\u00a0?<\/em><br \/>\nShumona Sinha<br \/>\nEntre moi et la langue fran\u00e7aise, c\u2019est une histoire d\u2019amour qui a commenc\u00e9 quand j\u2019avais 22 ans. Je terminais une licence en \u00e9conomie des sciences politiques que je d\u00e9testais. J\u2019ai toujours eu besoin d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re, d\u2019un ailleurs. Comme l\u2019a dit Rimbaud\u00a0 \u00ab\u00a0la vraie vie est absente\u00a0\u00bb. On peut dire aussi\u00a0: la vraie vie est ailleurs. Je commence \u00e0 apprendre le fran\u00e7ais, 3 ann\u00e9es \u00e0 l\u2019Alliance Fran\u00e7aise, puis je fais une 1\u00e8re Ma\u00eetrise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Hyderabad, dans le sud de l\u2019Inde. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s motiv\u00e9e, berc\u00e9e par les livres. Dans mon enfance, mes deux parents travaillaient comme professeurs et ce sont les livres qui m\u2019ont servie de baby-sitter. Beaucoup de livres \u00e9trangers,\u00a0 russes notamment. On avait un lien particulier avec l\u2019URSS, rouge. D\u00e8s le d\u00e9but, je vivais un peu ailleurs.<br \/>\nCe que je suis, c\u2019est beaucoup gr\u00e2ce aux auteurs bengalis qui ont ador\u00e9 la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Quand ils ne connaissent pas la langue, ils appr\u00e9ciaient le look intello fran\u00e7ais. Julie Kristeva, Dalida \u00e9taient leurs ma\u00eetres. Ils traduisent beaucoup la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cela que j\u2019ai eu une curiosit\u00e9 amoureuse pour le fran\u00e7ais. En 3\u00e8me ann\u00e9e d\u2019universit\u00e9 je commence \u00e0 traduire Yves Bonnefoy et suis contact\u00e9e par le service culturel de l\u2019ambassade de France en Inde qui avait mis sur pied un formidable programme qui permettait de devenir assistant de langue. Il vous proposait d\u2019\u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 pour enseigner durant neuf mois la langue de votre pays et vous inscrire dans une universit\u00e9 fran\u00e7aise. C\u2019est comme cela que je suis venue en France en 2001. Dans le contexte indien, des gens apprennent le fran\u00e7ais parce que cela fait chic, d\u2019autres\u00a0 par admiration intellectuelle pour des gens\u00a0 comme Marguerite Duras, Jean-Luc Godard.<br \/>\nJ\u2019arrive donc \u00e0 Paris et tombe amoureuse de la ville. Depuis mon adolescence je vivais dans une vie parisienne imaginaire nourrie par les ann\u00e9es 30, les impressionnistes,\u00a0\u00a0 les ann\u00e9es 60\u00a0&#8230; A Paris je m\u2019y suis sentie chez moi. C\u2019est aussi une revanche personnelle post-coloniale vis-\u00e0-vis de la langue anglaise qui en Inde d\u00e9cide de tout. Pour pouvoir cr\u00e9er, il faut une rupture, s\u2019\u00e9loigner, \u00eatre capable d\u2019abandon.<br \/>\nJe m\u2019inscris pour une seconde ma\u00eetrise \u00e0 la Sorbonne et pr\u00e9pare une anthologie contemporaine de 69 po\u00e8tes fran\u00e7ais, en bengali. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que je rencontre Lionel Ray, mon futur ex-mari. Il a publi\u00e9 une trentaine de livres chez Gallimard, je lui dois beaucoup. Le monde de la po\u00e9sie, c\u2019est un monde parall\u00e8le, et c\u2019est ce monde l\u00e0 qui m\u2019a accueillie tr\u00e8s chaleureusement. Aujourd\u2019hui encore les amis de Lionel ont toujours une grande affection pour moi. Le milieu litt\u00e9raire que j\u2019ai connu apr\u00e8s est tr\u00e8s diff\u00e9rend. Les po\u00e8tes sont secrets, restent entre eux. En 2\u00e8me ann\u00e9e, je renouvelle mon contrat avec l\u2019ambassade de France et pr\u00e9pare une anthologie des po\u00e8tes bengalis. Faire conna\u00eetre les po\u00e8tes bengalis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger peut \u00eatre le travail de toute une vie. C\u2019est tr\u00e8s difficile de s\u00e9parer le jeu po\u00e9tique, esth\u00e9tique de sa langue d\u2019origine. J\u2019avais traduit Yves Bonnefoy, Jean Follain, Philippe Jacottet, Jean-Michel Maulpois. Un camarade de classe me dit tu ne peux pas faire ce livre sans te faire aider. Cet ami me parle de Lionel Ray, je dis que je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 traduit et que j\u2019ai eu un r\u00e9el coup de foudre pour ses textes. Il me propose d\u2019aller \u00e0 une soir\u00e9e litt\u00e9raire pour une signature de son dernier livre, j\u2019y suis all\u00e9e. Lionel m\u2019a propos\u00e9 de me donner quelques tuyaux pour mener \u00e0 bien mon projet.\u00a0 Apr\u00e8s 2 mois d\u2019h\u00e9sitations. Je l\u2019appelle et tout de suite il me pr\u00e9sente \u00e0 ses amis.<br \/>\n<em>La logique de l\u2019\u00e9criture romanesque est-elle diff\u00e9rente de celle de la po\u00e9sie\u00a0?<\/em><br \/>\nTotalement. Moi je suis un po\u00e8te rat\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 25 ans j\u2019\u00e9crivais des po\u00e8mes en prose. Mes lecteurs trouvaient mes textes tr\u00e8s novateurs, mais je n\u2019avais pas trouv\u00e9 ma voie. Aujourd\u2019hui, tout ce que je ne sais pas dire \u00e0 travers la po\u00e9sie, je le transf\u00e8re dans ma prose.<br \/>\n\u00ab<em>\u00a0Assommons les pauvres\u00a0\u00bb est d\u2019une po\u00e9sie incroyable. Ce qui me fascine dans\u00a0 ce livre c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas seulement des images po\u00e9tiques, mais un v\u00e9ritable univers parall\u00e8le architectur\u00e9 et je me demandais si cette transposition venait ou non de la culture indienne.<\/em><br \/>\nJe ne sais pas. Dans la litt\u00e9rature bengalie, je ne vois pas, mais r\u00e9cemment j\u2019ai lu une nouvelle de Pierre Moutou, un auteur r\u00e9unionnais, intitul\u00e9e B\u00e9nar\u00e8s\u2026 c\u2019est aussi le nom d\u2019un village \u00e0 la R\u00e9union, la mort r\u00e8gne comme dans le B\u00e9nar\u00e8s indien, car c\u2019est un lieu d\u00e9laiss\u00e9 par les vivants. L\u2019\u00e9crivain est d\u2019origine tamoule\u00a0 et l\u00e0 j\u2019ai trouv\u00e9 une expression pour d\u00e9crire la mousson \u00able ciel allait se crever\u00a0\u00bb ( je l\u2019ai utilis\u00e9e dans mes 3 romans). Est-ce qu\u2019il y a quelque chose chez les indiens dans leur perception de la nature\u00a0 qui nous r\u00e9unit, que je pourrais transmettre sans m\u2019en rendre compte, je ne sais pas.<br \/>\nJ\u2019ai l\u2019impression que chez vous il y a un univers des vivants qui s\u2019exprime \u00e0 travers les gens, les animaux, les arbres\u00a0\u2026<br \/>\nMerci beaucoup, je n\u2019en avais pas conscience. C\u2019est tr\u00e8s enrichissant. L\u2019autre jour je m\u2019exprimais \u00e0 la radio et la journaliste m\u2019a dit des choses que personne ne m\u2019avait encore dites.<br \/>\n<em>Le lecteur est-il un co-auteur\u00a0?<\/em><br \/>\nCompl\u00e8tement. Mais ces m\u00e9taphores l\u00e0 je ne sais pas d\u2019o\u00f9 elles viennent, sans doute les pressent-on. Ainsi la premi\u00e8re phrase d\u2019Assommons les pauvres\u00a0\u00ab\u00a0\u2026 ces gens l\u00e0 qui envahissaient les mers comme des m\u00e9duses mal aim\u00e9es et se jetaient sur les rives \u00e9trang\u00e8res\u00a0\u00bb. L\u00e0 je me souviens d\u2019un documentaire vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 l\u2019on voyait des m\u00e9duses se jeter en masse sur la plage\u00a0 avant de mourir. Quelques jours plus tard alors que le roman est presque termin\u00e9, j\u2019\u00e9cris le 1er chapitre\u2026En fait l\u2019acte de violence o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne assomme un requ\u00e9rant est pure fiction je l\u2019ai ajout\u00e9 \u00e0 la fin pour justifier son d\u00e9go\u00fbt.<br \/>\n<em>L\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u2019assommons les pauvres,\u00a0 c\u2019est vous\u00a0?<\/em><br \/>\nPas compl\u00e8tement. Moi je suis arriv\u00e9e en France dans des conditions privil\u00e9gi\u00e9es. A L\u2019Ofpra il y avait tous les jours 300 interpr\u00e8tes qui arrivaient pour dialoguer avec les r\u00e9fugi\u00e9s. Je ne connaissais pas cette population qui semblait en compl\u00e8te d\u00e9route. Mais pour les besoins de la fiction j\u2019ai cru n\u00e9cessaire de dramatiser les choses.<br \/>\n<em>Le livre est tr\u00e8s noir et il procure un enchantement incroyable\u00a0!<\/em><br \/>\nIl y a\u00a0 sans doute un lien dialectique. Moi je viens de la po\u00e9sie. Dans ma vie il y a deux piliers importants. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 la po\u00e9sie, de l\u2019autre, la politique. A 14 ans je commen\u00e7ais \u00e0 militer avec les communistes. S\u2019il y a de la noirceur dans le contexte politique, il peut y avoir sublimation par la po\u00e9sie.<br \/>\n<em>Dans \u00ab\u00a0Calcutta\u00a0\u00bb le regard sur la politique para\u00eet aussi tr\u00e8s d\u00e9senchant\u00e9<\/em><br \/>\nJe pense que le communisme est une utopie magnifique. Les histoires qui ne parlent que d\u2019amour m\u2019int\u00e9ressent peu. Ce qui m\u2019int\u00e9resse c\u2019est la vie dans sa totalit\u00e9. Savoir s\u2019il y a encore un espoir, une aspiration politique. Il n\u2019y a rien de plus beau que cette utopie.<br \/>\n<em>Pourquoi l\u2019h\u00e9ro\u00efne de Calcutta revient-elle au pays, est-ce qu\u2019il y a d\u00e9senchantement par rapport \u00e0 la France, est-ce l\u2019effet d\u2019un mouvement de balancier\u00a0?<\/em><br \/>\nNon il n\u2019y a pas d\u00e9senchantement, j\u2019ai voyag\u00e9 physiquement et aussi dans la langue, J\u2019avais donc une tendresse, une nostalgie \u00e0 assouvir par rapport \u00e0 mon pays natal et ma langue. Certains des personnages du livre sont totalement fictifs, d\u2019autres moins. Je les ai d\u00e9laiss\u00e9s, ils ne pensent pas \u00e0 moi, c\u2019est moi qui pense \u00e0 eux. Je suis habit\u00e9e par ces gens-l\u00e0.<br \/>\n<em>Parlons des femmes. Dans Assommons les pauvres, les r\u00e9fugi\u00e9s ne trouvent pas normal qu\u2019une femme prenne la parole, dans Calcutta la m\u00e8re souffre d\u2019une maladie mentale et une grande amoureuse est condamn\u00e9e \u00e0 n\u2019exister que la nuit<\/em><br \/>\n<em>Ce n\u2019est pas glorieux\u00a0!<\/em><br \/>\nOui je suis d\u2019accord, mais il y a une diff\u00e9rence entre les femmes n\u00e9es en Inde et celles qui viennent du Bangladesh. Quand il y a dans un pays une religion d\u2019\u00e9tat c\u2019est pour moi le d\u00e9but de la fin. Le statut de la femme est terrible. Mais il y a une diff\u00e9rence entre l\u2019Inde et ses voisins. Le Pakistan comme le Bangladesh sont des pays islamiques, les femmes sont voil\u00e9es, elles n\u2019ont pas le droit de sortir. Dans mon cabinet de traduction, \u00e7a g\u00eane \u00e9norm\u00e9ment ceux qui viennent du Bangladesh, qu\u2019une femme \u00e9crive, prenne la parole. Il y a des clients qui arrivent, c\u2019est moi qui ait traduit leur dossier, et quand ils s\u2019en aper\u00e7oivent, ils sont d\u00e9stabilis\u00e9s, ils pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019adresser \u00e0 un homme. En Inde, c\u2019est diff\u00e9rent. Il y a eu une premi\u00e8re ministre femme, le voile n\u2019existe pas. Mes grands parents, mes parents \u00e9taient profs. J\u2019\u00e9tais dans une \u00e9cole de filles, il y avait 55 professeurs, toutes des femmes. Je suis ravie que vous ne m\u2019ayez pas pos\u00e9 une question sur les\u00a0 castes, c\u2019est un syst\u00e8me qui n\u2019existe plus sauf pour les naissances, les mariages et les d\u00e9c\u00e8s, sinon dans la vie quotidienne c\u2019est l\u2019\u00e9conomie qui r\u00e9git tout. Mes parents sont de la deuxi\u00e8me caste, normalement pour \u00eatre professeur il faut \u00eatre de la premi\u00e8re.<br \/>\nDans mon lyc\u00e9e, les 55 profs \u00e9taient toutes de caste diff\u00e9rente.<br \/>\n<em>Dans Calcutta il y a l\u2019espoir que le communisme permette d\u2019\u00e9chapper aux fondamentalistes hindous et musulmans<\/em><br \/>\nC\u2019est ma conviction et \u00e7a le reste malgr\u00e9 tout. Je suis marxiste humaniste, plus que communiste parce que le syst\u00e8me totalitaire, dogmatique sans libert\u00e9 d\u2019expression m\u2019effraie \u00e9norm\u00e9ment.<br \/>\n<em>Est-ce que vous mettez sur le m\u00eame pied ces deux formes de fondamentalisme\u00a0?<\/em><br \/>\nIls sont aussi dangereux l\u2019un que l\u2019autre, on parle plus du fondamentalisme islamique parce qu\u2019il est aussi tr\u00e8s pr\u00e9sent\u00a0 au Moyen Orient, en Afghanistan, donc plus visible. Les hindouistes\u00a0 ne sont pas connus en dehors de l\u2019Inde. Mais ils sont tout aussi dangereux. Certains fran\u00e7ais sont fans des approches spiritualistes, mais les hindouistes sont des escrocs. Heureusement qu\u2019il y a un mouvement de gauche qui est l\u00e0, m\u00eame s\u2019il n\u2019a plus le pouvoir au Bengale, pour d\u00e9fendre la la\u00efcit\u00e9 et la justice.<br \/>\n<em>Les derni\u00e8res lignes de votre livre sont tr\u00e8s sombres\u00a0 \u00ab\u00a0il se fait tard, personne ne va nulle part, personne ne revient de nulle part\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nSi \u00e7a vous touche, c\u2019est bien. Je voulais mettre le lecteur dans un d\u00e9sarroi, dans la tristesse dans ce contexte du livre. Je voulais qu\u2019il souffre. Dans cette maison-l\u00e0 c\u2019est\u00a0 la mort. M\u00eame les souvenirs ne suffisent plus. Pour la m\u00e8re et la femme, rien ne bouge. Elles sont en proie \u00e0 la m\u00e9lancolie. Mais Il y a une distance entre la litt\u00e9rature et la vie v\u00e9cue. Je ne crois pas qu\u2019il faille obligatoirement \u00eatre sombre, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour \u00eatre entendu. Si l\u2019auteure doit \u00eatre sauv\u00e9e du d\u00e9sespoir, de la noirceur par la po\u00e9sie, alors je suis la premi\u00e8re \u00e0 \u00eatre sauv\u00e9e. D\u00e9j\u00e0 au quotidien quand je rentre chez moi<\/p>\n<p>le chat de la voisine c\u2019est fantastique, je suis heureuse. Dans la vie je ne rigole pas tout le temps mais tout de m\u00eame assez souvent.<\/p>\n<p><em>Est-ce que cela veut dire que l\u2019\u00e9criture a besoin d\u2019un miroir grossissant pour faire sens\u00a0?<\/em><br \/>\nAbsolument. J\u2019ai toujours conscience de dramatiser les choses. Je suis toujours dans l\u2019exc\u00e8s dans la fiction mais pas dans mon quotidien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify; text-justify: inter-ideograph; line-height: 26.0pt; mso-pagination: none; mso-layout-grid-align: none; text-autospace: none;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Le merveilleux \u00ab\u00a0 Assommons les pauvres\u00a0\u00bb son deuxi\u00e8me roman, Shumona Sinha publie \u00ab\u00a0Calcutta\u00a0\u00bb aux \u00e9ditions de l\u2019Olivier. Les livres\u00a0 de cette\u00a0 indienne sont un enchantement. Mardi\u00a0 \u00e7a fait d\u00e9sordre vous parle aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0Calcutta\u00a0\u00bb\u00a0 et vous propose de rencontrer son auteure. 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