{"id":6191,"date":"2014-02-20T11:39:12","date_gmt":"2014-02-20T10:39:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=6191"},"modified":"2014-11-07T20:03:12","modified_gmt":"2014-11-07T19:03:12","slug":"ainsi-chaque-fois-quun-possible-humain-se-voit-avili-dune-maniere-quelconque-ce-sont-tous-les-possibles-humains-qui-sen-trouvent-menaces","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2014\/02\/ainsi-chaque-fois-quun-possible-humain-se-voit-avili-dune-maniere-quelconque-ce-sont-tous-les-possibles-humains-qui-sen-trouvent-menaces\/","title":{"rendered":"\u00ab Ainsi, chaque fois qu\u2019un possible humain se voit avili d\u2019une mani\u00e8re quelconque, ce sont tous les possibles humains qui s\u2019en trouvent menac\u00e9s \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Cam\u00e9dia est un lieu d\u2019\u00e9laboration collective cr\u00e9\u00e9 pour les abonn\u00e9s de M\u00e9diapart\u00a0 o\u00f9\u00a0 s\u2019\u00e9changent des points de vue, des projets, des \u00e9motions, o\u00f9\u00a0 l\u2019on apprend \u00e0 faire et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir ensemble. Un lieu o\u00f9 l\u2019on cultive obstin\u00e9ment la d\u00e9lib\u00e9ration citoyenne et l\u2019utopie d\u00e9mocratique. L\u2019article de Chantal Eveno \u00e0 propos du film \u00ab M\u00e9moires tsiganes, l\u2019autre G\u00e9nocide \u00bb. est un cri d\u2019alarme d\u2019une puissance rare. Mardi \u00e7a fait d\u00e9sordre est heureux de le faire partager \u00e0 ses lecteurs<a href=\"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/memoirestsiganes1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-6195\" title=\"memoirestsiganes\" src=\"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/memoirestsiganes1-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"198\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>.\u00ab Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n&rsquo;ouvre pas ses portes et fen\u00eatres, s&rsquo;il ne construit pas la paix &#8211; une paix v\u00e9ritable &#8211; de sorte que mes arri\u00e8re-petits-enfants aient une chance de vivre dans ce monde, alors je suis incapable d&rsquo;expliquer pourquoi j&rsquo;ai surv\u00e9cu \u00e0 Auschwitz, Bergen-Belsen, et Ravensbr\u00fcck.\u00bb (Ceija Stojka)<br \/>\nMardi 11 f\u00e9vrier 2014, \u00e0 19h30, une soixantaine de personnes se sont retrouv\u00e9es au 3 C \u2013 Caf\u00e9 Culturel Citoyen \u2013 \u00e0 Aix-en-Provence, autour du film \u00ab M\u00e9moires tsiganes, l\u2019autre G\u00e9nocide \u00bb. La soir\u00e9e-d\u00e9bat \u00e9tait organis\u00e9e par CAM\u00e9dia, avec le concours de plusieurs autres associations : le Caf\u00e9 repaire du Pays d\u2019Aix, la Ligue des Droits de l&rsquo;Homme d\u2019Aix-en-Provence, le Collectif Roms de Gardanne, Attac Pays d&rsquo;Aix.<br \/>\nApr\u00e8s le film,\u00a0 Marc Durand, de la Ligue des droits de l\u2019homme, et Didier Bonnel, du collectif Roms de Gardanne, ont parl\u00e9 de la situation des Roms dans la r\u00e9gion et des actions que leurs associations m\u00e8nent \u00e0 Aix et \u00e0 Gardanne pour les d\u00e9fendre. Les personnes pr\u00e9sentes ont partag\u00e9 leurs \u00e9motions, leurs r\u00e9cits, leurs r\u00e9flexions, face \u00e0 l\u2019urgence et \u00e0 l\u2019inacceptable. Elles ont pu comprendre combien sont pr\u00e9cieuses et rares les oasis o\u00f9 les pourchass\u00e9s peuvent reprendre pied. Ainsi, la ville de Gardanne a accueilli, sur le carreau du puits Z, d\u00e9saffect\u00e9 depuis l\u2019arr\u00eat de l\u2019activit\u00e9 mini\u00e8re, douze familles Roms expuls\u00e9es de Marseille.\u00a0 Pour ce faire, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli des r\u00e8gles, fix\u00e9 un nombre maximum d\u2019habitants, ouvert des possibilit\u00e9s de travail, organis\u00e9 la scolarisation des enfants, d\u2019un commun accord, pour que ces familles trouvent des conditions de vie d\u00e9centes et soient accept\u00e9es par l\u2019ensemble de la population.<br \/>\nMais le cri d\u2019alarme de Ceija Stojka, peintre et po\u00e8te, nous dit que cette petite fen\u00eatre est ouverte dans un monde o\u00f9 la chasse aux Roms est toujours en acte. Il nous rappelle \u00e0 nos devoirs, \u00e0 nous dresser \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s. Car ces gens pris pour cibles, chass\u00e9s de leurs abris, leurs maigres biens d\u00e9truits, sans cesse harcel\u00e9s, menac\u00e9s d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s de leurs enfants, humili\u00e9s, agress\u00e9s&#8230; tout rappelle l\u2019insupportable que montre le film, tout rappelle que l\u2019horreur et la haine se renouvellent, selon des m\u00e9canismes rod\u00e9s et reconnaissables, qu\u2019il y a urgence \u00e0 s\u2019interposer. Il faut lire l\u2019hommage qui lui est rendu dans \u00ab D\u00e9p\u00eaches Tsiganes \u00bb \u00e0 elle qui, dans le film, d\u00e9roule sur le sol de sa maison, un merveilleux champ de fleurs peint avec des restes de couleurs : \u00ab Jusqu&rsquo;au jour de sa mort, \u00e0 79 ans, Ceija Stojka a eu peur que l&rsquo;Europe n&rsquo;oublie son pass\u00e9 et qu&rsquo;un jour prochain, les fours cr\u00e9matoires d&rsquo;Auschwitz puissent y reprendre leur activit\u00e9 dans une indiff\u00e9rence \u00e0 peu pr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale. C&rsquo;\u00e9tait la peur d&rsquo;une citoyenne inform\u00e9e, qui suivait attentivement l&rsquo;\u00e9volution des lois et des discours anti-tsiganes \u00e0 travers notre vieux continent. Elle savait parfaitement qu&rsquo;en R\u00e9publique Tch\u00e8que, en Hongrie, en Roumanie, des manifestations \u00e9taient organis\u00e9es pour appeler \u00e0 \u00abl&rsquo;\u00e9limination du probl\u00e8me tsigane\u00bb. Ceija Stojka savait aussi qu&rsquo;en France, des maires et des pr\u00e9fets de plus en plus nombreux, soutenus par une succession de ministres et deux pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, pouvaient envoyer leurs forces de police fracasser les portes des baraquements o\u00f9 des Roms exil\u00e9s venaient de trouver un refuge.<br \/>\nC&rsquo;est pour cela qu&rsquo;elle continuait \u00e0 peindre, \u00e0 l&rsquo;encre noire, des femmes hurlant tandis que des hommes en armes les tiraient par les cheveux, pendant qu&rsquo;une foule haineuse mettait le feu \u00e0 leurs maisons de planches et de cartons. \u00bb<br \/>\nLe documentaire raconte la pers\u00e9cution des Tsiganes par les nazis et leurs alli\u00e9s dans l\u2019ensemble de l\u2019Europe pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Il associe le t\u00e9moignage de survivants, r\u00e9partis dans divers pays, les images d\u2019archives et le commentaire limpide de l\u2019historienne Henriette Ass\u00e9o.<br \/>\nLe texte de pr\u00e9sentation du DVD attire l\u2019attention sur deux aspects essentiels du film:<br \/>\n\u00ab Il jette un regard neuf sur la gen\u00e8se des politiques nationales d\u2019exclusion de l\u2019entre-deux-guerres, sur le r\u00f4le d\u00e9terminant de la \u00ab\u00a0science raciale\u00a0\u00bb et sur la politique g\u00e9nocidaire nazie. \u00bb Il montre dans toute leur arrogance les organisateurs de l\u2019extermination syst\u00e9matique &#8211; tir\u00e9s \u00e0 quatre \u00e9pingle, si contents d\u2019eux-m\u00eames, replets, p\u00e9remptoires : la machine bureaucratique enti\u00e8rement et sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me au service du g\u00e9nocide ;\u00a0 la continuit\u00e9 administrative (80% des actes g\u00e9nocidaires sont faits par des gens d\u00e9j\u00e0 en place avant la guerre et qui continueront leurs carri\u00e8res apr\u00e8s) ; la complicit\u00e9 de l\u2019universit\u00e9, des experts scientifiques et des juristes ; les anthropologues et g\u00e9n\u00e9ticiens avides des pr\u00e9l\u00e8vements abominables de Mengele sur les prisonniers des camps ; les masses fanatiques dans leurs rituels hideux.Les tsiganes ont \u00e9t\u00e9 les premiers sur lesquels on a mis au point le fichage policier moderne.Ils ont aussi servi, avec d\u2019autres malheureux, de sujets d\u2019\u00e9tude aux savants de l\u2019Institut Kaiser-Wilhelm d\u2019anthropologie, d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 humaine et d\u2019eug\u00e9nisme, p\u00e9pini\u00e8re de prix Nobel et pourvoyeurs de th\u00e9ories de l\u2019hygi\u00e8ne raciale.<br \/>\n\u00ab Il d\u00e9truit l\u2019id\u00e9e raciste d\u2019un \u00ab\u00a0peuple nomade sans patrie\u00a0\u00bb en montrant \u00e0 la fois la diversit\u00e9 des enracinements sociaux et nationaux et les singularit\u00e9s des mondes romani. \u00bb Les tsiganes sont les t\u00e9moins d\u2019une diversit\u00e9 ethnographique europ\u00e9enne que l\u2019on peut d\u00e9couvrir en lisant le livre d\u2019Henriette Ass\u00e9o \u00ab Les Tsiganes \u2013 Une destin\u00e9e europ\u00e9enne \u00bb (D\u00e9couverte-Gallimard, septembre 1994). Pendant tout le film, la merveilleuse \u00e9loquence de la musique, de la danse, des gestes et des visages r\u00e9v\u00e8lent la vitalit\u00e9 po\u00e9tique indompt\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons plus les oublier, Ceija Stojka, Hugo Adolf H\u00f6llenreiner, Antoine Lagren\u00e9, Jan I\u0161tvan, Andr\u00e9 Pierdon, Bairam Ibragimova, Fata Dedi\u0107, Willi Horwarth, Milka Goman, Bernard Ageneau. Ils nous parlent, nous regardent, nous touchent, intens\u00e9ment justes, lumineux, rieurs et tragiques, surmontant la haine, gardiens sans repos des morts et des vivants, de la multiplicit\u00e9 des cultures. A la fin de la soir\u00e9e, Jean a lu quelques passages du magnifique appel lanc\u00e9 par Patrick Chamoiseau dans son blog, \u00ab Pour le droit \u00e0 l\u2019errance \u00bb.<br \/>\n\u00ab En ces temps \u00e9cologiques, la culture nomade n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une richesse. Elle sugg\u00e8re que la terre n\u2019appartient \u00e0 personne. Elle exprime que la terre est en partage pour tous, et que l\u2019on devrait s\u2019y d\u00e9placer librement, sans contraintes. Les cultures nomades sont mieux adapt\u00e9es \u00e0 ces \u00ab identit\u00e9s ouvertes \u00bb qui sont une des soifs du monde contemporain. Elles ont d\u00e9j\u00e0 cette avance qui autorise \u00e0 prendre en compte non pas une Nation, un territoire et des fronti\u00e8res, mais un ensemble-monde \u00e0 partager et sauvegarder ensemble, dans le respect et dans la dignit\u00e9 de tous.(&#8230;)<br \/>\nAvec une prise en compte d\u00e9cente des cultures nomades, l\u2019Europe montrerait qu\u2019elle n\u2019est pas simplement une Europe de puissance, de soci\u00e9t\u00e9s de march\u00e9s, de banquiers impudents et de financiers arrogants, mais un espace d\u2019humanit\u00e9 en devenir qui imagine sans pr\u00e9\u00e9minence ni orgueil un autre monde possible ! (&#8230;)<br \/>\nAinsi, chaque fois qu\u2019un possible humain se voit avili d\u2019une mani\u00e8re quelconque, ce sont tous les possibles humains qui s\u2019en trouvent menac\u00e9s. Les ombres sont aveugles : elles portent une atteinte sans partage \u00e0\u00a0 tous les horizons. Elles bondissent sans limites chaque fois qu\u2019une lumi\u00e8re s\u2019est affaiblie, ou s\u2019est \u00e9teinte, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019une vigilance &#8211;\u00a0 la tienne, la mienne, la n\u00f4tre &#8211; s\u2019est mise \u00e0 vaciller. Et si nos convictions sont faibles, que notre indignation perd de ses innocences et de sa folle jeunesse, alors toute les lumi\u00e8res chancellent : ce sont alors les ombres qui se renforcent et nous fixent sans trembler. \u00bb<br \/>\nVous pouvez voir ici le g\u00e9n\u00e9rique de M\u00e9moires tsiganes, l\u2019autre g\u00e9nocide<br \/>\nAuteurs : Henriette Ass\u00e9o, Idit Bloch &amp; Juliette Jourdan<br \/>\nR\u00e9alisateurs : Juliette Jourdan et Idit Bloch<br \/>\nKuiv Productions, 2011, 70 min.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cam\u00e9dia est un lieu d\u2019\u00e9laboration collective cr\u00e9\u00e9 pour les abonn\u00e9s de M\u00e9diapart\u00a0 o\u00f9\u00a0 s\u2019\u00e9changent des points de vue, des projets, des \u00e9motions, o\u00f9\u00a0 l\u2019on apprend \u00e0 faire et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir ensemble. 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