{"id":4586,"date":"2012-09-09T22:54:51","date_gmt":"2012-09-09T21:54:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=4586"},"modified":"2012-09-09T22:54:51","modified_gmt":"2012-09-09T21:54:51","slug":"les-hommes-ne-seraient-ils-que-des-chiens","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2012\/09\/les-hommes-ne-seraient-ils-que-des-chiens\/","title":{"rendered":"Les hommes ne seraient-ils que des chiens ?"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Rue des voleurs de Mathias Enard<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0Editions Actes Sud &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Il \u00e9tait de bon ton, il y a quelque ann\u00e9es de dire que le roman n\u2019existait plus, car il se r\u00e9v\u00e9lait incapable de d\u00e9velopper de nouveaux r\u00e9cits sur le monde, de nouvelles mythologies dans lesquelles nous lecteurs nous pourrions nous retrouver. On n\u2019aura jamais assez dit que notre destin individuel et collectif d\u00e9pendait de notre aptitude \u00e0 d\u00e9velopper une vision \u00ab\u00a0imaginaire\u00a0\u00bb du monde sublimant une r\u00e9alit\u00e9 an\u00e9mi\u00e9e.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nous sommes rentr\u00e9s dans l\u2019\u00e8re du soup\u00e7on g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9\u00a0: depuis plusieurs ann\u00e9es nous affirmons avec vigueur et d\u00e9sespoir que la seule chose que nous avons \u00e0 dire, c\u2019est que nous n\u2019avons plus rien \u00e0 dire.<\/p>\n<p>La force de Mathias Enard r\u00e9side dans une innocence retrouv\u00e9e. Elle n\u2019est aucunement le fruit du hasard mais vient plut\u00f4t d\u2019une ouverture bienveillante \u00e0 l\u2019autre et d\u2019une culture qui d\u00e9passe les rives de l\u2019occident. Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9sumer un roman foisonnant, mais il n\u2019est pas sans ironie que le h\u00e9ros, un jeune marocain de Tanger, trouve ses bou\u00e9es de sauvetage tant dans le roman policier\u00a0 que dans une red\u00e9couverte de la culture arabe classique. A ce niveau l\u00e0 s\u2019il existe une production livresque qui t\u00e9moigne d\u2019une forme relative d\u2019acculturation, c\u2019est bien du c\u00f4t\u00e9 occidental qu\u2019il faut regarder. Bien entendu jusqu\u2019au printemps arabe ce n\u2019\u00e9tait pas la richesse de cette culture que mettaient en avant les m\u00e9dias trop occup\u00e9s \u00e0 agiter le spectre du fondamentalisme le plus grossier. On ne dira pas qu\u2019ils se trompaient\u00a0 totalement, mais plut\u00f4t qu\u2019ils cultivaient une forme de simplisme intellectuel contribuant \u00e0 exacerber des oppositions fig\u00e9es entre les deux mondes.<\/p>\n<p>Mathias Enard d\u00e9crit la r\u00e9alit\u00e9 de notre monde \u00e0 partir de la prise de conscience d\u2019un jeune musulman\u00a0 participant par accident \u00e0 des commandos islamistes de repr\u00e9sailles. L\u00e0 encore il n\u2019est pas indiff\u00e9rent que ce soit un libraire qui soit bastonn\u00e9. Chass\u00e9 de chez lui parce qu\u2019il a couch\u00e9, qui plus est avec sa cousine, Lakhdar invente sa propre d\u00e9marche et accepte d\u2019en payer le prix. Pour survivre il num\u00e9risera des milliers de fiches concernant les\u00a0 millions de poilus morts au champ d\u2019honneur pendant la guerre de 14, ensuite il acceptera de faire la toilette de centaines de morts. Le Monde arabe est en \u00e9bullition, L\u2019Europe en crise profonde. Lakhdar rejoint la jeune femme dont il est amoureux \u00e0 Barcelone et habitera \u00a0rue des voleurs. Tout se passe comme si les parias de notre soci\u00e9t\u00e9 avaient, \u00e0 partir de leur lieu d\u2019opprobre une conscience aigue du danger que court un monde priv\u00e9 de la\u00a0 libert\u00e9 d\u2019imaginer. Le h\u00e9ros qui a rompu avec la d\u00e9marche de ses amis fondamentalistes, ne les a pas rejet\u00e9 en tant qu\u2019individus. L\u2019ami qu\u2019il aime le plus\u00a0 lui continue sur sa lanc\u00e9e. Lakhdar l\u2019assassine. Il tue une part de lui m\u00eame qu\u2019il ne peut accepter. A son proc\u00e8s il dit \u00ab\u00a0je ne suis pas un assassin, je suis plus que \u00e7a.je ne suis pas un marocain, je ne suis pas un Fran\u00e7ais, je ne suis pas un Espagnol, je suis plus que \u00e7a. Je ne suis pas un musulman, je ne suis plus que \u00e7a. Faites de moi ce que vous voudrez\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0 un roman qui co\u00efncide avec l\u2019\u00e9mergence d\u2019un monde en gestation. Que l\u2019issue en soit tragique ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 attendre des soubresauts qui agitent la plan\u00e8te. Lakhdar proc\u00e8de \u00e0 un auto- sacrifice sur l\u2019autel d\u2019un progr\u00e8s possible. Le sang des innocents ne coulera pas \u00e9ternellement, surtout si des romanciers comme Mathias Enard acceptent de nous ouvrir le chemin. Paradoxalement son livre, o\u00f9 les chiens sont des hommes, est celui de la pl\u00e9nitude et de la beaut\u00e9. Il a su a travers une langue magnifique retrouver un r\u00e9cit hors des clans et tribus, celui de la fragilit\u00e9 et de la complexit\u00e9 humaine. L\u2019humanit\u00e9 existe \u00e0 nouveau.\u00a0 C\u2019est au roman qu\u2019elle le doit.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Rue des voleurs de Mathias Enard \u00a0Editions Actes Sud &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212; \u00a0 \u00a0 Il \u00e9tait de bon ton, il y a quelque ann\u00e9es de dire que le roman n\u2019existait plus, car il se r\u00e9v\u00e9lait incapable de d\u00e9velopper de nouveaux r\u00e9cits sur le monde, de nouvelles mythologies dans lesquelles nous lecteurs nous pourrions nous retrouver. 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