{"id":331,"date":"2009-11-19T12:18:37","date_gmt":"2009-11-19T11:18:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=331"},"modified":"2009-11-19T12:18:37","modified_gmt":"2009-11-19T11:18:37","slug":"cette-france-la","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2009\/11\/cette-france-la\/","title":{"rendered":"Cette France l\u00e0 !"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"font-weight: normal; font-size: 13px;\">Association cr\u00e9\u00e9e en d\u00e9cembre 2007, Cette  France-l\u00e0 se propose de documenter le traitement r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9trangers qui,  selon les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, auraient vocation \u00e0 \u00eatre \u00ab \u00e9loign\u00e9s \u00bb : tout au  long du ou des mandats pr\u00e9sidentiels de Nicolas Sarkozy, il s\u2019agira donc de  publier les \u00ab annales \u00bb de cette politique, soit de l\u2019illustrer, \u00e0 raison d\u2019un  volume par an, en relatant l\u2019histoire d\u2019hommes et de femmes qui la subissent, en  d\u00e9crivant les pratiques de ses ex\u00e9cutants, en relevant les r\u00e9sistances qu\u2019elle  rencontre et en examinant les arguments dont elle se r\u00e9clame.<\/span><\/h3>\n<div>Le premier  volume a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 6 mars 2009.<br \/>\nDeux r\u00e9cits relatant le traitement  r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9trangers<br \/>\nPour plus d\u2019information voir le site : <a href=\"http:\/\/wwwcettefrancela.net\/\">http:\/\/wwwcettefrancela.net<\/a> et le livre  Cette France l\u00e0.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-345\" title=\"QiliQu\" src=\"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/QiliQu-300x233.jpg\" alt=\"QiliQu\" width=\"300\" height=\"233\" \/>Qili  Qu<\/span><br \/>\nLe r\u00eave de Qili Qu est de devenir cuisinier dans un  restaurant de cuisine fran\u00e7aise. Inscrit au lyc\u00e9e professionnel en bac pro  cuisine, il a d\u00e9j\u00e0 fait des stages chez de grands restaurateurs parisiens des  XVIIe et VIIIe arrondissements de Paris. Stages prometteurs, puisque la chef du  restaurant gastronomique La Fermette a \u00e9crit une lettre de soutien pour appuyer  sa demande de r\u00e9gularisation.<br \/>\nQili aurait aim\u00e9 continuer dans ce domaine en  faisant un BTS restauration. Mais, en tant que sans-papiers, il sait que  l\u2019administration risque de refuser son inscription pour poursuivre ses \u00e9tudes.  En outre, \u00e0 vingt et un ans, il lui faut \u00e0 la fois contribuer davantage \u00e0  l\u2019\u00e9conomie familiale et continuer \u00e0 payer le prix de sa venue en France.<br \/>\nQili  a quinze ans lorsqu\u2019il arrive \u00e0 Paris pour rejoindre ses parents venus en 1999.  Il se souvient de son arriv\u00e9e apr\u00e8s un p\u00e9riple de quarante jours en avion,  autobus et bateau : le racket, la peur d\u2019\u00eatre agress\u00e9 par ceux qui profitent de  l\u2019isolement des Chinois sans papiers, l\u2019impossibilit\u00e9 de communiquer : \u00ab Quand  on ne parle pas fran\u00e7ais on ne peut rien faire pour se d\u00e9fendre \u00bb,  explique-t-il.<br \/>\nQili vient de la ville de Qidou, pr\u00e8s de Wenzhou. Seuls ses  grands-parents sont encore en Chine. Le reste de sa famille habite d\u00e9sormais en  Europe. Il vit avec ses parents et sa soeur dans le IIe arrondissement de Paris.  Son p\u00e8re fait des travaux dans les boutiques et sa m\u00e8re \u00ab fait la couture  \u00bb.<br \/>\nEn rentrant de l\u2019\u00e9cole, Qili travaille avec sa m\u00e8re sur les machines \u00e0  coudre pendant deux-trois heures le soir. Mais il ne se plaint pas. Il se  consid\u00e8re chanceux d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 jeune, d\u2019avoir appris le fran\u00e7ais, une nouvelle  culture, et un m\u00e9tier. Ses parents auraient bien aim\u00e9 apprendre le fran\u00e7ais  aussi, mais ils travaillent tellement pour rembourser les dettes qu\u2019ils n\u2019en ont  pas le temps.<br \/>\nCela va faire dix ans que ses parents sont en France, et ils  n\u2019ont toujours pas de papiers. La famille ne compte plus les d\u00e9marches  entreprises avec des interm\u00e9diaires chinois ou des avocats qui promettent des  solutions rapides, moyennant finance, mais dont les d\u00e9marches n\u2019aboutissent \u00e0  rien.<br \/>\nPlus r\u00e9cemment, Qili a d\u00e9couvert RESF par l\u2019\u00e9cole ; il a d\u00e9sormais un  parrain qui l\u2019appuie dans ses d\u00e9marches. Lorsque Qili est devenu majeur, en  juillet 2007, son parrain a d\u00e9pos\u00e9 avec lui une nouvelle demande de  r\u00e9gularisation. Apr\u00e8s un rendez-vous plut\u00f4t positif \u00e0 la pr\u00e9fecture, la r\u00e9ponse  est tomb\u00e9e en septembre 2007 : OQTF.<br \/>\nQili sait que, s\u2019il parvient \u00e0 avoir des  papiers, il sera mieux pay\u00e9 et le travail sera moins dur. Sinon il lui faudra  continuer \u00e0 travailler au noir sans possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9volution. Mais il sait aussi  que, s\u2019il devait retourner en Chine, il perdrait son niveau d\u2019\u00e9tudes acquis en  France. \u00ab Je devrais recommencer tout en bas de l\u2019\u00e9chelle. \u00bb Et continuer \u00e0  payer la dette.<br \/>\nPour l\u2019heure, le jeune homme s\u2019efforce de ne pas penser \u00e0  cette obligation de quitter le territoire, qui flotte au dessus de sa t\u00eate comme  une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s, et a bon espoir de r\u00e9ussir dans la vie. \u00ab Apr\u00e8s tout, je  porte le m\u00eame nom que Jean-Claude Killy \u00bb, plaisante-t-il.<\/p>\n<p><strong>Am\u00e9lie  Bekay et Mika\u00ebl <\/strong><br \/>\nLe 11 f\u00e9vrier 2008, \u00e0 8 heures du matin, trois policiers  en civil sonnent chez Am\u00e9lie Bekay, trente-sept ans, pour lui demander de les  suivre, elle et son b\u00e9b\u00e9, Mika\u00ebl, au poste. Elle a tout juste le temps de  r\u00e9veiller celui-ci, de prendre quelques couches, et elle se retrouve avec son  enfant \u00e2g\u00e9 de quinze mois en garde \u00e0 vue au commissariat de Tours.<br \/>\nAm\u00e9lie  Bekay est congolaise et r\u00e9side en France depuis mars 2001. \u00c0 son arriv\u00e9e, elle a  fait une demande d\u2019asile qui n\u2019a pas abouti. Depuis trois ans, elle vit avec son  compagnon, Michel Auku, et ils doivent se marier prochainement. Lui est en  situation r\u00e9guli\u00e8re depuis dix-huit ans et travaille comme chauffeur  routier.<br \/>\nCe matin-l\u00e0, Michel est d\u00e9j\u00e0 sur les routes quand sa compagne  l\u2019appelle pour l\u2019informer de son arrestation. Il contacte tout de suite un  avocat qui se montre optimiste sur la lib\u00e9ration imm\u00e9diate d\u2019Am\u00e9lie et de  Mika\u00ebl, vu l\u2019\u00e2ge du b\u00e9b\u00e9 et leur situation familiale stable. Mais \u00e0 17 heures,  Am\u00e9lie appelle Michel pour lui apprendre qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e avec Mika\u00ebl au  CRA de Rennes. Elle n\u2019a plus de couches ni de quoi nourrir son b\u00e9b\u00e9. Son  compagnon fait le premier d\u2019une longue s\u00e9rie de trajets entre Tours et Rennes  pour les voir et leur apporter le n\u00e9cessaire.<br \/>\nQuelques jours plus tard, le  juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention estime qu\u2019il n\u2019y a pas de raisons valables  pour garder Am\u00e9lie et son enfant en r\u00e9tention administrative. Cependant, le  procureur fait appel de cette d\u00e9cision et la r\u00e9tention est prolong\u00e9e pour la  m\u00e8re et son b\u00e9b\u00e9. Au tribunal, Michel fait la connaissance des associations  rennaises de soutien aux sans-papiers, qui sont \u00e9videmment choqu\u00e9es d\u2019apprendre  la pr\u00e9sence du b\u00e9b\u00e9 dans le centre de r\u00e9tention. Ensemble, ils choisissent  d\u2019alerter la presse et, le soir m\u00eame, France 3 rend compte de leur  situation.<br \/>\nIl reste que la machine administrative est lanc\u00e9e et l\u2019\u00e9loignement  d\u2019Am\u00e9lie et de son enfant est programm\u00e9 pour la nuit du 27 au 28 f\u00e9vrier. Ce  soir l\u00e0, Michel d\u00e9couvre, sur le parking du CRA, un comit\u00e9 de soutien inattendu  : quelques militants associatifs, plusieurs \u00e9lus locaux des villages voisins et  m\u00eame le d\u00e9put\u00e9 de la circonscription, Marcel Rogemont (PS). La presse est  \u00e9galement pr\u00e9sente.<br \/>\nVers 2h45 du matin, \u00e0 quinze minutes du d\u00e9part pour  Roissy, Michel obtient l\u2019autorisation de voir son fils et sa femme. Apr\u00e8s quinze  jours en r\u00e9tention, le petit Mika\u00ebl est amaigri, semble apeur\u00e9 et ne r\u00e9agit pas  comme d\u2019habitude. \u00ab Dans le centre, il y a du monde partout, des gens qui  crient. Ce n\u2019est pas adapt\u00e9 pour un b\u00e9b\u00e9. M\u00eame les policiers et les d\u00e9tenus sur  place le disaient \u00bb, explique Am\u00e9lie.<br \/>\nUn bras de fer s\u2019engage alors entre le  pr\u00e9fet et les \u00e9lus, qui mettent leur voiture en travers de la route pour  signifier qu\u2019ils ne laisseront passer personne. La police les verbalise et les  coups de t\u00e9l\u00e9phone continuent. Les associations et les \u00e9lus conseillent \u00e0 Michel  de r\u00e9diger une lettre signifiant qu\u2019il s\u2019oppose \u00e0 ce que son fils quitte le  territoire. Sachant que Mika\u00ebl ne pourra pas \u00eatre expuls\u00e9 et ne voulant pas \u00eatre  s\u00e9par\u00e9e de lui, Am\u00e9lie refuse d\u2019embarquer.<br \/>\nLe pr\u00e9fet doit annuler le d\u00e9part,  une d\u00e9cision qui soulage jusqu\u2019au commandant de gendarmerie du centre de  r\u00e9tention. Celui-ci confie en effet \u00e0 Michel : \u00ab Vous avez pris la bonne  d\u00e9cision avec le refus d\u2019embarquer de votre femme, et honn\u00eatement cela nous  arrange tous. \u00bb Comme le veut la loi, Am\u00e9lie Bekay est plac\u00e9e en garde \u00e0 vue  pour \u00ab refus d\u2019extraction de cellule \u00bb, un acte passible de prison, avant d\u2019\u00eatre  lib\u00e9r\u00e9e sous contr\u00f4le judicaire, avec Mika\u00ebl, dans la journ\u00e9e.<br \/>\nC\u2019est le 17  avril qu\u2019Am\u00e9lie apprend qu\u2019elle ne sera finalement pas poursuivie pour son refus  d\u2019embarquer. Depuis, la pr\u00e9fecture lui d\u00e9livre des r\u00e9c\u00e9piss\u00e9s de demande de  titre de s\u00e9jour. Et le couple attend son deuxi\u00e8me enfant.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Association cr\u00e9\u00e9e en d\u00e9cembre 2007, Cette France-l\u00e0 se propose de documenter le traitement r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9trangers qui, selon les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, auraient vocation \u00e0 \u00eatre \u00ab \u00e9loign\u00e9s \u00bb : tout au long du ou des mandats pr\u00e9sidentiels de Nicolas Sarkozy, il s\u2019agira donc de publier les \u00ab annales \u00bb de cette politique, soit de l\u2019illustrer, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/331"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=331"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/331\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=331"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=331"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=331"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}