{"id":4202,"date":"2011-11-25T10:38:03","date_gmt":"2011-11-25T10:38:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=4202"},"modified":"2011-11-25T10:38:03","modified_gmt":"2011-11-25T10:38:03","slug":"est-ce-bien-utile-de-preserver-notre-sante-mentale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2011\/11\/est-ce-bien-utile-de-preserver-notre-sante-mentale\/","title":{"rendered":"Est-ce bien utile de pr\u00e9server notre sant\u00e9 mentale?"},"content":{"rendered":"<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Elizabeth Hanet est psychologue. Son t\u00e9moignage est \u00e0 verser au dossier devenu tr\u00e8s lourd de la destruction progressive et syst\u00e9matique du service public de la sant\u00e9 mentale dans notre pays. Aurions nous mauvais esprit en imaginant qu\u2019il pourrait avoir un lien entre la volont\u00e9 n\u00e9o- lib\u00e9rale d\u2019\u00e9liminer tous les acquis sociaux obtenus de haute lutte depuis la lib\u00e9ration et une entreprise d\u2019anesth\u00e9sie voire d\u2019\u00e9touffement de toute vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9sistance politique et intellectuelle\u00a0? Chaque fois qu\u2019il est possible d\u2019ouvrir et de prolonger le d\u00e9bat nous nous devons de le faire. C\u2019est notre int\u00e9r\u00eat \u00e0 tous.<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0La qualit\u00e9 c\u2019est termin\u00e9\u00a0\u00bb ou la disparition d\u2019une Consultation-M\u00e9dico-Psychologique.<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>En septembre 2006, quand notre nouveau chef du <strong>service de p\u00e9do-psychiatrie<\/strong> annon\u00e7a \u00ab\u00a0la qualit\u00e9 c\u2019est termin\u00e9\u00a0\u00bb il ne s\u2019agissait pas comme nous l\u2019avions pens\u00e9 alors d\u2019une critique de la situation, c\u2019\u00e9tait l\u2019annonce de son programme. Celui d\u2019une d\u00e9structuration-destruction m\u00e9thodique de tout le fonctionnement du <strong>service de p\u00e9do-psychiatrie <\/strong> qui s\u2019est op\u00e9r\u00e9e avec le soutien de la hi\u00e9rarchie repr\u00e9sent\u00e9e par le <strong>p\u00f4le de psychiatrie et sant\u00e9 mentale<\/strong> (regroupant les services de psychiatrie adulte et de p\u00e9do-psychiatrie), et la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019administration de l\u2019h\u00f4pital, <strong>h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral<\/strong> de banlieue.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai pris ma retraite en septembre 2010 \u00e0 63 ans. J\u2019\u00e9tais psychologue dans une des <strong>consultations-m\u00e9dico-psychologiques (CMP)<\/strong> du service de p\u00e9do-psychiatrie de l\u2019h\u00f4pital, o\u00f9 j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 travailler en 1975. Ce service correspondait \u00e0 un <strong>secteur de p\u00e9do-psychiatrie, <\/strong>compos\u00e9 en-dehors des activit\u00e9s centr\u00e9es sur l\u2019h\u00f4pital, d\u2019un h\u00f4pital de jour et de 4 consultations m\u00e9dico-psychologiques extra-hospitali\u00e8res (CMP), consultations situ\u00e9es dans des villes voisines faisant partie du secteur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un<strong> <\/strong>secteur de p\u00e9do-psychiatrie constitue l\u2019aire fonctionnelle d\u2019intervention d\u2019une \u00e9quipe soignante dans le domaine de la sant\u00e9 mentale pour la population \u00e2g\u00e9e de moins de 16 ans. Le territoire national a \u00e9t\u00e9 largement sectoris\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970 (\u2026). Les secteurs de psychiatrie repr\u00e9sentent le mode d\u2019organisation privil\u00e9gi\u00e9 pour rendre facilement accessible et offrir \u00e0 la population une gamme de prestations diversifi\u00e9es en termes de pr\u00e9vention, de diagnostic, de soin et de r\u00e9insertion. Ils constituent \u00e9galement les aires de concertation et de coordination des actions \u00e0 conduire au plan local avec les partenaires directement ou indirectement concern\u00e9s par les probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale.\u00a0\u00bb (d\u00e9finition INSEE).<\/p>\n<p>En juillet 2009 <strong>la loi HPST<\/strong> (r\u00e9forme de l\u2019h\u00f4pital relative aux patients, \u00e0 la sant\u00e9 et aux territoires) a cr\u00e9\u00e9 les <strong>agences r\u00e9gionales de sant\u00e9 (ARS)<\/strong> qui recouvrent un territoire r\u00e9gional. Sur ce territoire, beaucoup plus vaste qu\u2019un territoire de secteur, les ARS ont remplac\u00e9 de nombreuses institutions et supprim\u00e9 les secteurs de p\u00e9do-psychiatrie.<\/p>\n<p>Au pr\u00e9texte de modernisation et de rentabilit\u00e9 s\u2019est op\u00e9r\u00e9 avec le d\u00e9mant\u00e8lement du secteur, celui d\u2019un dispositif<strong> <\/strong>de service public qui donnait acc\u00e8s, pour la population d\u2019un secteur donn\u00e9, \u00e0 une pr\u00e9vention et \u00e0 des soins p\u00e9do-psychiatriques de proximit\u00e9. D\u00e9mant\u00e8lement d\u2019une politique locale de soins, de liens profonds et op\u00e9rationnels avec les institutions et tous nos partenaires des professions de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence, que sur notre secteur plus de trente ans de travail et de r\u00e9flexion partag\u00e9s avaient su cr\u00e9er.<\/p>\n<p>Donc, il y a 5 ans \u00ab\u00a0la nouvelle gouvernance\u00a0\u00bb, repr\u00e9sent\u00e9e par notre chef de service de p\u00e9do-psychiatrie, sous la tutelle du chef du\u00a0p\u00f4le psychiatrie et sant\u00e9 mentale, chacun assist\u00e9 d\u2019un cadre de sant\u00e9\u00a0(anciens infirmiers form\u00e9s aux techniques de management) est partie \u00e0 l\u2019attaque d\u2019un travail d\u2019\u00e9quipe qui s\u2019\u00e9tait construit depuis les ann\u00e9es 70 avec la mise en place, dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, du secteur de p\u00e9do-psychiatrie.<\/p>\n<p>En 2006, 42 professionnels travaillaient dans les structures extra-hospitali\u00e8res du service depuis en moyenne une dizaine d\u2019ann\u00e9es; il en restait 10 en septembre 2010: \u00ab\u00a0downsizing\u00a0\u00bb\u00a0 en langage\u00a0 management dont notre nouveau chef de service, avant d\u2019aborder ses fonctions, avait suivi avec enthousiasme une formation. Volubile, il s\u2019exprime dans un jargon impressionnant, bourr\u00e9 de sigles, de chiffres, de statistiques, d\u2019anglicismes: coach, feed-back , leadership, packaging, low cost, burn out, timing, challenge, benchmarking&#8230; ou d\u2019\u00e9pith\u00e8tes ronflantes: l\u2019\u00e9coute active, le questionnement efficient, bilans d\u2019efficacit\u00e9, missions de r\u00e9ussite d\u2019objectifs, personne-ressource, finalisation des terminologies, culture du r\u00e9sultat, trajectoire de soins, tra\u00e7abilit\u00e9&#8230;.<\/p>\n<p><strong>La CMP <\/strong>dans laquelle je travaillais \u00e9tait situ\u00e9e en dehors de l\u2019h\u00f4pital, dans une ville voisine<strong>. <\/strong>Elle \u00e9tait nstall\u00e9e dans le b\u00e2timent du Centre M\u00e9dico-Social de cette ville, (qui accueille les services de sant\u00e9 municipaux) \u00e0 laquelle l\u2019h\u00f4pital loue cinq bureaux. Trois bureaux \u00e9taient situ\u00e9s sous les combles, dont un bureau mansard\u00e9 servant \u00e0 la fois de secr\u00e9tariat (o\u00f9 se trouvait l\u2019unique ordinateur de la consultation), de salle de r\u00e9union et de salle \u00e0 manger o\u00f9 nous pique-niquions \u00e0 midi.<\/p>\n<p>Consciente des d\u00e9ficits budg\u00e9taires du syst\u00e8me de sant\u00e9, et pr\u00e9cis\u00e9ment des difficult\u00e9s de l\u2019h\u00f4pital, notre \u00e9quipe avait accept\u00e9 d\u00e8s 2006 ce mouvement de r\u00e9organisation et se pr\u00eata aux nouvelles demandes de contr\u00f4le et d\u2019\u00e9valuation afin de faire conna\u00eetre sous une forme concr\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 de notre travail: temps, contenu etc&#8230; dans la perspective d\u2019adapter au mieux les moyens budg\u00e9taires \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du terrain.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>La ville de banlieue o\u00f9 se trouvait notre CMP compte 25000 habitants. Une moyenne annuelle de trois cents \u00e0 trois cent cinquante enfants ou adolescents de la ville et leur famille \u00e9taient suivis dans notre consultation. Adress\u00e9s essentiellement par les psychologues ou les m\u00e9decins scolaires, les m\u00e9decins en cabinet lib\u00e9ral, les cr\u00e8ches, les services sociaux, l\u2019Aide Sociale \u00e0 l\u2019Enfance (ASE), la justice, \u2026, les parents faisaient une demande de rendez-vous. Les consultations \u00e9taient gratuites. <strong>C\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0un\u00a0service public \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Il fut un temps pas si lointain, o\u00f9 l\u2019\u00e9quipe comptait deux m\u00e9decins p\u00e9do-psychiatres, trois psychologues, deux orthophonistes, une assistante sociale, une secr\u00e9taire, (la plupart \u00e0 temps partiel), et un stagiaire \u00e9tudiant en psychologie, nouveau chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>En mars 2011, il ne restait en tout et pour tout dans l\u2019\u00e9quipe que deux psychologues dont l\u2019un avait \u00e9t\u00e9, depuis 2006 d\u00e9localis\u00e9 \u00e0 trois reprises d\u2019une ville \u00e0 une autre.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9poque actuelle nous am\u00e8nerait \u00e0 id\u00e9aliser les conditions de travail \u00ab\u00a0d\u2019avant\u00a0\u00bb m\u00eame si elles n\u2019\u00e9taient pas si simples.<\/p>\n<p>Nous avions peu de bureaux pour le nombre de consultants, mais nous arrivions \u00e0 nous entendre pour organiser nos horaires de travail \u00e0 la demande des familles et aux disponibilit\u00e9s de chacun.<\/p>\n<p>La secr\u00e9taire recevait les demandes des familles par t\u00e9l\u00e9phone ou des parents se d\u00e9pla\u00e7aient et<\/p>\n<p>lors de la r\u00e9union hebdomadaire d\u2019\u00e9quipe, chaque nouvelle demande \u00e9tait abord\u00e9e. Nous avions pour principe d\u2019y r\u00e9pondre au plus vite et de proposer aux familles un rendez-vous dans les deux semaines. Nos r\u00e9unions \u00e9taient aussi un temps de r\u00e9flexion \u00e0 la lumi\u00e8re des sp\u00e9cialit\u00e9s professionnelles de chacun, un lieu de d\u00e9cision, un lieu d\u2019\u00e9laboration des soins au service de chaque patient, et nous y recevions \u00e9galement des coll\u00e8gues d\u2019autres institutions pour parler d\u2019enfants dont nous partagions le suivi ou qu\u2019ils souhaitaient nous adresser.<\/p>\n<p>Les enfants \u00e9taient ensuite re\u00e7us par un p\u00e9do-psychiatre ou un psychologue.<\/p>\n<p>Moment essentiel que ces premiers entretiens, quand l\u2019enfant ou l\u2019adolescent et sa famille rencontrent pour la premi\u00e8re fois un th\u00e9rapeute. Il s\u2019agit d\u2019accueillir et d\u2019\u00e9couter leur histoire, entendre et \u00e9valuer des sympt\u00f4mes pouvant recouvrir des pathologies diverses, pathologies r\u00e9actionnelles ou troubles du comportement plus graves\u00a0; consid\u00e9rer la suite \u00e0 donner \u00e0 cette premi\u00e8re rencontre, en proposant un suivi et\/ou une orientation vers un autre sp\u00e9cialiste pour un bilan sp\u00e9cifique ou vers une autre structure mieux adapt\u00e9e aux probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par l\u2019enfant. Nous \u00e9tions alors engag\u00e9s dans un accompagnement qui s\u2019inscrivait selon les cas dans une plus ou moins longue dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous avions adapt\u00e9 nos consultations, faisant \u00e9voluer l\u2019offre en fonction des demandes qui ne furent pas les m\u00eames suivant les \u00e9poques. Par exemple, depuis 2006, nous avions organis\u00e9, pour rencontrer les parents qui travaillaient, des consultations en soir\u00e9e chaque soir de la semaine. Nous avions mis en place \u00e9galement une consultation le samedi matin pour r\u00e9pondre au probl\u00e8me sp\u00e9cifique d\u2019adolescents en difficult\u00e9 qui refusaient d\u2019\u00eatre suivis \u00e0 la CMP et nous recevions ce jour-l\u00e0, sans qu\u2019\u00a0ils aient pris rendez-vous leurs parents qui s\u2019inqui\u00e9taient et souhaitaient rencontrer un psychologue pour parler de leurs enfants.<\/p>\n<p>Bien implant\u00e9e sur la ville, notre consultation avait \u00e9tabli des liens approfondis avec les nombreux professionnels de l\u2019enfance. C\u2019est ainsi que les m\u00e9decins et psychologues des cr\u00e8ches, des \u00e9coles, alert\u00e9s par le comportement inqui\u00e9tant d\u2019un b\u00e9b\u00e9 ou d\u2019un jeune enfant dirigeaient leur famille vers notre consultation qu\u2019un d\u00e9pistage pr\u00e9coce permettait de prendre en charge au plus t\u00f4t. Nous pouvions rencontrer rapidement dans des moments de crise des adolescents adress\u00e9s par les m\u00e9decins scolaires ou les assistantes sociales de coll\u00e8ge et dans un lien th\u00e9rapeutique proposer une aide \u00e0 ces jeunes pour exprimer leur souffrance, autrement que par l\u2019absent\u00e9isme et l\u2019\u00e9chec scolaire, ou des passages \u00e0 l\u2019acte, tentatives de suicide, fugues, comportements violents ou pr\u00e9d\u00e9linquants\u2026Saisir ce temps \u00ab\u00a0favorable\u00a0\u00bb quand s\u2019exprime le mal-\u00eatre et que l\u2019enfant, l\u2019adolescent et la famille demandent de l\u2019aide pour donner du sens \u00e0 des conduites d\u2019effondrement ou de transgression. Parmi nos activit\u00e9s, nous suivions des enfants souffrant parfois de graves pathologies, mais nous avons pu aussi faire ce travail de pr\u00e9vention dans lequel l\u2019enfant ou l\u2019adolescent et sa famille s\u2019impliquaient dans un d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions loin de la pr\u00e9vention s\u00e9curitaire et stigmatisante dont il est question aujourd\u2019hui, consistant \u00e0 tester des enfants de deux ans pour d\u00e9tecter le g\u00e8ne de la d\u00e9linquance.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>Pendant 20 ans nous avons essentiellement utilis\u00e9 le temps des r\u00e9unions au travail clinique. A partir de 2006, les imp\u00e9ratifs de gestion ont envahi ces temps de r\u00e9flexion.<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0r\u00e9organisation\u00a0\u00bb du service s\u2019est mise en place sans qu\u2019\u00e0 aucun moment l\u2019avis de ceux qui \u00e9taient sur le terrain n\u2019ait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9. Nous \u00e9tions inform\u00e9s des objectifs budg\u00e9taires \u00e0 atteindre, non des projets de r\u00e9organisation du service pour r\u00e9aliser ces objectifs. Ce furent des m\u00e9thodes \u00e0 la fois insidieuses et autoritaires, men\u00e9es sans concertation avec le personnel, en imposant d\u2019en haut de nouveaux modes de fonctionnement allant \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019essence m\u00eame de notre travail.<\/p>\n<p>Sous l\u2019autorit\u00e9 de notre chef de service, nous avons assist\u00e9 \u00e0 des simulacres de r\u00e9unions de service, dans lesquelles il nous \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement signifi\u00e9 que l\u2019h\u00f4pital rencontrait de graves difficult\u00e9s financi\u00e8res, que nous lui co\u00fbtions cher et qu\u2019il fallait faire des efforts. Nous prenions connaissance des remaniements quand ils \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9s et les comptes rendus officiels de ces r\u00e9unions \u00e9taient expurg\u00e9s de tout d\u00e9saccord, information ou r\u00e9flexion critiques, pour donner l\u2019illusion d\u2019un fonctionnement id\u00e9al.<\/p>\n<p>Les mesures se sont appliqu\u00e9es \u00e0 l\u2019h\u00f4pital qui devenait une entreprise de production comme une autre. Le personnel soignant a d\u00fb supporter l\u2019\u00e9cart entre deux conceptions, celle de l\u2019accueil de la souffrance et de la maladie qui est au c\u0153ur m\u00eame de sa fonction et celle de la rentabilit\u00e9 dans laquelle il a d\u00fb fonctionner. Il est regrettable de ne pas avoir associ\u00e9 les praticiens aux r\u00e9flexions sur les modalit\u00e9s d\u2019un changement qu\u2019ils savaient n\u00e9cessaire, mais de les avoir raval\u00e9s \u00e0 une donn\u00e9e comptable en les instrumentalisant par des techniques qui les ont objectiv\u00e9s et d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de tout moyen d\u2019intervenir dans le processus en cours.<\/p>\n<p>Ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es \u00e0 notre service ces m\u00eames techniques de management largement diffus\u00e9es au grand public par les m\u00e9dias, comme cela s\u2019est fait entendre pour France T\u00e9l\u00e9com.<\/p>\n<p><strong>Le budget et la s\u00e9curit\u00e9 sont devenus les deux ma\u00eetres mots de la \u00ab\u00a0r\u00e9organisation\u00a0\u00bb<\/strong><strong> du service<\/strong> <strong>pour qu\u2019il passe d\u2019un lieu de soin \u00e0 un lieu de gestion et de rentabilit\u00e9 du patient par le soin.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Et c\u2019est sur le mode d\u2019une autorit\u00e9 de fait, ind\u00e9pendamment de toute consid\u00e9ration du respect des personnes et du m\u00e9rite, qu\u2019il a fallu changer l\u2019organisation du travail de la consultation\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>-Sous pr\u00e9texte de s\u00e9curit\u00e9 par rapport aux horaires (alors que nous avions propos\u00e9 des moyens de protection simples et \u00e0 moindre co\u00fbt), nous avons d\u00fb supprimer nos consultations du soir et celles du samedi matin, p\u00e9nalisant ainsi les usagers que ce soit du fait de leurs horaires de travail ou de leurs moyens de transport, de leurs conditions familiales\u2026<\/p>\n<p>-Sous pr\u00e9texte qu\u2019\u00ab\u00a0un stagiaire ce n\u2019est pas rentable\u00a0\u00bb il a fallu mettre un terme \u00e0 une part importante de notre travail, celle de formation et de transmission que nous menions chaque ann\u00e9e avec un stagiaire \u00e9tudiant en psychologie. Dans notre \u00e9quipe le stagiaire assurait en particulier, sous notre contr\u00f4le, un suivi de soutien scolaire aupr\u00e8s d\u2019enfants ou d\u2019adolescents qui, dans le cadre de leur th\u00e9rapie ou de leur r\u00e9\u00e9ducation avaient besoin d\u2019un lieu de m\u00e9diation entre l\u2019\u00e9cole et leur travail clinique, afin de les aider \u00e0 reprendre pied dans une scolarit\u00e9 mise \u00e0 mal par leur souffrance psychique.<\/p>\n<p>-Mise en place d\u2019obstacles au travail avec nos partenaires habituels par l\u2019interdiction par exemple, de continuer \u00e0 nous rendre aux r\u00e9unions \u00e9ducatives dans les \u00e9coles concernant les enfants suivis dans notre consultation, au pr\u00e9texte que nous n\u2019\u00e9tions pas pay\u00e9s par l\u2019Education Nationale.<\/p>\n<p>-Contr\u00f4le de la communication avec nos patients et nos partenaires par la suppression du budget des timbres pour notre courrier et dans le m\u00eame temps par la suppression de la r\u00e9ception dans notre consultation des appels t\u00e9l\u00e9phoniques, d\u00e9localis\u00e9s sur le secr\u00e9tariat central de notre chef, celui-ci contr\u00f4lant \u00e9ventuellement nos contacts et \u00e0 l\u2019occasion prenant un appel qui nous \u00e9tait adress\u00e9. Cette ing\u00e9rence dans une relation clinique a pu mettre \u00e0 mal la confiance bas\u00e9e sur le secret professionnel n\u00e9cessaire \u00e0 notre engagement aupr\u00e8s de nos patients.<\/p>\n<p>-Au nom de \u00ab\u00a0la\u00a0tra\u00e7abilit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0des indicateurs d\u2019activit\u00e9\u00a0\u00bb, il nous a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 de \u00ab\u00a0tout \u00e9crire\u00a0\u00bb dans les dossiers, le contenu int\u00e9gral des entretiens, l\u2019heure exacte de chaque contact, rendez-vous, communications t\u00e9l\u00e9phoniques, \u00ab\u00a0\u00e0 la minute pr\u00e8s\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Si on voit un enfant \u00e0 14h05 et qu\u2019il lui arrive quelque chose \u00e0 15h 30 il faut une tra\u00e7abilit\u00e9\u00a0\u00bb. Vision juridique et \u00e9conomique: le but n\u2019est plus alors de soigner mais de justifier les soins et de fonctionner par rapport aux risques comme une compagnie d\u2019assurances.<\/p>\n<p>-Mises \u00e0 mal de ces relations professionnelles tenues de longue date, par des injonctions de ne plus travailler avec telle personne, telle institution ou tel service, ou en tant que psychologue ne plus travailler avec les m\u00e9decins: \u00ab\u00a0les m\u00e9decins parlent aux m\u00e9decins\u00a0\u00bb, d\u00e9pr\u00e9ciant au passage nos partenaires de terrain \u00ab\u00a0ce n\u2019est pas utile d\u2019\u00eatre en loco-local, il faut voir les directeurs et les inspecteurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>-Enfin l\u2019exigence d\u2019une ordonnance m\u00e9dicale pour recevoir les enfants a mis un terme aux orientations d\u2019enfants en difficult\u00e9 vers nos services par des partenaires non m\u00e9decins (cr\u00e8che, \u00e9cole, services sociaux, justice\u2026).<\/p>\n<p>-Ces injonctions, ces intrusions, ces entraves \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 des \u00e9changes et au travail th\u00e9rapeutique, ces interdictions parfois ponctuelles et non maintenues dans le temps ont contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9sorganisation de tout le tissu de nos relations professionnelles.<\/p>\n<p>-L\u2019ordre nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019abandonner parmi nos activit\u00e9s celle de pr\u00e9vention\u00a0: \u00ab\u00a0tout suivi psychologique sans pathologie mentale av\u00e9r\u00e9e est exclu\u00a0\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire de conditionner le suivi d\u2019un enfant \u00e0 une pathologie r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 un manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).<\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p>-Il est pr\u00e9vu de remplacer les premiers entretiens des enfants et de leur famille par un questionnaire standardis\u00e9, en pr\u00e9paration lorsque j\u2019ai quitt\u00e9 le service, rempli avec la famille par une IOA (infirmi\u00e8re organisatrice de l\u2019accueil). A partir du d\u00e9codage de ce questionnaire, l\u2019enfant et sa famille seront orient\u00e9s vers un sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<p>Ces filtres successifs organisent l\u2019\u00e9vitement de la dimension subjective du patient, dans une tentative de faire une psychiatrie qui ne rencontre pas l\u2019autre. Une nomenclature peut donner l\u2019illusion du savoir. Elle isole, hi\u00e9rarchise les sympt\u00f4mes, et s\u00e9lectionne ceux qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre entendus afin de les adresser \u00e0 un sp\u00e9cialiste, des autres sympt\u00f4mes dont la souffrance qui en r\u00e9sulte ne rentre pas dans les crit\u00e8res d\u2019une \u00ab pathologie mentale av\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>-Pour donner une suite logique \u00e0 cet aspect technique qui peut produire une impression rassurante, furent valoris\u00e9es alors des pratiques de sp\u00e9cialisation: \u00ab\u00a0parentologie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0victimologie\u00a0\u00bb&#8230;donnant lieu \u00e0 une critique m\u00e9prisante de la pratique des psychologues ayant construit leur carri\u00e8re et leur exp\u00e9rience en accueillant toutes les pathologies: \u00ab\u00a0mais \u00e7a, tout le monde sait le faire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9valuation, la codification et le contr\u00f4le, en position de ma\u00eetrise et de savoir sont devenus les concepts impos\u00e9s de notre fonctionnement.<\/strong><\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0benchmarking\u00a0\u00bb a fait son entr\u00e9e dans notre vocabulaire. C\u2019est une technique de marketing consistant en un processus constant de recherche et d\u2019analyse comparative, pour am\u00e9liorer la performance d\u2019une organisation. Par ces techniques et dans une obsession de contr\u00f4le, il s\u2019agit de tout transformer en chiffres et statistiques pour \u00e9tablir des comparaisons :<em> <\/em>\u00ab\u00a0Sur les 0-6 ans on est les fers de lance, on est les plus performants\u00a0!\u00a0On est les meilleurs\u00a0!\u00bb.<\/p>\n<p>Dans l\u2019anticipation de l\u2019application de la tarification \u00e0 l\u2019acte (T2A), chaque semaine nous avons d\u00fb remplir des \u00ab\u00a0grilles EDGAR\u00a0\u00bb (Entretien-D\u00e9marche-Groupe-Accompagnement-R\u00e9union), codifiant nos activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Comme son nom l\u2019indique la T2A comptabilise exclusivement les actes, et seuls, les actes de consultations sont reconnus dans les crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation du temps de travail. Ne rentrent pas dans les statistiques les temps de r\u00e9union d\u2019\u00e9quipe, de travail avec nos partenaires, de travail sur les dossiers, les appels t\u00e9l\u00e9phoniques\u2026<\/p>\n<p>V\u00e9ritables simulacres gestionnaires, ces crit\u00e8res ne repr\u00e9sentent pas la r\u00e9alit\u00e9 de notre travail.\u00a0 En psychiatrie le temps se d\u00e9compose en plusieurs dimensions, et le sympt\u00f4me n\u2019y a pas le m\u00eame statut qu\u2019en m\u00e9decine.<em> <\/em><\/p>\n<p>Et dans notre contexte institutionnel, la stricte codification qui nous \u00e9tait impos\u00e9e sans que nous sachions l\u2019usage qui \u00e9tait fait de ces chiffres aurait n\u00e9cessit\u00e9 un climat de confiance d\u00e9finitivement absent du cadre de cette nouvelle gouvernance&#8230;<\/p>\n<p>Toute l\u2019activit\u00e9 de pr\u00e9vention que nous avons pu faire pendant des ann\u00e9es n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retenue dans l\u2019\u00e9valuation, car \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019une consultation, d\u2019un traitement m\u00e9dical ou de tests qu\u2019on peut \u00e9valuer en temps et en budget, la pr\u00e9vention n\u2019est pas \u00e9valuable. Ne rentrent pas dans les statistiques les \u00e9conomies budg\u00e9taires pour le coup inestimables, r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 long terme par les effets d\u2019un travail\u00a0de pr\u00e9vention: lev\u00e9e des sympt\u00f4mes, rescolarisation d\u2019enfants, d\u2019adolescents, dialogue retrouv\u00e9 dans les familles \u2026<\/p>\n<p><strong>Les leitmotive de notre nouvelle gouvernance\u00a0: red\u00e9ploiement, flexibilit\u00e9, mobilit\u00e9 ont abouti \u00e0 la non-continuit\u00e9 des soins<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Des secr\u00e9taires, assistantes sociales, r\u00e9\u00e9ducateurs, psychologues ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s d\u2019une ville \u00e0 une autre, souvent sans leur accord pour aller travailler dans une autre CMP du secteur. Les patients n\u2019ont pu les suivre et des dizaines de prises en charge se sont trouv\u00e9es de fait interrompues. Alors que la responsabilit\u00e9 de ces red\u00e9ploiements incombait \u00e0 la hi\u00e9rarchie qui avait pris ces d\u00e9cisions, ce sont les soignants qui en ont port\u00e9 le poids moral.<\/p>\n<p>Bon nombre d\u2019agents choisirent alors de quitter le service.<\/p>\n<p>Les 4 CMP, situ\u00e9es dans des villes diff\u00e9rentes, ayant chacune un fonctionnement local et autonome ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es, par la nouvelle direction, dans des projets diff\u00e9rents dont les \u00e9quipes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 tenues au courant. Elles furent prises pour cible l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, l\u2019op\u00e9ration se d\u00e9roulant \u00e0 deux niveaux:<\/p>\n<p>-au niveau de l\u2019ensemble des \u00e9quipes qui ont subi des r\u00e9organisations d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral et fait l\u2019objet de contr\u00f4les permanents comme par exemple le ramassage des agendas de rendez-vous pendant le week-end.<\/p>\n<p>-au niveau individuel, chaque agent qu\u2019on souhaitait d\u00e9localiser ou voir partir fut entrepris personnellement (voir \u00e0 ce propos\u00a0le guide profess\u00e9 dans les \u00ab\u00a0cabinets de \u00a0consulting en management\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Guide pratique d\u2019accompagnement d\u2019un collaborateur en processus de changement\u00a0\u00bb, avec sa courbe des \u00ab\u00a0Phases du deuil\u00a0: annonce, refus de comprendre, r\u00e9sistance, d\u00e9compression, r\u00e9signation, int\u00e9gration\u00a0\u00bb, d\u00e9finies par des points rep\u00e9r\u00e9s sur un graphique. Matthieu Magnaudeix, \u00ab\u00a0Comment FranceT\u00e9l\u00e9com a form\u00e9 ses cadres \u00e0 l\u2019art du d\u00e9graissage\u00a0\u00bb, M\u00e9diapart 21\/09\/09).<\/p>\n<p>Ceux qui ont tent\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 quitter leur poste, refusant d\u2019abandonner le travail dans lequel ils \u00e9taient engag\u00e9s aupr\u00e8s de leur patient, ont subi personnellement des pressions incessantes. Pressions sous-tendues de menaces, manipulations, intimidations, d\u00e9valorisation de leur travail, brimades, ing\u00e9rence dans leur vie priv\u00e9e, allant m\u00eame de fa\u00e7on cynique jusqu\u2019\u00e0 faire \u00e9crire par l\u2019agent lui-m\u00eame sa propre demande de d\u00e9localisation du poste qu\u2019il ne voulait pas quitter.<\/p>\n<p><strong>Cette politique de maltraitance<\/strong> s\u2019est mise en place dans certaines \u00e9quipes de mani\u00e8re particuli\u00e8rement violente<strong> <\/strong>allant jusqu\u2019\u00e0 faire partir et quitter le service une \u00e9quipe enti\u00e8re en quelques mois.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Aussi longtemps que possible notre \u00e9quipe a essay\u00e9 de maintenir deux priorit\u00e9s &#8211; la protection du travail clinique et le maintien de la confiance entre nous &#8211; essentielles pour travailler ensemble, et faire face aux obstacles qui s\u2019accumulaient. Malgr\u00e9 la diminution r\u00e9guli\u00e8re des effectifs, nous avons au gr\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements mis toute notre \u00e9nergie \u00e0 maintenir une qualit\u00e9 de fonctionnement et accueillir nos coll\u00e8gues en souffrance d\u00e9plac\u00e9s dans notre \u00e9quipe. Car nous avons fait pendant plusieurs ann\u00e9es office de sas de d\u00e9compression, de lieu d\u2019accueil s\u00e9curis\u00e9 pour ces coll\u00e8gues, d\u00e9localis\u00e9s contre leur gr\u00e9. Nous avons alors rencontr\u00e9 des coll\u00e8gues meurtris par la d\u00e9qualification dont ils \u00e9taient l\u2019objet<strong>, <\/strong>\u00e9puis\u00e9s, humili\u00e9s de la non-reconnaissance de leur identit\u00e9 professionnelle alors qu\u2019ils occupaient leur poste depuis des ann\u00e9es, souffrant moralement de la s\u00e9paration d\u2019avec leur lieu de travail, d\u2019avec leurs patients, s\u00e9paration leur ayant \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e arbitrairement et responsable d\u2019une rupture des soins dans lesquels ils s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s aupr\u00e8s de leurs patients, aboutissant \u00e0 un transfert des responsabilit\u00e9s sur eux d\u2019une d\u00e9cision dont ils n\u2019\u00e9taient pas les auteurs.<\/p>\n<p>Tant que nous ne manifestions pas d\u2019opposition, les relations avec notre hi\u00e9rarchie pouvaient para\u00eetre presque normales, sinon, c\u2019\u00e9tait un d\u00e9cha\u00eenement de brutalit\u00e9 et d\u2019autoritarisme.<\/p>\n<p>Tout dialogue s\u2019\u00e9tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 impossible dans ce contexte planifi\u00e9 de codes et de chiffres (nous \u00e9tions nomm\u00e9s \u00e9ventuellement par notre temps de travail\u00a0: \u00ab\u00a00,8\u00a0\u00bb une coll\u00e8gue travaillant \u00e0 80%), il a fallu tenir compte de ces violentes variations d\u2019humeur. Mais soutenus par notre investissement th\u00e9rapeutique aupr\u00e8s des patients, par la coh\u00e9sion de notre \u00e9quipe ainsi que par la formation et des s\u00e9ances de r\u00e9flexion clinique qu\u2019un certain nombre parmi nous faisions \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 nos frais, nous avons essay\u00e9 de prot\u00e9ger notre engagement professionnel.<\/p>\n<p>\u00abEn effet les soignants sont dans une double d\u00e9pendance, celle de leur employeur(&#8230;) et celle de leur service qui est le lieu d\u2019exercice de leur \u00e9thique professionnelle(&#8230;). Si l\u2019\u00e9quipe doit se d\u00e9fendre de son administration (\u2026) c\u2019est ce qu\u2019on appelle un conflit de loyaut\u00e9(&#8230;). On voit ainsi comment les imp\u00e9ratifs th\u00e9rapeutiques peuvent \u00eatre soumis tr\u00e8s rapidement \u00e0 d\u2019autres qui souvent sont en contradiction avec les premiers.\u00a0\u00bb (Pierre Delion \u00ab\u00a0Le travail en \u00e9quipe comme condition et lieu d\u2019\u00e9laboration des soins psychiatriques\u00a0\u00bb dans Pratiques en sant\u00e9 mentale n\u00b0 1-1999)<\/p>\n<p>Dans ce climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, nous avons essay\u00e9:<\/p>\n<p>-de faire face aux injonctions paradoxales, comme par exemple \u00eatre compliment\u00e9s pour le nombre de consultations que nous r\u00e9alisions: \u00ab\u00a0vous \u00eates performants\u00a0\u00bb et dans le m\u00eame temps voir organis\u00e9e l\u2019orientation des demandes vers des intervenants ext\u00e9rieurs. Egalement, apr\u00e8s nous avoir impos\u00e9 la suppression de nos consultations du soir nous reprocher: \u00ab\u00a0le secteur n\u2019est pas performant sur les soir\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>-supporter la d\u00e9valorisation de nos r\u00e9unions d\u2019\u00e9quipe: \u00ab\u00a0c\u2019est moins sympa de remplir un questionnaire que d\u2019\u00eatre \u00e0 la CMP en buvant un caf\u00e9 en se regardant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>-endurer<em> <\/em>le d\u00e9nigrement de notre travail: \u00ab\u00a0On n\u2019en a rien \u00e0 faire de ce que le psychologue pense du divorce, du truc, du machin. Il faut un syst\u00e8me de cochage. C\u2019est un back-ground collectif\u00a0\u00bb. Nos savoir-faire jug\u00e9s comme des astuces folkloriques sans grand int\u00e9r\u00eat: \u00ab\u00a0C\u2019est sympa d\u2019\u00eatre psychoth\u00e9rapeute\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>-r\u00e9sister \u00e0 maintenir une fronti\u00e8re avec notre vie priv\u00e9e en ne donnant pas, malgr\u00e9 les pressions, nos coordonn\u00e9es personnelles (num\u00e9ro de portable, adresse mail&#8230; ), utilis\u00e9es quand elles \u00e9taient connues.<\/p>\n<p>-constater, prendre note, sans pouvoir r\u00e9agir (au risque de d\u00e9clencher inutilement des r\u00e9actions violentes mettant \u00e0 mal notre travail clinique) \u00e0 de fausses d\u00e9clarations sur ce que les uns ou les autres avions pu dire ou faire, \u00e0 des allusions et des comportements malveillants \u00e0 propos de coll\u00e8gues, \u00e0 des r\u00e9flexions\u00a0 ignobles comme celle d\u2019entendre notre \u00e9quipe qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0mortif\u00e8re\u00a0\u00bb apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un coll\u00e8gue&#8230;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>Progressivement nos conditions de travail ses sont d\u00e9grad\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>-La p\u00e9nurie de personnel s\u2019est rapidement fait sentir, car en m\u00eame temps que le d\u00e9part d\u2019une partie de l\u2019\u00e9quipe, le nombre de nouvelles demandes de consultations ne s\u2019est pas ralenti<em>.<\/em><\/p>\n<p>-Les d\u00e9parts du p\u00e9do-psychiatre, de l\u2019assistante sociale, de la secr\u00e9taire\u2026ont donn\u00e9 lieu \u00e0 un turnover de rempla\u00e7ants.<\/p>\n<p>-Le d\u00e9part de notre secr\u00e9taire avec laquelle nous avions travaill\u00e9 pendant 17 ans, a provoqu\u00e9 de longues p\u00e9riodes sans secr\u00e9tariat et la prise de fonction d\u2019une succession de jeunes femmes plus ou moins motiv\u00e9es, recrut\u00e9es sur des crit\u00e8res essentiellement de restrictions budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>La secr\u00e9taire d\u2019une CMP occupe pourtant une place essentielle. C\u2019est elle qui re\u00e7oit en premier les demandes, voire la souffrance des familles, et nous pr\u00e9sente en r\u00e9union les situations pour qu\u2019ensuite nous puissions nous d\u00e9signer l\u2019un ou l\u2019autre et proposer une rencontre. C\u2019est elle qui doit appr\u00e9cier l\u2019urgence d\u2019une communication \u00e0 partir d\u2019appels de parents, d\u2019enfants, d\u2019adolescents quand un probl\u00e8me se pose, savoir alors nous joindre&#8230;Faire le lien entre l\u2019\u00e9quipe et nos partenaires professionnels, et hormis ce travail relationnel, assurer l\u2019ensemble des t\u00e2ches administratives sur les dossiers et g\u00e9rer l\u2019interface entre l\u2019\u00e9quipe et le bureau du personnel de l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Dans cette s\u00e9rie de remplacements, nous avons eu la chance d\u2019accueillir une secr\u00e9taire \u00ab\u00a0d\u00e9localis\u00e9e\u00a0\u00bb ayant une longue exp\u00e9rience mais celle-ci, malmen\u00e9e par un changement d\u2019\u00e9quipe impos\u00e9, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 malheureusement quitter l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Autre bonne surprise, l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 ce poste de secr\u00e9taire d\u2019une jeune femme ayant fait quelques ann\u00e9es d\u2019\u00e9tude de sociologie et dont c\u2019\u00e9tait le premier emploi. Motiv\u00e9e, elle s\u2019est rapidement investie dans ses nouvelles fonctions et nous \u00e9tions soulag\u00e9s de l\u2019ad\u00e9quation de ses comp\u00e9tences personnelles \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 du travail. Au bout de la p\u00e9riode d\u2019essai, elle est revenue en larmes du bureau du personnel o\u00f9 on lui avait signifi\u00e9 la fin de son engagement. Quand j\u2019ai appel\u00e9 notre chef de service pour lui dire notre d\u00e9ception et m\u2019\u00e9tonner qu\u2019on n\u2019ait donn\u00e9 \u00e0 cette jeune femme aucune raison de cette d\u00e9cision, il me fut r\u00e9pondu: \u00ab\u00a0le code du travail n\u2019oblige pas \u00e0 argumenter la fin d\u2019une p\u00e9riode d\u2019essai\u00a0\u00bb. Alors qu\u2019elle travaillait avec nous \u00e0 temps plein, personne n\u2019avait estim\u00e9 n\u00e9cessaire de nous consulter ni m\u00eame de nous informer de cette d\u00e9cision ni de ses motifs.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re secr\u00e9taire, partie en juin 2010 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e.<\/p>\n<p>-Le d\u00e9part du service des m\u00e9decins p\u00e9do-psychiatres a donn\u00e9 lieu pour les remplacer au recrutement de m\u00e9decins \u00e9trangers souvent dans une situation pr\u00e9caire ou de m\u00e9decins non form\u00e9s \u00e0 la psychiatrie\u00a0: dermatologue, biologiste\u2026et nous avons travers\u00e9 de longues p\u00e9riodes sans m\u00e9decin.<\/p>\n<p>-Pour pallier, entre autre l\u2019absence de m\u00e9decins, dans chaque \u00e9quipe un psychologue a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 d\u2019office \u00ab\u00a0coordinateur\u00bb. Il s\u2019agissait effectivement pour lui de coordonner les diktats administratifs, les injonctions de la hi\u00e9rarchie et le fonctionnement de l\u2019\u00e9quipe sur le terrain, souvent sans lien avec la r\u00e9alit\u00e9 du travail. D\u00e9l\u00e9guer encore une fois \u00e0 un agent la responsabilit\u00e9 de transmettre aupr\u00e8s de ses coll\u00e8gues des r\u00e8gles d\u00e9truisant le fonctionnement de leur propre \u00e9quipe.<\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Atteinte des relations de travail<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Le travail en psychiatrie repose sur un travail d\u2019\u00e9quipe qui n\u00e9cessite un climat de confiance entre coll\u00e8gues et malgr\u00e9 notre volont\u00e9 de maintenir ce climat favorable, les nouvelles r\u00e8gles, la valorisation exclusive des performances individuelles au d\u00e9triment du travail d\u2019\u00e9quipe, les d\u00e9parts et arriv\u00e9es de coll\u00e8gues dans un turnover que nous ne ma\u00eetrisions pas, eurent avec le temps des effets sur les relations de travail.<\/p>\n<p>Certains nouveaux arrivants, pris d\u2019embl\u00e9e dans l\u2019\u00e9valuation individuelle des performances furent embarqu\u00e9s dans des jeux de rivalit\u00e9. Le principe g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d\u2019\u00e9valuation cr\u00e9e, et c\u2019est l\u00e0 son objectif premier, de la concurrence dont le danger r\u00e9side en une d\u00e9structuration des solidarit\u00e9s entre les salari\u00e9s et en cons\u00e9quence, l\u2019instauration d\u2019une m\u00e9fiance.<\/p>\n<p>Notre hi\u00e9rarchie ne se priva pas d\u2019utiliser ces \u00e9valuations pour comparer les agents ou les \u00e9quipes entre elles.<\/p>\n<p>Il fallut aussi aupr\u00e8s de nos jeunes coll\u00e8gues, secr\u00e9taires ou assistantes sociales nouvellement arriv\u00e9s, r\u00e9tablir dans sa pertinence et sa dignit\u00e9 notre fonction de soignant mise \u00e0 mal par la d\u00e9rision et le d\u00e9nigrement.<\/p>\n<p><strong>Mise en danger du personnel et des patients<\/strong><\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 notre d\u00e9termination \u00e0 d\u00e9passer les obstacles, et \u00e0 nous convaincre que nous occupions ces postes pour exercer un m\u00e9tier dans lequel nous \u00e9tions investis, qui r\u00e9pondait \u00e0 un besoin et une demande de notre soci\u00e9t\u00e9, il est arriv\u00e9 un moment o\u00f9 cette position subjective, qui donne du sens \u00e0 notre vie, a \u00e9t\u00e9 de plus en plus difficile \u00e0 articuler aux r\u00e8gles qui nous \u00e9taient impos\u00e9es.<\/p>\n<p>Ces m\u00e9thodes parlent un double discours: sous celui qui nous a \u00e9t\u00e9 tenu du travailler mieux, s\u2019est progressivement fait entendre celui non-dit, renvoy\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9, d\u2019\u00eatre les acteurs de la suppression d\u2019une cat\u00e9gorie de soins qui ne serait plus assur\u00e9e par \u00ab\u00a0le service public\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pris dans ce double discours, il arrive un moment o\u00f9, m\u00eame si l\u2019esprit poursuit son analyse de la situation, le corps accuse le coup, fatigu\u00e9 de tenir un d\u00e9sir et une \u00e9thique professionnels contre des obstacles sans cesse renouvel\u00e9s. Contraints de continuer \u00e0 travailler dans une telle d\u00e9gradation de nos conditions de travail, nous avons pu nous trouver dans des situations limites, face aux exigences de soin et de protection des patients.<\/p>\n<p>Ces techniques de management ont d\u2019ailleurs inspir\u00e9 les auteurs d\u2019un nouveau jeu \u00ab\u00a0Plan Social\u00a0\u00bb qui remporte un succ\u00e8s d\u00e9rangeant: \u00ab\u00a0le joueur qui se d\u00e9barrasse le plus vite de sa masse salariale remporte la partie\u00a0\u00bb. (S\u00e9bastien Billard \u00ab\u00a0Apprenez \u00e0 licencier dans la bonne humeur\u00a0\u00bbLe Monde 19\/02\/2011)<\/p>\n<p>Il nous a fallu d\u00e9passer un temps de sid\u00e9ration pour prendre conscience que le processus en cours \u00e9tait une machine implacable \u00e0 n\u00e9gliger soignants et patients r\u00e9duits \u00e0 des codes et des chiffres.<\/p>\n<p>Et m\u00eame si nous avions de bons outils d\u2019analyse, de bons outils personnels de r\u00e9sistance et de d\u00e9fense, nous \u00e9tions vuln\u00e9rables par notre particuli\u00e8re implication dans notre travail et notre position de ne pas c\u00e9der sur notre conscience professionnelle\u00a0; les uns apr\u00e8s les autres sommes partis.<\/p>\n<p><strong>Quand nous avons cherch\u00e9 sur l\u2019h\u00f4pital des espaces de dialogue aupr\u00e8s des structures ayant mission d\u2019organiser et de prot\u00e9ger notre travail,<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>nous avons pu constater\u00a0:<\/p>\n<p><strong>La surdit\u00e9 de la hi\u00e9rarchie m\u00e9dicale et administrative<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019autant plus sourdes que ce sont elles qui ont mis en acte la restructuration, programm\u00e9 les d\u00e9parts, impos\u00e9 les d\u00e9localisations de personnel\u2026<\/p>\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 plusieurs fois notre chef de p\u00f4le de psychiatrie pour le tenir au courant de nos difficult\u00e9s. Dans une p\u00e9riode par exemple o\u00f9 nous n\u2019avions ni m\u00e9decin, ni secr\u00e9taire, ni assistante sociale, nous lui avons fait part de notre inqui\u00e9tude de cette situation, compliqu\u00e9e par une p\u00e9nurie de timbres postaux et la d\u00e9localisation de notre ligne t\u00e9l\u00e9phonique rendant difficile la communication avec nos patients et nos partenaires. Le cadre de sant\u00e9 nous a alors r\u00e9pondu par l\u2019envoi d\u00e9risoire de quelques carnets de timbres.<\/p>\n<p>En 2007, une coll\u00e8gue qui prenait sa retraite a fait une d\u00e9marche aupr\u00e8s du Directeur des ressources humaines de l\u2019h\u00f4pital pour l\u2019informer de nos difficult\u00e9s sur le terrain et du malaise du personnel. Entretien rest\u00e9 sans suite&#8230;<\/p>\n<p><strong>L\u2019inutilit\u00e9 du coll\u00e8ge des psychologues<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une structure interne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 se retrouvent les psychologues exer\u00e7ant dans les diff\u00e9rents services. Le projet d\u2019un coll\u00e8ge est de regrouper les psychologues pour faire circuler les informations et r\u00e9fl\u00e9chir ensemble. Mais c\u2019est une instance qui n\u2019a aucun pouvoir et le climat de m\u00e9fiance du coll\u00e8ge de notre h\u00f4pital ne se pr\u00eatait pas \u00e0 un travail de r\u00e9flexion libre de parole.<\/p>\n<p><strong>Le mutisme de la m\u00e9decine du travail<\/strong><\/p>\n<p>Le m\u00e9decin du travail de l\u2019h\u00f4pital que j\u2019avais alert\u00e9 de notre situation<em> <\/em>a convoqu\u00e9 dans la foul\u00e9e mes coll\u00e8gues. Il n\u2019y a pas eu de r\u00e9action officielle \u00e0 cette d\u00e9marche, en tout cas, \u00e0 notre connaissance et \u00e0 ce moment-l\u00e0<strong><em>.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/p>\n<p><strong>La prise en compte partielle de l\u2019action des syndicats<\/strong><\/p>\n<p>En 2008, c\u2019est l\u2019ensemble du personnel de l\u2019h\u00f4pital qui lance un cri d\u2019alarme sur ses conditions de travail. Les difficult\u00e9s sp\u00e9cifiques de notre service se sont trouv\u00e9es alors noy\u00e9es sous le flot des plaintes et des revendications de nombreux services de l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Le 9 f\u00e9vrier 2009 un tract du syndicat CGT de l\u2019h\u00f4pital nous annon\u00e7ait qu\u2019il d\u00e9posait au CHSCT (Comit\u00e9 d\u2019Hygi\u00e8ne, de S\u00e9curit\u00e9 et des Conditions de Travail) un<\/p>\n<p><strong>\u00abDroit d\u2019alerte pour\u00a0dangers graves et imminents\u00a0\u00bb\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les repr\u00e9sentants du personnel d\u00e9noncent \u00e0 ce jour, les cons\u00e9quences pour tous les personnels de notre \u00e9tablissement, de la mise en oeuvre inappropri\u00e9e du contrat de retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre financier de l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En effet sous pr\u00e9texte de contraintes budg\u00e9taires restrictives, les mesures impos\u00e9es dans les diff\u00e9rents services se traduisent par\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des non remplacements de d\u00e9parts en retraite, et lors des cong\u00e9s maternit\u00e9, de cong\u00e9s maladie\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des changements d\u2019affectation de service au pied lev\u00e9\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une p\u00e9nurie de mat\u00e9riels pour assurer un fonctionnement d\u2019accueil et de soins de qualit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>\u00ab Un accroissement de la charge de travail par agent<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cela entra\u00eene des conditions de travail d\u00e9plorables et dangereuses<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le personnel exerce parfois aux limites de sa s\u00e9curit\u00e9 et celle des patients&#8230;&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019alerte fut consid\u00e9r\u00e9e assez grave, pour que soit ordonn\u00e9e par le CHSCT une expertise, men\u00e9e par un cabinet d\u2019expertise ind\u00e9pendant et agr\u00e9\u00e9 par le minist\u00e8re du travail, sur les risques psycho-sociaux \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Un questionnaire anonyme fut adress\u00e9 \u00e0 tous les salari\u00e9s de l\u2019h\u00f4pital et les r\u00e9ponses retourn\u00e9es en octobre 2009 au cabinet d\u2019expertise.<\/p>\n<p>Sur plus de 2000 salari\u00e9s que compte l\u2019h\u00f4pital, 43% vont r\u00e9pondre. Tous les \u00e2ges et toutes les anciennet\u00e9s sont repr\u00e9sent\u00e9s\u00a0: l\u2019\u00e9chantillon est repr\u00e9sentatif de l\u2019ensemble du personnel. C\u2019est une \u00e9tape importante mais il va falloir du temps pour d\u00e9gager toute la richesse des effets de cette nouvelle possibilit\u00e9 d\u2019expression.<\/p>\n<p>A ce moment le compte rendu de l\u2019enqu\u00eate ne va pas permettre une lecture instructive de nos dysfonctionnements: les CMP ne sont pas distingu\u00e9es du fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral du service de psychiatrie, les psychologues sont int\u00e9gr\u00e9s dans le personnel psycho-socio-\u00e9ducatif de l\u2019ensemble de l\u2019h\u00f4pital etc\u2026<\/p>\n<p>En juin 2010, le rapport de l\u2019enqu\u00eate est rendu officiellement. Il d\u00e9nonce effectivement de graves p\u00e9nuries, de la maltraitance institutionnelle, une souffrance diffuse. Mais de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019on peut mettre en cause la responsabilit\u00e9 d\u2019un individu pour ne pas questionner le fonctionnement institutionnel, la g\u00e9n\u00e9ralisation de la souffrance \u00e0 toute une collectivit\u00e9 peut avoir pour effet de banaliser les situations particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Et puis le hasard fit bien les choses puisque exactement en m\u00eame temps que la diffusion du rapport, le directeur de l\u2019h\u00f4pital en fonction depuis plus de vingt ans et le directeur des ressources humaines quitt\u00e8rent leur poste et furent remplac\u00e9s par de nouveaux directeurs&#8230;.qui dans la foul\u00e9e se lanc\u00e8rent dans la reconstruction des b\u00e2timents de l\u2019h\u00f4pital avec c\u00e9r\u00e9monie de la pose, ce m\u00eame mois de juin 2010, de la premi\u00e8re pierre d\u2019un b\u00e2timent, histoire d\u2018enterrer le pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Ces diff\u00e9rents appareils habituels de m\u00e9diation<\/strong> <strong>entre salari\u00e9s et employeurs se sont alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9s impuissants <\/strong>pour nous sortir de notre isolement et transmettre la r\u00e9alit\u00e9 de ce que nous vivions sur le terrain.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>Epilogue<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le 22 novembre 2007 lors de la \u00ab\u00a0R\u00e9union de p\u00f4le\u00a0\u00bb (<\/strong>la seule ayant eu lieu en quatre ans) qui r\u00e9unissait la direction m\u00e9dicale et administrative des services de psychiatrie adulte et de p\u00e9do-psychiatrie et l\u2019ensemble des \u00e9quipes de ces services, les interventions de notre chef de p\u00f4le et celle du directeur r\u00e9f\u00e9rent du p\u00f4le, par ailleurs DRH de l\u2019h\u00f4pital, nous informaient de la situation et \u00e9non\u00e7aient menaces et objectifs:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019h\u00f4pital conna\u00eet un d\u00e9ficit financier tr\u00e8s important&#8230;De par la mise en place au 1 janvier 2008 de la tarification \u00e0 l\u2019activit\u00e9 (T2A) \u00e0 100%, il sera n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre plus performant. Une n\u00e9cessit\u00e9 de restructuration appara\u00eet tant en mati\u00e8re d\u2019organisation que de changement des mentalit\u00e9s o\u00f9 les pratiques doivent s\u2019orienter vers plus de productivit\u00e9. Suite \u00e0 l\u2019audit de la DHOS (Direction de l\u2019Hospitalisation et de l\u2019Organisation des soins), il est imp\u00e9ratif de r\u00e9duire notre train de vie notamment en mati\u00e8re de personnel mais aussi d\u2019\u00eatre tr\u00e8s solidaire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le DRH convient de la tension que cela implique pour le personnel mais explique que l\u2019on ne peut plus \u00e9viter de rentrer dans les standards \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les frais de fonctionnement devront imp\u00e9rativement correspondre au budget pr\u00e9vu et les moyens devront \u00eatre optimis\u00e9s sous peine de devoir fermer les services.\u00a0\u00bb (extrait du compte-rendu de la R\u00e9union de P\u00f4le du 22\/11\/2007)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette r\u00e9union, mena\u00e7ant de disparition tout ce qui n\u2019\u00e9tait pas assez rentable (alors que dans les textes officiels la T2A ne s\u2019appliquaient pas encore \u00e0 la psychiatrie), nous avions exprim\u00e9 notre inqui\u00e9tude de l\u2019\u00e9ventuelle fermeture de notre consultation. Nous avons alors \u00e9t\u00e9 rassur\u00e9s et \u00e0 l\u2019occasion qualifi\u00e9s \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9quipe performante\u00a0\u00bb au vu des r\u00e9sultats chiffr\u00e9s de nos \u00e9valuations; et m\u00eame si nous avions d\u00e9j\u00e0 affaire \u00e0 des techniques de management agressives et inqui\u00e9tantes, responsables de quelques d\u00e9parts, soutenus par cette r\u00e9ponse, par notre investissement et notre d\u00e9sir de travailler, nous avons poursuivi nos efforts.<\/p>\n<p><strong>Deux ans plus tard, en juin 2010 dans le journal de l\u2019h\u00f4pital<\/strong>, notre chef de p\u00f4le \u00e9crit en tant que Pr\u00e9sident de la CME (Commission M\u00e9dicale d\u2019Etablissement) du Centre Hospitalier :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les ann\u00e9es 2008-2009 repr\u00e9sentent la grande p\u00e9riode des restructurations et correspondent \u00e0 notre travers\u00e9e du d\u00e9sert. Elles ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par les mises en place organisationnelles et financi\u00e8res, comme par exemple, le codage, les d\u00e9lais de recouvrement des cr\u00e9ances, les outils de gestion financi\u00e8re et l\u2019embauche d\u2019un contr\u00f4leur de gestion (\u2026). Je rends hommage \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de direction qui, quels que soient les obstacles, a p\u00e9rennis\u00e9 la course \u00e0 la r\u00e9novation dont nous b\u00e9n\u00e9ficions ce jour avec la construction d\u2019un nouvel h\u00f4pital \u00bb.<\/p>\n<p>Discours triomphaliste. Le programme \u00ab\u00a0travers\u00e9e du d\u00e9sert\u00a0\u00bb est une r\u00e9ussite et au passage, la partie contre \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quipe performante\u00a0\u00bb gagn\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p>Les directeurs qui l\u2019ont suivi sur ordinateur se congratulent. D\u2019ailleurs, directeurs, cadres de sant\u00e9\u2026sont promus dans de nouvelles fonctions!<\/p>\n<p>Pas un mot dans ce m\u00eame journal de l\u2019h\u00f4pital, du rapport du CHSCT paru le m\u00eame mois et pourtant financ\u00e9 par l\u2019h\u00f4pital; rapport qui d\u00e9crit une situation humaine catastrophique parmi le personnel de nombreux services de l\u2019h\u00f4pital. C\u2019est lui qui a travers\u00e9 le d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Patients et soignants se retrouvent parmi les dommages collat\u00e9raux.<\/p>\n<p>Pour obtenir ce r\u00e9sultat programm\u00e9 on retrouve toute la panoplie des techniques d\u2019instrumentalisation et de manipulation des groupes et des individus. Le cadre de sant\u00e9, associ\u00e9 au chef de p\u00f4le, ancien surveillant devenu manager, s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 quand il avait pris son poste en 2006\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis l\u00e0 pour veiller sur vous\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>La lutte contre les d\u00e9penses de sant\u00e9 s\u2019est transform\u00e9e en lutte contre le personnel de sant\u00e9. C\u2019est un d\u00e9placement classique, mais notre statut de fonctionnaire a n\u00e9cessit\u00e9 des techniques particuli\u00e8res puisque le licenciement \u00e9conomique n\u2019existe pas dans la fonction publique. Il fallait que, d\u00e9courag\u00e9s, \u00e9puis\u00e9s, les salari\u00e9s partent d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p><strong>Le 23 f\u00e9vrier 2011<\/strong> les deux psychologues, derniers professionnels encore en poste dans notre \u00e9quipe, ont appris leur d\u00e9localisation et leur affectation \u00e0 partir du 7 mars dans des CMP situ\u00e9es dans d\u2019autres villes. A eux d\u2019en informer leurs patients et d\u2019organiser en moins de deux semaines un suivi des enfants et de leur famille avec lesquels ils travaillaient. <strong>En septembre 2011 notre consultation a ferm\u00e9\u00a0 ses portes<\/strong>.<\/p>\n<p><em><span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/em><\/p>\n<p><strong>La nouvelle gouvernance pratiqu\u00e9e dans notre h\u00f4pital, illustre au plan local le syst\u00e8me d\u2019un plan national.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est depuis un certain temps que le remaniement de la fonction publique est dans sa phase active puisque d\u00e8s 2002, le minist\u00e8re de Jean-Fran\u00e7ois Matt\u00e9i en posait les premi\u00e8res bases et en 2004, Eric Woerth, alors Secr\u00e9taire d\u2019Etat de la R\u00e9forme de l\u2019Etat dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin avait eu pour t\u00e2che principale parmi les plans de r\u00e9forme, de mettre en application la r\u00e8gle du non-remplacement de la moiti\u00e9 des fonctionnaires partant \u00e0 la retraite.<\/p>\n<p>Depuis, s\u2019est mis en place un programme planifi\u00e9 et informatis\u00e9 de management g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans toutes les entreprises de la fonction publique.<\/p>\n<p>Les projets et leurs objectifs se sont r\u00e9percut\u00e9s du minist\u00e8re, aux diff\u00e9rentes administrations interm\u00e9diaires, jusqu\u2019\u00e0 se retrouver sur le terrain. Et, sur le terrain, il a fallu donner forme \u00e0 une organisation th\u00e9orique faite pour des \u00eatres fictifs. Le conflit entre l\u2019obligation dans laquelle nous nous sommes trouv\u00e9s de donner corps \u00e0 cette fiction et la r\u00e9sistance que nous y avons oppos\u00e9 par respect de notre engagement moral, n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019\u00eatre source de grande souffrance, tant physique que psychologique.<\/p>\n<p>Cette politique de management a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de la nomination de nouveaux chefs, interchangeables, eux-m\u00eames instrumentalis\u00e9s, mais que le go\u00fbt du pouvoir am\u00e8ne \u00e0 s\u2019emparer de ces postes-cl\u00e9 de restructuration.<em> <\/em><\/p>\n<p>Ont pu s\u2019engouffrer dans ces fonctions o\u00f9 le pouvoir ne passe plus par la comp\u00e9tence, des personnalit\u00e9s probl\u00e9matiques, capables de tenir sans scrupule un double discours, et chez lesquelles le sentiment d\u2019\u00eatre un des rouages d\u2019une immense machine entretient dans la toute-puissance un sentiment de l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Et on ne peut que s\u2019inqui\u00e9ter qu\u2019il leur revienne \u00e0 l\u2019avenir de d\u00e9cider du m\u00e9rite des agents du personnel sous leur autorit\u00e9.<\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p>Le gouvernement, en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9motion suscit\u00e9e dans l\u2019opinion par la connaissance des drames occasionn\u00e9s lors des restructurations de certaines entreprises, a r\u00e9agi sur un plan national en \u00e9tablissant des rapports comme celui remis au ministre du travail Xavier Bertrand le 12 mars 2008 par Philippe Nasse, magistrat et Patrick L\u00e9geron, psychiatre: \u00ab\u00a0Rapport sur la d\u00e9termination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail\u00a0\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 suivi, entre autres, d\u2019un arr\u00eat\u00e9 du minist\u00e8re du travail paru au Journal Officiel le 31 juillet 2010, portant sur l\u2019obligation de mesures de pr\u00e9vention contre le harc\u00e8lement et la violence au travail.<\/p>\n<p>Dans notre h\u00f4pital, a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e \u00e0 la demande du CHSCT l\u2019expertise d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e sur les risques psycho-sociaux li\u00e9s aux restructurations des services.<\/p>\n<p>Dans notre service de p\u00e9do-psychiatrie, non seulement le rapport, conclu par l\u2019expertise, n\u2019a donn\u00e9 lieu \u00e0 aucune remise en question du dysfonctionnement organis\u00e9 qui en \u00e9tait responsable mais il n\u2019en a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 parl\u00e9, \u00e0 aucun moment.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rents rapports, du seul fait de leur existence ont pu faire office de preuve officielle que la dimension de souffrance du personnel avait \u00e9t\u00e9 prise en consid\u00e9ration. Formalit\u00e9 par laquelle il avait fallu passer pour l\u00e9gitimer la suite du programme, et donner l\u2019illusion, par la forme, d\u2019avoir r\u00e9gl\u00e9 les probl\u00e8mes de fond.<\/p>\n<p>Sur \u00e9cran, la restructuration budg\u00e9taire a poursuivi sa route, renforc\u00e9e par le d\u00e9passement de cette \u00e9preuve.<\/p>\n<p><strong>Sur le terrain notre consultation a ferm\u00e9 dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale<\/strong>.<\/p>\n<p>Au hasard de l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9cente, je rel\u00e8ve que la Cour des Comptes dans son rapport de 2011 appelle \u00e0 poursuivre s\u00e9v\u00e8rement les \u00e9conomies et avertit\u00a0: \u00ab\u00a0Pour respecter la croissance de 0,8% en volume des d\u00e9penses publiques sur 2011-2014, il faut r\u00e9duire ces derni\u00e8res de 50 milliards entre 2012 et 2014\u00a0\u00bb (Claire Gu\u00e9laud Le Monde 19\/02\/2011).<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, le m\u00e9diateur de la R\u00e9publique Jean-Paul Delevoye dans son rapport du 21 mars 2011 d\u00e9nonce \u00ab\u00a0la d\u00e9shumanisation\u00a0\u00bb de la modernisation de l\u2019administration et nous alerte:\u00a0\u00ab\u00a0Ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme une am\u00e9lioration du service public se traduit en r\u00e9alit\u00e9 par un service d\u00e9grad\u00e9, plus complexe et moins accessible\u00a0\u00bb (Anne Rodier, Le Monde, 29\/03\/2011).<\/p>\n<p>Une crise \u00e9conomique peut-elle justifier tous les moyens\u00a0et remplacer une crise par une autre et d\u2019autres crises \u00e0 venir?<\/p>\n<p>A qui reviendra l\u2019ordre du M\u00e9rite, \u00e0 ceux qui travaillent sur \u00e9cran et r\u00e9alisent les r\u00e9ductions budg\u00e9taires ou \u00e0 ceux qui se d\u00e9battent sur le terrain dans la maltraitance et la p\u00e9nurie de moyens et travaillent \u00e0 maintenir le service public\u00a0?<\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p><strong>Mais pour passer de l\u2019\u00e9cran au terrain,<\/strong><strong><em> <\/em><\/strong><strong>on peut d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent qualifier d\u2019indignes les m\u00e9thodes utilis\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<p><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Quant au programme \u00ab\u00a0La qualit\u00e9 c\u2019est termin\u00e9\u00a0\u00bb, l\u2019histoire dira l\u2019\u00e9tendue de sa b\u00eatise.<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Elisabeth Hanet<\/p>\n<p>Psychologue<\/p>\n<p>4 octobre 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elizabeth Hanet est psychologue. Son t\u00e9moignage est \u00e0 verser au dossier devenu tr\u00e8s lourd de la destruction progressive et syst\u00e9matique du service public de la sant\u00e9 mentale dans notre pays. Aurions nous mauvais esprit en imaginant qu\u2019il pourrait avoir un lien entre la volont\u00e9 n\u00e9o- lib\u00e9rale d\u2019\u00e9liminer tous les acquis sociaux obtenus de haute lutte [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4202"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4202"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4202\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}